Appel

mardi 1 mai 2012

Stéphane Sirot :"Le pouvoir est dans la rue"

Ce slogan de Mai 1968 s’applique à merveille 
au 1er mai 2012. Pour 
la première fois, l’ensemble 
du champ sociopolitique et institutionnel occupera demain 
l’espace public. En ce sens, l’instrumentalisation de cette journée symbolique, sans être inédite, atteindra sa quintessence.
Il y a près d’un quart de siècle, 
le FN, tout à ses 15 % de la présidentielle de 1988, s’était emparé 
du 1er Mai par l’intermédiaire 
de Jeanne d’Arc, oubliant opportunément que la libération d’Orléans date du 8 mai 1429. Comme chaque année, il poursuivra donc 
son œuvre de détournement des 
valeurs populaires.
En revanche, jamais un candidat 
de la droite républicaine, de surcroît président en exercice, n’avait 
organisé un rassemblement concurrent des traditionnelles manifestations syndicales. Le pouvoir légal 
qu’il incarne nous avait certes 
habitués à l’instrumentalisation 
du passé, singulièrement celui 
de la gauche. 
Après avoir débuté par la lecture 
de la lettre de Guy Môquet, 
le quinquennat s’achève par une 
« fête du vrai travail », ou « vraie fête 
du travail ». Outre l’acception particulière donnée au mot « travail » – j’y reviendrai mercredi –, rappelons au chef de l’État que la journée 
du 1er Mai n’est pas une « fête ». 
Le seul et unique homme de pouvoir 
à l’avoir officiellement érigé comme 
telle en France est Pétain en 1941. Lorsqu’il a été décidé, en 1947, 
d’en faire un jour chômé et payé, 
soin a été pris de ne pas le qualifier 
de « fête ». À force de tordre 
le bâton de l’histoire, 
on finit parfois par le prendre 
en retour comme un boomerang.
Le dernier pouvoir à occuper
 la rue est le pouvoir légitime, 
au sens rousseauiste : le peuple, 
le monde du travail en action, 
qui défilera à l’appel de ses contre-pouvoirs. C’est à eux qu’appartiennent le 1er Mai et son histoire. L’ampleur probable des manifestations en donnera 
une belle illustration.
Au-delà, ce nouvel épisode de « fièvre hexagonale » rappelle une puissante spécificité de notre démocratie : 
le rôle crucial de l’espace public, 
de la rue et du mouvement social 
dans notre vie politique. Bref, ici 
moins qu’ailleurs, les rapports 
de forces ne se construisent pas 
que dans les urnes. Un principe 
à ne pas oublier au-delà du 6 mai.
Retrouvez Stéphane Sirot, historien et spécialiste des mouvements sociaux, toute la semaine dans l'Humanité.
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