La fete des Allobroges

lundi 13 février 2017

Le programme commun de Fillon et Macron ruine encore nos paysans !

Lors d'une session de questions au gouvernement en juin 2009 à l'Assemblée, les députés communistes Jean-Jacques candelier, Maxime Gremetz et Marie-georges Buffet réagissent à la loi de modernisation de l'économie (LME) votée en août 2008. Photo : Jacky Naegelen/Reuters
Selon les sondages, Emmanuel Macron et François Fillon seraient en concurrence pour se qualifier en seconde position pour le second tour de l’élection présidentielle face à Marine Le Pen. Mais, cette semaine, les négociations commerciales entre les distributeurs et leurs fournisseurs nous montrent que le rapport rédigé par Macron pour Fillon en 2008 et la loi qui en est sortie en 2009 servent depuis cette date à ruiner les paysans et les PME de l’industrie agroalimentaire.
Pour mieux comprendre la ressemblance entre les projets de François Fillon et d’Emmanuel Macron, il faut regarder ce qui se passe en ce moment dans le cadre de la négociation annuelle entre les grandes enseignes de la distribution et leurs fournisseurs de denrées alimentaires. Ces dernières doivent négocier chaque année entre novembre et février les prix qu’elles recevront pour les denrées référencées durant douze mois dans les linéaires des magasins Leclerc, Carrefour, Auchan, Casino et autres. Dans un communiqué en date du 9 février, l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA) écrit à propos de l’attitude des grandes enseignes : « Les demandes de déflation sont systématiques et déconnectées de la réalité économique des fournisseurs (…) Dans le même temps, les pressions promotionnelles s’accélèrent. Les demandes insistantes  d’investissements supplémentaires sur les mécaniques promotionnelles se multiplient. Depuis 2015, le chiffre d’affaires des produits sous promotions a augmenté de 7% pour atteindre un niveau record depuis 5 ans ».
Mais en quoi Emmanuel Macron et François Fillon sont-ils  coresponsables de cette situation ? Il faut ici se souvenir que Macron fut le rapporteur final de la Commission Attali voulue par Nicolas Sarkozy dès la fin de l’été 2007 sur une suggestion de Michel-Edouard Leclerc. La feuille de route confiée à Jacques Attali par Nicolas Sarkozy était de produire un texte visant à introduire plus de concurrence dans les négociations commerciales en donnant plus de pouvoir aux distributeurs pour piller leurs fournisseurs. Ce que proposait le rapport confié à Macron par la commission Attali et remis à Fillon au début de l’année 2008. Sur la base de ce rapport, Fillon fit voter la Loi de Modernisation Economique (LME) par les députés et les sénateurs de droite cette année-là. Elle est entrée en vigueur dès 2009 et elle donne depuis des pouvoirs accrus aux grandes enseignes pour piller leurs fournisseurs  moyennant un chantage annuel, voire permanent au déréférencement si  on ne leur cède pas sur les prix. Dans les négociations annuelles, elles vont même jusqu’à exiger des baisses de prix supplémentaires correspondant à 50% des sommes versées aux entreprises agroalimentaires au titre du CICE que les enseignent perçoivent de leur côté !

Les promotions  ne coûtent rien aux distributeurs

Quand l’ANIA parle de « demandes de déflation » de la part des enseignes, il faut lire baisse des prix payés aux fournisseurs. Quand ces fournisseurs sont des laiteries, la baisse des prix est répercutée aux paysans en faisant chuter le prix du lait au départ de la ferme. C’est ainsi que le prix du lait avait baissé de 17% en juillet 2015 par rapport à juillet 2014 et ça continue depuis. Même quand le prix du beurre remonte sensiblement sur les marchés à terme, le prix du lait ne repart pas à la hausse tant la pression des distributeurs est forte. Cette pression passe souvent par les promotions. Il faut savoir ici que les promotions ne coûtent rien aux distributeurs. Ce sont les fournisseurs qui financent des promos en baissant les prix sur un volume donné de produits laitiers ou de viande. Ils financent même les journaux édités à cet effet et distribués dans nos boîtes aux lettres. Mais pourquoi les fournisseurs cèdent-ils ainsi au chantage des distributeurs ? De peur de perdre des débouchés via un déréférencement. Car les enseignes importent aussi des produits laitiers et de la viande dans le seul but de faire chuter les cours. Rien n’est plus facile que d’importer de la viande de vache de réforme de Pologne, d’Irlande ou d’Allemagne pour acheter moins de viande française et faire ainsi chuter les cours via une moindre demande sur les champs de foire hexagonaux. Au point que le revenu des éleveurs spécialisés à chuté de 40 à 50% en 2016 tandis que les dépôts de bilans ont augmenté de 30% dans les élevages laitiers et de 83% dans les élevages de porcs. Ainsi, les mêmes politiques de pillage des distributeurs produisent les mêmes effets dévastateurs en raison du pouvoir que leur a donné la LME de Fillon dont le contenu fut dessiné par le rapport de Macron.

Quand Fillon tenta de recruter Macron à Matignon

Hier, Michel Sapin et Stéphane Le Foll ont déclaré dans un communiqué qu’ils avaient réuni le jour même « les représentants des secteurs agricoles, agroalimentaires et de la distribution pour faire le point sur le déroulement de la négociation commerciale ». Selon ce même communiqué, « Stéphane Le Foll a rappelé la nécessité que les négociations en cours s’appuient prioritairement sur des éléments objectifs de conjoncture et a insisté sur la nécessité de mieux articuler à l’avenir les relations commerciales entre l’amont et l’aval de la filière, en s’appuyant notamment sur les nouvelles dispositions de la loi de transparence, la modernisation de la vie économique et la lutte contre la corruption dite Sapin 2 ». Cette loi « Sapin 2 » devait corriger les excès de la LME de Fillon. Sauf qu’elle ne semble rien changer au comportement des distributeurs dans les négociations commerciales. C’est bien ce que redoute la FNSEA quand elle écrit dans un communiqué à l’issue de cette réunion où elle était représentée : « Dans la Loi Sapin 2, des outils sont prévus pour prendre en compte les coûts de production agricoles tout au long de la chaîne alimentaire: c’est le moment de juger de leur efficacité (…) Le temps est venu une bonne fois pour toutes d’inverser la logique de construction du prix et de sortir de la spirale infernale de la LME qui s’avère être une véritable machine à casser de la valeur ». A l’issue de cette même réunion, le syndicat Jeunes Agriculteurs a publié un communiqué qui commence par ce constat : « Alors qu’en Europe la plupart des distributeurs ont accepté de payer leurs fournisseurs de produits laitiers plus chers que l’année dernière compte tenu des hausses des cours mondiaux, la France semble faire exception ».
Il est bien là le résultat de la LME, œuvre commune de Fillon et de Macron. Fillon fut d’ailleurs tellement satisfait du travail effectué par Macron qu’il chargea en 2010 l’intermédiaire Antoine Gosset-Grainville de le contacter pour lui proposer le poste de directeur adjoint de son cabinet à Matignon. Macron déclina l’offre, préférant garder son salaire de banquier en train de négocier un gros contrat qui lui rapporta plus de 2 millions d’euros à l’époque. 

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