vendredi 26 juin 2026
Chili : la réalité de l’extrême droite au pouvoir
José Antonio Kast a été élu président de la République du Chili avec 58,16 % des voix le 14 décembre et a pris ses fonctions le 11 mars 2026. En quelques semaines, la popularité de Kast s’est effondrée dans les sondages et il a déjà dû procéder à deux remaniements ministériels.
Kast, en bon représentant de l’extrême droite, a fait toute sa campagne sur les thèmes de la sécurité et de l’immigration.
Qu’en est-il de la réalité ?
Question sécurité, sa ministre de la Sécurité (intitulé officiel) a finalement reconnu qu’elle n’avait pas de plan de lutte contre l’insécurité et que pour le moment elle appliquait le plan de 5 ans élaboré par le gouvernement Boric. Elle a été limogée au bout de deux mois.
Kast a annoncé qu’il voulait que tous les élus soient testés pour vérifier qu’ils n’utilisent pas de stupéfiants. Lui le premier a montré l’exemple et a réalisé le test... négatif évidemment !
Une cinquantaine de quartiers ont été ciblés et sont occupés par la police. Mais il ne s’agira pas d’une présence permanente, il ne s’agit pas de la création d’une police de proximité. Ça permet aux ministres de se faire photographier devant de belles images d’action policière, mais tout le monde sait que lorsque la police repartira, les narco reprendront le terrain illico. Perquisitions, contrôles d’identité, fourgons blindés : le bilan en termes de saisies de stupéfiants et d’armes est mince.
Kast a annoncé vouloir créer un registre des « vandales » et des insécurités. Dans cette base de données seraient enregistrées toutes les personnes ayant commis des incivilités. Faire un graffiti, bloquer la circulation, fumer un pétard dans un lieu public, casser du matériel urbain, organiser une loterie associative… Les faits donnant lieu à enregistrement sont très divers et de niveaux différents. Certains sont déjà punis par la loi, ce sera la double peine. Les sanctions seront : suspension du permis de conduire, interdiction d’assister à des concerts ou des matchs de foot, suspension des aides sociales, en particulier le bénéfice de la gratuité des études universitaires. Ce sont les plus pauvres qui sont visés. Mais aussi le mouvement social : n’importe quelle manifestation spontanée étudiante tombera sous le coup de cette loi. Des étudiants pourront être chassés de l’Université.
Kast a réalisé à Santiago un sommet de chefs d’États d’Amérique latine, tous d’extrême droite (Argentine, Équateur, Pérou, Bolivie, Chili) consacré à la lutte contre le crime organisé. Les présidents se sont promis assistance et collaboration mutuelle, ils ont même évoqué une éventuelle participation militaire. Et puis ils sont rentrés chez eux. Dans la semaine qui a suivi, les parlementaires liés à Kast ont refusé la levée du secret bancaire dans les enquêtes sur le narco trafic. C’est la grande question : comment mener une bataille efficace contre le crime organisé s’il n’est pas possible de lever le secret sur les circuits financiers des mafias ?
Concernant l’immigration, les ministres de Kast ont reconnu que pour des raisons « techniques » on ne pouvait pas expulser plus d’immigrants illégaux que ne le faisait le gouvernement Boric. Il y a environ 340 000 étrangers en situation irrégulière au Chili que Kast avait promis d’expulser. Le gouvernement Boric avait lancé un plan pour la régularisation de 180 000 d’entre eux. Ce plan a été stoppé. Sans que pour autant que ces 180 000 personnes soient expulsées. Ce sont des personnes qui travaillent au Chili et qui n’ont pas de casier judiciaire, ou qui ont un conjoint chilien, ou des enfants nés au Chili…
Juste après sa prise de fonction, Kast a lancé, tout au nord du Chili, à la frontière avec la Bolivie et le Pérou, la construction d’un gigantesque mur qui est censé empêché l’arrivée illégale de tout migrant. L’armée sera chargée de surveiller ce mur. Depuis l’aveu que l’expulsion de 340 000 personnes sera impossible, Kast et son gouvernement ne parlent plus trop de ce mur. Mais sa construction se poursuit, il va couter très cher, mais l’argent public dépensé à cette occasion ne sera pas perdu pour tout le monde.
Le bilan des réalisations des promesses de campagne est finalement proche de zéro. Par contre, les Chiliens ont découvert tout un arsenal de mesures qui n’étaient pas dans le catalogue de campagne.
La première mesure qui a choqué a été la suppression dès le mois de mars du système de régularisation du prix des carburants. En plein blocage du détroit d’Ormuz, les prix du carburant ont explosé à la pompe. Les répercussions sont immédiates pour tous : sur le prix des transports en bus ou en car (il y a très peu de train), sur les prix des marchandises qui ne circulent quasiment uniquement que par transport routier. Mais le ministre des Finances, Jorge Quiros, était heureux : il avait réalisé pour l’État une belle économie dans un programme qui avait un but social évident.
Une autre mesure a été d’exiger des bénéficiaires du CAE (Crédit avec l’aval de l’État) qui avaient des retards dans les paiements de rembourser sur le champ. La trésorerie publique n’a pas eu de difficulté morale ou technique pour lever le secret bancaire et saisir l’ensemble des fonds des retardataires. Ce CAE avait été mis en place par un gouvernement de centre-gauche pour éviter de rendre les universités gratuites ou financer des bourses. Les banques ont été les grandes bénéficiaires de ce CAE puisqu’elles étaient toujours payé : soit par celui qui avait souscrit un prêt pour financer ses études, soit par l’État qui était garant et ne trainait pas à dédommager les banques en cas d’insolvabilité du jeune emprunteur.
Surtout, Quiros qui est considéré comme le ministre ayant le plus d’influence, a présenté en avril sa « mega reforma ». Elle contient plus d’une quarantaine de mesures très différentes mais dont l’axe central est le transfert massif des richesses vers les hyper riches. Des économistes ont calculé que 20 % des avantages financiers ou fiscaux de cette méga réforme allaient revenir à 99 % de la population, 30 % aux 0,99 % les plus riches et 50 % aux 0,01 % d’hyper riches.
Le taux d’imposition des entreprises va baisser de 27 à 23 %. La taxe foncière va être supprimée pour les plus de 65 ans. Cette suppression de la taxe foncière va mettre en difficulté les communes, principales bénéficiaires de cet impôt. Les hyper riches qui avaient évadé leurs capitaux du Chili pour ne pas payer d’impôts vont bénéficier d’un avantage fiscal s’ils les rapatrient : double bénéfice, à la sortie puis à la rentrée des capitaux. La TVA est suspendue pour tout achat de logement neuf. Retrait du projet des discussions sociales par branche : les négociations entre les syndicats de salariés et le patronat resteront au niveau des entreprises. Flexibilisation des réglementations sur les conditions de travail. Suppression de législations contraignantes pour la construction immobilière. Etc.,etc.
Quasi toutes les mesures vont dans le sens d’une aggravation du déficit en réduisant les recettes de l’État, alors que l’objectif du gouvernement est de revenir à l’équilibre budgétaire. Même le ministre des Finances n’annonce pas un rétablissement à l’équilibre avant 2031.
Parallèlement, le ministre des Finances a exigé que tous les ministères réduisent immédiatement leurs dépenses de 3 %, ce qui touche là encore directement les communes. Il a décidé que 142 programmes, sociaux ou culturels, allaient être purement et simplement supprimés, et 260 autres allaient voir leurs budgets réduits de 15 %. La liste de ces programmes a été tenue secrète. Mais on a pu savoir que le programme d’aide alimentaire dans les cantines pour les écoliers les plus pauvres allait disparaitre.
La droite mène en même temps une campagne permanente contre la compagnie nationale CODELCO, première entreprise mondiale de production de cuivre. CODELCO, c’est le portefeuille du Chili, son poumon financier. CODELCO représente le tiers des exportations du Chili. La droite voudrait la privatiser ce que même Pinochet n’avait pas osé faire.
Le transfert des richesses au profit de la classe capitaliste va être colossal, dans un pays qui détient déjà des records d’inégalité sociale. L’État va être fragilisé et les communes affaiblies financièrement. Le bilan des premiers mois de l’extrême droite au pouvoir au Chili est finalement assez simple. Elle n’a rien fait concernant ce sur quoi elle a été élue, l’insécurité et l’immigration. Par contre, elle met en œuvre tout un programme économique et social ultralibéral dont elle n’avait dit mot pendant toute la campagne électorale, programme dont sont victimes 99 % des Chiliens.
Pierre Capanera
collectif Amérique latine et Caraïbes
jeudi 25 juin 2026
Canicule : face à l’urgence climatique, l’inaction du pouvoir est criminelle
49 départements en vigilance rouge, plus de 40° C par endroits, des écoles fermées, classes à 35° C, des salarié·es exposé·es, des hôpitaux sous tension, des logements invivables : la France étouffe ! Et le gouvernement bricole. Il y a quelques semaines, un jeune de 19 ans mourait d’hyperthermie après avoir travaillé toute une journée sur un toit.
Depuis des décennies, depuis les alertes répétées des scientifiques, depuis les rapports du GIEC, tout est connu. Comme le rappelle Valérie Masson-Delmotte : gouverner, c’est prévoir. Or Emmanuel Macron n’a rien prévu à la hauteur. Il a poursuivi les choix capitalistes qui aggravent la crise : austérité contre les collectivités, abandon des services publics, recul de la rénovation thermique, soutien aux grands pollueurs, cadeaux au capital et aux plus riches.
La canicule est aussi une violence de classe. On ne suffoque pas de la même manière dans un bureau climatisé, une résidence secondaire ou un appartement passoire thermique, sur un chantier, dans une cuisine, un entrepôt, une classe à 35 °C ou un EHPAD sous-doté. Les riches ne meurent pas sous la chaleur. Ce sont les enfants, les personnes âgées, les travailleurs, les précaires, les quartiers populaires qui paient le prix de l’inaction.
Le PCF appelle à des mesures immédiates : arrêt automatique du travail à partir de seuils de température nationaux, climatisation des écoles, hôpitaux et EHPAD, ouverture de lieux de fraîcheur à commencer par les bâtiments publics climatisés, gratuité de l’eau lors des pics et des transports publics en amont des pics, soutien massif aux communes. Une fois encore, comme lors de la crise du COVID, l’impréparation du pouvoir place les maires et les agents publics en première ligne sans les moyens financiers et humains nécessaires.
Mais l’urgence impose surtout de changer de cap. Il faut un grand plan national de rénovation des logements et des bâtiments publics (voir notre déclaration : Il faut un plan Marshall pour l’isolation des bâtiments !), de végétalisation des villes, de désimperméabilisation, de développement des transports publics, de sortie des énergies fossiles et de relocalisation industrielle, le déploiement massif de réseaux de froid urbains. C’est le sens du plan climat du PCF, Empreinte 2050 : planifier, financer, produire autrement, dans la justice sociale.
Assez de discours. Il faut arracher l’écologie des mains du capital et mettre la puissance publique au service de la vie.
Paris, le 22 juin 2026
mercredi 24 juin 2026
Il faut un plan Marshall pour l’isolation des bâtiments !
Une semaine après une première canicule au mois de mai, et juste avant la canicule historique que nous vivons en ce mois de juin, le gouvernement n’a rien trouvé de mieux que supprimer 462 millions de crédits pour l’isolation des bâtiments (300 millions enlevés à MaPrimeRenov, 162 millions au Fonds Vert). Cette décision est totalement irresponsable alors que la canicule actuelle met en lumière le retard dramatique qu’a pris la France dans l’isolation des ces bâtiments. Isolation qui est indispensable pour mieux se protéger des canicules.
Le budget de l’ANAH avec 4 milliards est totalement insuffisant pour répondre à la demande de rénovation des logements privés : le financement est assuré en 2026 pour 120 000 rénovations d’ampleur alors que la demande va excéder 300 000 rénovations.
Le Fonds Vert consacré pour l’essentiel à la rénovation des bâtiments publics est réduit à la portion congrue. 673 millions en 2026, un budget divisé par 4 par rapport aux 2,5 milliards de 2024.
Et pour la rénovation des logements sociaux, c’est encore pire. 0 euro de budget de l’Etat en 2026 alors qu’il y a eu jusqu’à 400 millions certaines années.
De tels choix sont dangereux et irresponsables. Il faut investir beaucoup beaucoup plus. Il faut un Plan Marshall pour la rénovation des bâtiments en France, avec 20 milliards par an, dont 12 milliards pour l’habitat privé (pour rénover 700 000 logements par an), 5 milliards pour les bâtiments publics et 3 milliards pour les logements sociaux.
Le PCF propose que l’Agence Nationale pour l’Amélioration de l’Habitat, soit l’organisme le plus compétent en la matière rassemble l’ensemble de ces financements, et que les moyens lui soient accordés pour qu’elle puisse investir 20 milliards par an, via deux grandes mesures :
- Un changement de statut de l’ANAH, de l’EPA en EPIC, pour lui permettre de lever de l’emprunt, à l’image de la Société des Grands Projets. Cela permettrait de doubler à court terme le niveau d’investissement sur la base de ses ressources actuelles. Il faut investir massivement pour l’isolation des bâtiments d’ici 2050. Cela a du sens d’emprunter au long terme pour financer ce grand chantier de cette première moitié de 21e siècle.
- L’affectation de nouvelles recettes dédiées à l’ANAH à hauteur de 5 milliards d’euros. 3 milliards d’euros en créant des DMTO additionnels pour les résidences secondaires (comme en Allemagne, en Italie ou au Royaume-Uni) et 2 milliards par an via une taxe additionnelle sur l’immobilier de bureaux, en particulier dans les zones très attractives comme Paris.
Il y a urgence à accélérer massivement les investissements pour l’isolation des bâtiments. Pour le climat, pour économiser l’énergie et pour sauver les milliers de vies menacées par les canicules.
Paris, le 22 juin 2026
Parti communiste français
mardi 23 juin 2026
Grenoble. Les inspecteurs du travail en lutte contre la répression syndicale
Une centaine de personnes se sont rassemblées ce jeudi 18 juin devant les locaux de la Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités.
Un rassemblement s’était déjà tenu le 27 mai dernier devant le commissariat de police de Grenoble tandis que Pierre et Benoit, deux inspecteurs du travail militants syndicaux de Sud Travail Affaires sociales et représentants du personnel à la F3SCT, étaient auditionnés par la police. Leur tort : ils se seraient rendus coupables de harcèlement vis-à-vis d’une supérieure hiérarchique, responsable d’unité de contrôle (RUC). Il s’agit d’une procédure bâillon et de représailles pour les syndicalistes puisque cette même responsable, avait elle-même fait l’objet d’un signalement pour harcèlement moral en décembre 2024. Ce signalement a depuis été enterré par la hiérarchie.
Procédure bâillon
Cette situation n’est pas un cas isolé et s’inscrit au contraire dans le contexte de conditions de travail très dégradées pour les inspecteurs du travail, pourtant eux-mêmes garants des conditions de travail des salariés du privé. L’intersyndicale CGT, SUD, CNT et FSU appelait donc au rassemblement ce 18 juin à Grenoble et Paris pour soutenir Benoit et Pierre, victimes de répression syndicale, mais aussi pour dénoncer la situation générale dégradée au ministère du Travail, de l’emploi et des solidarités, une F3SCT (formation spécialisée en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail) ministérielle se tenant ce jour.

Car un rapport a été remis au ministère le 18 décembre dernier par le cabinet indépendant APTEIS, qui confirme qu’il est devenu difficile de travailler dans ce ministère et que « l’organisation du travail des agents […] est génératrice de risques psychosociaux ». Cela n’est certainement pas gratuit mais plutôt cohérent avec la volonté politique plus ou moins avouée depuis plusieurs années d’empêcher l’inspection du travail d’assurer sa mission, à savoir faire respecter le droit du travail. Baisse de 10% des effectifs depuis 10 ans (1800 inspecteurs pour 21 millions de salariés), restriction des prérogatives et mise sous tutelle des DDETS par les préfectures, les actes ne manquent pas pour neutraliser l’inspection du travail.
Un Premier ministre en soutien à la violation de la loi
Et violer le Code du travail ne semble plus relever de l’infraction selon le gouvernement. Le 1er mai en a été une édifiante illustration cette année. Alors que les inspecteurs du travail de l’Isère s’étaient déjà réunis le 27 avril devant la DDETS pour dénoncer l’obstruction de leur hiérarchie à leur action pour faire respecter la législation sur le 1er mai, le Premier ministre Lecornu s’était permis d’assurer de son soutien par téléphone un boulanger du nord-Isère. Celui-ci venait de contrevenir au Code du travail et d’être contrôlé par un inspecteur suite à l’ouverture illégale de son commerce.
Plus d’une centaine de personnes étaient présentes ce jeudi, avec des participants venus de nombreux départements en soutien de Benoit et Pierre et pour refuser le sort qui est fait aux inspecteurs, à l’institution et ses missions. Les interventions se sont succédées, notamment pour rappeler que le cas de la DDETS de l’Isère s’inscrit dans un contexte d’intimidation et de répression de l’action syndicale de plus en plus systématiques. Ainsi, Nicolas Benoit, secrétaire de l’UD CGT, établit le lien avec le cas du groupe SEB, implanté à Vienne, qui, en plus de sanctionner une représentante syndicale qui a mis en évidence l’exposition et la pollution aux PFAS, attaque la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet et le sénateur communiste Fabien Gay pour avoir dénoncé cette répression syndicale.

Mais concernant l’inspection du travail, l’enjeu prend une importance toute particulière. Lorsque les inspecteurs du travail ne peuvent plus accomplir leur mission, ce sont les droits de l’ensemble des salariés qui sont menacés. C’était le thème de l’intervention de David Majewski, de la CGT STMicroeletronics à Crolles, qui rappelait combien l’appui de l’inspection du travail avait été indispensable à leurs combats menés face à une direction obtuse.
La détermination des agents du ministère du travail est forte, et malgré les obstacles dressés par le gouvernement et leur hiérarchie, il est certain que cette lutte va se poursuivre.
lundi 22 juin 2026
CHU Grenoble Alpes. « Danger imminent » : les agents de la stérilisation en grève
Dénonçant le sous-effectif et le manque de reconnaissance, le personnel de la stérilisation du CHU Grenoble Alpes était en grève ce vendredi 19 juin, à l'appel de la CGT. Rassemblés devant la pavillon Dauphiné - avant d'être reçus en délégation par la direction - en fin de matinée, les agents réclament notamment des recrutements immédiats, le passage en catégorie B de la fonction publique, de meilleures conditions de travail et une revalorisation salariale.
« Notre service, pourtant indispensable à la prise en charge des patients, est en souffrance. Notre santé est en danger. » Les mots, prononcés au micro lors du rassemblement organisé devant le pavillon Dauphiné du CHU Grenoble Alpes (CHUGA), sont forts. Ils traduisent l’ampleur du malaise ressenti par l’équipe de la stérilisation, en grève ce vendredi 19 juin, à l’appel de la CGT. Des agents qui n’hésitent pas à parler de « danger imminent », pour eux comme pour les patients.

En cause principalement, le sous-effectif. « La direction nous promet de recruter six agents mais ce n’est pas assez. Il en faudrait au moins dix ou onze », indique Cynthia, ouvrière professionnelle (OP) à la stérilisation depuis treize ans, qui travaille sur le poste du gravage. « Un poste à part du processus de stérilisation, explique-t-elle. On s’occupe de la création, la modification des boîtes de chirurgie, et aussi de tracer chaque instrument dans les boîtes. »
« Les agents sont épuisés, moralement et physiquement »
Aujourd’hui, tous ou presque affirment prendre en charge des missions supplémentaires sans aucune contrepartie. « Les agents sont épuisés, moralement et physiquement, ce qui entraîne de nombreux arrêts et accidents de travail », observe une agente au micro. « Des non-renouvellements de contrats de travail, des démissions ou des mutations dans d’autres services ont diminué l’effectif présent en poste. »

Quant à l’absentéisme, celui-ci concerne « un tiers des agents ces douze derniers mois », précise-t-elle. En outre, « les personnels absents ne sont pas remplacés ». D’où une surcharge de travail et d’activité quasi généralisée. « Nous sommes régulièrement sollicités pour occuper plusieurs postes dans la même journée », ajoute la même agente.
« On prend des responsabilités qu’on ne devrait pas assumer avec le salaire qu’on a. »
Un constat que fait également Cynthia, à son poste de gravage. « On nous a sollicités il y a deux ans pour prendre des missions en plus que les IBOD (infirmières de bloc opératoire), elles, effectuent depuis des années. Du coup, on est OP et on fait fonction d’IBOD, mais sans salaire d’IBOD », déplore-t-elle.

Idem pour les agents du processus, qui sont ouvriers professionnels ou agents d’entretien qualifiés (AEQ). « Anciennement, la recomposition des boîtes de chirurgie était effectuée par des IBOD. Elles ont été remplacées petit à petit par des aide-soignantes, puis par des OP et AEQ », raconte Cynthia. Pour tout cela, ces derniers n’ont eu ni reconnaissance ni revalorisation salariale. Pourtant, « on prend des responsabilités qu’on ne devrait pas assumer avec le salaire qu’on a », confie l’agente.
Recrutements immédiats et reconnaissance de la pénibilité
La reconnaissance devrait aussi porter sur la « pénibilité », estime Cynthia. « Parce que notre travail est physique. Il y a de plus en plus de procédures, de plus en plus de traçabilité. » Sa collègue précitée ne dit pas autre chose : « Les gestes répétitifs ainsi que le port de charges lourdes sont le quotidien de notre travail. C’est d’autant plus difficile avec l’augmentation d’activité et majoré par l’absentéisme non remplacé. »

Dès lors, que revendique le personnel de la stérilisation ? En priorité « des recrutements immédiats à hauteur réelle des besoins actuels et anticipés ». Indispensable, selon Cynthia, qui souhaite simplement « un effectif suffisant pour toute la hausse d’activité qu’on a eue ». « Normalement, on est 54 — soit 51,8 équivalents temps plein (ETP) — mais au final, avec tous les arrêts, on se retrouve à 46, constate-t-elle. Donc on est déjà en sous-effectif. »

Côté salaire, les agents réclament « une prime exceptionnelle pour tout ce qu’on a vécu depuis un an ». Cependant, toute augmentation est limitée, fonction publique oblige, par leur statut — en l’occurrence catégorie C. Les OP et les AEQ demandent donc le passage en catégorie B. Ce qui entraînerait automatiquement une revalorisation salariale.
Un « point bloquant » sur le nombre de recrutements
Ces différentes revendications ont été soumises par la délégation reçue, après le rassemblement, par la direction de l’hôpital. Laquelle n’a pas encore fourni d’engagements écrits, promettant de le faire au terme d’un délai de quinze jours. « Le point bloquant, c’est le nombre de postes à recruter », rapporte Sandra Coulouvrat, trésorière de la CGT CHUGA et membre de la délégation. La direction reste ainsi sur sa proposition de six recrutements, loin de la grosse dizaine exigée par les grévistes.

La rencontre a néanmoins donné lieu à quelques avancées. Concernant l’évolution de carrière, « un concours sera ouvert aux AEQ pour passer OP, au premier trimestre 2027. Et la direction s’engage pour passer les OP2 en première catégorie », se félicite la représentante syndicale. Autre motif de satisfaction, la proposition d’externaliser une partie de la production, envisagée par le CHU, est finalement repoussée sine die.
Des avancées sur l’évolution de carrière, moins sur les salaires
En revanche, « ils sont très frileux à propos de la revalorisation salariale », regrette Sandra Coulouvrat. Sans surprise, la direction botte en touche et reporte toute la responsabilité sur l’État. Et pour le changement de statut de la fonction publique, « elle s’engage simplement à appuyer le dossier des agents ».

Maintenant, les agents de la stérilisation vont attendre les engagements écrits promis sous quinze jours. « On refera le point après », annonce la syndicaliste CGT. « Nous, soignants, travailleurs sociaux, citoyens, on se mobilise pour leur dire que ça suffit », lance Damien Bagnis, secrétaire de l’union syndicale départementale CGT santé et action sociale, en clôture du rassemblement. « Car on n’aura jamais, jamais, jamais d’argent si on ne se mobilise pas tous ensemble. Toutes les professions ! »



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