Appel

jeudi 17 mai 2012

Les communistes reprennent des couleurs

Porté par la dynamique du Front de gauche, le PC renoue avec l’enthousiasme. Reportage.
« Je n’avais jamais adhéré nulle part, ni jamais eu envie de m’investir dans un parti politique. » Franck Richard, 28 ans, a changé d’avis en février 2012 et adhéré au PCF, alors que Jean-Luc Mélenchon commençait à décoller dans les sondages. Sur le papier, il n’avait pas le profil. Les parents habitent la bourgeoise et coquette ville de Chantilly (Oise), votent UMP et connaissent bien le maire, Eric Woerth. Le frangin, lui, « est dans la finance ». Franck, diplômé en compta et à la recherche d’un emploi vit à quelques encablures de là, à Saint-Maximin, et pense qu’il faut « mettre l’humain au centre ».
Autour du gigot du dimanche midi, c’est un peu la lutte des classes : « Je viens d’une famille bourgeoise. Des gens comme mes parents ont peur pour leurs acquis. Pour eux, j’ai des idées de révolutionnaire et ce n’est pas un compliment dans leur bouche ! J’ai été formaté par la narration d’une histoire qui résume le communisme à ses moments les plus noirs. Mais aujourd’hui, je trace ma propre route, hors du carcan. » Combien de Franck en 2012, pour qui tracer leur route, c’est adhérer au PCF ? Place du colonel Fabien, on brandit le chiffre, comme un trophée : 2 500 adhérents entre janvier et le premier tour de la présidentielle, soit deux fois plus que l’année dernière sur la même période. Autre motif de satisfaction pour les communistes, un tiers a moins de trente ans et la moitié moins de 40 ans. Responsable de la vie du parti, Jacques Chabalier commente : « On confirme l’inversion de tendance. Alors que nous sommes depuis quelques années sur un rythme de 5 000 nouveaux adhérents par an, nous pouvons espérer renouer avec le seuil des 8 000 nouvelles cartes annuelles. On tourne une page. Et cela s’accompagne de la part des militants d’une envie d’agir. »
Métro place d’Italie, heure de pointe, quelques jours avant le premier tour. Une poignée de militants s’est donné rendez-vous animés par une même envie d’agir. Ils sont trois, prêts à capter le flot des passagers, et ils incarnent cet ovni qu’est le Front de gauche. Il y a là un militant du Parti de gauche, son « camarade » qui ne veut pas dire pour qui son cœur balance, pour « ne surtout pas briser la dynamique » et Ali Can Sireilles, 20 ans, étudiant en histoire à Paris I et militant communiste convaincu… depuis peu. Franco- Turc, il est arrivé en France il y a seulement deux ans d’Ankara, parce que la fac était financièrement inaccessible à ses parents. Son appartement donne sur le boulevard Voltaire et pas une manif ne lui a échappé. Celles contre la réforme des retraites ont été le déclic. « J’ai d’abord voulu adhérer au PS, se souvient- il. Il s’agissait d’être dans le parti majoritaire pour réellement peser à gauche. Mais j’ai vite réalisé que ce parti était dirigé par des gens qui ont renié les valeurs de la gauche. » Pour lui, ce sera donc le communisme. Et qu’importe si le candidat à sa « première présidentielle » n’est pas communiste. « Ce n’est pas le problème, élude-t-il, pragmatique. Ce qui compte, c’est que cette campagne ait fonctionné. Mon modèle, c’est le Front populaire, une coalition dans laquelle on trouve le Parti communiste, mais pas seulement. »
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