Appel

vendredi 18 novembre 2011

Robert Guédiguian, son communisme et la jeunesse du monde


Quand tout disparaît, travail, usines, comment ne pas sombrer dans l’individualisme, la résignation ou la haine ? Avec les Neiges du Kilimandjaro, le cinéaste rebat les cartes de l’espoir, de l’utopie, de la vie, inspiré par un des poèmes de la Légende des siècles, de Victor Hugo. Entretien.
Découvert, lors de sa présentation au dernier Festival de Cannes, comme l’un des films politiques les plus stimulants, avec Le Havre, d’Aki Kaurismäki, ou l’Exercice de l’État, de Pierre Schoeller, les Neiges du Kilimandjaro revient à Marseille, après le Paris de l’Armée du crime. Ni Conte de l’Estaque ni film noir, cet opus, qui sort aujourd’hui en salles, creuse sous un autre angle la problématique du précédent. Par les temps qui courent, la rencontre avec l’auteur s’imposait d’autant plus.
Un an avant le 21 avril 2002, vous signiez La ville est tranquille, la réalité de ce film-là a empiré depuis et imprègne ce film-ci…
Robert Guédiguian. Dans La ville est tranquille, on laissait chacun à ses affaires ou, disons, à ses malheurs. Le constat posé dans les Neiges du Kilimandjaro est terrible mais l’attitude de ce couple est exceptionnelle, héroïque, exemplaire, au sens strict du terme. Tout le paradoxe sur lequel est construit le film est d’être encourageant quand la situation dépeinte, elle, est catastrophique. Il y a là quatre figures ouvrières antagonistes. Avec Gérard Meylan, nous avons une figure dure, réactionnaire, pas loin de glisser vers l’extrême droite. Les enfants, eux, sont très agaçants, tant ils ne sont pas à la hauteur de leurs parents, se contentant de leur petit confort qui fonctionne ; tout ça vivote et surtout ne prenons aucun risque, restons entre soi, mettons des œillères – eux sont un peu « les tièdes » que « Dieu vomit ». Avec le personnage de Grégoire (Leprince-Ringuet – NDLR), surgissent le sentiment d’injustice, presque révolutionnaire, égalitariste, et une figure très contemporaine, celle de l’ignorance, de la méconnaissance de ce qu’ont pu faire pour les autres ces deux-là, Michel et Marie-Claire (Jean-Pierre Darroussin et Ariane Ascaride – NDLR), des vrais, des militants de base, ceux qui, enfin, sont «parfaits». Voilà quatre comportements possibles dans ce monde des « pauvres gens », cela dit par commodité. Renoir disait que «chaque personnage a ses raisons» mais Michel et Marie-Claire, eux, ont raison. Si je peux expliquer les autres comportements, je ne les justifie absolument pas. Eux attendent de savoir avant de juger, voilà un sentiment que j’aime bien : se sentir responsable. Je supporte de moins en moins les gens pour qui tout ce qui arrive n’a rien à voir avec leur propre vie.
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