lundi 20 juillet 2026

La CGT du CHAI à l’ARS : une réorganisation « au détriment des agents et des patients »


 

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Des personnels et élus CGT du CHAI rassemblés, jeudi 16 juillet, devant l'antenne grenobloise de l'ARS où une délégation syndicale a ensuite été reçue par deux responsables départementaux.
Après les mobilisations des 8 et 26 juin, la CGT du Centre hospitalier Alpes Isère (CHAI) de Saint-Égrève, soutenue par des agents, était reçue à l'Agence régionale de santé (ARS), ce jeudi 16 juillet, à Grenoble. L'occasion de dénoncer le manque de lits et de personnel ainsi que la réorganisation du temps de travail voulue par la direction. Projet aussi néfaste pour les soignants que pour les patients, selon le syndicat, qui a insisté sur la dégradation de l'offre de soins en psychiatrie dans le département.

« Lorsque nous parlons de ‘bras et de lits’, ce n’est pas un slogan. C’est le minimum indispensable pour garantir une psychiatrie publique accessible, digne et sécurisée. » Isabelle Guiga, secrétaire générale du syndicat CGT du Centre hospitalier Alpes Isère (CHAI), et Rafael de Bortoli-Vargas, secrétaire adjoint, mettent les points sur les i. Face à eux, ce jeudi 16 juillet, dans les locaux de l’antenne grenobloise de l’Agence régionale de santé (ARS), le directeur de la délégation départementale de l’Isère et le responsable du pôle Offre de soins hospitaliers. La délégation syndicale est venue les alerter sur la profonde crise couvant au sein de l’hôpital psychiatrique de Saint-Égrève.

Après une manifestation très suivie le 8 juin, avec plus d’une centaine de personnes dans les rues de la commune, puis le rassemblement devant l’hôtel du département le 26 juin, le rendez-vous avec l’ARS faisait office de suite logique. Si l’organisation interne d’un établissement relève en effet de sa direction, en revanche « l’Agence régionale de santé est responsable de la planification de l’offre de soins, de son financement, de la qualité des prises en charge et de la réponse aux besoins de santé de la population », rappellent les deux élus CGT. Lesquels entendaient donc interpeller leurs interlocuteurs sur ces questions.

« Les équipes travaillent dans un contexte de pénurie durable »

De fait, l’organisation du travail au CHAI et l’offre de soins en psychiatrie dans le département sont deux sujets étroitement liés. Que ce soit Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas ou leurs collègues rassemblés devant l’ARS, tous en conviennent : la situation actuelle pénalise autant les agents que les patients, la prise en charge des seconds dépendant fortement de la qualité de vie au travail des premiers. Or, cela fait plusieurs mois que les personnels tirent la sonnette d’alarme sur la dégradation continue des conditions de travail et le manque de moyens humains, tout en avertissant des conséquences directes sur la qualité, la continuité et la sécurité des soins.

Le personnel du CHAI mobilisé le 8 juin devant l’établissement.

Aujourd’hui, au CHAI, « les équipes travaillent dans un contexte de pénurie durable », déplorent Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas, évoquant les services en sous-effectif, les capacités d’hospitalisation souvent réduites ou encore les parcours de soins de plus en plus complexes. Un tableau déjà guère reluisant auquel est venu se greffer le projet de réorganisation du temps de travail annoncé fin 2025 par le nouveau directeur. Argument invoqué par ce dernier, un déficit d’environ 3 millions d’euros révélé par un audit financier. En 2026 pourtant, « le déficit n’est plus d’actualité, mais le projet de réorganisation se poursuit », s’étonnent les syndicalistes.

Avec la réorganisation, la vie personnelle ou familiale entre parenthèses

Venues les soutenir ce jeudi matin, Manon et Sandra [les prénoms ont été modifiés], respectivement infirmière et éducatrice spécialisée au CHAI, se souviennent d’informations d’abord données au compte-gouttes et parfois contradictoires, durant plusieurs mois. Et puis, « dernièrement, une note d’information a été transmise sur toutes les boîtes mail », raconte Manon. « On a su alors qu’il allait y avoir des réorganisations de nos planning, qu’on allait passer en douze semaines. »

C’est ce point qui a mis le feu aux poudres. Jusque-là en effet, les agents ont leurs « plannings à l’année. C’est toujours le même, avec les mêmes repos », explique l’infirmière. Avec le projet, il s’agirait de cycles de douze semaines — en redémarrant à zéro la treizième semaine — avec des changements d’emploi incessants. « Nos repos seraient bougés chaque semaine : par exemple, on aurait repos lundi une semaine, la semaine d’après le mardi, puis mercredi, etc », s’insurge Manon. Dès lors, impossible pour les soignants d’avoir une activité sportive ou culturelle régulière. Idem pour celles et ceux qui ne travaillaient pas le mercredi afin de s’occuper de leurs enfants. Il faudra mettre sa vie personnelle ou familiale entre parenthèses.

Les agents sont partis du CHAI, le 8 juin, pour défiler dans les rues de Saint-Égrève.

Cette réorganisation — censée s’appliquer d’ici quelques mois — « allonge les cycles de travail, accroît la flexibilité des plannings, remet en cause des temps partiels fixes et rend les repos moins prévisibles », abondent Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas. Le tout sans résoudre aucun problème. « Cette évolution dégrade l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, mais surtout elle fragilise ce qui constitue le cœur de la psychiatrie : la stabilité des équipes, la continuité de la relation thérapeutique et la qualité des prises en charge », ajoutent-ils.

« Comment penser qu’à quatre soignants, on peut contenir vingt-cinq patients ? »

« On sent aussi qu’ils veulent faire ça pour pouvoir avoir du personnel qui ira dépanner dans les unités où ça manque », anticipe Manon. Car partout au CHAI, on manque de bras et de lits (quelque cinquante lits fermés sur les dix dernières années, selon la CGT). Conséquences, « ça engorge les urgences et on se retrouve avec des unités qui sont blindées, où on n’a jamais vraiment de place », poursuit l’infirmière. Tout cela avec un effectif très insuffisant, à savoir « quatre pour vingt-cinq ». Ce qui a le don de « révulser » Manon : « Comment peuvent-ils penser qu’à quatre soignants, on peut contenir vingt-cinq patients ? », s’exclame-t-elle.

Pour sa collègue Sandra, il s’agit déjà d’un effet de « la destruction des conditions de travail » à l’œuvre depuis des années. « Moins il y a de professionnels, moins il y a d’infirmiers, moins les médecins ont envie de venir. Car il y a un ratio de professionnels autour des lits. Et les médecins n’ont plus envie de s’inscrire dans la psychiatrie publique », constate l’éducatrice spécialisée, qui pointe « des éléments structurels ». Le projet de la direction n’est ainsi pas tombé du ciel. « Les réorganisations au CHAI s’inscrivent dans ce contexte-là », souligne-t-elle.

« Nos revendications, ce n’est pas uniquement des lits pour notre confort, c’est aussi la question des conditions d’accueil de nos patients. »

Sandra et Manon confirment les propos tenus par les représentants CGT face à l’ARS : « Dès que nos conditions de travail se dégradent, ça a toujours un impact à la fin sur le patient. Nos revendications, ce n’est pas uniquement des lits pour notre confort, c’est aussi la question des conditions d’accueil de nos patients. »

La CGT manifestait devant le conseil départemental le 26 juin, afin d’interpeller la présidente du conseil de surveillance Annie Pourtier, vice-présidente du département de l’Isère, qu’elle rencontrera lundi 20 juillet.

Toutes deux mentionnent un impératif « d’intérêt général », à savoir « prendre soin des personnes qui sont en situation de grande détresse et de vulnérabilité sociale ». Chose devenant malheureusement « de plus en plus compliquée ». Et in fine, « ça pourrait représenter un danger », affirme Manon. « Car si on ne peut pas accueillir tous les patients qui le nécessitent, on risque de se retrouver avec des patients qui ne pourront pas avoir recours aux soins. »

« Le financement de la psychiatrie ne répond pas aux besoins réels du terrain »

Éternel parent pauvre de la santé publique, la psychiatrie est ainsi déconsidérée une nouvelle fois. Infirmière au CHAI depuis plus d’une décennie, Manon n’a d’ailleurs « jamais vu [ses] conditions de travail ni les soins s’améliorer. J’ai plus connu de la dégradation qu’autre chose », assène-t-elle.

Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas sont de toute façon formels : « Le financement actuel de la psychiatrie ne répond pas aux besoins réels du terrain. » Ce que n’ont pas contesté les responsables de l’ARS, qui ont promis de faire remonter leurs alertes à l’échelon supérieur — eux n’ayant pas le pouvoir, à leur niveau, de débloquer des financements qui relèvent d’une politique nationale.

Économie de guerre et suppressions de postes

Cette politique de vaches maigres serait-elle plus ou moins volontaire de la part des pouvoirs publics ? Sandra en est persuadée. Pour elle, « on s’inscrit de plus en plus dans une économie de guerre ». Et de citer des propos du directeur sur « la menace russe » ou encore « une circulaire de François Bayrou, quand il était Premier ministre, qui recommandait de faire un pas de plus vers la rationalisation de la gestion de nos hôpitaux ».

La direction actuelle dans le viseur des soignants.

Sandra et Manon évoquent également un autre enjeu caché de la réorganisation : les suppressions de postes. Si la direction avance masquée sur ce point, les deux collègues parlent d’une « économie de 49 postes » parmi les 1600 agents — dont 800 soignants — du Centre hospitalier Alpes Isère.

Cette situation globale entre pourtant en contradiction avec les ambitions nationales affichées pour la santé mentale. « Après 2025, la santé mentale demeure une grande cause nationale en 2026, rappellent les élus CGT. Les pouvoirs publics ont ainsi martelé leur volonté de « renforcer la psychiatrie, d’améliorer les parcours de soins, de réduire le recours à la contention et de promouvoir des pratiques plus respectueuses des droits des patients », se souviennent-ils.

La santé mentale reste officiellement « une grande cause nationale »

Mais derrière les annonces, les moyens ne suivent pas et impossible d’atteindre ces objectifs dans les conditions actuelles. « Les personnels du CHAI demandent des bras, des lits et des conditions de travail qui permettent d’assurer des soins dignes, continus et sécurisés », concluent Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas.

Blouses blanches en colère, au CHAI comme ailleurs.

Sans un réel engagement des autorités, celles-ci prennent le risque d’une vague de départs. Beaucoup, au CHAI, songent même à se réorienter, à l’image de Manon, qui entame une reconversion professionnelle. Et il sera bien difficile de compenser par la formation ou le recrutement. « Même en proposant des promotions à l’IFSI [NDLR : Institut de formation en soins infirmiers], ils n’arrivent pas à recruter. Les étudiants ne sont pas dupes, ils voient ce qu’il se passe sur le terrain. »

Sans changement à 180 degrés, Sandra et Manon sont assez pessimistes pour la suite. L’infirmière est lucide : « Ce sont des métiers de passionnés mais il y a des limites. Nos plannings, c’était le dernier truc attractif du CHAI, selon moi. S’ils suppriment ça… »

Les femmes, premières victimes de la réorganisation

Léa Martinez Comelli, animatrice du collectif droit des femmes à l’union départementale CGT Isère, en est convaincue : le projet de réorganisation du temps de travail portée par la direction du CHAI va « encore une fois reposer majoritairement sur les femmes ». Tout simplement, explique-t-elle, « parce que c’est encore elles qui ont pour énorme partie — 80/20 de répartition femmes-hommes — la charge domestique et éducative, et on a un emploi féminin à plus de 75 %. Donc c’est sur elles, d’abord, que va reposer cette contrainte des réorganisations de services. »

La responsable syndicale adresse un message à la direction et aux autorités de tutelle : « On sait que ça a été appliqué dans énormément d’hôpitaux mais on reste en résistance au CHAI et on va continuer à le rester. Car il n’y a pas de demande des agents pour passer à ces maquettes organisationnelles et modifier drastiquement leurs conditions de travail. »

dimanche 19 juillet 2026

Disparition de Maurice Thorez


 11 juillet 1964 : Le secrétaire national du Parti Communiste Français Maurice Thorez est frappé d'une soudaine crise cardiaque alors qu'il se rendait en navire avec sa femme Jeannette Vermeesh en URSS pour ses vacances annuelles à Odessa.

On lui doit, entre autre, le statut de la fonction publique qui garantit de nombreux droits aux agents de la fonction publique et l'un des taux de corruption des fonctionnaires les plus bas au monde.
Des funérailles grandioses sont organisées pour cet ancien ouvrier du Pas-de-Calais devenu durant plus de 30ans le représentant du premier parti de France.
Le 16 juillet suivant, les militants communistes français, en présence des ambassadeurs des pays socialistes, rendent un ultime hommage au camarade Maurice avant qu'il ne rejoigne sa dernière demeure au cimetière du Père Lachaise à Paris.

vendredi 17 juillet 2026

14-Juillet : la patrie ou la mort, nous vaincrons


 La bataille fait rage pour donner un sens aux mots France et République. Ordre, liberté, émancipation, démocratie : l’extrême droite menace, la gauche doit faire front.

Il est parfois doux de regarder l’histoire avec la distance du temps passé, comme si elle était dans une vitrine ou une boule à neige. Il en reste des couleurs et des fantasmes, des scientifiques qui cherchent et des mémoires qui se creusent. Les célébrations du 14-Juillet sont de cette matière-là : fête populaire dès 1790, elle devient militaire sous Napoléon. Mais c’est à la fin du 19e siècle, en 1880, 10 ans après la défaite de 1870 contre la Prusse, qu’elle devient l’événement militaire annuel que l’on connaît aujourd’hui : la France est une armée redressée, nos militaires assurent notre puissance nationale. Le contexte actuel de réarmement européen et français donne une continuité tragique à cette tradition.

Pourtant, la célébration du 14 juillet 1789 est aussi celle d’une promesse, qu’aucun ordre ne soit immuable lorsqu’il repose sur l’injustice. Les ressorts de notre identité nationale y reposent : ceux d’un pays ouvert et politique, de la lutte pour une République qui s’est peu à peu dotée d’un moteur qui a pour nom égalité. Les batailles sont âpres pour savoir ce que l’on met derrière le mot France : d’aucuns y voient la puissance révolutionnaire et l’intégration lumineuse du progrès humain au cœur du projet politique, quand d’autres pensent qu’il existe une essence éternelle à la nation. 

Il y a des moments où l’histoire cesse d’être un objet d’étude pour redevenir une question brûlante : nous y sommes. La France n’est pas seulement traversée par les inégalités, la précarité ou la violence du capital. Elle est désormais confrontée à un péril qui menace les conditions mêmes de notre vie démocratique. L’extrême droite n’est plus une protestation mais une prétendante au pouvoir. Elle ne promet pas seulement une autre politique mais une autre République où l’égalité s’efface derrière l’identité, où les libertés cèdent la place à l’ordre, où l’État de droit devient un obstacle à contourner voire à renverser.

Jaurès le comprenait déjà. La République n’est pas un compromis qui efface les conflits mais le cadre qui permet de les mener librement. Voilà ce qui pourrait être le sens du 14-Juillet. Non une célébration nostalgique, ni une démonstration de force, mais le rappel que la France ne vaut que par la promesse qu’elle porte.

Face à ce danger, la gauche ne doit renoncer à rien de son projet d’émancipation sociale. Elle continuera de combattre les privilèges, la concentration des richesses et la domination du marché. Mais elle aurait tort de croire qu’elle peut défendre seule les fondements de la République. Il est des circonstances où une autre frontière s’impose. Non plus celle qui sépare le travail du capital, mais celle qui distingue l’acceptation du retour de la réaction de celle du maintien vivant de l’héritage républicain. Tous ceux qui refusent que la France se referme sur la peur, la haine et l’exclusion ont aujourd’hui une responsabilité commune.

Jaurès le comprenait déjà. La République n’est pas un compromis qui efface les conflits mais le cadre qui permet de les mener librement. Il ne s’agit pas d’oublier ce qui nous oppose, mais de préserver ce qui rend encore possible le désaccord : la démocratie, la liberté de conscience, l’égalité des citoyens. Voilà ce qui pourrait être le sens du 14-Juillet. Non une célébration nostalgique, ni une démonstration de force, mais le rappel que la France ne vaut que par la promesse qu’elle porte. La patrie n’est ni une race, ni une religion, ni un héritage figé. Mais un projet politique dans lequel la gauche doit porter un projet cohérent et puissant mais inséré dans un projet plus large, le projet républicain.

« La patrie ou la mort », dit-on sous tous les continents. Il faut empêcher que la République ne soit défaite de l’intérieur. Le 14 juillet 2026 ne célèbre pas une France achevée : il célèbre une France qui est. La patrie est toujours devant nous, dans ce combat jamais terminé pour l’égalité, la liberté et la fraternité. Et c’est seulement en le menant sans écarter tous ceux qui refusent la régression démocratique que nous pourrons vaincre.