lundi 17 août 2026
dimanche 16 août 2026
Si tu n’es pas antiraciste, tu es quoi ?
Le suicide de Joris, 21 ans, après des années de harcèlement et d’insultes racistes dénoncées par sa famille, nous bouleverse profondément. Nous adressons à ses proches notre soutien et notre solidarité dans cette épreuve terrible.
La justice devra établir les faits et déterminer les responsabilités. Mais au-delà de ce drame, une réalité nous interpelle : les réactions de certains sur les réseaux sociaux et dans les espaces de commentaires.
Sous les articles de presse et sur les réseaux sociaux, des commentaires se réjouissent, ironisent ou minimisent la mort d'un jeune homme. D'autres relativisent les insultes racistes ou les justifient. Cette absence d'empathie, cette banalisation de la haine et cette déshumanisation ne sont pas de simples dérapages. Elles témoignent d'un climat inquiétant où le racisme se dit plus librement, plus ouvertement, avec le sentiment qu'il est désormais acceptable.
Cette libération de la parole raciste n'est pas le fruit du hasard. Depuis plusieurs années, des responsables politiques, des éditorialistes et certains médias contribuent à banaliser des discours de stigmatisation, à désigner des boucs émissaires et à faire du rejet de l'autre un élément ordinaire du débat public. Lorsque les paroles racistes ne sont plus clairement condamnées, elles finissent par être perçues comme une opinion parmi d'autres.
Le racisme n’est pas une opinion. C’est une idéologie qui nie l’égalité entre les êtres humains. Il détruit des vies, nourrit les discriminations et menace les fondements mêmes de notre République.
L’Histoire nous rappelle que les grandes tragédies ne commencent pas toujours par des actes de violence extrême. Elles commencent souvent par un processus plus insidieux : la désignation d’un « autre », la répétition des préjugés, l’habitude de l’indifférence, puis l’acceptation progressive de l’inacceptable.
Nous refusons cette banalisation. Nous refusons que la souffrance d’une victime puisse devenir un sujet de plaisanterie. Nous refusons que la haine puisse se répandre sans réaction.
Face au racisme, il ne peut y avoir de neutralité. Les responsables politiques, les médias, les plateformes numériques et chaque citoyen ont une responsabilité : celle de ne jamais laisser la haine devenir ordinaire.
La dignité humaine n’est pas négociable. Elle impose de combattre, partout et toujours, le racisme, l’antisémitisme, la haine envers les musulmans, la xénophobie et toutes les formes de rejet de l’autre.
Si tu n’es pas antiraciste, tu es quoi ?
samedi 15 août 2026
Fascisme en France, le grand malentendu
A
u grand jeu des pronostics sur l’avenir politique de la France, en voici un qui écrase la concurrence dans les débats à gauche depuis deux décennies : « Le fascisme ! » — comprendre : nous y allons tout droit. Avec son culte de la police, son obsession sécuritaire et son ciblage des jeunes issus de l’immigration, ces « racailles » à passer « au Kärcher », M. Nicolas Sarkozy avait suscité à la fin des années 2000 moult critiques sur ce thème. Au tournant des années 2015-2016, les attentats islamistes, la psychose à propos des « jeunes radicalisés » et la vague des réfugiés du Proche-Orient ont profondément enraciné dans une partie de la population l’idée d’un « ennemi de l’intérieur » prêt à frapper la République avec la complicité d’une certaine gauche. Un coin supplémentaire a été enfoncé quand le président François Hollande a voulu déchoir les binationaux nés français condamnés pour un « crime constituant une atteinte grave à la vie de la nation ». Avec la répression des mouvements sociaux, la banalisation médiatique de thèmes naguère cantonnés au conservatisme le plus extrême, la progression quasi continue du Rassemblement national (RN) au cours des deux mandats de M. Emmanuel Macron et la bienveillance du patronat vis-à-vis de ce parti, l’hypothèse devient certitude : le fascisme gagne la France.
La référence au régime mussolinien et à l’entre-deux-guerres présente l’indiscutable avantage de frapper les esprits. Elle suppose l’idée d’une bascule autoritaire une fois l’extrême droite parvenue au pouvoir grâce à la capitulation des partis traditionnels, qui ont concédé à l’adversaire le cadre du débat. Il s’agit donc de mobiliser tant qu’il est encore temps en s’appuyant sur l’exemple de luttes antifascistes illustres quoique pas toujours victorieuses. Mais le spectre du fascisme n’occulte-t-il pas un danger moins spectaculaire et beaucoup plus concret ? Celui d’un glissement insensible vers un régime de ségrégation (…)
vendredi 14 août 2026
Si tu n’es pas antiraciste, tu es quoi ?
Le suicide de Joris, 21 ans, après des années de harcèlement et d’insultes racistes dénoncées par sa famille, nous bouleverse profondément. Nous adressons à ses proches notre soutien et notre solidarité dans cette épreuve terrible.
La justice devra établir les faits et déterminer les responsabilités. Mais au-delà de ce drame, une réalité nous interpelle : les réactions de certains sur les réseaux sociaux et dans les espaces de commentaires.
Sous les articles de presse et sur les réseaux sociaux, des commentaires se réjouissent, ironisent ou minimisent la mort d'un jeune homme. D'autres relativisent les insultes racistes ou les justifient. Cette absence d'empathie, cette banalisation de la haine et cette déshumanisation ne sont pas de simples dérapages. Elles témoignent d'un climat inquiétant où le racisme se dit plus librement, plus ouvertement, avec le sentiment qu'il est désormais acceptable.
Cette libération de la parole raciste n'est pas le fruit du hasard. Depuis plusieurs années, des responsables politiques, des éditorialistes et certains médias contribuent à banaliser des discours de stigmatisation, à désigner des boucs émissaires et à faire du rejet de l'autre un élément ordinaire du débat public. Lorsque les paroles racistes ne sont plus clairement condamnées, elles finissent par être perçues comme une opinion parmi d'autres.
Le racisme n’est pas une opinion. C’est une idéologie qui nie l’égalité entre les êtres humains. Il détruit des vies, nourrit les discriminations et menace les fondements mêmes de notre République.
L’Histoire nous rappelle que les grandes tragédies ne commencent pas toujours par des actes de violence extrême. Elles commencent souvent par un processus plus insidieux : la désignation d’un « autre », la répétition des préjugés, l’habitude de l’indifférence, puis l’acceptation progressive de l’inacceptable.
Nous refusons cette banalisation. Nous refusons que la souffrance d’une victime puisse devenir un sujet de plaisanterie. Nous refusons que la haine puisse se répandre sans réaction.
Face au racisme, il ne peut y avoir de neutralité. Les responsables politiques, les médias, les plateformes numériques et chaque citoyen ont une responsabilité : celle de ne jamais laisser la haine devenir ordinaire.
La dignité humaine n’est pas négociable. Elle impose de combattre, partout et toujours, le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, la xénophobie et toutes les formes de rejet de l’autre.
Si tu n’es pas antiraciste, tu es quoi ?
Paris, le 30 juillet 2026
Parti communiste français.
jeudi 13 août 2026
Cuba Si France Infos
Le président de Cuba accuse les États-Unis de vouloir « s’approprier » le pays
mercredi 12 août 2026
La chroniqueuse prorusse de Bolloré, Xenia Fedorova, visée par un arrêté d’expulsion en France, selon le ministère de l’Intérieur
La chroniqueuse prorusse Xenia Fedorova, ancienne patronne de la chaîne d’État russe RT en France et accusée d’être la voix du Kremlin dans des médias français, s’est vue remettre mercredi 29 juillet un arrêté ministériel d’expulsion, a indiqué à l’Agence France-Presse (AFP) la place Beauvau, confirmant une information de Libération.
« Son comportement porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État » et sa présence sur le territoire français « constitue pour ce motif une menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public », selon le quotidien Libération, qui cite l’arrêté ministériel. « En déployant ses narratifs », la chroniqueuse de plusieurs radios et chaînes de télévision dans le giron de Vincent Bolloré « s’inscrit comme un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes » dans le but « de déstabiliser l’ordre public » en France, est-il ajouté.
mardi 11 août 2026
Berlin : face au terrorisme islamiste, défendre partout la liberté et l’égalité
Le Parti communiste français exprime son effroi après l’attentat perpétré samedi soir à Berlin, en marge du Christopher Street Day, l’une des plus importantes Marches des fiertés d’Europe. Une femme a été tuée et 29 personnes ont été blessées, certaines grièvement, après qu’un homme a lancé un véhicule dans la foule et agressé plusieurs personnes à l’arme blanche.
Le PCF adresse ses condoléances à la famille et aux proches de la victime, souhaite un prompt rétablissement aux blessés et exprime toute sa solidarité aux personnes LGBTQIA+ de Berlin, d’Allemagne et d’Europe.
En s’attaquant à une Marche des fiertés, le terroriste a voulu frapper ce qu’elle représente : la liberté d’être soi-même, l’égalité des droits, le refus des LGBT-phobies et de toutes les discriminations. C’est notre conception même de la liberté et de l’émancipation humaine qui était visée.
Les premiers éléments de l’enquête établissent le caractère terroriste de l’attaque. Le suspect, âgé de 21 ans, né à Berlin et de nationalité allemande, était connu des autorités pour sa radicalisation et ses liens avec la mouvance islamiste. Il a été tué dimanche lors d'une opération de police après avoir, selon les autorités allemandes, attaqué les policiers avec une arme blanche.
Le terrorisme islamiste répand la terreur sur toutes et tous et cible aussi les musulmans. Il doit être combattu sans faiblesse. Parce qu’il s’attaque à la démocratie, à la liberté de conscience, aux droits des femmes comme à ceux des personnes LGBT+, il est l’ennemi de toutes les forces d’émancipation. La lutte contre les réseaux terroristes, leur financement, leur propagande et les processus de radicalisation doit mobiliser pleinement les moyens de la police, de la justice et du renseignement, dans le respect de l’État de droit.
Alors que l'extrême droite cherche à exploiter cet attentat pour attiser la haine anti-musulman, notre réponse doit être sans ambiguïté : aucune complaisance envers l’islamisme, aucun amalgame entre terrorisme et islam, aucune complaisance envers le racisme, l’antisémitisme, les LGBT-phobies.
Face à ceux qui veulent imposer la peur et dresser les êtres humains les uns contre les autres, nous faisons le choix de la liberté, de l’égalité, de la fraternité et de l’émancipation.
Le Parti communiste français est aux côtés du peuple allemand et de toutes celles et ceux qui, à Berlin comme partout en Europe, refusent de céder face au terrorisme et à la haine.
Paris, le 27 juillet 2026
Parti communiste français.
lundi 10 août 2026
Fibre Excellence : l’État doit empêcher la liquidation de Tarascon et sauver les deux usines !
Le rejet ce lundi 27 juillet par le tribunal de commerce de Toulouse de l’offre de reprise globale de Fibre Excellence constitue une alerte industrielle majeure pour notre pays.
L’offre portée par Combat Holding prévoyait de maintenir les 670 emplois et l'activité des deux sites de Saint-Gaudens et Tarascon. Elle a été déclarée irrecevable parce que les conditions suspensives nécessaires à sa mise en œuvre n’ont pas été levées. Elles concernaient notamment le prix de l’énergie, l’approvisionnement en bois par l’ONF et les quotas carbone.
Cette situation n'était pas inéluctable.
Depuis des semaines, les salariés et leurs organisations syndicales se mobilisent de manière exemplaire et alertent. Les collectivités territoriales se sont engagées. Un projet de reprise a été construit. Le cabinet Secafi, mandaté par les représentants des salariés, l’avait considéré comme crédible. Dès le 10 juin à l’Assemblée nationale, le député communiste Édouard Bénard avait solennellement averti le gouvernement : sans levée des conditions relevant de la puissance publique, aucune reprise ne pourrait aboutir.
Aujourd’hui, ce risque est devenu réalité.
À Saint-Gaudens, l’apparition à la dernière minute d’un nouvel industriel doit maintenant être mis à profit pour garantir durablement l’avenir du site et de tous ses salariés. Mais à Tarascon, où près de 270 emplois sont directement menacés, la liquidation a été requise. Le PCF refuse qu'une usine et ses salariés soient sacrifiés pour en sauver une autre.
La France ne peut pas prétendre reconquérir sa souveraineté industrielle et laisser disparaître ses deux dernières grandes usines de pâte à papier marchande. Derrière Fibre Excellence, c’est toute une chaîne qui est menacée : travailleurs du bois et de la forêt, transporteurs, sous-traitants, papetiers et projet de renaissance de Chapelle-Darblay. Plus de 10 000 emplois sont concernés.
Le Parti communiste français demande au gouvernement d'agir immédiatement avec l’ensemble des parties prenantes – salariés et syndicats, administrateurs judiciaires, régions, investisseurs et acteurs industriels – avec un objectif : maintenir les deux sites et tous les emplois.
Aucune liquidation ni aucun démantèlement de l'outil industriel de Tarascon ne doivent intervenir. Le gouvernement doit agir ! L'État doit mobiliser tous les moyens financiers et industriels dont il dispose. Si aucune solution privée immédiate ne permet de sauvegarder Tarascon, une prise de participation publique, pouvant aller jusqu'à une maîtrise publique du site, doit être mise sur la table afin de préserver les emplois, les compétences et les machines et de construire une solution industrielle.
Il faut également sécuriser durablement l’avenir de la filière, notamment par un prix de l’énergie compatible avec la production industrielle française.
La souveraineté industrielle n'est pas un slogan. Elle impose de sauver les usines quand elles sont menacées.
Le PCF apporte son soutien total aux salariés de Tarascon et de Saint-Gaudens, qui occupent leurs usines pour défendre leur travail et leur outil de production.
Pas une usine ne doit fermer. Pas un emploi ne doit disparaître. Fibre Excellence doit vivre.
Paris, le 27 juillet 2026
Parti communiste français
dimanche 9 août 2026
Incendies en Gironde et dans les Landes : face au désastre, faisons vivre la solidarité nationale
Le Parti communiste français exprime à nouveau toute sa solidarité avec les populations touchées par les violents incendies qui frappent la Gironde et les Landes, comme avec celles confrontées aux feux dans d’autres départements. Nous adressons notre soutien aux personnes évacuées ou ayant perdu leur logement, leur véhicule ou leurs biens, ainsi qu’aux sapeurs-pompiers, personnels des services publics, bénévoles et habitantes et habitants mobilisés.
Dans cette situation dramatique, le PCF salue l’initiative du Secours populaire français, dont les bénévoles sont engagés auprès des populations sinistrées, parfois alors qu’ils sont eux-mêmes directement touchés par les incendies.
Le Secours populaire a lancé hier un appel national aux dons financiers afin de répondre aux besoins immédiats mais aussi d’accompagner les familles dans la durée.
Le PCF appelle nos concitoyennes et concitoyens qui le peuvent, à participer à cet élan de solidarité.
Il appelle également ses militantes et militants, dans toute la France, à organiser la collecte de dons pour venir en aide aux familles localement.
Comme à chaque drame, la solidarité s’exprimera aussi à travers les collectivités qui peuvent apporter une aide financière auprès des communes touchées. Les villes à direction communiste y participeront.
Mais la solidarité ne peut reposer sur la seule générosité populaire. L’État également doit prendre toute sa part à l’effort financier nécessaire. Le PCF appelle à la mobilisation rapide de moyens publics exceptionnels pour venir en aide aux sinistrés, soutenir les communes touchées et les associations engagées sur le terrain, réparer les équipements détruits et permettre la reconstruction des logements et des activités. Les assurances devront répondre présentes et agir sans tarder en déployant rapidement des moyens humains pour venir en aide à leurs assurés et débloquer au plus vite les fonds nécessaires.
Cette mobilisation devra se poursuivre une fois les flammes éteintes. Pour de nombreuses familles, les conséquences matérielles, sociales et psychologiques de ces incendies dureront des mois. Comme à chaque fois les plus vulnérables qui ont vu leur biens dégradés ou détruits seront les plus démunis pour affronter un tel drame.
Aucune famille ne doit être laissée seule face aux pertes subies et aux démarches à accomplir.
Face aux catastrophes, la République doit garantir une solidarité nationale à la hauteur des besoins. Aux côtés de l’action indispensable des services publics, la solidarité populaire rappelle une nouvelle fois la réactivité de nos concitoyens et leur générosité à l’égard des victimes et des plus vulnérables.
Paris, le 27 juillet 2026
Parti communiste français.
samedi 8 août 2026
Pedro Sanchez, rouge malgré lui
Huit ans que Pedro Sánchez, le dirigeant socialiste, gouverne l’Espagne, en coalition « forcée » avec la gauche radicale. Malgré sa majorité parlementaire de trois sièges, il s’impose en Espagne et parmi les opposants au trumpisme. Retour sur le parcours chaotique d’un social-libéral devenu leader mondial de la gauche.
Si l’on vous dit que Pedro Sánchez, c’est tout comme François Hollande, on pourrait trouver ça incongru. Et pourtant… Les deux sont des socialistes, construits par la tendance plutôt libérale de leur parti. Ils souhaitent une société qui s’adapte au marché. Sur le papier, l’élection de l’un comme de l’autre aurait dû mener à la même politique. Mais les circonstances de leur élection divergent, tout comme leur pratique du pouvoir. En ce qui concerne Pedro Sánchez, sa conquête du pouvoir aura été un chemin de croix, où il fut question de choix entre gauche et droite, d’alliances de circonstance et de rapports de force. Une idée contient son parcours politique : seul, il ne peut rien ; avec la droite, il ne peut rien ; reste la gauche…
Pedro Sánchez, dit « Pedro el Guapo » (« le beau Pedro »), a déjà connu cinq élections générales. Deux de perdues, en 2015 et 2016, face au leader du Parti Populaire (PP) de droite conservatrice Mariano Rajoy. Le Parti socialiste espagnol (PSOE) souffrait alors de l’irruption dans le paysage politique du parti issu du mouvement des indignés, le très à gauche Podemos. On parlait alors de « la fin du bipartisme ». Au printemps 2018, alors que le gouvernement s’enfonce dans la crise catalane et dans les affaires, une motion de censure renverse Mariano Rajoy. Pedro Sánchez s’immisce dans la brèche et, par 180 voix contre 169, est investi président du gouvernement. Un gouvernement socialiste et… impuissant. Pedro Sánchez n’aura pas droit à l’état de grâce qui touche habituellement les dirigeants fraîchement élus. En lieu et place : un bourbier sans nom.
Tout ce qu’a fait Pedro Sánchez est lié aux circonstances. Il n’a pas eu d’autre choix que de gouverner avec la gauche radicale. Son socialisme modéré s’est radicalisé à l’épreuve du réel.
Deux événements vont alors marquer l’esprit de Pedro Sánchez. Les élections du parlement andalou en décembre 2018 : la gauche perd cette région autonome au profit d’une droite soutenue par Vox, le tout nouveau parti d’extrême droite. Puis, en février 2019, toute la droite et l’extrême droite organisent une grande manifestation à Madrid pour « l’unité de l’Espagne ». À l’époque, Pedro Sánchez comprend deux choses : le renouvellement d’une relation pacifiée entre Madrid et Barcelone sera centrale car, sinon, le danger est de voir les nostalgiques du franquisme recouvrir le pouvoir.
Un candidat qui penche au centre
Pedro Sánchez sent les choses et aime les paris. Son premier budget vient d’être rejeté par les députés, aussi déclenche-t-il des élections anticipées, en avril 2019, avec l’espoir d’y voir se dégager une majorité. 75% de participation : l’enjeu a été compris. Le PP se dote d’un jeune candidat, Pablo Casado, pour tenter de remonter la pente, mais son électorat s’éparpille entre son allié centriste (Ciudadanos) et Vox. Le PP y perd la moitié de ses députés. La voie semble libre pour Pedro Sánchez, d’autant que Podemos est rongé par les querelles internes. Pour autant, le PSOE n’y arrive pas. Il arrive en tête, mais il hésite. Il ne sait vers quel côté de l’échiquier se tourner pour trouver des alliés. Incapable de construire le moindre compromis et donc sans majorité… c’est l’échec.
Le pays est en ébullition. L’extrême droite (mais aussi une bonne partie de la droite) s’insurge contre l’exhumation de la dépouille du dictateur Franco de son mausolée. Les dirigeants catalans, impliqués dans le référendum sur l’indépendance de la Catalogne en 2017, sont condamnés et emprisonnés à Madrid, déclenchant la colère des manifestants.
Il y a urgence. Pedro Sánchez convoque alors de nouvelles élections, en novembre 2019. La gauche perd un peu – notamment Podemos qui vient encore de connaître une scission –, la droite se refait légèrement la santé, l’extrême droite double ses sièges et atteint 52 députés. L’Espagne quitte la séquence de protestation et d’occupation des places pour devenir un État divisé en trois : gauche/droite/extrême droite. Pedro Sánchez tente une dernière fois de former un gouvernement exclusivement socialiste… Re-échec. Il lui manque 52 voix pour obtenir une investiture – dans une assemblée qui compte 350 élus. Il n’a plus d’autre choix que d’entrer dans le jeu des alliances. Et, en Espagne, cela veut dire de longues nuits blanches à sillonner le pays et, principalement, la Catalogne.
Deux mois de tractations plus tard, le gouvernement Sánchez II est sur pied. Un exécutif inédit composé de socialistes, de communistes et de membres de Podemos. L’accord est validé à 92% par les militants du PSOE. Le PP dénonce une coalition de « communistes et séparatistes ». Près de deux ans après son accession au poste de président du gouvernement,
Pedro Sánchez peut commencer à gouverner. Laborieux… mais le long fleuve tranquille n’adviendra jamais.
Les planètes s’alignent
Pedro Sánchez et Pablo Iglesias, le leader de Podemos désormais vice-président du gouvernement, n’étaient pas faits pour s’entendre. D’un côté, un apparatchik diplômé en sciences économiques qui prend « à la surprise générale » la tête du PSOE en 2014 sur une ligne très centriste. De l’autre, un jeune universitaire, révélé par ses rendez-vous télés, portés par le mouvement des Indignés de 2011, qui rêve de devenir calife à la place du calife.
En 2016, Pablo Iglesias aurait pu réussir le « sorpasso » et faire de Podemos la première force de gauche. Pedro Sánchez, lui, aurait bien pu accéder au pouvoir en alliance avec les centristes. Tout était bouclé pour faire naître un nouveau social-libéralisme. Pedro Sánchez avait promis d’augmenter le salaire minimum de 1%. Il avançait alors des mesures « honnêtes et soutenables financièrement ». Et la gauche n’avait pas de mots assez durs.
Mais les urnes ont parlé, les socialistes réalisent le pire score de leur histoire, la gauche radicale échoue de peu son pari (21% contre 22% pour le PSOE) et c’est la droite qui gagne la manche. L’alliance avec le centre ne mène mathématiquement à rien. Pedro Sánchez tente malgré tout de bloquer le maintien du PP au pouvoir mais, minoritaire au sein de son propre parti, il démissionne de la présidence du PSOE – il fera un come-back éclatant au printemps 2017 avec la promesse d’une censure contre le président Rajoy.
En 2019, il conduit une campagne très offensive contre la gauche de gauche, contre les indépendantistes catalans… Mais au lendemain du scrutin, le compromis est la seule issue. C’est le virage à 180. Dès lors, Pedro Sánchez président n’aura plus rien à voir avec Pedro Sánchez candidat. Le salaire minimum espagnol est augmenté de 66% passant de 736 à 1221 euros. En résulte une hausse de 40% du pouvoir d’achat des 2,4 millions de travailleurs au smic. Le taux de chômage est au plus bas depuis 2008. Tout est dit.
Primé à un concours de circonstances
En 2023, Pedro Sánchez fait un nouveau pari. La gauche prend une énorme raclée lors des élections municipales et régionales : tout a basculé à droite, très à droite. Mais le président du gouvernement croit pouvoir enrayer la pente qui dévale. Dès le lendemain, il annonce la dissolution du Parlement et la tenue d’élections anticipées. Tout le monde prédit le retour en force de la droite, probablement avec le soutien de l’extrême droite. Le pari de Sánchez s’avère gagnant. Il n’arrive pas en tête, mais parvient à maintenir le PSOE à flot ; la gauche à laquelle participent les communistes, Sumar, perd une dizaine de députés ; la droite surperforme mais, même avec l’appui de l’extrême droite, elle n’obtient pas la majorité. La large coalition de gauche et des indépendantistes réunit 179 députés. La majorité est à 176. Pedro Sánchez n’est pas un équilibriste mais un magicien. Patatras : Podemos quitte le navire du gouvernement Sánchez III. Mais la formation de Pablo Iglesias est l’ombre d’elle-même. La gauche radicale est désormais incarnée par la ministre du travail Yolanda Díaz. Pedro Sánchez se vante d’avoir « le gouvernement le plus progressiste de l’histoire ». C’est vrai.
Personne ne sait quelles sont les convictions profondes de Pedro Sánchez, mais il faut lui reconnaître son appétence pour les prises de risque, les démarcations inattendues et son talent de funambule.
Pedro Sánchez est l’homme qui a dit non à Donald Trump et a refusé d’augmenter ses dépenses militaires : « J’ai à construire des écoles et des hôpitaux », assène-t-il. Il est aussi celui qui a régularisé 500 000 personnes en situation irrégulière. La droite mondiale le déteste parce qu’il condamne le génocide israélien à Gaza et porte haut les couleurs du droit international. Il s’oppose aux guerres américaines, toujours au nom du droit international. Il prend le lead de la gauche mondiale, rassemble tous les dirigeants progressistes pour des causes variées et multiples : aider Cuba face aux sanctions économiques des États-Unis ; reconnaître l’État palestinien ; refuser les hausses des dépenses militaires exigées par la Maison-Blanche. Donald Trump veut sa tête alors tout le monde se met à l’adorer.
Pour les Espagnols, l’action de Pedro Sánchez ne se résume pas à la politique internationale. Vis-à-vis de la Catalogne, les tensions se sont apaisées. Pedro Sánchez a notamment accordé l’amnistie aux prisonniers politiques du référendum. Les droits des travailleurs ? Renforcés. Les inégalités
fiscales ? Amoindries. L’euthanasie ? Légalisée. Le congé parental ? Allongé et rendu plus égalitaire entre femmes et hommes. Les loyers, les factures de gaz et d’électricité ? Plafonnés. Les symboles franquistes dans l’espace public ? Interdits. La lutte contre les violences sexuelles ? L’Espagne en est devenue le fer de lance. Et en matière d’écologie, le royaume ibérique est un pays où l’énergie est principalement issue du renouvelable. Et le tout avec une des économies les plus dynamiques d’Europe. Autant de mesures qui mettent hors d’elle la droite espagnole.
Sánchez, suite et fin ?
Tout ce qu’a fait Pedro Sánchez est lié aux circonstances. Il n’a pas eu d’autre choix que de gouverner avec la gauche radicale. Son socialisme modéré s’est radicalisé à l’épreuve du réel. Dans les habits du progressiste qu’il n’aurait jamais dû être, Pedro Sánchez s’est vu galvanisé. Son aura a rayonné bien au-delà des frontières de l’Espagne, de l’Europe. Mais rien n’aurait été possible sans la menace croissante de voir l’extrême droite portée au pouvoir par la droite. La réponse de son gouvernement : non abdiquer mais s’opposer dans les faits. Pedro Sánchez semble le seul en mesure d’incarner un rempart au néo-franquisme. Malgré lui. L’histoire est ironique.
Pourtant depuis 2024, la pyramide de cartes vacille dangereusement. Les scandales de corruption éclaboussent son entourage, ses très proches au sein du PSOE, depuis son frère David Sánchez et jusqu’à son épouse, Begoña Gomez. Il a aussi perdu l’appui des indépendantistes de droite catalans (7 élus). Son gouvernement est désormais minoritaire. Déjà, le reste de la gauche se cherche une issue : comment faire sans Pedro Sánchez, sans faire gagner l’extrême droite ? Mais le bougre n’a pas dit son dernier mot : il est au plus haut dans les sondages !
En 2019, Pedro Sánchez avait publié une biographie intitulée Manuel de résistance. En matière de colonne vertébrale politique, on repassera. Personne ne sait quelles sont les convictions profondes de Pedro Sánchez, mais il faut lui reconnaître son appétence pour les prises de risque, les démarcations inattendues et son talent de funambule. Quant à son action politique, elle se place désormais au premier rang des exemples pour les gauches européennes – même Jean-Luc Mélenchon en dit du bien ! Lors de sa cérémonie d’investiture, Pedro Sánchez n’avait prêté serment que sur la constitution, pas sur la bible et sans aucun artifice catholique comme c’est l’usage. Pedro Sánchez, rouge malgré lui.
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