jeudi 30 juillet 2026

Incendies en Gironde et dans les Landes. Le Secours populaire appelle aux dons

Les sapeurs-pompiers luttant contre l'énorme incendie parti mercredi 22 juillet de Saumos (Gironde) et toujours pas fixé cinq jours après. © SDIS 33 / Instagram (capture d'écran)
La fédération de l'Isère du Secours populaire français lance ce lundi 27 juillet un appel à la solidarité pour aider les habitants touchés par les violents incendies en cours en Gironde et dans les Landes, mais aussi dans le Var. L'association a besoin plus particulièrement de bénévoles et de dons financiers - à envoyer au SPF 38.

En Gironde, le gigantesque incendie — un « orage de feu » ou pyrocumulonimbus — parti cinq jours plus tôt de Saumos n’est toujours pas fixé ce lundi 27 juillet. Arrivé à quinze kilomètres de la métropole bordelaise, le sinistre a déjà ravagé plus de 42 000 hectares et détruit 240 maisons, provoquant l’évacuation de quelque 220 000 personnes. Ailleurs, de larges portions des Landes et du Var sont également la proie des flammes. « Face à cette situation dramatique et d’une ampleur inédite, le Secours populaire lance un appel à la solidarité pour venir en aide aux populations durement touchées » dans ces trois départements et « partout où sévissent des incendies », indique le SPF 38 dans un communiqué.

Des bénévoles de l’association ont eux aussi dû évacuer, certains ayant même perdu leur logement ou leur véhicule. « Les locaux et les réserves de plusieurs antennes du Secours populaire, notamment au Porge et à Biscarrosse, pourraient également avoir été détruits », précise-t-elle. Malgré tout, ses équipes interviennent toujours auprès des personnes sinistrées et celles hébergées dans des centres d’accueil d’urgence.

Solidarité sur la durée

Le Secours populaire de l’Isère invite en premier lieu à suivre les consignes des acteurs de terrain (préfectures, services de secours, associations locales). « À ce stade, les dons matériels sont suffisants et leur accumulation risquerait de compliquer les opérations de tri et de logistique », prévient l’association.

De fait, « l’urgence se joue aujourd’hui, mais aussi dans la durée », souligne-t-elle. Il faudra en effet aider les habitants à se reconstruire et à reprendre leur vie, une fois les incendies éteints. Sur le long terme, le Secours populaire aura donc « besoin de bénévoles et de moyens financiers ».

 

Mairie de Bourgoin-Jallieu. Usagers et personnels abandonnés à la canicule…


 Lors de cet épisode de canicule, la mairie de Bourgoin-Jallieu a fait preuve de négligence et de mépris, tant envers les usagers que les agents territoriaux. Interpellé par la gauche en amont de la canicule, le maire LR a montré le peu d’intérêt qu’il portait à la lutte locale contre les effets du réchauffement climatique.

On savait le maire LR de Bourgoin-Jallieu, Vincent Chriqui, peu soucieux des conditions de travail des agents territoriaux, mais la canicule et ses conséquences ont montré qu’il n’avait que faire non plus des conditions faites aux usagers des services municipaux, notamment les enfants dans les écoles…

Pierrette, agente territoriale spécialisée dans les écoles maternelles (Atsem) ne cache pas sa colère et son indignation. « Quand j’ai fait le tour des offices et des cantines, souligne cette militante CGT, et que j’ai téléphoné à toutes les cheffes d’équipe, j’ai appris que des particuliers avaient fait des dons de ventilateurs, et que des parents d’élèves en avaient acheté pour plus de 1500 euros… C’est parfaitement anormal », insiste-t-elle.

Arrêts maladie consécutifs à la chaleur

La canicule de fin juin a éprouvé durement tous les agent·e·s de la restauration scolaire qui ont travaillé dans des conditions de chaleur infernale, amplifiée par la cuisson des plats. Une chaleur qui n’a bien évidemment pas épargné les enfants. Pierrette souligne que des collègues ont fait des malaises et que certains ont été mis en arrêt maladie. Sans remplacement bien sûr, et donc une charge de travail reportée sur les collègues restés en activité.

Si du côté de la mairie, on reconnaît cette défaillance, on promet aussi d’investir dans des ventilateurs et dans de gros travaux qui pourront limiter les effets de ces fortes chaleurs… Mais sans préciser quand et avec quel budget.  En attendant, précise Pierrette, « les écoles accueillent les centres de loisirs pendant l’été et leur situation n’a pas évolué, alors que la canicule risque de se poursuivre cet été » … Le syndicat CGT a, dans le même sens, préconisé la production et le service de repas froids. Proposition rejetée par la mairie…

Seule concession du maire, reporter le feu d’artifice du 14 juillet au 23 août, anniversaire de la Libération, car il ne faudrait pas que la canicule gâche la fête et empêche la population d’en prendre plein les yeux…

Eric Orcel, délégué CGT, rappelle que le maire VIncent Chriqui déroule son programme avec entre autres l’obsession de faire des économies, d’où une politique rampante de privatisation des services municipaux et de tentatives récurrentes de rendre polyvalent·e·s les fonctionnaires territoriaux afin qu’ils pallient aux manques ou absences de personnels. Ce qui n’empêche pas l’édile de vouloir, c’est l’autre versant de sa politique, développer l’axe sécuritaire et étoffer sa police municipale en recrutant de nouveaux agents…

La gauche avait sonné l’alerte dès le conseil municipal du 18 juin.

Le groupe GRECS (Gauche rassemblée écologiste citoyenne et solidaire) est effectivement intervenu le 18 juin en conseil municipal, un jour avant que l’Isère ne soit placée en vigilance orange canicule par Météo France.

« Nous constatons chaque année que lors des épisodes de fortes chaleurs, la température grimpe en flèche dans bon nombre de nos école », avait déclaré l’élue Céline Girard. « Faute de solutions structurelles de la part de la municipalité, nous assistons à un système D permanent : des enfants qui apportent des ventilateurs individuels, ou des associations de parents d’élèves qui en sont réduites à proposer l’achat de rafraîchisseurs mobiles sur leurs propres budgets. Cette situation n’est pas tenable.

Les vagues de chaleur vont s’intensifier et se multiplier à l’avenir. Face à ce constat scientifique, l’adaptation de nos locaux est une responsabilité de premier plan pour la commune. Protéger les enfants, les enseignants et les agents périscolaires est un devoir.

Pourtant, à ce jour, nous n’avons connaissance d’aucun plan global d’adaptation de notre patrimoine public face aux canicules.

Monsieur le Maire, nous profitons de cette décision pour vous poser deux questions précises :

  • Quelles sont les intentions de votre équipe sur la durée du mandat pour garantir le confort d’été dans l’ensemble des établissements scolaires ?
  • La commune compte-t-elle formaliser un véritable plan pluriannuel d’adaptation des locaux scolaires au changement climatique (végétalisation des cours, stores extérieurs, isolation d’été, refuges climatiques, etc.) ?

Il est de notre responsabilité collective de planifier dès aujourd’hui l’école de demain ».

Le 20 juin, l’élue Frédérique Pénavaire (PCF) interpellait le maire, par courrier, au nom du groupe d’opposition GRECS.

« Nous vivons une nouvelle fois un épisode de chaleur intense et précoce qui touche une bonne partie de la France. Ces fortes chaleurs devraient durer jusqu’à la fin de la semaine et sont susceptibles de mettre en difficulté les personnes les plus fragiles :  enfants, personnes âgées, personnes isolées…

Notre groupe considère qu’une action forte doit être mise en place par l’état dont l’action va à l’inverse des objectifs de lutte contre les émissions des gaz à effet de serre qui causent ces canicules en réduisant drastiquement les investissements publics pour le climat : coup de frein à Ma Prime Renov, division par deux du Fonds Vert, par cinq du Fonds Vélo, suppression de la prime à la conversion pour encourager le passage aux voitures électriques…

Cependant, la commune a un rôle important et doit prendre des mesures pour protéger les habitants-tes, certaines communes ou intercommunalités ont mis en place un plan comprenant par exemple la gratuité des transports collectifs pour limiter la pollution, la gratuité des piscines, la multiplication de lieux arborés ….

Le Département de l’Isère, en vigilance jaune canicule depuis mercredi 17 juin 2026, est désormais passé en vigilance orange canicule à compter du vendredi 19 juin à 12h00.

Aussi notre groupe souhaite avoir connaissance du plan de prévention des risques liés à la canicule mis en place à Bourgoin-Jallieu.

Plus globalement nous souhaiterions être informés et débattre d’un plan d’investissement d’adaptation au changement climatique ». 

Pas de réponse sur un plan local d’adaptation

Comme réponse, les élu·e·s de gauche ont reçu de la part du directeur de cabinet la liste des recommandations nationales appliquées localement aux personnes âgées, les plus vulnérables. « Le plan canicule de la ville repose notamment sur le suivi des populations fragiles, déclare le directeur de cabinet. L’ensemble des services du centre communal d’action sociale (service social, résidence autonomie la Berjallière, et espace des services séniors) est mobilisé afin d’assurer une veille active auprès des publics les plus fragilisés.

Aucun début de réponse n’est apporté aux questions de fond posées par les élu·e·s de gauche, à savoir la mise en place au niveau local d’un plan de lutte contre les effets dévastateurs de la canicule, tant pour anticiper à moyen terme (isolation des locaux, refuges climatiques, végétalisation etc.) que pour protéger immédiatement (climatisation des lieux publics comme les écoles, gratuité des piscines et des transports en commun…). Aucune proposition non plus pour articuler un projet local climat à un plan plus général (communauté de communes, région…) et pour le financer sérieusement, y compris en développant l’emploi et la formation aux métiers de la lutte contre le réchauffement climatique.

mercredi 29 juillet 2026

Au Festival d’Avignon, le cri dans le désert des artistes


 Les artistes du spectacle vivant réunis au Festival d’Avignon dénoncent les ravages de l’austérité et témoignent de leur inquiétude face à la montée de l’extrême droite qui les menace. Qui les écoute ?

« Est-ce un paysage de ruines que vous voulez laisser derrière vous ? » C’est la question qu’une centaine d’artistes, metteurs en scène et directeurs de théâtre ont adressée à Emmanuel Macron depuis le palais des papes, au Festival d’Avignon. Dans leur lettre, ils dénoncent les coupes budgétaires qui frappent le spectacle vivant et réclament leur annulation. Ils demandent aussi un engagement portant progressivement le budget de la culture à 1% du budget de l’État. L’alerte dépasse la défense d’un secteur professionnel. «Le service public de l’art et de la culture est un bien commun », rappellent les signataires, qui décrivent des spectacles déprogrammés, des équipes précarisées et des lieux contraints d’abandonner leurs missions. Après avoir sauvé le secteur pendant la pandémie avec «l’année blanche » pour les intermittents du spectacle, Emmanuel Macron est désormais accusé de laisser se déliter l’un des piliers de la République culturelle.

Il faut écouter ce qui s’est dit à Avignon. Non parce que les artistes parleraient plus juste que les autres, mais parce qu’ils mettent des mots sur ce qui est en train d’arriver au pays. La culture est l’une des nombreuses victimes des politiques d’austérité avec une férocité toute particulière : parce qu’elle ne produit pas de résultats immédiats, parce qu’elle n’est pas considérée comme rentable, parce qu’il est plus facile de supprimer un petit festival que de fermer un équipement. Lorsque les subventions sont supprimées, ce ne sont pas seulement des spectacles qui sont annulés mais des lieux de rencontre qui ferment, des compagnies qui disparaissent, des artistes qui renoncent, des territoires qui se vident. La République perd alors une part de ce qui permet sa promesse : partager des récits, construire des imaginaires, vivre la magie du monde au présent.

Lorsque les subventions sont supprimées, la République perd alors une part de ce qui permet sa promesse : partager des récits, construire des imaginaires, vivre la magie du monde au présent.

Emmanuel Macron avait fait de la culture un emblème durant la pandémie. Aujourd’hui engagé par les régions, les départements et les communes, le mouvement de démantèlement est aussi porté par le gouvernement : il s’apprête à geler 10% des crédits… Et de facto appliquer les desiderata de l’extrême droite qui a fait de la destruction de cet espace de notre société l’un de ses objectifs principaux.

Le problème, c’est que les artistes peinent à convaincre et le reste de la société et les élus, même de gauche. Non que personne ne soit au courant des difficultés du secteur, ni n’en soit empathique. Mais parce que la culture publique et les enjeux artistiques qui lui sont liés ont, depuis quelques années, été complètement relégués au second plan. Le catalogue Netflix, n’est-ce pas plus efficace qu’un maillage territorial dense de théâtres publics à travers la France ? Cette idée s’ancre. En vérité, le covid a accéléré et décomplexé une dynamique déjà enclenchée : la culture publique est perçue comme coûteuse et non-essentielle. Et les élus macronistes et de droite s’y engouffrent. À gauche, rares sont ceux qui maintiennent une ambition politique sans même parler d’une pensée. Dès lors, le débat ne porte plus que sur l’argent, nerf de la guerre… mais on ne mène pas qu’une guerre. Car les arguments financiers ne suffisent pas, pas plus que le souvenir d’un âge d’or où le budget de la culture atteignait 1% du budget de l’État. Il faut défendre le sens commun de l’art et son essence irréductible.

mardi 28 juillet 2026

Loi « permis de tuer » : le Syndicat de la magistrature appelle à manifester, Bruno Retailleau voit rouge

L’ancien ministre de l’Intérieur et candidat LR à l’élection présidentielle, Bruno Retailleau, a reproché au Syndicat de la magistrature son engagement contre la loi « permis de tuer », lors d'une conférence de presse qu'il attribue, à tort, à la France insoumise. Piétinant, au passage, la liberté syndicale.

Ce n’est pas nouveau, la droite rêve de bâillonner les magistrats, en particulier ceux qui osent s’opposer aux projets de son camp. Enième épisode, ce samedi, avec le dernier coup de gueule en date de Bruno Retailleau, président des « Républicains » (LR) et candidat à l’élection présidentielle.

En cause : la participation du secrétaire national du syndicat de la magistrature, Stéphane Fischesser, à une conférence de presse réunissant divers acteurs associatifs et politiques opposés à la proposition de loi sur la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, dite « permis de tuer », et portée par les parlementaires de son parti.

Autour de la table, des représentants du syndicat Avocats de France, d’autres d’Amnesty International. Mais aussi des élus, tels que la communiste Elsa Faucillon ou l’insoumis Thomas Portes. Il n’en fallait pas plus à l’ancien ministre de l’Intérieur pour dénoncer une « collusion avec l’extrême gauche » qui « doit cesser ».

« Le Syndicat de la Magistrature, principal syndicat des magistrats, qui participe à une conférence de presse organisée par LFI et qui appelle à manifester contre une loi votée démocratiquement. Il faut profondément réformer l’exercice syndical des magistrats », a-t-il également commenté.

L’ancien ministre de l’Intérieur use ici, à dessein, de désinformation. Si un député insoumis y a bien assisté, cette conférence de presse n’a pas été organisée par la France insoumise mais par plusieurs collectifs et associations. Or, Bruno Retailleau, suivi par de nombreux soutiens appelant à interdire la syndicalisation des magistrats, jouent sur cette ambiguïté pour dénoncer une forme de politisation.

Indignation à gauche

« Le droit de manifester est une liberté fondamentale, même contre une loi adoptée, même pour défendre des idées minoritaires dans la société. Idem pour l’indépendance des syndicats et leur droit d’agir », a répondu Alexis Corbière, député L’Après de Seine-Saint-Denis, sur X. Et de dénoncer une remise en cause des « libertés » et des « droits » par l’ancien ministre.

« De tels propos devraient profondément inquiéter tous les agents de notre Justice. Ils sont indignes d’un prétendant à la présidence de notre pays », a noté pour sa part Jean-François Coulomme, député LFI de Savoie, sur le même réseau social.

A droite, les soutiens de Bruno Retailleau pointent l’article 10 de l’ordonnance du 22 décembre 1958 portant sur le statut de la magistrature. Il impose une « réserve » qui leur empêcherait« toute manifestation d’hostilité au principe ou à la forme du gouvernement de la République ».

Or, le recueil des obligations déontologiques des magistrats publié par le Conseil supérieur de la magistrature précise bien que « les prises de position d’une organisation syndicale ne sauraient servir de fondement à la mise en cause de l’impartialité d’un magistrat ».

Une pétition réunissant 700 000 personnes s’oppose au texte

Adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale le 7 juillet (313 pour, 199 contre) lors de la niche LR, la proposition de loi « visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, dans l’exercice de leurs fonctions » est actuellement examinée en commission des lois au Sénat.

Une pétition hostile au texte, publiée sur le site de la chambre basse, réunit aujourd’hui plus de 700 000 signataires. « Nous appelons à la signature massive de la pétition, a fait savoir Stéphane Fischesser, lors de cette conférence de presse. Nous nous joindrons à l’appel à manifestation, à la mobilisation, du 19 septembre prochain »

Une prise de position des plus cohérente pour ce syndicat marqué à gauche qui a, par ailleurs, obtenu 25% des suffrages de magistrats aux élections de février dernier. Le 10 juillet dernier, le syndicat dénonçait déjà, par communiqué, un texte qui « piétine le droit à la vie et à l’intégrité physique pourtant protégé par la convention européenne des droits de l’Homme ».

Et de poursuivre : « Le Syndicat de la magistrature s’est engagé par le biais de tribunes, communiqués et conférences de presse pour alerter sur les risques mortifères d’une telle réforme, dangereuse tant pour la sécurité des citoyens que pour les forces de l’ordre notamment en terme opérationnel. Les voies de la Défenseure des droits et de la CNCDH se sont également élevées pour s’opposer à cette loi ». Bruno Retailleau va-t-il leur reprocher, à elles aussi, une « collusion avec l’extrême gauche » ?

 

lundi 27 juillet 2026

Fabien GAY


 Depuis quatre jours, je regarde avec consternation et tristesse les images de désolation qui me parviennent de mon département de naissance.

Un méga-feu parti de Saumos ravage la forêt de pins maritimes de Gironde, mais aussi une grande partie des Landes.
Ma famille y vit toujours, tout comme de nombreux amis.
Lège-Cap-Ferret calciné… C’est le décor de mon enfance : cette caravane posée à l’année dans le camping La Pinède, les chemins forestiers que nous arpentions, les cabanes bricolées dans les pins, et ces longues balades à vélo jusqu’à l’océan, de mars à octobre. Ce pays girondin, je le connais par cœur.
Ce feu ne ravage pas seulement la forêt de pins des Landes. Il consume nos souvenirs, les sentiers ombragés, les rires d’autrefois et une biodiversité riche dont il faut s’inquiéter. Il dévore les maisons et les rêves de ceux qui y ont construit leur vie.
Les flammes transforment les pignes de pin en grenades incandescentes. Un simple coup de vent suffit parfois à ranimer un feu couvant, rendant le combat des sapeurs-pompiers encore plus titanesque.
Une fois le brasier éteint, il ne reste que la nuit, les cendres et ces fumées toxiques qui hanteront longtemps le paysage.
Déjà plus de 40 000 hectares sont partis en fumée, et l’incendie frappe désormais aux portes de la métropole bordelaise.
Aujourd’hui, mes pensées vont vers les plus de 200 000 personnes déplacées, ainsi qu’aux sapeurs-pompiers, aux agents de la sécurité civile, de l’ONF et à toutes les équipes soignantes qui se battent sans relâche.
Quand le feu sera enfin maîtrisé, il faudra tirer les leçons de ce méga-incendie. Et une question me taraude :
Pourquoi sommes-nous si prompts à légiférer sous le coup de l’émotion — pour restreindre les libertés publiques, par exemple —, mais si réticents à mobiliser les centaines de millions d’euros nécessaires pour protéger durablement nos forêts ?
Imaginons que le Premier ministre réunisse d’urgence le Parlement en session extraordinaire en cette fin de mois de juillet pour voter une loi dotant la France d’une flotte renforcée de Canadairs ou accélérant l’acquisition d’aéronefs de lutte contre les feux : personne ne s’y opposerait. Personne ne rechignerait à investir massivement pour protéger nos vies et nos territoires. Pourtant, chaque été nos forêts brûlent, chaque été nos forces de sécurité civile nous alertent : la moitié de la flotte est clouée au sol, faute de moyens pour les réparer à temps. Et à chaque budget, au milieu de l’hiver, le gouvernement refuse d’augmenter les crédits. Il se trouve même des cours régionales des comptes pour demander au département de la Gironde, il y a encore quelques semaines, de réduire ses dotations au SDIS… qui accueille pourtant nos sapeurs-pompiers.
Et si, cette rentrée, les exploits de nos héros n’étaient pas déjà oubliés ? Avec la fin de l’été, la reprise du travail, une ou deux polémiques suffisent habituellement à effacer les épisodes caniculaires, le stress hydrique et le criant besoin de moyens aériens. Mais cette fois, tout ne peut plus reprendre comme avant. On ne peut pas laisser un gouvernement illégitime préparer un budget sous le signe de l’austérité… sauf, bien sûr, pour les armées, tout en oubliant une fois de plus nos forêts.
Si nous avons pu mobiliser des milliards pour sauver les banques en 2008, nous devons être capables de mobiliser des centaines de millions pour la prévention. D’autant plus qu’au moment où j’écris ces lignes, un nouvel épisode caniculaire se profile pour mercredi.
Et si, cette fois, nous refusions d’oublier et décidions enfin de consacrer les moyens nécessaires pour protéger nos vies et nos territoires ?

Barbara Butch. Nouvelle plainte de la ville de Grenoble : « boycotter n’est pas entraver »


 Laurence Ruffin, maire de Grenoble, a donné une conférence de presse, vendredi 24 juillet, à l'hôtel de ville, accompagnée de l'avocat parisien Arié Alimi qui intervenait en visioconférence.

Six jours après l'interruption du concert de Barbara Butch au Cabaret frappé, Laurence Ruffin et son avocat Arié Alimi ont annoncé ce vendredi 24 juillet le dépôt par la ville de Grenoble d'une nouvelle plainte, cette fois auprès du procureur de la République. Une plainte contre X, notamment pour violences volontaires sur un élu et envers la DJ - dans les deux cas en réunion et avec usage d'armes par destination - ou encore pour mise en danger de la vie d'autrui. Rappelant son opposition à la loi Yadan et son soutien à la cause palestinienne, la maire de Grenoble condamne toutefois les méthodes employées, estimant "qu'une ligne rouge a été franchie".

La première plainte avait été déposée par la ville de Grenoble au commissariat, dans les jours suivant l’interruption du concert de Barbara Butch au Cabaret frappé, samedi 18 juillet, à la suite de l’action menée par 150 à 200 manifestants pro-palestiniens, à l’appel de la section grenobloise de LFI et de différentes organisations. Une démarche judiciaire volontairement lacunaire, de l’aveu de la mairie, et qui visait essentiellement les dégradations matérielles. Depuis, la polémique n’a pas désenflé, loin s’en faut, et de nouveaux éléments ont conduit la municipalité à déposer une nouvelle plainte, cette fois auprès du procureur de la République, ont annoncé ce vendredi 24 juillet Laurence Ruffin et l’avocat parisien Arié Alimi, lors d’une conférence de presse.

« Depuis samedi, il y a eu des témoignages, des vidéos qui montrent que les faits sont graves », explique la maire de Grenoble. Elle rappelle qu’une artiste a été prise pour cible. « J’insiste sur le fait que c’était une femme seule face à une foule injurieuse. On a eu des élus de la République, des agents de la ville qui ont été intimidés, agressés, menacés, et le public, venant là pour un événement festif, un moment convivial, populaire, gratuit, qui a été mis en danger », affirme-t-elle.

Les doigts d’honneur, geste sexiste et circonstance aggravante

La seconde plainte regroupe donc plusieurs motifs. D’abord les infractions visées initialement, à savoir la dégradation de biens d’autrui — en l’occurrence les câbles sectionnés -, l’entrave avec menace contre la liberté d’expression et la mise en danger de la vie d’autrui. Sur ce dernier point, les câbles sectionnés auraient pu causer des « risques d’atteinte à l’intégrité corporelle importants », précise Arié Alimi, citant les possibilités d’électrocution ou d’incendie.

Barbara Butch sous les huées et invectives des manifestants pro-palestiniens, le 18 juillet, au Jardin de ville. DR

Ensuite, en étudiant les vidéos, les témoignages d’agents de la ville, les révélations de certains médias, l’avocat s’est rendu compte que « de manière avérée — même si c’est contesté par les organisateurs de la protestation — des projectiles ont été lancés » sur Barbara Butch, sur l’adjoint à la culture Alexis Monge et sur la scène. Ce qu’on nomme, en termes juridiques, « usage d’armes par destination ». D’où une plainte visant également des violences volontaires en réunion, avec usage d’armes par destination, d’une part « sur personne titulaire d’un mandat électif », d’autre part sur la DJ.

Pour cette dernière, « les violences peuvent être caractérisées notamment par les vociférations, les hurlements, les cris », indique Me Alimi. Et les violences volontaires comportent en outre dans son cas « une circonstance aggravante, l’utilisation de gestes injurieux à caractère sexiste ». L’avocat fait ici référence aux nombreux doigts d’honneur visibles sur la vidéo. Barbara Butch étant « connue pour avoir déjà été victime d’un grand nombre de harcèlements par la sphère de l’extrême droite, en raison du fait qu’elle est femme, lesbienne, et grosse, les doigts d’honneur peuvent caractériser à l’évidence le caractère sexiste à son égard », estime-t-il.

Un point qu’ont d’ailleurs également abordé les communistes. « Un doigt d’honneur ne peut être tenu pour un argument politique : c’est une insulte à caractère sexuel qui se veut infamante, adressée publiquement à une artiste luttant pour la visibilité des lesbiennes », a ainsi dénoncé la fédération PCF de l’Isère dans un communiqué daté du 21 juillet.

« Disproportion manifeste »

Arié Alimi comme Laurence Ruffin tiennent à mettre d’emblée les points sur les i : il est « légitime de protester », d’exprimer un désaccord et même de boycotter un événement culturel… en ne s’y rendant pas. Mais « boycotter, ce n’est pas entraver », martèlent-ils tous les deux. « Ce sont des méthodes que je n’accepte pas en tant que maire », assène l’édile, considérant qu’on a « franchi une ligne rouge » samedi soir. Dans une ville comme Grenoble, engagée contre le racisme, contre l’antisémitisme, contre l’homophobie, pour le féminisme, il est en effet impensable de « prendre pour cible une artiste se trouvant au croisement de ces discriminations », s’insurge Laurence Ruffin.

Les manifestants accusent Barbara Butch d’avoir signé une tribune en faveur de la proposition de loi Yadan (finalement retirée), avant de se rétracter par la suite — des regrets jugés insuffisants par les insoumis — ainsi que d’avoir mixé à l’ambassade de France à Tel-Aviv, en juin 2025, en plein génocide à Gaza. Des positions contestables, reconnaissent la maire et l’avocat, évoquant leur opposition à la loi Yadan ainsi que leur soutien à la cause palestinienne.

Barbara Butch au moment de quitter la scène du Cabaret frappé, à la demande des organisateurs. DR

Mais le problème n’est pas là, assure Arié Alimi, qui insiste sur « l’éthique du boycott culturel ». Car à l’origine, la campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel en Israël a posé très clairement les termes. Celui-ci « ne vise pas une nationalité, une origine ou une identité, mais des liens institutionnels de complicité ». Or, il y a ici non seulement une trop grande « personnalisation », mais également, déplore l’avocat, « une disproportion manifeste entre ce qui est reproché à Barbara Butch et les modalités de l’empêchement de sa création ».

« La fin ne justifie jamais les moyens »

Ces modalités, ce sont « les jets de projectiles, les violences, les injures, le fait qu’il y ait une foule contre une femme seule, et pas contre un État ou contre des forces de l’ordre armées », poursuit-il. C’est même un principe cardinal, insiste Arié Alimi : « La fin ne justifie jamais les moyens. Et c’est la raison pour laquelle on doit répondre à ce type de faits par le droit. »

Pour l’avocat et militant de la LDH, le débat dépasse le seul cas de la DJ : « Ce n’est pas que Barbara Butch qui est visée aujourd’hui en France. C’est Médine, c’est le Collège de France, c’est un ensemble d’artistes qui ont des visions différentes de la situation et qui doivent conserver la liberté d’expression artistique, académique et culturelle. »

« Médine a été ciblé car il est Arabe et musulman. Et pour Barbara Butch, c’est la même chose. Je pense qu’il y a une personnalisation et une focalisation autour d’elle parce qu’elle est juive, lesbienne et grosse. »

Les exemples ne sont pas cités au hasard. Médine a été ciblé « car il est Arabe et musulman », souligne-t-il. « Et pour Barbara Butch, c’est la même chose. Je pense qu’il y a une personnalisation et une focalisation autour d’elle parce qu’elle est juive, lesbienne et grosse. »

Laurence Ruffin explique de son côté que les mêmes principes l’ont guidée dans une autre affaire. « De la même manière, j’ai défendu la liberté de programmation du 102 quand la droite avait demandé au conseil municipal de déprogrammer un événement antifasciste » [NDLR : festival organisé par l’Action antifasciste Grenoble pour ses cinq ans d’existence, en mai dernier], confie la maire.

Allan Brunon mentionné dans la plainte contre X

Quid de la France insoumise et d’Allan Brunon ? Co-organisateur de l’action au Cabaret frappé, le président du groupe LFI à Grenoble se retrouve aujourd’hui dans l’œil du cyclone, ciblé de toutes parts par ses adversaires politiques — et parfois par ses ex-alliés. Chose qui ne l’a pas empêché d’assumer les faits ni de contre-attaquer dans les médias, accusant par exemple Laurence Ruffin de « manquer de courage politique ».

Allan Brunon, président du groupe insoumis au conseil municipal, cristallise les critiques.

Pour autant, contrairement à Barbara Butch qui a décidé de déposer une plainte contre LFI, la ville de Grenoble porte bien plainte contre X. Néanmoins, si aucun auteur potentiel n’est visé nominativement, « en revanche, certaines personnes sont mentionnées dans la plainte, notamment Allan Brunon puisqu’il a fait des déclarations depuis et a reconnu avoir organisé ce mouvement de protestation », confie Me Alimi — qui, pour la petite histoire, fut l’avocat de Jean-Luc Mélenchon.

Cela aura-t-il un impact sur la suite du mandat ? Difficile à dire… Laurence Ruffin rappelle toutefois que « LFI est dans l’opposition » et que les futures décisions émaneront toujours de la majorité municipale, dont ne font pas partie les insoumis. Pour le reste, la maire de Grenoble l’assure, elle n’est « pas en bataille contre un parti dans cet engagement », elle qui a « toujours porté l’union de la gauche ». Et l’édile de conclure : « En tant que maire, je veux permettre aux Grenoblois de vivre de façon apaisée, de se dire que lorsqu’ils vont à un concert, ils vont vivre un beau moment. »