vendredi 25 septembre 2026

Grenoble. Le Secours populaire lance sa campagne « pauvreté — précarité »

Nabil Chetouf, secrétaire général de la fédération de l'Isère du Secours populaire français, dans les nouveaux locaux grenoblois de l'association.
Le Secours populaire de l'Isère lançait sa campagne annuelle contre la pauvreté et la précarité, ce jeudi 17 septembre, à son nouveau siège du 78 rue des Alliés, à Grenoble. Ceci, dans un contexte où de plus en plus de personnes sont concernées, en Isère comme dans toute la France, et même partout en Europe.

Le soutien reçu dans les locaux du Secours populaire commence par un colis alimentaire et un bon accueil, sans jugement — même les personnes venant en voiture peuvent connaître un épisode de vie très compliqué. Nabil Chetouf, secrétaire général du Secours populaire de l’Isère, défend l’idée que « la misère n’appartient à personne », soulignant que nous avons très probablement, dans notre entourage, au moins une personne touchée. Plus de 20 000 personnes ont ainsi été aidées en Isère par les 3 980 bénévoles de l’association, durant la première moitié de l’année 2026.

Des chiffres qui correspondent aux impressions d’augmentation de besoins sur le terrain de la part des bénévoles. Et qui confirment les enseignements du vingtième sondage Ipsos/Secours populaire, centré cette année sur la précarité énergétique. D’après ce dernier, 40 % des Français actifs estiment que leur travail ne suffit plus et ne leur permet pas de couvrir l’ensemble de leurs dépenses (+10 points par rapport à 2025) tandis que 71 % des Français sont inquiets pour leur capacité à faire face à la hausse du carburant (+13 points).

Après avoir quitté son ancien siège de la rue des Trembles, le SPF 38 vient d’emménager dans son nouveau siège, rue des Alliés.

Le Secours populaire favorise l’entraide, l’émancipation et invite chacun·e à agir pour ne laisser personne au bord de la route. Illustration avec les mineur·es, qui représentent 38 % des bénéficiaires des aides fournies par l’association, selon Zoé Constantini, coordinatrice départementale ressources et communication. Des aides qui ont continué pendant l’été et qui s’étendent bien au-delà de simples colis alimentaires (accès aux droits, aux soins, à l’éducation, aux vacances…).

Un appel aux soutiens de toutes sortes

« La place des associations comme le Secours populaire français est irremplaçable. Elle ne doit ni être sous-estimée, ni instrumentalisée, ni affaiblie », indique le SPF 38. Nabil Chetouf rappelle ainsi que l’État ne pourrait pas faire face si toutes les associations arrêtaient leurs actions. Celles-ci ont donc besoin de soutien de la part des collectivités et de toutes les bonnes volontés.

Concernant le Secours populaire de l’Isère, le responsable associatif sollicite les bénévoles de tous profils. Qualités requises ? Le sens de l’accueil mais aussi la capacité à inspirer confiance aux bénéficiaires, afin que ceux-ci puissent s’ouvrir sur leur situation personnelle. Il lance également un appel pour des espaces de stockage — actuellement un « point noir » — dont les besoins sont de 1500 à 2000 m² pour l’Isère. Cependant il se gardera bien de communiquer leurs emplacements suite aux cambriolages dont ils ont malheureusement été la cible ces dernières années. On songe notamment à celui commis juste avant Noël en 2023, dans un de leur plus grand entrepôts, à Échirolles. Cambriolage qui leur a valu un préjudice de plusieurs centaines de milliers d’euros.

À l’intérieur du bâtiment.

Toujours au rayon des besoins, l’association lance également un appel pour remplacer l’un de ses véhicules, actuellement cassé. M. Chetouf souhaite par ailleurs étudier la possibilité de s’associer à des agriculteurs pour la collecte de denrées. Enfin, un repas de soutien sera organisé par le Secours populaire, au tarif de 250 euros, déductible d’impôts (soit 85 euros de la poche des contributeurs et contributrices après déduction).

Une précarité qui augmente partout en Europe

Dans un contexte où la précarité augmente, Nabil Chetouf note en tout cas une augmentation des tensions. Des personnes ne mangent ainsi qu’un repas par jour dans la septième puissance économique mondiale alors que les grandes fortunes professionnelles françaises ont vu leur patrimoine multiplié par 6,6 entre 2005 et 2025.

Le constat de l’installation de la précarité n’est malheureusement pas meilleur à l’échelle de l’Europe : presque trois Européen·es sur dix (29 %) se déclarent en situation de précarité et 24 % peinent également à se chauffer suffisamment, selon le baromètre Ipsos/Secours populaire.

Chez nos voisins, 72 % des Allemands estiment qu’il sera plus difficile pour les prochaines générations de trouver un emploi stable (12 % de plus qu’en 2025). Ce qui laisse des personnes avec des salaires insuffisants pour maintenir une situation de vie stable, d’après Der Paritätische, partenaire allemand du Secours populaire. De leur côté, 62% des Italiens déclarent se sentir isolés socialement (+10% par rapport à 2025). L’une des raisons poussant Arci, partenaire italien du Secours populaire, à organiser des fêtes ouvertes à tous sur des places publiques.

Heureusement, face à cette situation, 57 % des Européens se disent aujourd’hui prêts à s’engager bénévolement dans une association. La solidarité sera peut-être notre notre alliée face aux difficultés et aux défis de taille que rencontre notre société.

 

jeudi 24 septembre 2026

Les psychiatres du Centre hospitalier Alpes-Isère (CHAI) de Saint-Égrève


Les psychiatres du Centre hospitalier Alpes-Isère (CHAI) de Saint-Égrève se sont rassemblés à l'entrée du site, ce jeudi 17 septembre, dans le cadre d'un mouvement de grève national lancé par plusieurs syndicats contre la situation catastrophique de la psychiatrie publique en France. Les médecins ont notamment dénoncé le manque permanent d'effectifs, de lits et de moyens dans l'établissement isérois, évoquant les répercussions très inquiétantes sur la prise en charge des patients.
Plus d'infos à venir dans le numéro d'octobre du Travailleur alpin.

 

Journée internationale de la paix : se mobiliser contre les fauteurs et les marchands de guerre

Les politiques impérialistes et la concurrence capitaliste entraînent les peuples du monde dans l’engrenage de la guerre. Au Proche et au Moyen-Orient, la guerre de l’administration étatsunienne de Donald Trump et du gouvernement israélien contre l’Iran a eu pour conséquence de renforcer la dictature théocratique qui opprime le peuple iranien et de faire exploser la crise énergétique mondiale. L’ensemble de la région plonge dans le chaos. Le génocide à Gaza et la politique d’épuration ethnique et les crimes de l’armée israélienne et des colons en Cisjordanie menacent l’avenir du peuple palestinien. L’absence de solution politique et diplomatique à la guerre de la Russie contre l’Ukraine et la spirale militariste de la construction capitaliste de l’UE, alignée sur l’OTAN et accélérée par les annonces guerrières de la conservatrice allemande Ursula von der Leyen, font peser le spectre d’une guerre continentale sur les peuples européens. Les massacres et les crimes contre l’humanité commis en RDC et au Soudan pour la maîtrise des ressources servent les intérêts de puissances régionales et internationales. Pendant ce temps-là, le gouvernement français continue de vendre à la découpe l’industrie de défense en rendant service aux intérêts capitalistes et aux fonds de pension spéculatifs. La militarisation de l’économie va de pair avec l’aggravation des politiques d’austérité.

Partout ce sont les peuples qui paient le prix de la gangsterisation des relations internationales par les appétits impérialistes et le viol du droit international, et qui paient le prix de l’explosion des prix de l’énergie et des pénuries d’essence ; alors que les marchands de canon engrangent des profits records sur la mort (334 milliards de chiffres d’affaires pour l’industrie étatsunienne, 151 milliards en Europe en 2024).

Lutter pour la paix, c’est lutter pour faire respecter le droit international et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. C’est lutter pour une économie de paix au service des peuples.

Le PCF et Fabien Roussel, candidat à l’élection présidentielle, appellent à la mobilisation pour la paix lors de la journée du 21 septembre et des manifestations du 26 septembre pour :

  • la sortie et la dissolution de l’OTAN, en commençant par la sortie du commandement intégré, pour initier la construction d’un espace de paix et de sécurité collective en Europe en toute indépendance des USA ;
  • la mise sous contrôle de la nation de l’industrie d’armement par la constitution d’un pôle public national industriel de défense construit pour les besoins de la défense nationale et non pour les intérêts spéculatifs de l’exportation d’armes ;
  • un choc d’investissements pour la construction d’une filière industrielle et numérique indépendante et souveraine ;
  • une initiative de paix indépendante de la France en Ukraine ;
  • des sanctions contre l’État d’Israël et les colons pour renforcer la pression internationale afin d’aboutir à la mise en place effective de l’État de Palestine dans les frontières de 1967 ;
  • la signature du traité TIAN d’interdiction générale et globale des armes nucléaires.

L’assemblée générale annuelle de l’ONU qui est en cours devrait être l’occasion pour la France de tendre la main aux pays qui, notamment dans le « sud global », exigent la construction d’un autre ordre du monde, multilatéral, fondé sur la souveraineté de peuples associés, la réforme des institutions financières internationales et la charte de l’ONU.

Parti communiste français, 18 septembre 2026

 

mercredi 23 septembre 2026

Budget 2027 : Lecornu annonce une saignée sociale au service du capital

Dans son entretien au Figaro, Sébastien Lecornu dévoile un projet de budget d’une violence sociale considérable : 54 milliards d’euros d’économies imposées au pays.

2 milliards seraient prélevés sur les fonctionnaires par le gel du point d’indice, 2 milliards sur les 
arrêts maladie, 2,5 milliards sur les politiques du travail et de la formation. Encore une fois les retraités sont honteusement ciblés, menacés par le gel des pensions ou la réduction de l’abattement fiscal pour 6 milliards d’euros ! Les APL pourraient être bloquées alors que les 
loyers et les charges ont augmenté de 20% en cinq ans. Les collectivités pourraient aussi être contraintes de réduire leurs services publics. Le gouvernement prévoit même de restreindre les droits sociaux des étrangers pour détourner la colère vers les plus fragiles.

Dans le même temps, la contribution exceptionnelle des grandes entreprises serait réduite de 
2,5 milliards d’euros, le Pacte Dutreil et les principales niches fiscales seraient sanctuarisés. C’est inacceptable alors que les plus grandes entreprises françaises ont versé 61 milliards 
d’euros de dividendes à leurs actionnaires au deuxième trimestre 2026, un triste record en Europe ! Et le budget militaire augmenterait de 6,4 milliards.

Tout est dit : ce budget est un budget de classe. 

L’hôpital, l’école, les salaires publics, les retraites et les collectivités sont traités comme des 
coûts, tandis que les profits et les grandes fortunes restent protégés. Le déficit est le résultat des cadeaux fiscaux accordés au capital et des intérêts versés aux marchés financiers qui se gavent sur le dos des Français·es. Le péril c’est la finance, pas la dette !

Ce budget vise également à marteler de façon mensongère que seule une politique capitaliste est possible et à enfermer le débat de l’élection présidentielle dans ce cadre. Avec notre candidat Fabien Roussel, nous portons une alternative à cette politique pour enfin vivre mieux en France et vivre en paix !

Le PCF refuse cette saignée sociale. La France ne manque pas de richesses : elles sont accaparées par une minorité et détournées de l’emploi, des salaires et de l’investissement utile socialement et écologiquement.

Pour ouvrir le débat sur le budget 2027, nous proposons immédiatement trois mesures pour agir contre la vie chère, augmenter les salaires et les pensions et développer le pays, des mesures attendues par nos concitoyennes et concitoyens :

  • Agir contre la vie chère : baisser la fiscalité sur les prix du carburant et les bloquer à 1,60 euros le litre ; baisser de 30% les prix de l'électricité et du gaz
  • Augmenter les salaires et les pensions : porter le smic à 2200 euros bruts, indexer les salaires et les pensions sur l’inflation, augmenter les bas-salaires et revaloriser immédiatement de 10% le point d’indice.
  • Développer le pays : engager un plan de 60 milliards d’euros pour l’emploi, la formation et le climat visant le développement des services publics, la relocalisation industrielle, la mise à niveau du système électrique, la mobilité propre et la rénovation thermique.

Ces mesures sont finançables en faisant contribuer les grandes fortunes, les dividendes et les revenus financiers, en arrêtant la distribution des 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises sans critère, en mobilisant le pôle public bancaire existant avec des prêts à taux zéro pour les projets utiles.

Le PCF combattra ce budget au Parlement comme dans le pays et présentera une véritable alternative. L’argent doit aller au travail, à l’emploi, au climat, à l’industrie, aux services publics et à la paix, pas aux marchés financiers et à l’économie de guerre.

A l'opposé de l'engrenage vers la guerre, la France doit vite prendre des initiatives diplomatiques car la crise énergétique ne se résoudra pas en autarcie. Une économie de la Paix doit s’imposer rapidement avant qu’une pénurie de diesel mette en panne sèche l’économie mondiale. Les attaques contre les raffineries dans le monde, les chantages portant sur les ressources énergétiques doivent cesser. S'en prendre à l'énergie est criminel au regard des conséquences pour les peuples ! L'énergie n'est pas une marchandise, c'est un bien commun.

Nous appelons dès à présent les travailleuses et travailleurs à répondre massivement à l’appel de l’intersyndicale de la fonction publique le 29 septembre et à se mobiliser dans toutes les luttes pour le progrès social et écologique, en participant aux grèves, aux rassemblements, aux marches citoyennes telle la marche du 26 septembre pour le climat.

Paris, le 18 septembre 2026

Parti communiste français

 

mardi 22 septembre 2026

Éric Hours : « Tout remettre à plat pour offrir une vraie alternative en 2028 » à la Région


 Éric Hours est conseiller régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, élu au sein du groupe Communistes, insoumis et citoyens (CIC), depuis 2021.

Cinq ans après son élection au conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, Éric Hours, élu au sein du groupe Communistes, insoumis et citoyens (CIC), dresse un premier bilan de son mandat. Avec d'un côté, de réelles avancées obtenues par son groupe, malgré une marge de manœuvre très limitée ; de l'autre, le "glissement" politique très net de la majorité régionale vers la droite et l'extrême droite. Dans ce contexte, la gauche aura de gros défis à relever, selon le conseiller régional communiste, qui se projette sur les élections régionales 2028, sans éluder l'épineuse question des alliances.

Le Travailleur alpin — Cinq ans après ton arrivée à la Région, quel bilan tires-tu de l’action du groupe CIC ?

Éric Hours — On est un groupe minoritaire, donc on ne peut évidemment pas changer la ligne politique de la majorité régionale. Mais en tant qu’élus communistes, on a une crédibilité historique qui est reconnue. Sur Vencorex, par exemple, on n’a pas gagné mais on a quand même bataillé avec la Région pour qu’elle vote le vœu. Et puis, on a réussi à faire avancer certains dossiers dans d’autres domaines. Je pense notamment au commerce de proximité en milieu rural. Au départ, la Région aidait surtout à l’investissement. On a obtenu qu’elle puisse aussi intervenir sur le fonctionnement, parce qu’un petit commerce dans un village de 300 ou 400 habitants peut avoir besoin de quelques milliers d’euros pour survivre. Sans ce soutien, les habitants doivent parfois faire quinze kilomètres pour acheter du pain.

Sur la santé (l’une de mes trois commissions, avec l’économie et les relations internationales), on a également gagné la création d’un groupement d’intérêt public consacré au recrutement et à l’installation de professionnels. La Région a ainsi recruté vingt-et-un professionnels, dont neuf médecins, trois infirmières, des gynécologues, des sages-femmes… Ce qui est une bonne chose. Quant aux maisons et centres de santé, maintenant, on réclame un bilan : combien sont réellement occupés, dans quels territoires, avec quels professionnels ? La Région prétend qu’elle participe au maillage du territoire mais on doit pouvoir le mesurer. Ça fait quatre ans que je demande un état des lieux… Toujours rien !

Sur le volet économique, que reproches-tu principalement à la politique régionale ?

On n’est pas opposé aux aides aux entreprises. La Région est chef de file en matière économique, donc c’est une de ses responsabilités. Le problème, c’est l’évaluation. La Région parle, par exemple, de milliers d’emplois créés grâce à ses dispositifs et d’un effet de levier sur l’investissement privé. Ok mais on aimerait savoir précisément combien d’emplois ont été créés, combien ont été maintenus, ce que deviennent les salariés lorsque l’entreprise ferme ou délocalise…

On peut citer aussi le « pack relocalisation », doté d’un milliard d’euros sur le mandat — pour rappel, le budget de la Région est de 4,8 milliards par an — et qui est assez emblématique. Globalement, il y a beaucoup de dispositifs, parfois pour quelques dizaines de milliers d’euros. On ne conteste pas forcément les aides individuellement, mais on veut connaître leur finalité. L’argent public doit servir à quelque chose et il faut pouvoir en rendre compte aux habitants.

Éric Hours aux côtés de Laurence Ruffin, lors d’un débat sur l’industrie pendant la campagne municipale, à la fédération PCF.

Tu as l’impression que l’exécutif régional a évolué politiquement, depuis le début du mandat ?

Oui, il y a eu un glissement idéologique de la majorité régionale, qui s’est beaucoup déplacée vers la droite, avec une place de plus en plus importante donnée aux questions de sécurité et à des thèmes qui étaient auparavant portés par l’extrême droite. On a vraiment l’impression que certains élus de droite cherchent à courir derrière elle. Mais à force de reprendre les idées de l’extrême droite, on peut se demander pourquoi les électeurs choisiraient la copie plutôt que l’original.

Globalement, c’est un peu toute l’assemblée régionale qui glisse de plus en plus à droite. Il y a des choses qu’on n’aurait pas vues ou entendues avant : une élue Reconquête qui cite Brasillach en assemblée plénière, le portrait de Quentin Deranque affiché sur la façade de l’hôtel de région… Les passerelles avec l’extrême droite sont de plus en plus visibles, le cordon sanitaire est en train de disparaître. Et à côté de ça, on a un Rassemblement national de plus en plus décomplexé.

Quel rôle joue Laurent Wauquiez dans tout cela ?

Aujourd’hui, Laurent Wauquiez est officiellement conseiller spécial de Fabrice Pannekoucke, un poste qui a été créé spécialement pour lui et qui n’existe qu’ici. Mais le vrai président, c’est lui. En fait, pour Wauquiez, l’expérience Auvergne-Rhône-Alpes est d’abord un laboratoire au service de ses ambitions politiques nationales.

Concrètement, comment se manifeste cette droitisation ?

Prenons le cas de la culture, qui l’illustre très bien. Le budget peut rester stable en valeur nominale, mais avec l’inflation, cela signifie déjà une baisse en termes réels. Et surtout, les choix effectués dans les subventions ne sont pas neutres. Il y a une véritable orientation politique de la part de la majorité, qui mène vraiment une bataille idéologique. On le voit avec l’exemple très parlant de la scandaleuse subvention pour « Murmures de la cité », à Moulins [NDLR : spectacle révisionniste promouvant les valeurs du catholicisme intégriste et de l’extrême droite identitaire mais pourtant subventionné par la Région, ce qui provoqué une vive polémique et une forte mobilisation des collectifs laïques et antifascistes, des syndicats, des partis et élus de gauche].

Le groupe CIC a également critiqué la politique régionale en matière d’adaptation au changement climatique…

Il faut distinguer l’urgence et la politique de long terme. Quand il fait très chaud dans une école ou un établissement de santé, installer de la climatisation, comme l’a fait la Région, peut être nécessaire. Mais face au au changement climatique, installer des climatiseurs, c’est un pansement sur une jambe de bois. Ça ne règle rien sur le fond et ça ne fait pas une politique. Dans les lycées, par exemple, il faut adapter les bâtiments, travailler sur l’isolation, l’urbanisme, les matériaux, les espaces végétalisés.

La même chose vaut pour les forêts. Il faut réfléchir dès maintenant aux essences qui seront capables de supporter le climat de demain, à la gestion de l’eau et à la prévention des incendies. On ne peut pas attendre que les problèmes arrivent pour réagir.

Mais ce côté démagogique, c’est assez typique de la droite. Je rappelle que tous les élus LR de la région ont voté pour la loi Duplomb… Même le député Yannick Neuder qui est pourtant cardiologue, alors que l’Ordre des médecins et tous les syndicats de médecins généralistes ont dit que cette loi était nocive pour les gens.

Aux côtés d’Annie David, de Cécile Dhainaut, et du sénateur PCF Fabien Gay, à Crolles, en soutien aux salariés de Teisseire.

Sur ces questions écologiques, vos positions peuvent pourtant diverger de celles d’autres composantes de la gauche, notamment sur l’industrie. Pourquoi ?

Parce qu’on pense qu’il faut réindustrialiser la région et le pays. Mais il ne s’agit évidemment pas de revenir à l’industrie du XIXe siècle. Il faut produire autrement, réduire les pollutions et anticiper les transformations climatiques. On a parfois des désaccords avec les écologistes sur la manière d’aborder certains projets industriels ou énergétiques. Pour nous, il faut être capables de regarder l’ensemble de la question : quels emplois, quelle production, quelles conséquences environnementales, quels transports, quelle consommation d’énergie ? On ne peut pas simplement opposer industrie et écologie.

Dans une région comme la nôtre, il faut aussi se demander comment on transporte les matières premières et les marchandises. Si on installe une nouvelle activité industrielle mais que tout doit ensuite être transporté par camion, on n’a pas réglé le problème. Il faut donc penser les infrastructures en même temps que les projets.

Même constat sur l’énergie ?

Oui, les besoins vont augmenter avec les véhicules électriques, les pompes à chaleur, la climatisation… Il faut donc réfléchir à un mix énergétique. Mais il n’y a pas une seule solution qui permettra de répondre à tous les besoins. Après, ça ne signifie pas qu’il ne faut rien faire sur les renouvelables, simplement qu’il faut avoir une vision globale, notamment sur l’hydroélectricité et la gestion de l’eau. Et surtout, il faut articuler la question énergétique avec celle de l’industrie et de l’aménagement du territoire.

Ces divergences pèseront-elles dans la perspective des élections régionales de 2028 ?

Forcément. Mais c’est justement pour ça qu’il faut commencer le travail suffisamment tôt. Je pense qu’il faut tout remettre à plat. Je ne suis pas favorable à ce qu’on dise aujourd’hui : « On repart comme en 2021 ». Il faut regarder le rapport de forces, les projets et surtout ce qu’on veut construire pour la région.

En 2021, on a fait une alliance qui n’a pas permis à la gauche d’obtenir le résultat espéré. Les discussions avaient été longues et au final, beaucoup de choses se sont décidées tardivement. Pour la prochaine élection, on devra d’abord définir quelques grands axes qui pourraient constituer le socle d’une nouvelle majorité : les transports, l’aménagement du territoire, les services publics, la formation, l’industrie… Et ensuite seulement, regarder quelles forces peuvent se retrouver autour de ce projet. L’objectif, c’est de construire une véritable alternative, pas simplement d’additionner des logos.

Est-ce que ça veut dire que tu ne souhaites pas reconduire obligatoirement l’alliance entre le PCF et LFI ?

Je ne dis pas qu’il ne faut pas travailler avec les Insoumis. Mais plutôt qu’il ne faut pas considérer que l’alliance de 2021 est automatiquement reconduite. Donc regardons ce qu’elle nous a apporté et ce qu’elle n’a pas permis de faire.

En tant que communistes, il faut aussi qu’on soit capables de travailler avec les socialistes, les écologistes et les autres forces de gauche, en fonction des projets. Les discussions doivent partir des besoins de la région et des habitants. Car on a des désaccords mais aussi des choses en commun. Je pense notamment aux transports. Une région comme Auvergne-Rhône-Alpes doit avoir une véritable politique publique des transports, accessible à tous. C’est un enjeu de pouvoir d’achat, mais aussi d’aménagement du territoire et de transition écologique.

Intervention d’Éric Hours, entouré des élu·es et militant·es communistes (Sylvette Rochas, Jérémie Giono, Amandine Demore, Jad Halwani) à la fête du Travailleur alpin 2026, à Saint-Égrève.

Tu entends justement renforcer le travail des élus communistes dans les douze départements de la région…

Oui. Nous sommes en train de développer des liens entre les élus et les fédérations communistes des différents départements. On veut aller dans les territoires, faire le bilan de ce qui a été fait depuis le début du mandat et regarder ce qui manque. L’idée est de construire un véritable fil rouge de la politique communiste à l’échelle régionale.

Auvergne-Rhône-Alpes compte près de neuf millions d’habitants. C’est une région immense, avec des réalités très différentes. Il faut donc être capable de construire un projet commun sans opposer l’Auvergne aux territoires rhônalpins, ni les zones rurales aux métropoles. Les régions peuvent aussi être des contre-pouvoirs. Quelle que soit la majorité qui sortira des prochaines élections nationales, il faudra des collectivités capables de porter d’autres politiques. On doit donc commencer à travailler dès maintenant.

Et toi-même, envisages-tu de repartir en 2028 ?

Les camarades souhaitent que je reparte. Et pour ma part, je mettrai ma candidature à disposition du parti pour faire un nouveau mandat qui sera le dernier. Je le fais parce que je pense avoir aujourd’hui une connaissance de la Région et des dossiers que je n’avais pas au début du mandat. Je connais mieux les territoires, les mécanismes régionaux, les interlocuteurs… Mais l’essentiel, ce n’est pas ma candidature personnelle, c’est le travail collectif que nous devons construire pour proposer une autre politique régionale.