Appel

mardi 12 juin 2012

«Vous n'imaginez pas le nombre et l'ampleur des saloperies que vous allez être amené à commettre»

En février 2009, peu après l'avènement de Besson au ministère de la Rafle et du drapeau, son directeur-adjoint de cabinet avait demandé à recevoir une délégation du RESF, "pour faire connaissance". Polytechnicien, énarque, 36 ans,  venu avec Besson du secrétariat d'Etat chargé de la prospective, Franck Supplisson ne connaissait rien à l'immigration. Nous l'avions averti : "Vous n'imaginez pas le nombre et l'ampleur des saloperies que vous allez être amené à commettre".  De fait, des presque 60 000 expulsions réussies en deux ans à l'emprisonnement de centaines d'enfants dans les centres de rétention en passant par les haut faits que furent, par exemple, l'expulsion express de Najlae, lycéenne d'Orléans venue se plaindre d'un frère violent, expédiée au Maroc ou celle d'Ardi, polyhandicapé kosovar mis avec sa famille dans un avion spécial, sans même son fauteuil roulant,  le bouquet des ignominies rassemblées par Franck Supplisson dépasse sans doute, et de loin, ce qu'il avait espéré.
Nous sommes à la croisée des chemins. Si François Hollande n'inverse pas la politique migratoire de son prédécesseur, l'avertissement jadis adressé à Supplisson vaudra mot pour mot pour tous ceux, ministres, conseillers, préfets, fonctionnaires en charge de cette question.
Nous n'en sommes pas là. Pas encore ? Les responsables, y compris au plus haut niveau,  témoignent d'une certaine capacité d'écoute. Il faut souhaiter qu'elle demeure. Alertés le 1er juin à 19h de l'imminence de l'expulsion de Gervais Gantchou, père camerounais de deux enfants français, enfermé au CRA du Mesnil-Amelot,  le directeur du cabinet du ministre et son adjoint prenaient le temps de se renseigner et de passer plus d'une demi-heure au téléphone avec un militant RESF (de 23h à 23h30, s'il vous plaît), avant de retarder l'expulsion de 24 heures à deux reprises. Dans le même temps, ils faisaient libérer la mère de deux petits enfants retenue à Lyon. Deux jours après, M. Du, père chinois de trois enfants du Val-de-Marne était aussi libéré. La différence avec la vacuité suffisante d'un Guillaume Larrivé ou d'un Maxime Tandonnet, ex-conseillers de Sarkozy est manifeste.
Pourtant, si cette ébauche de changement est appréciable (et appréciée), elle ne suffit pas, tant s'en faut et le risque est réel, si la politique ne change pas profondément, que le cabinet de Manuel Valls s'engage dans la voie peu reluisante tracée par Hortefeux, Besson, Guéant et compagnie.
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