La fete des Allobroges

mardi 14 juin 2011

Air France : voyage en classe expulsés

Par Linda Maziz
« Faire du ciel le plus bel endroit de la terre. » Une promesse de la compagnie Air France pas très compatible avec les expulsions du territoire national par voie aérienne. Et quand l’avion devient un fourgon cellulaire, malheur aux clients qui osent manifester leur désapprobation. Répression, intimidations, inculpations...

Enquête sur ces nouveaux délits de solidarité et d’indignation. 
Le 20 janvier dernier, Josette Rétif, enseignante à la retraite embarque à Roissy pour rentrer à Bamako, où elle réside actuellement. Prévu à 16h05, le décollage n’a finalement lieu qu’à 20h45. « Problèmes techniques », affichent les panneaux d’information. En réalité, l’histoire commence lorsqu’en guise de bienvenue à bord de l’avion, un homme avec un brassard police arrive et distribue un tract : « Vous avez peut-être été sollicité (...) pour vous opposer à l’embarquement d’une personne expulsée de France (...). La décision de reconduite est un acte légitime de l’État français (...). Le délit sera puni d’une peine de 5 ans d’emprisonnement et 18.000 euros d’amende. » Fort prévenant, l’agent précise que l’expulsé va manifester son opposition en hurlant et se débattant. Naturellement, on attend des passagers qu’ils se montrent aveugles, sourds, muets et consentants. Dommage. Certains se lèvent, indignés, refusant ce qui leur est imposé.
Les défenseurs des droits de l’homme, nouveaux criminels ?
Pour mater la rébellion, l’appareil est renvoyé au parking. « On a vu tout à coup surgir une vingtaine de CRS casqués, matraque et bouclier à la main, défilant en file indienne dans les travées de l’avion ». Impuissante, Josette voit les passagers insoumis mis à terre, y compris des passagers assis « qui avaient simplement manifesté leur indignation verbalement ».
François Auguste, vice-président PCF de la Région Rhône-Alpes a lui aussi pu goûter aux joies de l’interpellation. Lors d’un déplacement en avion en 2006, il sollicite le commandant de bord, pour protester contre l’expulsion d’une famille. Rien à faire. À peine l’élu s’est-il adressé aux autres passagers, que deux policiers l’évacuent à l’horizontal, direction la sortie, avec, en prime, une côte fracturée. Bien qu’il ne se soit pas manifesté, le fonctionnaire qui l’accompagne est lui aussi envoyé en garde à vue. Poursuivi pour entrave à la circulation d’un aéronef, l’élu est condamné à 500 euros d’amende avec sursis.
Un manuel pour aider à vaincre la résistance des expulsés
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