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mardi 26 novembre 2013

Une crise du troisième type

Par Samy Johsua, Economiste, membre du Conseil scientifique d’Attac

Voilà maintenant plus de 5 ans que la chute de Lehman Brothers a donné le signal de départ de la première grande crise du 21ème siècle. Comment la situer par rapport à la longue série des effondrements qui, avant 1914, ont accompagné la régulation de l’époque (dite concurrentielle au sens où prédominaient alors les phénomènes de marché) ?
Dans le cadre de cette régulation, quand la crise éclate, c’est sa violence même qui donne les matériaux pour la reprise, qu’il s’agisse du redressement du profit par la baisse des salaires ou de la liquidation accélérée d’entreprises qui réduit le capital à rémunérer. Le taux de profit remonte, l’investissement est encouragé. L'activité repart, tirée par un secteur moteur découlant d'une innovation récente. Il s’agit du chemin de fer dans la plupart des cas, et, plus tardivement, de l’industrie électrique ou des tramways.
Mais, assez vite, une baisse de la rentabilité des investissements est constatée et les salaires augmentent rapidement. Le retournement s’opère quand il apparaît que les taux de profit chutent, ou que ceux qui n'étaient qu'escomptés ne seront pas obtenus ou que ceux qui ont déjà été réalisés ne pourront être maintenus. Ce sont les mêmes secteurs qui guidaient l'essor qui maintenant conduisent la chute. La baisse des prix menace les profits et accroît le poids réel d'une dette qui leste la reprise. On comprend qu’avec tous ces éléments d’instabilité cumulés, les crises de la régulation concurrentielle soient particulièrement violentes. Mais elles sont courtes, comme une contrepartie nécessaire de leur intensité.
Et pourtant, la crise de 1929 est tout à la fois très intense et très longue, et c’est particulièrement le cas aux Etats-Unis. C’est qu’un élément nouveau est intervenu : dans ce pays, en quelques dizaines d’années, à la jointure des 19e et 20e siècles. on est passé d’un monde de petite production à la prédominance des sociétés et du salariat. Ce qui a brutalement réduit la diversité de l’espace économique américain, laissant libre cours aux fluctuations issues du monde des affaires. La capacité de la grande crise américaine à lier intensité et durée vient de ce que la régulation concurrentielle (en particulier la flexibilité à la baisse des salaires) a été maintenue dans un contexte qui avait totalement changé avec la salarisation.
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