jeudi 9 juillet 2026

Trois communistes adjoints à la culture dans les trois premières villes du département


 Iseult Brenier, Alexis Monge et Lencka Popravka sont en charge des politiques culturelles des villes de Saint-Martin-d’Hères, Grenoble et Echirolles. Et ils ont bien l’intention de travailler ensemble, dans le contexte d’une attaque frontale de la culture, tant par le biais des coupes budgétaires que par la mise sous emprise des imaginaires que mettent en œuvre les gouvernements et les milliardaires d’extrême droite. Regards croisés.

« La région et le département fonctionnement dans la logique de l’appel à projets. Les compagnies sont amenées à proposer des créations qui entrent dans le cadre de critères établis par l’institution. Cela revient à une entrave à la création. Je crois au contraire que nous devons mettre au centre de nos politiques culturelles locales la liberté de création. » Iseult Brenier est adjointe apparentée communiste, à la culture à la mairie de Saint-Martin‑d’Hères. Tout comme le sont Lencka Popravka à Échirolles et Alexis Monge à Grenoble. Trois élus qui échangent et partagent des convictions affirmées.

Mettre en lumière une ambition culturelle face à l’offensive des Gafam

Alexis Monge situe l’enjeu de ces politiques dans le cadre du pouvoir des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). « Ces multinationales américaines captent non seulement nos données, mais surtout travaillent à modifier nos imaginaires, à prendre le pouvoir culturel à l’échelle planétaire. Face à cette offensive, notre ambition est celle du renforcement du lien social et de la création culturelle par et pour les habitants. » Cadre posé qui appelle des politiques culturelles non seulement transversales – équipements culturels, associations, services enfance et jeunesse, centres sociaux… –, mais aussi exprimées, exposées, affichées comme telles avec l’objectif de « donner envie de lâcher son téléphone ».

Lencka Popravka l’explicite dans une collaboration entre une institution culturelle reconnue et les politiques de la petite enfance. La scène de la Rampe « organise des résidences d’artistes. L’une des ces résidences a développé un projet dans les crèches et les écoles de la ville. Au départ, les familles – et notamment les mamans – venaient récupérer les gamins à la porte de la salle. Au fur et à mesure, les parents ont été invités à assister aux représentations. Avec leurs enfants, ils sont devenus « légitimes à entrer ». C’est cette déconstruction des murs frontières que nous voulons favoriser ».

Un terreau fertile

Pour ce faire, les trois adjoints communistes ne partent pas de rien, pour le moins. C’est particulièrement vrai à Échirolles et Saint-Martin‑d’Hères. « Je n’imaginais pas la richesse de l’action culturelle de la ville », témoigne Iseult Brenier. « À Échirolles, c’est un foisonnement d’initiatives de programmes, de manifestations très diverses », note Lencka Popravka. À Échirolles, trois musées, une scène conventionnée art et création – la Rampe –, un conservatoire de musique, un centre du graphisme… À Saint-martin‑d’Hères, une salle de spectacle, l’Heure bleue, un centre d’art contemporain – l’espace Vallès, reconnu nationalement –, l’espace culturel René Proby, Mon Ciné, salle art et essai.… Tandis que Grenoble accueille la MC2, mais aussi la Belle électrique ou l’Ampérage, l’Espace 600, le musée de peinture, le musée dauphinois, etc. « La culture représente 10% du budget de la ville », souligne Alexis Monge. Le fruit de décennies d’engagement de municipalités de gauche aux côtés de la création artistique et de ses acteurs.

Des acquis, des atouts, qui sont aujourd’hui confrontés à une crise budgétaire. Les finances des collectivités locales sont gravement affectées par les politiques d’austérité des gouvernements qui se sont succédés. Mais plus encore « nous sommes confrontés à une crise inédite : la consommation d’objets culturels prend le pas sur les pratiques culturelles, les arts vivants », souligne Alexis Monge.

Plus seulement « aller vers »

D’où l’ambition partagées par les trois élus de tisser des liens entre les publics, de favoriser la diversité des initiatives des institutions culturelles, de dépasser l’opposition entre « culture  savante » et « culture populaire ».

« Nous devons aller vers un appropriation par les habitants des lieux qui portent l’étiquette de la culture », estime Iseult Brenier en prenant l’exemple de l’espace René Proby. « c’est un lieu de création vivante dont le quartier peut peut-être davantage s’emparer ». Ce qui passe parfois par des initiatives simples. « En période de canicule, les enfants ont pu suivre leur cours dans des salles du musée de Grenoble, au milieu de tableaux ; ce n’était pas une visite de musée avec commentaires savants – ce qui est très utile par ailleurs – mais simplement de l’art au quotidien, en plus de la fraîcheur de la climatisation », explique Alexis Monge. Tout comme Lencka Popravka se félicite de l’impact dans le quartier populaire de la Luire de l’activité de l’école de cirque Aux agrès du vent. Un va-et-vient culturel qui peut s’appuyer sur les associations comme sur les acteurs culturels, avec un objectif : valoriser toutes les cultures, permettre l’accès des cultures dites populaires – parce qu’elles sont constitutives d’identités sociales, communautaires ou festives – à la reconnaissance. « Ce n’est pas seulement « aller vers », c’est aussi s’ouvrir et accueillir », résume Lencka Popravka. En utilisant l’outil de « l’hybridité », ajoute Alexis Monge, la capacité à irriguer d’actes culturels l’ensemble des politiques publiques qui s’adressent aux habitants.

Trois élus communistes, un atout pour les habitants de l’agglomération

Trois mois après leur entrée en fonction, les trois élus découvrent. « J’ai tout de suite été plongée dans le grand bain », sourit Iseult Brenier. « Découvrir les rouages des institutions, rencontrer les associations, les acteurs culturels, l’administration… », décrit Lencka Popravka. Avec un constat commun aux trois villes, l’engagement, l’investissement sans faille des agents qui animent les différents services et équipements culturels.

Trois élus communistes en charge de la culture dans les trois premières villes de l’agglomération grenobloise et une vice-présidente communiste en charge de ce secteur à la métropole, c’est sans nul doute un atout pour les habitants de l’agglomération. « On se connaît, on se parle, on échange sur nos pratiques et nos difficultés… c’est une vraie richesse », souligne Alexis Monge.

Comme un nouveau chapitre qui s’ouvre dans la très riche histoire culturelle de l’agglomération grenobloise.

dimanche 5 juillet 2026

Fontaine. Fermeture de trois classes votée par l’équipe du maire


 Les parents d’élèves des écoles Marcel-Cachin (maternelle et élémentaire) et Jeanne-Labourbe (élémentaire) étaient mobilisés lundi 29 juin devant la mairie de Fontaine pour réclamer la suspension du projet de fermeture des trois écoles. Le conseil municipal se réunissait en effet ce jour pour débattre d'une délibération actant cette décision de la majorité de Franck Longo.

samedi 4 juillet 2026

Des militants de l’Union pour la gratuité et le développement des transports publics


 

REPORTAGE – Des militants de l’Union pour la gratuité et le développement des transports publics se sont rassemblés devant le siège de la Métropole de Grenoble, lundi 29 juin 2026. Leur message ? Demander, de nouveau, la mise en place de la gratuité sur le réseau du Smmag, le week-end puis tout le temps. Et une politique volontariste en matière de développement du réseau sur le territoire, afin de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre en incitant les habitants à privilégier les transports collectifs.

« Le sens de ce rassemblement, c’est d’interpeller fortement le conseil métropolitain, l’exécutif métropolitain, pour dire qu’on a besoin d’actions radicales sur la tarification des transports », a expliqué Laurent Terrier, syndicaliste CGT et membre de l’Union pour la gratuité et le développement des transports publics (UGDT)1. Ce à l’occasion d’un rassemblement devant les locaux de la Métropole à Grenoble, lundi 29 juin à midi, durant lequel les partisans des transports gratuits ont déployé des banderoles et pris la parole.

Le rassemblement s'est tenu sous un soleil de plomb. © Florent Mathieu - Place Gre'net

Le rassemblement s’est tenu sous un soleil de plomb. © Florent Mathieu – Place Gre’net

Objectif ? Rappeler, par temps de (forte) canicule, la nécessité de changer la donne en matière d’émissions de gaz à effet de serre. « Les transports, c’est la première source d’émissions de GES en France, avec 34 % du total. Il faut donc dans ce domaine des mesures radicales et volontaristes pour favoriser un usage massif des transports en commun, et permettre à un maximum de gens d’utiliser leur voiture le moins possible », a insisté Laurent Terrier.

Une lutte toujours vivante, toujours nécessaire


 

La marche des fiertés n’est pas une parade dépolitisée. Elle est une mobilisation revendicative, née de la contestation et de la résistance. Elle rappelle que les droits acquis – dépénalisation de l’homosexualité, mariage pour tous, reconnaissance des identités de genre – sont le fruit de luttes collectives, souvent menées contre des institutions hostiles. Rien n’a jamais été accordé spontanément et, aujourd’hui encore, ces conquêtes demeurent fragiles, attaquées ou remises en cause dans de nombreux pays, y compris au cœur de l’Europe.



Chaque année, le mois de juin est celui des fiertés LGBTQIA+. Héritier direct des émeutes de Stonewall de 1969, il est bien plus qu’une célébration : il est un temps de mémoire, de revendication et de mobilisation. Les marches des fiertés, organisées dans de nombreuses villes, rassemblent des milliers de personnes pour défendre l’égalité des droits, dénoncer les discriminations et affirmer la légitimité de toutes les identités et orientations.



Dans ce contexte, la progression de l’extrême droite constitue une menace directe. Portée par des discours réactionnaires, elle désigne régulièrement les personnes LGBTQIA+ comme des boucs émissaires, au nom d’un prétendu « ordre naturel » ou d’une vision étriquée de la famille. Mais ces offensives ne se limitent pas aux discours. Elles se traduisent aussi par des choix politiques : réduction des financements des associations, remise en cause de l’éducation à la vie affective et à la diversité, banalisation des propos discriminatoires ou encore complaisance face aux violences. Face à ces attaques, les forces progressistes et le mouvement ouvrier doivent pleinement inscrire la lutte contre les LGBTQIAphobies dans leur combat pour la justice sociale.



Car les combats pour l’émancipation sont indissociables. Lutter contre l’exploitation économique tout en fermant les yeux sur les oppressions liées au genre ou à l’orientation sexuelle reviendrait à diviser le camp social. À l’inverse, il est indispensable d’unir ces combats et de construire des solidarités concrètes entre toutes les travailleuses et tous les travailleurs, quelles que soient leurs identités ou leurs orientations. Alors que des personnes LGBTQIA+ continuent d’être victimes de violences, parfois jusqu’à la mort, comme l’a tragiquement rappelé le meurtre de Noham, l’urgence de cette convergence des luttes ne peut être ignorée. L’égalité réelle ne pourra être atteinte sans combattre toutes les formes de domination.



Les marches des fiertés demeurent ainsi des moments essentiels de visibilité, de solidarité et d’unité populaire. Leur report à Paris Île-de-France, décidé à la veille de l’événement en raison de la canicule, met également en lumière l’impréparation persistante des pouvoirs publics face à des phénomènes climatiques pourtant de plus en plus prévisibles.



Ces épisodes extrêmes exigent de l’anticipation et des moyens afin de garantir à la fois la sécurité des participantes et participants et l’exercice du droit fondamental de manifester. Leur mauvaise gestion révèle une difficulté persistante à répondre simultanément aux urgences sociale, démocratique et écologique.



Mais cela ne doit rien freiner. Face aux offensives réactionnaires et aux violences qui perdurent, nous n’avons pas le luxe du recul. Les droits des personnes LGBTQIA+ ne sont ni définitivement acquis ni négociables. Plus que jamais, c’est en faisant converger les luttes contre toutes les formes d’exploitation, de domination et d’oppression que nous pourrons construire une société réellement égalitaire. Faire front ensemble n’est pas seulement une nécessité morale : c’est une exigence politique. 

Fier·es, queer et révolutionnaires.

Anouk Veyret

Article publié dans CommunisteS, numéro 1093 du 1er juillet 2026

vendredi 3 juillet 2026

Publication du livret thématique « Paix et défense »


 Après son adoption par le Conseil national, le livret thématique « Regagner la paix : paix, défense, indépendance et coopérations » est disponible en ligne dans la rubrique « livrets thématiques » du site national.

Fruit d’une décision de la conférence nationale de décembre 2024, il permet de préciser l’analyse des communistes sur les recompositions internationales, sur leur politique de paix et de défense nationale.

Il a vocation à nourrir et enrichir les débats sur les questions internationales. Il a aussi pour objectif de mettre à disposition de l’activité militante nos propositions pour la paix. Ce sera bien évidemment un des enjeux majeurs du 40e Congrès, où nous accueillerons une importante délégation internationale.

Ce livret sera présenté à l’université d’été à Toulouse du 21 au 23 août prochains.

Secrétariat du secteur international

Retrouvez le livret thématique en cliquant ici

Article publié dans CommunisteS, numéro 1093 du 1er juillet 2026

jeudi 2 juillet 2026

Après une première journée de grève réussie le 8 juin,


 Après une première journée de grève réussie le 8 juin, les agents du Centre hospitalier Alpes Isère (CHAI) de Saint-Égrève se sont de nouveau mobilisés vendredi 26 juin, se rassemblant devant l'hôtel du département, à l'appel du Syndicat CGT du CHAI. En cause, le manque de moyens et de personnel ainsi que le projet de réorganisation du temps de travail porté par la direction, qui se ferait au détriment de leur vie privée

mardi 30 juin 2026

Corse : journée des dupes à l’Assemblée — par Roger Martelli


 

L’Assemblée nationale a adopté le projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République. Il s’agissait, nous dit-on, de trancher sur une seule question : autonomie ou pas autonome ? Cette manière de présenter le problème est un leurre.

Pour ce qui est de la Corse, l’exigence d’une autonomie élargie, permettant de rompre franchement avec deux siècles de centralisation bonapartiste, est en chemin depuis longtemps. Et il est vrai que les électeurs corses ont manifesté cette attente de façon nette, en mettant à deux reprises des élus nationalistes à la tête de la collectivité de Corse. Mais la demande d’un nouvel élan pour la décentralisation, qui est au cœur du pari de l’autonomie, existe ailleurs, sous des formes diverses.

C’est dire que le parti pris décentralisateur devrait valoir pour l’ensemble du maillage territorial et pas seulement pour la Corse. Dès lors, l’urgence se déplace. Quel que soit le lieu, il ne suffit plus de proclamer l’autonomie, mais d’en préciser les modalités et les acteurs et, plus encore, de dire s’il faut ou non combiner l’autonomie régionale et la solidarité nationale et comment on peut procéder pour y parvenir.

Installer l’autonomie en principe constitutif de la République pourrait être un chantier de portée constitutionnelle, d’autant plus urgent que l’architecture globale de nos institutions est obsolète et qu’elle contredit de façon absolue la mise en place d’une décentralisation effective, en Corse comme ailleurs. Jusqu’à ce jour, on a accumulé dans la Constitution des statuts particuliers, sans effets positifs significatifs pour les populations concernées.

Si l’on veut vraiment donner à l’autonomie corse toute son ampleur, il faut de toute urgence redéfinir le cadre global qui lui donnera force. C’est bien une refondation constitutionnelle qui s’impose, mais qui ne relève pas d’un simple tête-à-tête entre la Collectivité de Corse et l’État. Si l’objectif était de prolonger en l’améliorant le dispositif existant pour la Corse, le recours à la loi précisant les modalités de l’autonomie pouvait suffire. Or, dans ce qui est décidé aujourd’hui, il n’y a ni la logique globale assurant l’effectivité de l’autonomie, ni les bases d’une loi organique pour la Corse dont l’avenir est laissé dans le plus grand flou.

Pourquoi donc cet étonnant tour de passe-passe ? Parce qu’il fallait donner aux nationalistes des satisfactions symboliques après la flambés de colère qui a suivi l’assassinat d’Yvan Colonna. On a donc choisi le recours magique à la Constitution. Mais, ce faisant, on dissocie l’indissociable, à savoir l’autonomie et la solidarité. On disserte du particulier, sans l’adosser à une vision solide du commun.

De plus, pour satisfaire les courants nationalistes, on introduit dans le texte constitutionnel ce qui ne devrait surtout pas y être : la « communauté » et le « lien à la terre ». On légitime ainsi des formes d’appartenance qui risquent de supplanter le principe historique de l’égalité des individus devant la loi. Derrière les mots retenus, se profilent ceux que l’on ne devrait pas entendre. Ce pourrait très bien être celui de la préférence, au profit seul de celui qui appartient à la « communauté ». Pourquoi alors s’arrêter en chemin ? Derrière la petite musique de la préférence corse, c’est la symphonie de la préférence nationale qui commence à se faire entendre. Les mots d’apparence anodine (communauté, lien à la terre) pourraient ainsi n’être que les chevaux de Troie de l’extrême droite et de son obsession de l’identité.

Le RN l’a parfaitement compris, en affirmant tranquillement que la préférence corse serait la conséquence logique du nouveau paragraphe constitutionnel. C’est là que commencent les jeux de dupes. La macronie nationale, le noyau nationaliste corse qui s’y rattache et la majorité des socialistes comptent sur la satisfaction symbolique pour obtenir la paix civile dans l’île. La France insoumise, en votant le texte, espère prendre jusqu’à l’Assemblée de Corse la place qui a été enlevée à la gauche en 2017. Les autres forces se divisent, ne pouvant récuser l’autonomie, mais pressentant les risques des termes introduits. Quant au Rassemblement national, il joue sur les deux tableaux : il a obtenu l’insertion constitutionnelle de notions qui légitiment ses choix d’exclusion et il affiche sa posture d’opposant numéro un, à Paris comme en Corse. 

Son objectif est clair : rafler la mise, en raccordant les flux des votes régionaux (aujourd’hui en faveur des nationalistes) et ceux des votes nationaux (la Corse est une des régions de France où le vote RN est le plus fort). D’ores et déjà, il a réussi à prendre langue avec une partie active du mouvement nationaliste (Mossa Palatina). Il ne lui reste plus qu’à attendre patiemment son heure. En Corse comme sur le continent, l’air du temps roule pour lui. Partie de dupes, disions-nous. Craignons que le RN soit le seul à en bénéficier…

Pour aller plus loin, deux autres articles, toujours signés Roger Martelli sur le même thème :
Autonomie de la Corse : l’île, la République et le peuple
Corse : les limites d’une autonomie sans projet global

lundi 29 juin 2026

La Fête du Travailleur Alpin


 Deuxième journée de la Fête du Travailleur Alpin… quelle magie !

✨
Cette deuxième journée restera gravée dans nos mémoires. Une ambiance exceptionnelle, des sourires, de la convivialité, des rencontres inoubliables et des moments de partage qui font toute la beauté de la fête.
Un immense merci à tous les participant·es, aux bénévoles, aux artistes et à toutes celles et tous ceux qui ont contribué à faire de cette journée un véritable succès. Votre énergie et votre enthousiasme ont rendu cette Fête 2026 tout simplement magique !

Fête du TA. Le témoignage d’un membre de la flottille pour Gaza sur les tortures en Israël


 Antoine Jacquet a participé à la flottille pour Gaza qui est partie de Barcelone le 13 avril dernier.

Antoine Jacquet est grenoblois, musicien. Navigateur, aussi. Membre de la flottille pour Gaza, il a embarqué à Barcelone en avril, a fait partie des kidnappés du 18 mai avant de pouvoir rentrer à Paris le 22 mai. Antoine Jacquet participera aux temps forts de la solidarité avec les Palestiniens lors de la fête du Travailleur alpin les 26 et 27 juin.

« Lorsque nous nous sommes tous retrouvés à l’aéroport d’Istanbul, j’ai vu le regard de certains d’entre nous ; il avait changé, ils seront traumatisés pour longtemps. » Le monde entier a eu un aperçu de ce que l’État d’Israël avait été capable de commettre en découvrant la vidéo publiée par le ministre de la Sécurité nationale, suprémaciste d’extrême droite, Itamar Ben Gvir.

Cette expérience, si l’on peut dire, Antoine Jacquet l’a vécue. Voileux dans l’âme, skipper confirmé, il avait candidaté à l’été dernier pour faire partie de la flottille de Gaza. Il a embarqué le 13 avril 2026, après plusieurs semaines de préparation et de formation. Avec une simple motivation, faire quelque chose contre l’oppression, les dominations, le génocide des Palestiniens bien sûr. Dimension humanitaire qui fait partie de son ADN : dans les favelas de Rio de Janeiro, il enseignait la musique avant de rejoindre Barcelone.

Première attaque en Crète

Composée de soixante-dix bateaux à voile et à moteur, l’escadre de la Global Sumud Flotilla a fait route sur Marseille et puis la Sicile où d’autres navires sont venus la grossir. C’est déjà en Crète qu’une première attaque a eu lieu. Des bateaux ont été sabotés et trente-cinq personnes ont dû être hospitalisées en Grèce… où les dossiers médicaux ont été perdus. « Le gouvernement grec a prêté main forte aux Israéliens, par exemple pour débarquer les militants capturés », constate Antoine Jacquet. Saif Abukesek, citoyen hispano-suédois d’origine palestinienne, et Tiago Avila, Brésilien, ont été emmenés en Israël et détenus pendant plusieurs jours. « Ces deux enlèvements, ce n’était pas au hasard, ils savaient tout sur nous, qui avait quel rôle, quelle responsabilité. »

La flottille, amoindrie, s’est alors dirigée vers la Turquie. Elle a ensuite mis sur le cap sur Gaza et a été attaquée, le 18 mai, au large de Chypre par la marine israélienne. « Comme chaque fois, ça s’est passé dans les eaux internationales et c’est ce qu’on appelle un acte de piraterie, en droit international », s’indigne Antoine Jacquet.

Enlevés dans les eaux internationales et emprisonnés en Israël

Pour kidnapper l’ensemble des 430 passagers des bateaux de la flottille, les militaires israéliens ont mis 36 heures – les bateaux de la flottille s’étaient espacés en prévision de l’attaque. Les assauts sont perpétrés par des marins sur des vedettes rapides ; leur premier geste étant de tirer sur les caméras embarquées. Les militants sont ensuite parqués dans des bateaux prison, débarqués dans le port d’Ashdod, près de Tel Aviv, puis conduits dans la prison de Ktziot dans le désert du Néguev avant qu’ils ne soient expulsés dans des avions turcs qui les ont déposés à Istambul le 21 mai. Deux Français sont restés plus longtemps hospitalisés en Turquie, leur état ne leur permettant pas de voyager.

L’une des images que l’on pourra voir parmi celles de l’exposition présentée à la fête du Travailleur alpin, au stand de la Société des lectrices et lecteurs de l’Humanité. En 2024, après le retrait partiel de l’armée israélienne à Khan Yunis. Bande de Gaza, 2024. © Ehad Al-Sharafi

« J’ai pris des coups, témoigne Antoine Jacquet, dans le bateau, puis lors d’interrogatoires arrivé en Israël, à la prison… » Les membres de la flottille ont été privés d’eau potable, nourris au pain sec, connu l’humiliation des fouilles à nu… Antoine Jacquet estime cependant s’en être « bien sorti ». D’une part parce que « ce que nous avons subi, ce n’est rien à côté de ce que vivent les Palestiniens », et puis aussi parce qu’il était « dans le bon bateau prison ». Ce que lui ont raconté les kidnappés de l’autre bateau relève de l’horreur : « ils étaient battus en permanence, il y a eu des agressions sexuelles ». Des récits qui disent les heures passées à genoux, front contre le sol, mains menottées dans le dos, les privations de sommeil, la musique assourdissante, l’utilisation de tasers, de balles en caoutchouc, de grenades assourdissantes et de chiens ; trainés à terre par les cheveux.

A Paris, le Parquet national anti-terroriste ouvre un enquête pour tortures et crimes de guerre

Ce que retient Antoine Jacquet, c’est aussi la fébrilité avec laquelle les soldats israéliens tentaient de justifier par les massacres du 7 octobre le génocide du peuple palestinien. « Ils nous ont projeté des vidéos de l’attaque du Hamas, certains d’entre nous ont vu des films de décapitation ; il y avait comme une sorte de volonté pathétique de justifier l’injustifiable. » Avec un racisme décomplexé, en français dans le texte : « ils me disaient, ‘vous êtes français, vous parlez arabe alors, il n’y a plus de vrais Français chez vous’ ».

Avec le recul – sur le moment, il fallait tenir – Antoine Jacquet tente une analyse. « Ça vaut ce que ça vaut ; il m’a semblé que les plus jeunes n’étaient pas fiers de ce qu’ils faisaient ; sur le port, une soldate était chargée de moi et elle me tapait dessus chaque fois que je bougeais, mais j’avais l’impression qu’elle le faisait pour obéir aux ordres ; j’en ai vu d’autres, plus âgés, qui en rajoutaient dans les brutalités, par plaisir, avec de la haine dans les yeux. »

Lorsque nous nous sommes rencontrés, Antoine Jacquet était en retard. Il sortait du cabinet d’un médecin où il avait fait constater les traces corporelles des brutalités qu’il avait subies, trois semaines avant, en vue des procédures en cours. Le 5 juin, compte tenu des témoignages des militants, une enquête a été ouverte à Paris pour tortures et crimes de guerre par le Parquet national antiterroriste. Une enquête préliminaire a été confiée à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH) des chefs de « tortures, au sens de la convention de New-York du 10 décembre 1984, et de crimes de guerre » a annoncé le PNAT.