vendredi 23 février 2024

Santé : les dépassements d’honoraires des spécialistes, un fléau qui perdure, alerte l’UFC-Que Choisir


L’UFC-Que Choisir alerte sur les effets délétères des dépassements d’honoraires sur l’accès aux soins dans certains départements et appelle l’État à réguler l’accès au secteur 2 pour les nouveaux médecins. 

Un gynéco à moins de 80 € ? Mission impossible à Paris ! Alors que le remboursement par la Sécurité Sociale est plafonné à 30 €, les Parisiennes déboursent souvent plus du triple. Même problème pour les psychiatres, les anesthésistes, les dermatologues, les gastro-entérologues, les ophtalmologues et les pédiatres qui se sucrent allègrement.

Pour les cardiologues, ce sont les Hauts-de-Seine qui décrochent la palme du tarif le plus élevé (77,80 €) alors que le tarif de la Sécurité sociale s’élève à 51 €. Ces chiffres, révélés par une étude de l’UFC-Que Choisir, publiée jeudi 22 février, analysant les dépassements d’honoraires pratiqués par les médecins de huit spécialités libérales, mettent en lumière une véritable fracture sanitaire.

Inégalités territoriales, des tarifs qui varient du simple au double

Si les cotisations à la Sécurité sociale des assurés sociaux et les tarifs de base de remboursement de l’Assurance maladie sont les mêmes sur tout le territoire, les honoraires pratiqués pour une consultation par les spécialistes sont jusqu’à 2,5 fois plus onéreux d’un département à l’autre.

Les zones aux tarifs les plus élevés, à savoir l’Île-de-France (en particulier Paris et les Hauts-de-Seine), ainsi que les départements littoraux du Sud et les grandes métropoles, sont celles où, paradoxalement, les praticiens sont les plus nombreux.

Au contraire, dans les zones rurales ou les déserts médicaux, les dépassements d’honoraires sont plus faibles, voire inexistants. Ainsi, « les patients tendent à résider soit dans un « désert géographique » (peu de médecins), soit dans un « désert financier » (médecins relativement plus nombreux, mais aux tarifs très élevés), et donc à être pris au piège d’une manière ou d’une autre », alerte l’association de défense des consommateurs.

Une situation qui n’est pas sans conséquence sur la santé des usagers. Une enquête réalisée concomitamment par l’UFC-Que Choisir auprès d’un échantillon représentatif de 1 004 personnes fait apparaître que 45 % des personnes les plus modestes déclarent « peiner à trouver des rendez-vous médicaux », contre seulement 4 % des ménages les plus aisés.

Rien d’étonnant alors que les ménages les moins aisés se déclarent trois fois plus en mauvaise santé que les ménages les plus aisés (27 % contre 10 %), quand on sait que les renoncements aux soins pour raisons financières touchent 38 % des personnes s’estimant en mauvaise santé.

« Intolérable laisser-faire des autorités »

À l’origine de ce système de santé de plus en plus inégalitaire, la croissance rapide des spécialistes en secteur 2 (à honoraires libres). Entre 2016 et 2021, leur proportion est passée de 45,8 % à 52,2 %, toutes spécialités confondues, la palme revenant aux cardiologues, dont la part pratiquant des dépassements a progressé de plus de 12 points en cinq ans, tandis que les gynécologues sont désormais 71,4 % à les pratiquer (contre 62,1 % en 2016).

L’UFC-Que Choisir pointe un « intolérable laisser-faire des autorités » et préconise la fermeture de l’accès au secteur 2 pour les nouveaux arrivants, faute de quoi, avec la vague de départ à la retraite des médecins issus de la génération du baby-boom, « le phénomène va s’accélérer et s’aggraver dans les années à venir ».

Alors que les négociations de la convention entre les praticiens libéraux et l’Assurance maladie viennent de redémarrer, une revalorisation des tarifs opposables des consultations, pourrait créer « un effet d’aubaine » : les praticiens pratiquant des dépassements risquent de profiter de cette hausse du tarif de base pour augmenter leurs honoraires. C’est pourquoi l’association propose de conditionner d’éventuelles augmentations des tarifs de base de la Sécurité sociale à une réduction effective des restes à charge pour les usagers.

« Il est indispensable de réduire les écarts entre les tarifs de base et les tarifs pratiqués. C’est une condition sine qua non pour réduire les inégalités sociales de santé, qui sont gigantesques », martèle l’UFC-Que Choisir qui a saisi le Conseil d’État pour faire constater et sanctionner l’inaction gouvernementale sur l’accès aux soins, et enjoindre l’exécutif à agir.

Gaza : l’inaction criminelle


 Après avoir massacré les Gazaouis et détruit le nord de Gaza, l’armée israélienne regarde maintenant vers le sud. Dans le viseur de Tsahal, la ville de Rafah.

La population a été multipliée par six depuis le 7 octobre, plus de la moitié de la bande de Gaza s’y trouve réfugiée. Sous les bombes depuis quelques jours, les 1,5 million de Palestiniens à Rafah craignent une offensive terrestre sanglante, promise par Netanyahou. Andrea De Domenico, directeur du Bureau de la coordination des affaires humanitaires pour l’ONU, parle, en décrivant Rafah, de cocotte-minute de désespoir.

Les mises en garde internationales s’enchaînent et se multiplient. Dans un communiqué, le Quai d’Orsay explique qu’une « offensive israélienne à grande échelle à Rafah créerait une situation humanitaire catastrophique d’une nouvelle dimension et injustifiable ». La Chine appelle Israël à arrêter l’opération militaire, la Norvège met en garde contre une opération terrestre, Berlin demande des « corridors sûrs » pour les civils…

Beaucoup de paroles, mais peu d’actes ! Dans le menu des actions possibles, les diplomates se contentent d’enchaîner les entrées. Il est grand temps de passer au plat de résistance. Quand est-ce qu’Israël sera menacé de sanction ciblée ? Quand est-ce que les pays agiront pour que le capital, même privé, arrête d’investir dans les colonies ? Quand est-ce que les États-Unis et l’Europe arrêteront de livrer des armes à Israël ? Que les diplomates fassent de la diplomatie.

La France, bien timide et complaisante, a pourtant déjà porté une voix de paix dans son histoire, y compris en Palestine. Nous ne sommes pas condamnés à parler dans le sillage de l’OTAN ou des États-Unis. La population de la bande de Gaza est enfermée dans l’enclave. Il n’y a plus un centimètre carré qui soit sûr à Gaza. Tout est danger, tout est destruction, tout est désespoir. L’inaction de la communauté internationale est criminelle.

Assan Lakehoul

Secrétaire général du MJCF

Article publié dans CommunisteS, n°984, 23 février 2024.

jeudi 22 février 2024

Dépeçage de Casino : tout comprendre au grand chamboule-tout de la grande distribution

Criblé par plus de 6 milliards d’euros de dette, le groupe Casino a été contraint, pour survivre, de revendre la quasi-totalité de ses quelque 300 hypers et supermarchés. Intermarché et Auchan ont sauté sur l’occasion. Mais la facture sociale de cette grande recomposition du secteur risque d’être salée.

Féru de latin et de grec ancien depuis l’enfance, Jean-Charles Naouri a dû passer de longues soirées à étudier l’ascension et la chute des empires. Il a probablement appris que, d’ordinaire, ces derniers meurent de l’appétit sans limite de leurs dirigeants : le sien ne fait pas exception. En ce début d’année 2024, le PDG déchu de Casino, géant de la grande distribution employant 200 000 salariés dans le monde (dont 50 000 en France), observe de loin le dépeçage de l’empire qu’il a patiemment fait grossir à coups d’endettement et de rachats inconsidérés.

Les « barbares » qui se partagent les dépouilles appartiennent au même monde que lui : ce sont des hommes d’affaires, moins érudits certes, mais plus patients, qui voyaient depuis des années le royaume de Naouri battre de l’aile et attendaient tranquillement leur heure. « Une occasion de ce genre ne se présente pas tous les ans, observe un bon connaisseur du secteur. Pouvoir mettre la main sur plusieurs centaines de magasins d’un seul coup, c’est le rêve de n’importe quel groupe de la grande distribution. »

Des sauveurs aux dents longues

Le « rêve » prend la forme d’un démantèlement en règle, sorte de mini-Yalta de la grande distribution, qui voit deux acteurs consolider leurs positions sur le dos d’un troisième. En grandes difficultés économiques, criblé par plus de 6 milliards d’euros de dette, Casino a été contraint de revendre la quasi-totalité de ses hypers et supermarchés pour survivre, sur fond de passation de pouvoir.

Deux « sauveurs » ont sauté sur l’occasion : Intermarché met la main sur 190 magasins (dont 31 devraient être revendus à Carrefour) et Auchan 98. Leur appétit s’explique par la course aux parts de marché à laquelle se livrent tous les acteurs de la grande distribution. Et dans un monde où il est de plus en plus compliqué d’ouvrir de nouveaux magasins, du fait des réglementations luttant contre l’artificialisation des sols, le plus simple pour s’agrandir est encore de racheter des magasins existants.

Cette course à la taille n’est pas seulement motivée par la recherche de chiffre d’affaires. En gagnant des parts de marché, les géants du secteur cherchent aussi à renforcer leur pouvoir de négociation par rapport à leurs fournisseurs (agriculteurs et industriels), afin de tirer les prix d’achat à la baisse. Derrière la reprise des magasins de Casino se profile un projet d’alliance entre Intermarché, Auchan et le groupe de Jean-Charles Naouri, pour créer une centrale d’achats commune. Avec cette centrale, les trois groupes pèseraient pratiquement 30 % de parts de marché en France, « doublant » ainsi le leader incontesté du secteur, Leclerc (24 %).

Comme dans tout partage de pouvoir, la géographie a son importance : l’emplacement des magasins rachetés ne doit rien au hasard. « Regardez les choix d’Auchan, indique Jean Pastor, délégué syndical central CGT et porte-parole de l’intersyndicale de Casino. Ils n’ont quasiment rien racheté en Bretagne, pour se concentrer sur le Sud-Est : vu qu’ils possèdent déjà un entrepôt là-bas, cela leur permet d’optimiser leurs coûts logistiques. Par ailleurs, les magasins sur la côte marchent généralement très bien : les gens sont moins enclins à regarder les tarifs quand ils sont en vacances. »

« Le Sud-Est est doté d’une démographie porteuse, dynamique, observe Pierre Marco, directeur du développement au cabinet d’expertise Secafi. Lorsque vous avez une démographie qui progresse deux fois plus vite sur un territoire, vous avez d’autant plus de chances de réaliser de la croissance. Si on se projette sur un horizon de cinq ans, l’opération sera probablement positive pour les repreneurs, même si la digestion risque d’être compliquée. »

Et si d’aventure l’Autorité de la concurrence force les deux « sauveurs » à revendre certains magasins, pour cause de monopole local, cela ne leur posera pas forcément des problèmes insurmontables. Dans les couloirs de Bercy, le ministère de l’Économie, il se murmure qu’Intermarché et Auchan auraient déjà prévu le coup.

Pour eux, l’essentiel était de racheter le plus de magasins possible pour fermer la porte à la concurrence et verrouiller les parts de marché. Si, dans un second temps, l’Autorité de la concurrence les pousse à en céder quelques-uns, ils pourront toujours tenter de les revendre à d’autres enseignes de leur groupe – par exemple, Decathlon dans le cas d’Auchan –, quitte à obliger les salariés concernés à changer de métier.

3 000 suppressions de postes ?

En résumé, c’est bien d’un Yalta qu’il s’agit, sans guerre mondiale en amont mais avec des morts à l’arrivée : les 50 000 employés de Casino dans l’Hexagone risquent de perdre des plumes. Pour commencer, tous ne seront pas repris. Près de 25 magasins Casino n’ont pas pour l’instant trouvé preneur, peut-être parce que leurs perspectives de croissance n’inspiraient pas confiance. C’est le cas de celui de Basso Cambo, un quartier excentré de Toulouse.

Situé en bout de ligne de métro, dans une zone destinée à être rasée puis reconstruite, ce magasin fréquenté par une clientèle désargentée fait figure de grand oublié du Monopoly. « Nous oscillons entre angoisse et amertume, explique Mustapha Kabti, délégué CGT. On espérait qu’Intermarché rachète notre magasin, nous découvrons que nous ne sommes pas sur la liste. 79 personnes travaillent chez nous. On ne sait toujours pas si on trouvera un repreneur ou si nous fermerons nos portes. »

Les salariés de Basso Cambo pensent à leur avenir, mais aussi à celui de leurs clients. « Nous sommes situés dans un quartier populaire, avec un panier moyen très faible, poursuit Thi Cu Setiao, collègue de Mustapha, elle aussi à la CGT. Nos clients sont des gens âgés, qui ont l’habitude de venir chez nous. Tous les matins, ils nous demandent si nous avons des nouvelles : ils sont inquiets de devoir aller beaucoup plus loin pour faire leurs courses. »

Ensuite, il y a tous les salariés des entrepôts et du siège du groupe Casino, qui ne savent toujours pas à quelle sauce ils vont être mangés. Au dernier comptage, moins de la moitié des 12 entrepôts seraient repris. Pour ce qui est du siège (2 000 emplois), les salariés redoutent un carnage, en dépit des propos rassurants du ministre Bruno Le Maire : après son démantèlement, Casino va être réduit à la portion congrue, et il y aura besoin de beaucoup moins de monde au siège pour le faire tourner. Depuis des semaines, les élus du personnel tentent de chiffrer la casse sociale à venir. De source syndicale, on estime qu’entre 2 500 et 3 000 emplois pourraient être supprimés dans l’ensemble du groupe.

Alerte sociale chez Auchan

Pendant longtemps, Auchan a plutôt fait figure de « bon élève » du secteur en matière de conditions de travail, en tant que groupe intégré (voir article ci-contre). Mais une enquête réalisée par la CFDT au printemps, dont nous avons pu consulter les résultats complets, jette un jour nouveau sur l’enseigne. « Devenu une machine à cash, Auchan en oublie le bien-être de ses équipes », assure le syndicat, qui pointe suppressions de postes et réorganisation du travail sans association réelle des salariés. La CFDT a interrogé 2 800 employés du groupe, pour un bilan accablant. 63 % des répondants constatent une dégradation de leurs conditions de travail, 28 % disent prendre des médicaments ou des stimulants à cause de leur activité, 84 % affirment que leur charge de travail a augmenté. Quant à l’avenir, il n’est guère plus reluisant : 83 % pensent par exemple qu’ils risquent d’avoir des difficultés à tenir leur poste jusqu’à la retraite. Contactée, la direction ne nous a pas répondu.

Les salariés repris par Auchan et Intermarché ne sont pas, pour autant, au bout de leur peine. « Si ton magasin est repris par un “intégré” comme Auchan, qui dispose d’accords nationaux relativement protecteurs, c’est un moindre mal, estime Guillaume Paré, représentant syndical CGT au CSE central de Distribution Casino France. En revanche, si tu te retrouves chez un franchisé Intermarché, cela n’a rien à voir en termes de conditions de travail. »

Régression sociale à tous les rayons

Chez Intermarché, en effet, chaque gérant de magasin gère ses équipes comme il l’entend. Les salariés de Casino savent que, passé un laps de temps, leur futur directeur pourra dénoncer la totalité des accords d’entreprise – plus généreux que la moyenne du secteur – qui régissaient leurs conditions de travail dans le groupe de Jean-Charles Naouri. Nathalie, déléguée syndicale dans un magasin du côté de Lyon, est en train d’en faire l’amère expérience.

Son magasin appartenait à Casino, avant d’être revendu à Intermarché le 1er octobre dernier, dans le cadre d’une première vague de cessions. « Lors de notre première réunion avec la direction, cela a été un choc, nous confiait-elle en janvier dernier. Nos patrons ont été très clairs : “Vous êtes trop payés, vous nous coûtez trop cher !” » Elle sait que sa nouvelle direction va chercher à s’en prendre aux « avantages » des anciens de Casino : huit heures de travail par jour (contre dix chez le franchisé), majoration de 50 % les dimanches (contre 20 à 30 % dans la convention collective), plannings décidés à l’avance et non du jour au lendemain, etc.

La question mérite d’être posée : cette paupérisation redoutée par les anciens de Casino préfigure-t-elle un mouvement de dégradation des conditions de travail plus général dans le secteur ? Pour tenter d’y répondre, il faut s’arrêter un instant sur deux « modèles » en plein essor, aux propriétés voisines : la location-gérance et la franchise. Dans les deux schémas, il s’agit pour un groupe de confier la gestion d’un de ses magasins (et de ses salariés) à un indépendant, contre le paiement régulier de redevances.

Dans le cas de la location-gérance, l’indépendant loue le fonds de commerce, alors qu’il l’achète dans le cas de la franchise. Depuis quelques années, ces modèles ont le vent en poupe dans le secteur de la grande distribution : jadis réservés aux « indépendants » (comme Intermarché), ils sont adoptés par des mastodontes, comme Carrefour.

« Pour un groupe, c’est extrêmement intéressant, résume un expert du secteur. Cela lui permet de “sortir” des effectifs de ses comptes, et donc de réduire ses frais de masse salariale. C’est aussi l’assurance de récupérer un flux financier régulier (les redevances), très apprécié des actionnaires, qui savent ainsi que l’argent tombera tous les mois. » Les sommes en jeu ne sont pas ridicules. Selon nos informations, Carrefour encaisserait, en moyenne, plus de 300 millions d’euros de redevances par an, depuis 2018, grâce à la location-gérance. Dans le même temps, 20 000 salariés auraient été éjectés hors du groupe, pour se retrouver chez un gérant.

Pour les travailleurs qui ont le malheur de se retrouver sous pavillon franchisé, c’est quitte ou double : les conditions de travail dépendront du seul bon vouloir du gérant du magasin. Bien souvent, ils perdront la plupart des acquis du temps où ils faisaient encore partie d’un groupe intégré. Il y a fort à parier que cette grande régression s’étende dans les années à venir jusqu’à des groupes qui paraissaient pourtant épargnés. C’est le cas d’un des deux repreneurs des magasins Casino : il y a quelques mois, la direction d’Auchan a laissé entendre que la moitié de ses 235 supermarchés pourraient passer en franchise, à plus ou moins long terme. C’est peu dire que la grande distribution n’a jamais fait figure de paradis social : les années qui viennent ne vont probablement pas redorer le blason du secteur.

De Naouri à Kretinsky : passation de pouvoir chez Casino

Deux générations, deux modes de management, mais une même ambition : le géant Casino est en train de quitter le giron d’un oligarque à la française pour passer sous la coupe d’un magnat tchèque. Jean-Charles Naouri, naguère tout-puissant PDG du groupe, a dû remettre les clés de son empire à Daniel Kretinsky, milliardaire en pleine ascension (lire aussi l’« HM » du 28 septembre 2023). La vente a été actée en juillet 2023, mais le consortium de repreneurs emmené par Kretinsky ne prendra officiellement les rênes du groupe que dans les prochaines semaines.

Pour Naouri, c’est la fin d’un parcours qui l’aura vu naviguer au cœur de l’oligarchie française, depuis la haute fonction publique jusqu’au secteur privé. Né en 1949, cet élève modèle passe par l’École normale supérieure (ENS) et l’École nationale d’administration (ENA), avant de décrocher un doctorat en mathématiques. Il intègre l’inspection générale des finances en 1976. Nommé, en 1984, directeur de cabinet du ministre de l’Économie socialiste Pierre Bérégovoy, il est l’un des grands artisans de la dérégulation du système financier français. Trois ans après, le « grand serviteur de l’État », comme l’encense alors une partie de la presse, passe dans le privé. Il entre à la banque Rothschild puis crée son fonds d’investissement, avec lequel il prend le contrôle d’entreprises en difficulté.

Entre 1991 et 1992, il met la main sur le groupe Casino, dont il mène l’expansion tambour battant, à coups de rachats d’entreprises et d’endettement vertigineux. Aujourd’hui, l’orgueilleux homme d’affaires doit abandonner les commandes d’un groupe en pleine déconfiture. « Challenges » nous apprend que sa fortune devrait fondre en 2023, en raison de l’effondrement du cours de Bourse de Casino, pour passer sous la barre de 50 millions d’euros. Mais le journal nous rassure : en 2022, le PDG a pratiquement fait doubler son salaire fixe, à 825 000 euros.

 

Les Avenières. Non aux fermetures de classes !

Le samedi 17 février, la mobilisation des parents et des enseignants.

Outre le rassemblement de ce 17 février, une manifestation pour la défense de l’école et le maintien des quatre postes est programmée pour le samedi 24 février au matin aux Avenières-Veyrins-Thuellin. Un débat public aura lieu le 3 mars.

La population des Avenières-Veyrins-Thuellin a répondu présent ce samedi 17 février, à l’appel des enseignant·e·s et des parents d’élèves, pour protester sur le parvis de l’hôtel de ville contre la fermeture programmée de deux écoles du 1er degré et le retrait de quatre postes d’enseignant·e·s. L’école du hameau de Buvin accueillant 50 élèves, de la grande section de maternelle au CM2, et celle du hameau de Curtille, accueillant 40 élèves du CP au CM2, sont effectivement concernées par les mesures de carte scolaire annoncées par la direction des services départementaux de l’Education nationale (DSDEN) la semaine dernière.

Il ne s’agit, bien sûr, pas d’un cas isolé puisque quatre-vingt-sept écoles du département de l’Isère sont ainsi touchées par des mesures de retrait de postes. Si quarante-six autres écoles bénéficient de nouvelles attributions, il conviendrait toutefois de vérifier s’il s’agit de redéploiement suite à des suppressions de postes. Aux Avenières, sur les quatre postes des deux écoles concernées, et selon les annonces même de la DSDEN, trois seront redéployés localement et un supprimé. La logique comptable à l’œuvre est la même partout en France, où sur la base d’une baisse de la démographie scolaire, le gouvernement en profite pour supprimer des postes et des moyens afin de faire des économies. Et ce, alors que les besoins sont immenses pour faire face aux défis, qu’il conviendrait de recruter massivement et de donner des conditions de travail et d’études dignes aux enseignant·e·s et élèves. Le récent classement PISA et le recul dans l’acquisition des connaissances chez les élèves confirment qu’il n’y a rien de trop dans l’éducation et qu’il faut au contraire investir massivement pour l’avenir des enfants et du pays.

La municipalité préfère la fermeture de écoles dans les hameaux

Sur la commune des Avenières, l’équipe municipale avait lancé dès septembre 2023 une « étude de programmation pour l’optimisation de la carte scolaire », en confiant « une mission à une équipe pluridisciplinaire de programmistes et d’économistes (…) pour l’accompagner dans la construction d’une vision prospective de son offre d’équipements scolaires ». Il en est ressorti deux scenarii : maintien des quatre écoles ou fermeture des deux écoles des hameaux de Buvin et Curtille. C’est cette dernière option qui a la préférence de l’équipe municipale au motif de la baisse démographique et que les bâtiments ne sont plus aux normes. Ce sont ces informations et décisions, diffusées par la presse locale et les réseaux sociaux et prises sans concertation avec les habitants, les enseignants et les parents, qui ont déclenché la colère de ceux-ci.

Ce n’est malheureusement pas une première dans cette commune où la municipalité a déjà, en juillet 2023, fermé en catimini le bureau de poste, remplacé depuis par un relais commerçant, lequel commerçant renonce finalement, ce qui contraint la mairie à ouvrir prochainement une agence postale communale…

Les parents d’élèves et les enseignant·e·s de ces deux écoles de Buvin et Curtille sont vent debout contre cette annonce possible de fermeture de leurs écoles et défendent la qualité de l’enseignement qui y est dispensé, y compris du fait d’effectifs raisonnables, tout comme le rôle joué par ces deux écoles dans la vie de la commune et auprès de la population locale qui voit ces fermetures comme la mort annoncée des deux hameaux.

Une étude qui doit être rendue publique

Les mille cinq cents personnes qui ont déjà signé la pétition en ligne ou papier sont très mécontents de cette équipe municipale qui ne pratique aucunement la concertation, ne tient pas compte des retours des citoyens, et fait appel à des bureaux d’études externes pour prendre ses décisions (comme celles de fermer les deux écoles…) tout en prétendant vouloir faire des économies et dans le cas présent d’être contrainte par le budget nécessaire à la remise aux normes des deux écoles pour justifier leur fermeture….

La délégation reçue ce matin a obtenu que soit diffusé le compte-rendu de l’étude sur le devenir des équipements scolaires et qu’un débat public soit organisé, le 3 mars, sur le projet de fermeture ou pas des écoles, dans la perspective de la prise de décision lors du conseil municipal du 18 mars prochain.

Une manifestation pour la défense de l’école et le maintien des quatre postes est programmée pour le samedi 24 février au matin aux Avenières-Veyrins-Thuellin.

 

mercredi 21 février 2024

« Sa présence serait insupportable » : les descendants des résistants de l’Affiche rouge vent debout contre la présence de Marine Le Pen au Panthéon

La représentante du Rassemblement national a annoncé qu’elle se rendrait à la cérémonie de panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian, mercredi 21 février. Des descendants de résistants fusillés l’appellent à y renoncer.

Les descendants politiques de ceux qui ont fusillé Missak Manouchian veulent participer à son entrée au Panthéon. Un crachat à la mémoire du résistant communiste et internationaliste, confirmé ce lundi par le Rassemblement national : « Marine Le Pen se rendra à la cérémonie d’hommage solennel de la nation à Missak Manouchian et ses camarades de résistance. »

Georges Duffau-Epstein, fils de Joseph Epstein, chef des FTP de la région parisienne, fusillé au Mont-Valérien le 11 avril 1944, s’en émeut vivement : « Sa présence serait insupportable. » Le nom de Joseph Epstein sera gravé sur une plaque à l’entrée du caveau numéro 13 dans lequel reposeront Missak et Mélinée Manouchian, « ce qui vaut panthéonisation », selon l’Élysée.

« Je suis le fils d’un immigré tué par les nazis, nous rendons hommage à un immigré tué par les nazis… Quand on sait ce qu’elle défend, sur l’immigration, la préférence nationale, bien sûr que je ne souhaite pas voir Marine Le Pen à cette panthéonisation. » Georges Duffau-Epstein regrette de « ne rien pouvoir faire » à la présence de l’extrême droite à cette cérémonie.

« Elle n’a rien à faire au Panthéon à nos côtés »

Il se questionne : « Faut-il faire circuler une pétition ? Lui envoyer ce message qu’elle n’est pas la bienvenue ? Est-ce qu’il en est encore temps ? Je voudrais surtout la traiter par le mépris. Si je croise Marine Le Pen, mercredi soir, je refuserai de lui serrer la main. »

Le petit-neveu de Cesare Luccarini, un des 23 de l’Affiche rouge – dont le nom sera aussi inscrit sur la plaque –, a, lui, tenu à demander « solennellement à Marine Le Pen de ne pas venir »« Elle n’a rien à faire au Panthéon à nos côtés, par respect pour les familles, pour chacun des 23 morts ce jour-là », a-t-il ajouté au micro de RTL.

« Ce sont contre des gens comme elle, qui pensent comme elle, que des résistants comme mon père se sont battus. Je ne comprends pas ce qu’elle fera à cette cérémonie », déplore aussi la fille de Gaston Charle, commandant des FTPF, fusillé le 7 mars 1944, Annette Bouton-Charle, qui regrette de ne pas avoir, elle, été invitée à cet hommage national.

« Le RN (à l’époque FN) n’était pas présent aux obsèques de mes parents et nous aurions bien naturellement trouvé cela insupportable, témoigne Élisabeth Helfer Aubrac, la fille de Lucie et Raymond Aubrac. Marine Le Pen essaye une nouvelle fois de faire croire à son empathie et son ouverture aux étrangers, des qualités très loin du danger politique qu’elle incarne. »

« La présence des fachos me parait une provocation, de nature à troubler les repères dont les gens ont besoin dans cette période, elle n’est pas bienvenue », ajoute Jacques Rebière, petit-fils de Pierre Rebière, un des fondateurs des FTP, fusillé le 5 octobre 1942.

Dans les colonnes de l’Humanité, Emmanuel Macron est revenu sur l’invitation protocolaire envoyée par l’Élysée aux représentants du Rassemblement national. Ne voulant pas « par un geste arbitraire » interdire leur présence au Panthéon, le 21 février, le président de la République a toutefois ajouté que « les forces d’extrême droite seraient inspirées de ne pas être présentes, compte tenu de la nature du combat de Manouchian ».

Des propos jugés « outrageants » par le RN, allant jusqu’à réécrire l’histoire en refusant de reconnaître l’immense apport des milliers de communistes français à la Résistance, en faisant notamment référence au pacte germano-soviétique de 1939. « Les scribouillards de l’Humanité sont les héritiers des dirigeants du Parti communiste qui ont officiellement soutenu l’alliance entre l’URSS et Hitler, avant de tenter de collaborer avec l’occupant nazi en France pour continuer à publier leur torchon », a ajouté le député Jean-Philippe Tanguy, ignorant que c’est dans la clandestinité que le quotidien communiste a continué à lutter contre le nazisme pendant la guerre.

« Les communistes dont il parle ont essuyé les balles des amis de M. Tanguy », répond Pierre Ouzoulias, vice-président du Sénat et petit-fils d’Albert Ouzoulias, commissaire militaire national des FTP, qui souligne l’absence de réaction du RN au moment de l’annonce de la panthéonisation. « Ils ne s’intéressent pas à cette histoire, la méprisent, mais veulent participer à cette cérémonie pour se normaliser un peu plus », conclut-il.

Jean-Pierre Sakoun, président du comité pour l’entrée au Panthéon de Missak Manouchian, estime à propos du RN que « sur le plan moral et éthique, sa présence ne (lui) plaît pas », mais dit « s’abstenir » de prendre position : « Si on considère que le RN n’est pas un parti républicain, il fallait l’interdire. Puisque ce n’est pas le cas, c’est extrêmement compliqué de s’opposer à sa présence. »

La gauche dénonce la venue de Marine Le Pen

Les représentants politiques de la gauche se montrent plus affirmatifs pour dénoncer la probable venue des représentants du Rassemblement national à la cérémonie de mercredi. « Venir à la panthéonisation de Manouchian, c’est oublier que dans leur histoire, ils ont son sang sur les mains », sanctionne Fabien Roussel, secrétaire national du PCF.

« L’extrême droite n’était pas sur les bancs de l’Assemblée à la Libération mais sur les bancs des tribunaux, jugée pour collaboration… » abonde Boris Vallaud, président du groupe PS à l’Assemblée, qui juge l’annonce de Marine Le Pen « indécente et irrespectueuse ». « Manouchian, c’est la nation civique qui se bat au nom d’un idéal universaliste, social et antifasciste, quand l’extrême droite défend une nation ethnique », abonde le député FI Alexis Corbière.

« C’est très choquant qu’elle ose venir », s’est également émue Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. Un syndicat qui a joué un rôle central dans la lutte contre l’occupant et au Conseil national de la Résistance, au même titre que les communistes. Une histoire que l’extrême droite, embarrassée par son propre passé, refuse de reconnaître, tout en prétendant lui rendre hommage.

Hommage à Missak et Mélinée Manouchian : non à la présence du RN au Panthéon

Descendants des membres du « groupe Manouchian », nous ne souhaitons pas la présence du Rassemblement national à l’hommage rendu mercredi, au Panthéon.

Descendants des membres du « groupe Manouchian », nous ne souhaitons pas la présence du Rassemblement national à l’hommage rendu mercredi, au Panthéon.

L’histoire et les valeurs de ce parti sont en contradiction avec le combat des résistants des FTP-MOI, étrangers, juifs, communistes.

A l’heure où le Rassemblement national remet en cause le droit du sol, la présence des représentants de ce parti serait une insulte à la mémoire de ceux qui ont versé leur sang sur le sol français.

Nous ne voulons pas participer à la stratégie de dédiabolisation d’un parti xénophobe et raciste. Missak Manouchian et ses camarades ne l’auraient pas supporté.

Signataires :

Familles de Celestino Alfonso, Joseph Epstein, Marcel Rajman et Wolf Wajsbrot

 

Voitures électriques : Il faut plus de bonus écologique, surtout pas moins !

Le gouvernement vient d’annoncer coup sur coup deux mesures pour restreindre son soutien aux automobiles électriques : l’arrêt du leasing social pour 2024, et la baisse du bonus écologique.

Ces restrictions pour raisons budgétaires vont à l’encontre de la nécessaire électrification du parc automobile, qui est indispensable pour atteindre nos objectifs climatiques.

Le succès du leasing électrique a démontré que de très nombreux Français, y compris dans les catégories populaires , étaient désireux de passer à l’électrique et notamment pour les trajets « domicile-travail ». Il faut les encourager. Il faut plus de moyens pour le bonus écologique, et ces moyens doivent être ciblés vers les automobiles les moins polluantes, soit des petits véhicules, produits dans des pays au mix énergétique vertueux comme la France.

C’est possible en augmentant le malus au poids, qui devrait toucher tous les véhicules thermiques dès 1,4 tonne, et avoir des barèmes plus élevés, pour une recette supplémentaire d’au moins 2 milliards d’euros par an.

Il faut que le bonus écologique ne profite plus à des véhicules trop lourds et polluants. Il doit être réservé aux véhicules électriques d’au plus 1,8 tonne (et non plus 2,4 tonnes comme aujourd’hui) et vendus, au maximum, 40 000 euros (non plus 47 000). Il doit de plus être réservé aux véhicules produits dans des pays au mix énergétique vertueux, par exemple à ceux dont la production d’électricité émet moins de 110 grammes de CO² au kWh.

Nous n’avons pas à subventionner la production automobile dans des pays utilisant massivement du charbon.

Le leasing social peut et doit être étendu à au moins 200 000 véhicules dès cette année et profiter à une plus grande partie de la population attachée à participer activement à la décarbonation de notre économie et au développement d’une filière automobile française, productrice de véhicules moins lourds et donc moins polluants.

C’est le sens des propositions portées par le PCF pour une transition écologique qui ne laisse personne au bord du chemin et permette une ré industrialisation vertueuse de notre pays, cohérente avec l’exigence de justice climatique et sociale.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et député du Nord,

Le 16 février 2024.

 

mardi 20 février 2024

Européennes 2024 : Ursula von der Leyen va briguer un second mandat

Néolibérale, atlantiste, militariste, chantre de l’Europe forteresse… la présidente de la Commission européenne entend se représenter après les élections de juin. Retour sur la politique menée ces cinq dernières années.


 À 65 ans, Ursula von der Leyen est désormais une femme rangée. Brushing impeccable et sourire de circonstance, loin des pubs et des disquaires londoniens où elle a étrenné sa jeunesse. La présidente de la Commission européenne a remisé son côté punk pour ne garder de son éducation bourgeoise que le goût du saut d’obstacles.

Après avoir longtemps laissé planer l’incertitude, Ursula von der Leyen a annoncé, ce 19 février, sa volonté d’être candidate à un second mandat à la tête de la Commission, après avoir reçu le soutien de son parti de l’Union chrétienne-démocrate (CDU). « Je prends aujourd’hui une décision consciente et réfléchie », assure l’ex-ministre d’Angela Merkel.

Faute de grandes figures alternatives, elle devrait voir sa candidature validée lors du congrès du Parti populaire européen (PPE), qui rassemblera les droites continentales, les 6 et 7 mars à Bucarest. Après les européennes de juin, les États membres devront la confirmer à la majorité qualifiée – certains sauront se souvenir des arbitrages rendus en leur faveur, comme la France sur le nucléaire – avant que le Parlement européen ne s’exprime à la majorité absolue.

Cheville ouvrière du rapprochement avec l’Otan

Néolibérale et partisane d’un passage en force sur l’accord UE-Mercosur, atlantiste, militariste, bâtisseuse de l’Europe forteresse… Ursula von der Leyen a dès ses débuts nourri le souhait d’une « commission géopolitique ». La guerre en Ukraine, qui a mis en lumière l’absence d’architecture de sécurité européenne, lui en aura fourni l’occasion, quitte à empiéter sérieusement sur les plates-bandes du président du Conseil européen, Charles Michel, et du haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères, Josep Borrell.

Une rivalité exacerbée à l’aune de la guerre contre Gaza au sujet de laquelle les appréciations diffèrent. En quatre ans et demi, elle affiche 230 voyages dans plus de 60 pays, dont une bonne partie (33) en terres allemandes. Cheville ouvrière du rapprochement avec l’Otan et de l’élargissement de l’Union à l’Ukraine et à la Moldavie, elle s’affranchit des réalités économiques ou de la nécessaire réforme des traités qu’une extension inclut.

Auréolée d’une activité législative intense, elle dressait un bilan flatteur de sa mandature lors du discours sur l’état de l’Union, en septembre 2023. Tout en évitant de le politiser et d’évoquer la crise sociale. Car Ursula von der Leyen maîtrise aussi bien le sport équestre que l’art du virage à 180 degrés.

Pendant le Covid, l’austéritaire s’assoit un temps sur les règles budgétaires pour initier un plan de relance de 800 milliards d’euros et prouve à ses adversaires que les critères de Maastricht peuvent être contournés. Elle y trouve également l’occasion de faire rentrer la Pologne et la Hongrie dans le rang en conditionnant les aides au respect de l’État de droit.

Sa campagne devrait être marquée par les priorités de la CDU : compétitivité des entreprises, pause dans un pacte vert dopé au marché carboné et immigration, autant de chantiers inaboutis. Et bien loin du punk londonien.

Européennes 2024 : développons le service public ferroviaire !

Le train est un des atouts majeurs pour notre pays et pour l'Europe. C’est une nécessité pour toute la population : travailleurs et travailleuses, lycéen·nes, étudiant·es, retraité·es. Utile aux usagers, le rail est aussi utile écologiquement pour diminuer la circulation automobile et réduire la pollution, tant pour le transport des personnes que des marchandises.

Son développement est de nature à répondre au défi climatique. Le ferroviaire est par ailleurs un élément important pour l’aménagement du territoire et pour lutter pour le désenclavement. C’est enfin un atout pour l’industrie française, en termes d’emplois, d’innovation et de performance.

Pourtant, la situation des transports devient de plus en plus invivable, autant pour les usagers que pour les cheminots qui tentent d’assurer au mieux le service public. Les retards se multiplient, les dessertes sont insuffisantes, les prix trop élevés, les gares déshumanisées.

Depuis 2013 et le 4e paquet ferroviaire, l’Union européenne oblige l’ensemble des pays à ouvrir à la concurrence leur service ferroviaire.

Tous les pays qui l’ont mis en œuvre, que ce soit l’Angleterre, l’Allemagne ou l’Italie, ont fait face à de grandes difficultés.

Si en France nos TER ont des difficultés et des retards qui s’accumulent, c’est d’abord par manque d’investissement dans les infrastructures : rails, caténaires, signalisations…

Quant à la part modale du fret ferroviaire, elle est passée de 17 à 10 % entre 2000 et 2019, en raison d’un manque de soutien public à ce mode de transport bas-carbone. La situation pourrait encore s’aggraver en raison du contentieux, entre la France et la Commission européenne, au sujet des aides accordées à Réseau ferré de France, qui pourrait aboutir à sa liquidation.

Le rail dans sa globalité a été laissé à l’abandon !

Dans cette situation, comme l’a récemment affirmé Léon Deffontaines : « Il y a urgence à revenir à des logiques de services publics, qui ont fait de la SNCF un exemple à suivre partout dans le monde. Des investissements massifs sont nécessaires pour rendre les lignes existantes plus performantes ou pour en créer de nouvelles. »

Nous proposons de :

  • Sortir des paquets ferroviaires en faisant du rail un « service essentiel » afin de reprendre la main sur nos trains.

  • Arrêter la concurrence entre les grands opérateurs historiques (Deutch Banh, Renfe, Trenitalia, SNCF…).

  • Créer un pôle public des transports en France avec une SNCF renationalisée.

  • Instaurer la gratuité des TER et des transports urbains collectifs.

  • Investir 10 milliards d’euros en plus chaque année sur 15 ans.

  • Fixer l’ambition de passer la part modale du fret ferroviaire de 10 % à 25 % d’ici 2045.

Article publié dans CommunisteS, N°983, 14 février 2024.

 

lundi 19 février 2024

Hommage au résistant communiste Missak Manouchian

Avant de poser ma question, je souhaite rendre hommage, au nom du groupe Gauche démocrate et républicaine-NUPES, à Mélinée et Missak Manouchian, aux « vingt et trois étrangers et nos frères pourtant », ces résistantes et résistants de la main-d’œuvre immigrée fusillés par les nazis, désignés comme boucs émissaires sur l’Affiche rouge parce qu’ils défendaient la dignité humaine et portaient un espoir plus grand qu’eux-mêmes, morts pour la France et vivants dans notre mémoire. (Mmes et MM. les députés de tous les groupes, ainsi que Mmes et MM. les membres du Gouvernement se lèvent. – Applaudissements sur les bancs des groupes GDR-NUPES, RE, LFI-NUPES, LR, Dem, SOC, HOR, Écolo-NUPES et LIOT.)
L’entrée au Panthéon de Missak et Mélinée Manouchian est une juste réparation mémorielle ; elle ne rachète pourtant pas les errements graves de la politique de notre pays, si loin d’idéaux qui ont été un puissant antidote face à l’horreur. Le poète Manouchian, venu d’Arménie, on ne peut pas l’édulcorer. Puisse cet événement favoriser la réflexion et la prise de conscience ; puisse-t-il contribuer à nous orienter sur le chemin heureux de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, non sur celui de l’extrême droite. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR-NUPES et Écolo-NUPES.)
J’en viens à ma question, qui s’adresse au ministre de l’Europe et des affaires étrangères. Gaza : 28 000 morts ; 68 000 blessés et 11 000 enfants désormais seuls ; aucune possibilité de fuite, si peu de possibilités de se soigner ; la famine, la douleur, la destruction, le chaos. La révolte ne nous quitte pas devant le massacre qui s’amplifie à Rafah, et que les crimes insoutenables du 7 octobre ne peuvent justifier.
Quels actes forts la France compte-t-elle engager ? Allons-nous consolider l’Unrwa – l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient – et déployer une action humanitaire massive ? Allons-nous soutenir l’ordonnance de la Cour de justice internationale et défendre le droit international ? Allons-nous empêcher le commerce des armes et proposer des sanctions européennes pour faire cesser le feu ? Allons-nous refuser les produits issus de la colonisation qui se poursuit ? N’est-ce pas enfin le moment de reconnaître l’État de Palestine ? Allons-nous saisir le Conseil de sécurité pour construire la paix avec le peuple israélien et le peuple palestinien ? (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR-NUPES, dont plusieurs députés se lèvent, ainsi que sur les bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES, et sur plusieurs bancs du groupe SOC.)

Mme la présidente
La parole est à Mme la secrétaire d’État chargée du développement et des partenariats internationaux.
Mme Chrysoula Zacharopoulou, secrétaire d’État chargée du développement et des partenariats internationaux

Je vous prie d’excuser le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Stéphane Séjourné. Comme il l’a indiqué hier, la catastrophe humanitaire qui se déroule à Gaza doit cesser. La France exprime son inquiétude face aux frappes israéliennes. Les Israéliens connaissent notre position : M. Séjourné s’est entretenu avec leur Premier ministre lors de son déplacement au Proche-Orient. Une offensive israélienne à Rafah créerait une situation intenable. Afin d’éviter un désastre, nous réitérons notre appel à l’arrêt des combats. Israël doit prendre des mesures concrètes pour protéger la vie des populations civiles à Gaza.
En parallèle, nous sommes mobilisés pour faciliter l’évacuation de nos ressortissants et des personnes ayant travaillé pour la France. Dimanche, quarante-deux personnes ont ainsi pu quitter la bande de Gaza. L’avenir de cette région ne pourra s’inscrire que dans un État palestinien vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël. La détermination de la France est totale ; des sanctions ont d’ailleurs été annoncées hier par le Gouvernement contre vingt-huit colons violents. Le cessez-le-feu est indispensable pour la libération des otages à Gaza – parmi lesquels se trouvent encore trois de nos compatriotes – et pour l’acheminement de l’aide aux populations civiles. Nous ne pouvons plus attendre. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.)

Mme la présidente
La parole est à M. Pierre Dharréville.

J’ai bien entendu les prises de position du Gouvernement, ces derniers jours, mais nous devons accomplir des gestes beaucoup plus forts pour essayer de faire bouger les choses. Il y a urgence. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR-NUPES et Écolo-NUPES, ainsi que sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.)

 

Grenoble a manifesté pour l’abrogation de la loi asile-immigration, contre l’extrême droite

Lors des prises de parole au départ de la rue Félix Poulat.

Plusieurs centaines de manifestants, dont de nombreux jeunes ont répondu à l’appel de la CISEM (Coordination iséroise de solidarité avec les étrangers migrants) pour manifester à Grenoble, le 12 février, de la rue Félix Poulat à la place Pasteur.

L’appel à cette manifestation est affiché comme la volonté « de manifester avec les étudiants·es et leurs syndicats pour commémorer le 12 février 1934, où, suite à l’émeute fasciste du 6 février, une réaction à la hauteur du danger s’est manifestée par la grève massive et une manifestation d’une centaine de milliers de personnes. »

Parmi les intervenants au départ de la manifestation, des prises de parole de la CISEM, de l’APARDAP, de jeunes étudiants syndicalistes (UEG), du collectif antifasciste de Grenoble, de la CGT.

Anne Villégier (APARDAP).

Anne Villégier (APARDAP, Association de parrainage républicain des demandeurs d’asile et de protection) a fait état des graves atteintes au droit, aux libertés de la préfecture de l’Isère qui anticipe la loi Darmanin avant même la promulgation des arrêtés. Il est ainsi impossible d’obtenir des rendez-vous en préfecture. Les centres de rétention se multiplient scandaleusement aux frontières.

Le syndicaliste étudiant dénonce la façon dont les universités sont complaisantes avec le dépôt de listes d’extrême droite aux élections en se félicitant que celles ci n’ont pas eu d’élus au CROUS (œuvres universitaires). Il souligne la montée des idées de l’extrême droite dans le milieu estudiantin, avec l’aide des gouvernants qui s’approprient les pires propositions racistes, la dernière en date, à Mayotte étant l’affirmation que le droit du sol sera aboli.

Il dénonce les droits d’inscription élevés pour les étudiants étrangers et les retards administratifs pour ces étudiants mis pour nombre d’entre eux en situation sociale très difficile.

Nicolas Benoit, secrétaire départemental de la CGT évoque le combat nécessaire pour le droit des travailleurs immigrés d’être régularisés, évoque le 8 février 1962 où les manifestants pour la paix en Algérie ont été réprimés (8 morts, tous syndicalistes CGT).

Eric-Piolle

Le cortège dans les rues de la ville.

L’appel unitaire à la manifestation indiquait que « nous manifestons pour l’abrogation de la loi « asile immigration », pour exprimer notre solidarité avec les personnes sans papiers et leurs lutte, pour la régularisation de toutes et tous, pour l’égalité des droits, pour l’ouverture des frontières. »

Les manifestants ont parcouru quelques kilomètres à travers Grenoble pour aboutir place Pasteur. Sur cette place, une plaque commémorative rend hommage aux manifestants du 11 novembre 1943 qui ont résisté à l’occupation allemande et aux autorités d’Etat pétainistes.

Une jeune étudiante du syndicat étudiant UEG a pris la parole, un étudiant étranger africain a dénoncé les mesures anti étrangers à l’université.
Antonine Ronseaux dont le père a manifesté le 11 novembre 43 (puis déporté et assassiné dans le camp de travail) a pris la parole pour témoigner.

Eric-Piolle

Antonine Ronseaux.

Le témoignage d’Antonine Ronseaux

Mesdames, Messieurs, chers amis,
Bonsoir,

Tout d’abord, je voudrais vous parler de moi, me raconter un peu…
Loi asile immigration, xénophobie, racisme, 12 février 1934, me voilà devant vous, un condensé
Je suis fille d’immigré italien, résistant FTP-MOI et mort pour la France
C’est toujours avec beaucoup d’émotion que je parle de moi, mais je voudrais que vous entendiez tous les enfants, toutes les familles, toutes les personnes qui ont connu cette même vie entre 1939 et 1945 et après…
Pour moi,
lutter contre le racisme, une évidence
lutter contre le fascisme une évidence
lutter contre la loi asile immigration une évidence
faire connaitre et reconnaître l’acte de résistance des manifestants du 11 novembre 1943, est une nécessité.
Aujourd’hui, lier le 12 février 1934 au 11 novembre 1943 honore ces résistants et tous les résistants de la seconde guerre mondiale.
Le 11 novembre 1943 c’est le même sentiment qui a animé les manifestants. Vivre libre.
Ils ne pouvaient vivre libres dans un pays occupé et administré par un gouvernement collaborant avec l’occupant nazi.
11 nov 1918 – 11 novembre 1943, il y a 25 ans que l’armistice mettant fin à la guerre était signé.
11 novembre 1943 , la commémoration de l’armistice est interdite mais un tract signé par « le comité de l’Isère de la France combattante » invite la population à se rendre au monument de la « porte de France » pour rendre hommage aux morts de la guerer 14-18.
Refoulés une première fois avant de franchir le pont de l’Isère, les manifestants décident de se rendre au monument des diables bleus (chasseurs alpins) au parc Paul Mistral.
Les forces de l’ordre françaises tentent de disperser la foule mais les allemands surgissent de partout, encerclent les manifesatnts :
600 personnes sont arrêtées
369 sont déportées
102 en reviendront.
Je ne suis pas témoin de cette manifestation, je suis héritière de cette mémoire, c’est un des legs de mon père.
Je vous ai raconté une tranche de ma vie, un monceau de ma mémoire familiale.
Je n’ai pas participé à la manifestation du 11 nov 1943 mais elle a laissé en moi une trace indélébile.
Cette portion d’histoire de ma famille, je vous la confie, je vous la donne.
Oui les camps de concentration ont existé
Oui les prisonniers ont été maltraités, affamés.
Oui les prisonniers mouraient.
Vous voilà témoins de mon histoire familiale, mais cette histoire devient la vôtre.
Résistons à ce climat de méfiance, de haine.
Battons nous.
Merci de m’avoir écoutée