vendredi 17 avril 2026

Radicalisation à droite, impuissance à gauche : le piège se referme – par Roger Martelli


 Derrière les chiffres d’une enquête Ipsos-BVA, une tendance lourde se confirme : la radicalité progresse, mais surtout à droite. Fragmentée et sans stratégie majoritaire, la gauche regarde le rapport de force se dégrader sans parvenir à l’inverser.

Ipsos-BVA publie une vaste enquête électorale, quelques semaines après la séquence des élections municipales. On ne redira jamais assez qu’un sondage ne prédit rien et que la politique en général ne relève pas de la fatalité. Cela n’empêche pas que ce sondage-là, à côté de quelques autres, n’est pas particulièrement réjouissant.

Au lendemain des municipales, le RN apparaît comme le grand gagnant des élections : 74% des personnes interrogées estiment qu’il s’est renforcé, loin devant LFI (40%) et LR (38%). Le constat sans surprise s’inscrit dans un paysage politique à la fois éclaté et polarisé, où l’intérêt très fort pour la présidentielle à venir coexiste avec une tendance lourde à l’abstention.

Le dualisme de la droite et de la gauche persiste, bien sûr. Il est courant de se situer soi-même sur l’axe gauche-droite, et la position choisie influence significativement la direction des votes. Mais, depuis quelques décennies, la persistance s’accompagne d’un détachement très fort à l’égard des forces qui ont fait vivre le clivage des deux côtés. La polarité travaille désormais à l’intérieur des deux grandes familles. La tendance, nous redit le sondage, est à une radicalisation qui se révèle à nous par la combinaison de plusieurs indices1.

Le premier est celui du classique auto-positionnement sur l’axe gauche-droite : 21,5% des Français se diraient « très à gauche » ou « très à droite ». Le parallèle est d’emblée déséquilibré : 6% à l’extrémité gauche, 15,5% à l’extrémité droite, soit en tout 5 points de plus qu’en 2021. Dans Le Monde, Gilles Finchelstein complète le tableau par les déclarations de sympathie partisane. La France insoumise et le RN recueillent respectivement 7,5% et 22,5% de sympathies. Si on y ajoute les formations « extrêmes » des deux côtés (Finchelstein n’y adjoint pas le PCF), on obtient 9% pour la gauche « radicale » et 26,5% pour l’extrême droite. Total des « extrêmes » : 35,5%. C’est une minorité, mais c’est elle qui est en dynamique et celle-ci, pour l’instant, joue en faveur du côté droit.

La radicalité n’est pas seulement dans la position sur un axe idéologique ou partisan. Elle se repère directement dans un rapport aux notions structurantes. Par exemple celle de « radicalité » (y en a-t-il trop ou pas assez  ?) ou celle de « compromis » ou de « fidélité aux principes ». Qu’attend-on des personnalités qui concourent à l’élection ? Qu’elles acceptent de faire des compromis ou qu’elles restent fidèles à leurs principes ?

La radicalité – qui est associée à l’excès dans le vocabulaire courant – n’est approuvée qu’à 37%. Elle est minoritaire dans tous les espaces de sympathie partisane, sauf trois : tout juste majoritaire (51%) chez les proches de LFI, plus nettement du côté de Reconquête (59%) et du RN (56%). Il y a de la radicalité, mais qui s’exprime plus fortement à l’extrême-droite que dans la gauche dite pourtant « radicale ».

Il en est de même pour l’opposition du « compromis » et de la « fidélité aux principes». Le premier terme est certes majoritaire (choisi par 55% des interrogés) ; mais, trop souvent associé à la « compromission » – il est en forte baisse sur une année (-9%). La fidélité aux principes attire plus que la radicalité, mais le compromis est majoritaire partout, y compris chez les sympathisants LFI (54%). Il n’y a que deux ensembles où il est minoritaire : chez les proches de Reconquête (21%) et du RN (38%), ni même chez ceux de LR (47%). La radicalité et le dédain du compromis sont plus marqués à droite qu’à gauche. Le RN se dédiabolise, mais ne perd pas de son tranchant et de son image d’alternative attractive ; LFI clive, mais n’annihile pas le besoin de consensus.

Enfin, le sondage pousse les feux sur le rapport à la société : faut-il la laisser en l’état, l’aménager à la marge, la changer en profondeur ou la changer radicalement ? Les réponses sont sans appel : une minuscule fraction ne veut rien changer, une plus grande (22%) veut changer radicalement, 27% préfèrent aménager et 50% demandent des changements profonds. Et, une fois de plus, les pourcentages les plus élevés du côté de la radicalité se repèrent chez les proches de Reconquête (54%), du RN (44%) et, loin derrière, de LFI (24%). On ne croit plus guère aux changements cosmétiques, mais la radicalité du changement se trouve plus chez les « très à droite » que chez les « très à gauche ».

Dès lors, comment s’étonner de la dispersion, non des votes eux-mêmes – ils ne sont pas testés – mais des probabilités de vote ? Le pourcentage des votes « plutôt et très probables » va de 36% pour le RN à 12% pour Renaissance. Quant à la gauche, elle plafonne à 19% pour le PS, 17% pour les écolos et 14% pour LFI.

Rebelote pour la satisfaction en cas d’accession à la présidence de la République… On se réjouirait de l’élection du tandem Bardella-Le Pen (36 et 33% de satisfaits), suivi de Philippe (26%) et des autres ténors de la droite. On le serait moins de la gauche : Glucksmann est le premier à gauche (16%) ; Roussel, Mélenchon et Faure sont en queue de peloton. D’un côté, une extrême droite en tête, mais qui rebute une majorité de votants ; de l’autre, une gauche fragmentée qui ne séduit pas et qui suscite de l’hostilité, en particulier envers Mélenchon (81% de mécontents s’il accédait au pouvoir).

Où en est-on au bout du compte ? La crise profonde que nous vivons interdit le choix de l’immobilité, les demi-mesures et les faux-semblants. Le mariage de la carpe et du lapin, celui du social et du libéralisme, a failli tuer la gauche au temps du quinquennat Hollande. Le « et de gauche, et de droite » du macronisme a épuisé le centre. La course derrière le RN est en train de faire exploser la droite. L’extrême droite tient donc la corde, parce qu’elle se repaît des désastres de la droite et de la gauche et parce qu’elle est dans l’air du temps. Elle n’a pas encore gagné la partie, mais elle menace.

Pendant ce temps-là, que fait la gauche ? Elle nous rejoue le grand air des gauches irréconciliables. Comme si une seule gauche pouvait occuper l’espace de toutes les gauches. Comme si c’était suffisant qu’une organisation ou une personnalité de gauche soit en tête pour qu’elle rallie ensuite tout le monde derrière elle. La gauche éparpillée et même la gauche dualisée laissent toute la gauche dans le maigre espace qui est le sien depuis 2017. Elle peut au mieux engranger des forces pour la suite ; elle n’a aucune chance de gagner.

La radicalité qui clive et qui exclut ne peut espérer atteindre la majorité, ni à court ni à long terme. Mais la gauche qui compose au nom du compromis ne crée pas de dynamique populaire et finit pas noyer le réalisme dans la compromission et les abandons. Une gauche dans cet état laisse le terrain à une droite qui présente le double visage d’être ultra-majoritaire et radicalisée vers son côté extrême. La France pourrait dès lors se trouver dans une situation à la hongroise : chez nous aussi, une droite conservatrice pourrait apparaître comme le recours ultime, face à cette négation démocratique que l’on nomme gentiment « illibéralisme ». Philippe en France, comme Magyar en Hongrie ?

Si l’on ne veut pas de cette fausse solution, il n’y a pas aujourd’hui d’autre solution qu’une gauche rassemblée. Le sondage Ipsos confirme que la solution de l’union reste le vœu largement majoritaire du peuple de gauche. Le problème est que ce vœu peut se heurter à la conviction inverse que l’union n’est pas possible et qu’il faut se résoudre à la penser en excluant une de ses composantes. Exclure les insoumis ? Certes, ils sont clivants. Mais, avec Mélenchon, ils ont redynamisé un pan important de la gauche entre 2012 et 2022 ; sans eux, la gauche ne peut pas gagner demain, ni au premier ni au second tour. Rassembler en excluant l’autre gauche, celle des renoncements tenus pour inéluctables ? Autant dire qu’on préfère la victoire du pire, pour éviter celle de la social-démocratie détestée. Or, nous ne sommes plus au temps des controverses à gauche du passé. La droite qui menace de gagner demain n’est pas la droite en général, mais la droite phagocytée par son extrême. Cela mérite d’y réfléchir à deux fois.

Le peuple de gauche veut l’union, mais les forces organisées qui la composent n’en veulent pas et chacune a l’illusion de penser qu’elle va finir par mettre toutes les autres à la raison. La déraison qui en résulte rend pessimiste dans l’immédiat. Mais qui pouvait croire, au printemps de 1934, que la France du Front populaire allait éclore à l’été ? Il n’est jamais trop tard… jusqu’au moment où l’on ne peut plus rien y faire.

Une mobilisation immédiate, massive et déterminée est nécessaire pour maintenir l’espoir, estime le Secours populaire.

La fédération de l’Isère du Secours populaire français appelle à des dons financiers qui peuvent être envoyés au 8 rue des Peupliers, 38100 Grenoble (préciser fonds d’urgence) ou par internet en suivant ce lien.

« Aujourd’hui, l’urgence est extrême. Au Proche-Orient, des populations civiles entières vivent sous les bombes. Des familles sont brisées, des enfants terrorisés. Nous assistons au massacre d’innocents dont des milliers d’enfants. Au Liban, notre partenaire DPNA (Development for People and Nature Association) a dû évacuer ses locaux alors que ses volontaires apportent la solidarité aux victimes civiles. Le Secours populaire français appelle à la solidarité et une mobilisation immédiate, massive, déterminée pour collecter les moyens nécessaires permettant de maintenir l’espoir et de soutenir celles et ceux qui, sur le terrain, tiennent encore », précise l’appel du SPF.

La fédération rappelle que le Secours populaire français s’est forgé dans la résistance française et qu’il appartient dans le monde à un vaste réseau de deux cents partenaires qui refusent la fatalité et agissent, partout, auprès des plus vulnérables. Des origines et des liens qui confèrent une dimension essentielle à l’engagement du Secours populaire en faveur de la solidarité internationale.

 

jeudi 16 avril 2026

Safari pêche du PCF


 

Le Travailleur alpin


 Ce 11 avril, dans le cadre d'une initiative nationale prise par le PCF, l’association Acip-Asado et la section de Grenoble du PCF ont organisé une après-midi de solidarité avec Cuba. Un rassemblement s’est tenu rue Félix Poulat, suivi d’une conférence débat en soirée qui s’est conclue en musique. La solidarité s’organise concrètement avec une campagne nationale du PCF de collecte de dons pour le peuple cubain assiégé.

mercredi 15 avril 2026

Le Travailleur alpin


 Par une matinée pluvieuse de ce lundi 13 avril, les communistes du Voironnais étaient présents pour distribuer aux automobilistes autour de la station-service Total Access, avenue du docteur Valois. Une action organisée dans le cadre de la bataille contre la hausse des prix des carburants.

VICTOIRE ! Le gouvernement renonce à la loi proposé par Gabriel Attal contre le 1er-Mai

VICTOIRE ! Le gouvernement renonce à la loi proposé par Gabriel Attal contre le 1er-Mai grâce à la mobilisation syndicale et celle des parlementaires de gauche rassemblés derrière notre proposition de motion de censure.
Notre communiqué ⬇️
A l’issue des discussions qui ont eu lieu ce jour entre l’intersyndicale et Matignon, le gouvernement a annoncé qu’il abandonnait l’examen du texte banalisant le travail le 1er-Mai imposé par une entourloupe parlementaire du camp macroniste, soutenu par le Rassemblement national. Nous nous félicitons de cette décision qui intervient après la mobilisation sans faille de l’intersyndicale et l’initiative de notre groupe de déposer une motion de censure du gouvernement.
Par nos actions conjuguées, nous obtenons aujourd’hui une victoire majeure : les salariés ne seront pas contraints de travailler en ce seul jour férié et chômé du calendrier d’une part, la France reste fidèle à la mémoire collective des travailleurs, du syndicalisme et du progrès social pour chacun.e d’autre part.

 

mardi 14 avril 2026

LA CGT


 Suite à un courrier des 8 organisations syndicales unies, une première avancée : le gouvernement annonce qu'il n'y aura "pas de passage en force".

Maintenant il faut un acte clair : la CMP de mardi ne doit pas être convoquée.
Continuons à amplifier la mobilisation en signant la pétition !
📣 Si chacun d'entre nous fait signer cette pétition à 2 personnes, on peut atteindre les 100 000 signatures d'ici ce soir. 📣
Il faut maintenir cette pression et agir vite !
La motion de rejet adoptée ce vendredi à l'Assemblée permet en effet au Gouvernement :
- MARDI : de convoquer la commission mixte paritaire (CMP)
- MERCREDI de faire adopter la proposition de loi par l’Assemblée en plénière mercredi
- JEUDI de publier son décret
Ça voudrait dire une ouverture tous azimuts dès ce 1er mai !
Les explications : AlerteSociale.fr

Le maire socialiste de Seyssinet-Pariset se présente comme animateur d’un collectif de maires et d’élus écologistes, communistes,

Guillaume Lissy candidat à la présidence de la métropole de Grenoble.
Le maire socialiste de Seyssinet-Pariset se présente comme animateur d’un collectif de maires et d’élus écologistes, communistes, socialistes et non encartés. Les discussions se poursuivent avec le groupe des élus des « petites communes » pour construire une majorité stable sur la base d’une gouvernance « apaisée et partagée ». Avec un axe central, rapprocher la métropole des citoyens, urbains comme ruraux.
Plus d'infos sur

 

lundi 13 avril 2026

POPULISTE DU JOUR

 

Le gouvernement retourne à l’assaut des jours fériés

Ce vendredi, la proposition de loi autorisant à faire travailler les employés le 1er mai sera débattue à l’Assemblée. L’objectif étant que la loi change dès cette année. Gabriel Attal, chef de file de cette affaire, se la joue populiste et vient au secours des boulangers et des fleuristes « pour qu’ils puissent bosser. Tout simplement. » Car, dit-il, « les boulangers et fleuristes n’ont pas le droit d’ouvrir leur boutique le 1ermai », contrairement aux McDo… Super modèle ! La CGT dénonce le mensonge : le boulanger ou le fleuriste ont parfaitement le droit d’ouvrir leur commerce le 1er mai, ce sont leurs salariés qui bénéficient de ce jour historiquement férié et chômé (dans le monde entier). Le macronisme est un séisme dont on ne sait le nombre de répliques qui nous attendent encore… 

Métropole de Grenoble. Après cinq mois d’occupation, encore près de 80 sans-logis

 

Image principale
Les occupants et les organisations les soutenant ont convié la presse au siège de la Métropole, pour faire le point sur leur situation après presque cinq mois d'occupation.
Les occupants du siège de la Métropole de Grenoble ont de nouveau interpellé les pouvoirs publics, ce vendredi 10 avril, face à la presse. Après quasiment cinq mois d'occupation, près de 80 personnes - sur 150 au départ - dorment encore sur place, dont une trentaine sans solution de relogement. Et plus de 40 qui attendent les clés de leur logement, les travaux conduits par les communes concernées s'éternisant, selon leurs soutiens (DAL, CGT, CNT...). Une situation de plus en plus pesante pour les livreurs à vélo, qui dénoncent par ailleurs leurs conditions de travail, objet d'un récent rapport de Médecins du monde.

« Depuis bientôt cinq mois, les occupantes et occupants ont fait preuve d’énormément de patience. On a mené des mobilisations pacifiques, non-violentes, symboliques, des manifestations, des conférences de presse ; on a interpellé gentiment les communes, le conseil communautaire de la Métropole », rappelle Raphaël Beth, de l’association Droit au logement (DAL). Mais « cette patience a un prix », souligne-t-il au micro. « Un prix qu’il faut nommer : ce sont deux femmes qui ont fait une fausse couche à cause de leur fatigue généralisée, c’est un enfant mort-né en raison de l’épuisement et du stress de la maman, selon le diagnostic du médecin. »

Les occupants ont pris la parole tour à tour pour confier leur dépit et leur ras-le-bol.

Sa voix trahit sa colère, partagée par les militants des différentes organisations (DAL 38UL CGT Grand GrenobleCNT 38…) présents ce vendredi 10 avril, et bien sûr par l’ensemble des occupants du siège de Grenoble Alpes Métropole. Sur les quelque 150 personnes — essentiellement des livreurs à vélo et leurs familles — arrivées dans le bâtiment de la place André-Malraux le 19 novembre dernier, entre 70 et 80 vivent encore ici ou plutôt survivent. Après 142 jours et nuits d’occupation.

En février, déjà une conférence de presse et un ultimatum

Il y a deux mois pourtant, les occupants et leurs soutiens organisaient déjà une conférence de presse, au même endroit, pour fixer un ultimatum aux communes qui fournissent des logements. Ils réclamaient alors la remise des clés de leur habitation avant le 25 février, affirmant qu’il n’existait plus aucun frein administratif à leur relogement depuis le vote d’une délibération-cadre au conseil métropolitain.

Les manifestants sont venus soutenir les livreurs et leurs familles.

Malheureusement, les semaines ont passé, la deadline a expiré et si certaines familles ont pu emménager dans leur nouveau domicile, beaucoup d’autres n’ont pas bougé. D’un côté, estime Raphaël Beth, « la situation a un peu avancé puisque environ 70 personnes ont été relogées dans des bâtiments publics qui allaient rester vides pendant des années »… Et qui le seraient encore sans cette mobilisation. Des édifices « ouverts » par les communes ayant répondu à l’appel lancé en novembre par Christophe Ferrari, président de la Métropole, et Jérôme Rubes (PCF), vice-président chargé de l’habitat et du logement : Grenoble, Échirolles, Saint-Martin-d’Hères, Saint-Égrève, La Tronche, Meylan, Pont-de-Claix, Gières.

Des logements promis depuis décembre mais en travaux

Mais de l’autre côté, cette situation évolue « extrêmement lentement car il reste encore près de 80 personnes pour lesquelles il va falloir trouver des solutions », souligne le militant du DAL 38. Ces occupants ne sont toutefois pas tous logés à la même enseigne. Parmi eux, une trentaine n’ont toujours aucune solution ni perspective de relogement à court terme. En revanche, une quarantaine n’attendent plus que les clés de leur logement — promis depuis décembre — pour en prendre possession.

Sur une banderole, les noms de communes mettant à disposition des logements vacants… et un message à l’intention des autres.

En cause, les travaux entrepris par les communes concernées pour une remise en conformité. Travaux qui « mettent un temps fou à être réalisés », selon Raphaël Beth. Et ce, alors que les militants et occupants ayant visité les logements assurent que ceux-ci étaient « immédiatement habitables. On ne met pas quatre mois pour mettre aux normes une dizaine de bâtiments qui étaient loin d’être vétustes », s’étonne le représentant du DAL.

Des communes volontaires, d’autres aux abonnés absents

Ce dernier évoque également le cas de Grenoble, qui a mis à disposition des logements pour vingt-cinq personnes en février. « Ça nous semble peu dans la mesure où c’est la ville-centre. Et c’est aussi une ville particulière en termes d’engagement des maires : Éric Piolle, dès son premier mandat, avait promis l’application de la loi de réquisition, Laurence Ruffin, dans sa campagne, a mis beaucoup en avant cette revendication, donc nous, maintenant on attend des actes. »

Raphaël Beth, militant du DAL 38.

Outre Grenoble, d’autres communes de l’agglomération auraient les moyens de reloger une partie des trente personnes restantes. Le DAL songe en premier lieu à « Fontaine, qui a une maison vide inoccupée » parfaitement fonctionnelle. « Mais la mairie de Fontaine refuse de prendre en charge », raille Raphaël Beth, sans illusions sur la volonté politique du maire Modem Franck Longo. Idem pour « la mairie de Saint-Martin-le-Vinoux, qui dispose de beaucoup de maisons vacantes » ou pour celle de Gières où l’on trouve « une deuxième maison, très grande ».

Des livreurs « doublement exploités par les plateformes »

Le militant comme les occupants eux-mêmes insistent par ailleurs sur leur statut administratif et leurs conditions de travail. Livreurs à vélo pour la plupart, ce sont « celles et ceux qu’on voit, jours et nuits, livrer les administrations, les hôpitaux, les particuliers, qui font vivre le commerce local — en permettant aux restaurants de survivre — et qui pourtant sont doublement exploités par les plateformes de livraison », précise Raphaël Beth. Et de fustiger l’attitude des Uber Eats et Deliveroo qui « refusent de les salarier, tout en les payant au lance-pierre. Ce qui ne leur permet évidemment pas de se loger par leurs propres moyens. »

Plusieurs livreurs à vélo ont témoigné de leurs très difficiles conditions de travail.

Pour ces plateformes, les livreurs sont censés être en auto-entreprenariat mais « en réalité, c’est une exploitation pure et simple », s’insurge le trésorier de l’association Adali (Association pour les droits et l’accompagnement des livreurs indépendants). Soumis à une pression constante, ne cotisant pas pour la retraite ni pour le chômage, souvent en attente de régularisation, ils sont ainsi « très mal payés », déplore l’orateur au micro, qui pointe les « semaines de 60 heures » pour des salaires généralement inférieurs au Smic horaire.

« On doit également acheter notre vélo qui coûte 1500 euros », abonde un autre livreur et occupant. « Les sacs marqués Deliveroo ou Uber Eats, c’est nous aussi qui devons les payer. Pareil pour les casques, les manteaux, les gants, en hiver… Et quand on tombe malade ou qu’on a un accident du travail, on n’a pas droit aux soins et à l’assurance maladie. Pas non plus de congés payés. »

Un salaire de misère qui en fait la proie des marchands de sommeil

Avec un salaire de misère de « 5,60 euros par heure », les loyers étaient naturellement « inaccessibles », confie l’un des sans-logis. C’est d’ailleurs ce qui en a fait la proie des marchands de sommeil de la Villeneuve, lesquels utilisaient les logements laissés vacants par le bailleur social Actis, conséquence d’un programme de rénovation urbaine toujours en cours. Ce même Actis qui sollicité la préfecture, à l’automne 2025, pour expulser les familles, qui ont ensuite atterri au siège de la Métropole.

La mobilisation ne faiblit pas.

Plusieurs de ces livreurs à vélo ont témoigné de leurs conditions de travail et de leur quotidien auprès de Médecins du monde, qui vient de réaliser un rapport sur le sujet. Intervenant lors du rassemblement, Aimeric Prod’homme, coordinateur au sein de l’association, livre quelques-unes de ses conclusions : « un état de santé qui s’est dégradé depuis le début de leur travail », pour nombre d’entre eux ; « des douleurs fréquentes (dos, épaule, douleurs urinaires à cause du travail sur les vélos toute la journée) » ; « des accidents massifs » — 49 % des livreurs déclarant au moins un accident…

Aimeric Prod’homme, coordinateur à Médecins du monde, qui a réalisé un rapport sur les conditions de travail des livreurs à vélo.

Or, dans ce dernier cas, « se soigner est souvent hors de portée pour les livreurs », poursuit le représentant de Médecins du monde. « Près d’un tiers d’entre eux ont renoncé à des soins au cours de la dernière année. Et 97 % des livreurs déclarent ne pas avoir droit à l’indemnisation par les plateformes lorsqu’ils ont un accident. » Son rapport confirme en outre les propos précités : un temps de travail de « 63 heures par semaine en moyenne, pour un salaire net moyen de 800 euros par mois après déduction des frais obligatoires ».

« Comment est-ce qu’on fait pour rester calme alors que toutes les communes de la métropole n’arrivent pas à héberger rapidement 150 personnes ? »

Pour Aimeric Prod’homme, le constat est clair : « C’est une urgence sociale et une urgence de santé publique. » Médecins du monde demande donc « des mesures concrètes », notamment « garantir l’accès aux droits, à la santé, au travail, à un titre de séjour, à la prévention » (liste non exhaustive)… Et bien sûr à un logement digne et pérenne.

Au premier plan, les vélos et sacs que les livreurs doivent acheter avec leurs propres moyens.

Face à une telle somme d’injustices, le calme et l’organisation affichés par les occupants sont exemplaires, salue Raphaël Beth, admiratif mais néanmoins « écœuré ». Et le militant du DAL de s’interroger, sans se priver de tacler les pouvoirs publics : « Comment est-ce qu’on fait pour rester calme alors que toutes les communes de la métropole n’arrivent pas à héberger rapidement 150 personnes ? 150 personnes sur 350 000 habitants ! »