Les communistes et leurs élus sur le territoire du Grésivaudan analysent la politique et l'actualité locale départementale, nationale, européenne et mondiale
Peut-on rassembler une gauche éclatée sans renoncer à la transformation sociale ? Et comment ? Ce sont les questions auxquelles veut répondre Clémentine Autain avec sa candidature à la présidentielle.
Après Marine Tondelier, après François Ruffin, c’est donc au tour de Clémentine Autain d’entrer ce soir dans l’arène. La primaire de la gauche et des écologistes, prévue le 11 octobre prochain, prend corps, avant le vote des adhérents du PS en avril. Pour les partisans de cette primaire, il y a une question centrale : qui peut rassembler la gauche dans un moment de péril démocratique ?
Ce vendredi 6 février, Clémentine Autain publie un manifeste, La vie meilleure, et le défend ce soir lors d’un meeting parisien. Autain n’est pas une apparition soudaine. Plus de vingt ans d’engagement politique, un ancrage en Seine-Saint-Denis, une fidélité aux combats féministes. Elle a connu les alliances et les ruptures, les espoirs et les purges. Son manifeste s’ouvre étonnement par une brève relecture de son histoire personnelle. Dans un pays où l’on demande encore aux femmes de prouver deux fois leur légitimité à gouverner, Clémentine Autain y articule sa vie personnelle et sa capacité à être présidente. Non pas sur le mode de la confession, mais sur celui de la résilience personnelle et politique : tenir, comprendre, rassembler, ne jamais renoncer.
La vie meilleure dessine une ligne structurée autour de trois priorités :
satisfaire les besoins authentiques : sortir de la marchandisation généralisée, redonner sens au travail, garantir l’accès à l’alimentation, au logement, aux soins, à l’éducation et à la culture ;
sécuriser nos vies : en élargissant les protections sociales, en combattant toutes les formes de violences, en prenant l’insécurité à la racine – sociale, économique, environnementale ;
reprendre la main : refonder un État stratège, planificateur, au service de l’intérêt général, appuyé sur la justice fiscale et la bifurcation écologique.
Clémentine Autain connaît toutes les nuances de rouge et de vert. Elle en connaît long également sur toutes les nuances de féminisme. Avec sa cohérence maintenue, elle ne découvre pas les différences et les désaccords – et ne s’en effraie pas. Pour avoir travaillé avec tous, elle sait que la gauche est diverse, mais elle sait aussi qu’un monde les unit.
Le thème de la lutte contre l’insécurité alimentaire revient à plusieurs reprises dans son manifeste et incarne, aux yeux de la candidate, ces trois enjeux. Cette question concerne vivement toutes les classes sociales et peut donc être largement fédératrice. Il est politique parce qu’il impacte la santé publique, l’écologie, le monde paysan, le commerce international. De la cantine scolaire aux caisses alimentaires, de la Sécurité sociale de l’alimentation à la juste rémunération des producteurs, de la lutte contre la malbouffe à une alimentation plus saine et plus soutenable, Clémentine Autain veut faire émerger ce sujet concret et global comme un vrai sujet politique, emblématique d’une vie meilleure.
Sur le plan international, elle nourrit sa vision des travaux de Bertrand Badie qui interviendra à ses côtés lors de son meeting de lancement. Elle affirme la priorité à la mobilisation des sociétés, au droit international, à la coopération contre la loi du plus fort.
L’autre conviction de Clémentine Autain est sur le terrain du rassemblement politique. Ancienne adjointe de Bertrand Delanoë à Paris, suppléante d’un député PCF puis députée LFI, désormais associée au groupe écologiste, Clémentine Autain connaît toutes les nuances de rouge et de vert. Elle en connaît long également sur toutes les nuances de féminisme. Avec sa cohérence maintenue, elle ne découvre pas les différences et les désaccords – et ne s’en effraie pas. Pour avoir travaillé avec tous, elle sait que la gauche est diverse, mais elle sait aussi qu’un monde les unit. En tant qu’historienne, elle dira que c’est le combat pour l’égalité. Clémentine Autain n’ignore pas les cultures militantes existantes ni les électorats blessés par les divisions passées. Elle ne nie pas les clivages, mais elle tente de les dépasser, sans esprit de revanche.
Pour Clémentine Autain, la gauche n’a plus le luxe de la dispersion ni des egos surdimensionnés. Pour elle, la question n’est pas « Qui incarne le mieux ma famille politique ? » mais « Qui peut parler au pays et battre l’extrême droite ? » Elle pense être une réponse possible, au barycentre d’une attente de gauche solide, en phase avec son temps.
Le chemin vers cette primaire sera aussi un moment de vérité. Qui dit ? Et qui dit quoi ? Ceux qui conspuent la primaire, de Mélenchon à Guedj en passant par Hollande et Roussel, seront-ils plus forts que ceux qui la portent ? La présentation de projets et leur mise en discussions sont autant de façons de faire vivre cet espoir d’unité.
Lors de l'inauguration du local de campagne de la liste de gauche « Rives Demain, une ville pour toutes et tous ».
Ce samedi 7 février, Jérôme Barbieri et l’équipe de « Rives demain, une ville pour toutes et tous » inauguraient leur local de campagne pour les élections municipales, situé au 53 rue de la République. Un événement qui a rassemblé plus d’une soixantaine de personnes, témoin de la volonté de changement qui s’exprime dans la commune après un mandat 2020-2026 chaotique. Retour sur l’actualité de cette petite ville de 6500 habitants, au nord de Moirans.
Un maire de droite « minoritaire » [en 2020, Julien Stevant l’avait emporté au second tour avec 46,53% des suffrages, dans un contexte de triangulaire où le maire sortant Alain Dezempte (36,87%) devait pâtir de la concurrence d’une liste de gauche « dissidente » (16,58%), ndlr], jamais la formule n’aura eu autant de sens qu’à l’approche du scrutin des 15 et 22 mars prochain.
Une fusion ratée…
Si l’équipe élue en 2020 était le fruit de la fusion des listes de premier tour de Julien Stevant (24,82%) et de Laurent Lavost (23,94%), le mariage sera vite consommé. En 2023, le torchon brûle entre le maire et les anciens colistiers de M. Lavost, qui vont jusqu’à réclamer la démission de M. Stevant en plein conseil municipal, le 23 février. S’en suit le retrait des délégations aux adjoints concernés par la « dissidence », et une période d’incertitudes où tout le monde se demande si la commune ne va pas finir par être mise sous tutelle par la préfecture, faute de majorité pour voter le budget. Laurent Lavost, 1er adjoint, débloquera les choses en ralliant la majorité, laissant sur le bord ses anciens colistiers qui se considèrent désormais comme un groupe d’opposition, mené par Jean-Christophe Martin, ex-adjoint aux finances.
Le mandat se poursuivra cahin-caha, chaque conseil étant l’objet de spéculations sur la capacité du maire – ne disposant plus que de 15 élus fidèles sur les 29 du conseil – à rassembler une majorité et le quorum. Une période qui voit la fin des retransmissions vidéos du conseil municipal (officiellement pour « raison technique »), un état de fait que dénonceront les élus de l’opposition de gauche, qui n’auront de cesse de réclamer « une vraie transparence » sur les débats qui agitent la représentation communale.
Deux listes de droite… non, trois !
Alors, effectivement, tout le monde s’attendait à ce que le match entre « loyalistes » et « dissidents » se rejoue dans les urnes en 2026. Certains se posaient toutefois la question, car le groupe « dissident » avait fait le choix de refuser de siéger pendant presque trois ans : n’allaient-ils pas, au final, jeter l’éponge et laisser le champ libre à Julien Stevant ?
Mais non, le match aura bien lieu : Jean-Christophe Martin annonce sa candidature en janvier, à la tête du collectif « Rives au cœur de tout ». Si l’affichage est « sans étiquette », le ton est, sans surprise, à droite : baisses d’impôts, mutualisation des équipements sportifs et associatifs… sans oublier de ressusciter une « fake-news » de la campagne de 2020 sur la situation financière d’alors de la commune [* voir encadré ci-dessous], une manière de griffer une gauche qui s’organise pour la reconquête.
Jérôme Barbieri, désigné tête de liste dès février 2025 par le collectif de campagne.
La liste « Rives Demain, une ville pour toutes & tous » est en effet en campagne depuis septembre, l’ancien 1er adjoint Jérôme Barbieri ayant été désigné tête de liste par son collectif en février 2025, déclarant sa candidature à la rentrée avec une lettre diffusée à tous les Rivois. Le collectif enchaînera avec trois rencontres publiques thématiques, pour construire le programme qu’allait porter la liste. « Des échanges très intéressants, avec des intervenants de grande qualité », des dires d’un colistier : ces temps, qui ont rassemblé au total près d’une centaine de personnes différentes, ont permis à l’équipe d’étoffer un programme présenté mi-janvier à la population.
Mais la surprise est venue de l’autre côté, avec l’annonce de la candidature de Franck Rettmeyer, fils de l’industriel et ancien maire (1983–1995) Christian Rettmeyer, une « grande famille patronale » de l’industrie papetière de Rives. Les Rivois se souviennent de l’importance – encore en partie actuelle – de la société Allimand, modèle de paternalisme patronale. Franck Rettmeyer revendique explicitement cet héritage, se vantant dans les colonnes du Dauphiné Libéré de ce que « en 25 ans de présidence chez Allimand, je n’ai jamais connu une heure, ou même une minute de grève. J’étais un président social et dans le consensus ». Ce qui ne l’empêchera pas de céder sa société à un fonds d’investissement à son départ en retraite, en 2023.
Un troisième larron s’est finalement invité à la table de la droite.
Une liste baptisée « Union pour Rives », et qui peut compter sur l’implication de… deux adjoints restés jusque là fidèles à Julien Stevant : Jean-Paul Gout (adjoint en charge de l’aménagement, des travaux, de l’urbanisme et de l’environnement) et Jean-Luc Fontaine (adjoint aux finances, qui a succédé à Jean-Christophe Martin en 2023). Il se murmure aussi que Laurent Lavost, 1er adjoint en charge de la sécurité et de la médiation, serait finalement sur cette liste également.
André Valini et Sandrine Nosbe
C’est dans ce contexte que l’équipe de Jérôme Barbieri inaugurait son local de campagne, ce samedi 7 février, en présence de plus d’une soixantaine de Rivois, soutiens ou simples curieux. Un événement qui aura vu deux soutiens de poids s’afficher en faveur du candidat.
André Vallini, conseiller départemental du canton, ancien président du Département et ancien député puis sénateur, a réaffirmé au micro son attachement à la commune de Rives, rappelant l’héritage « irremplaçable » de Robert Veyret (conseiller général du canton de 1976 à 2015), et ses premiers pas en politique à Tullins, aux côtés du maire d’alors, un certain… Yves Barbieri, père de Jérôme Barbieri.
Sandrine Nosbe, députée Nouveau Front populaire de la circonscription depuis la dissolution de 2024, a quant à elle rappelé l’importance d’avoir des listes de gauche avec un programme ambitieux, pour « changer vraiment la vie des gens », et remercié les militants rivois pour « tous ces porte-à-porte que nous avons fait ensemble en mai et juin 2024 », se déclarant disponible pour « venir donner un coup de main dans cette belle campagne ».
« Rives demain » peut compter sur une belle dynamique, en lien avec son programme, listant 49 propositions dont 15 mesures phares. Mais aussi sur une attente : après un mandat jugé chaotique par beaucoup, et dont la concurrence en mars de pas moins de trois listes issues de l’équipe élue en 2020 est le dernier symptôme, Rivoises et Rivois sont nombreux à souhaiter un apaisement et un retour à une stabilité. C’est ce que promet « Rives demain » : « une méthode reposant sur le travail et le dialogue, et une équipe soudée ».
Peut-être aussi un moyen de conjurer une nouvelle fusion « bancale » entre listes de droite au soir du premier tour ?
Robert W. Wellnes
« Rives au bord de la mise sous tutelle » en 2020 : retour sur une fake-news qui a la vie dure
Les différentes listes qui s’opposaient au maire sortant Alain Dezempte en 2020 reprenaient toutes en cœur un « argument » : la ville serait au bord de la faillite, victime d’une gestion « calamiteuse », voir au bord de la mise sous tutelle par la préfecture… le candidat Jean-Christophe Martin a ressuscité cet argument dans sa lettre de candidature pour 2026.
Pourtant, les faits sont têtus, et le groupe des élus « Rives Gauche » [ndlr : nom de la liste Dezempte en 2020] avaient déjà produit un tract sur le sujet en avril 2025. Extraits.
« L’audit commandité par M. Stevant lui-même est clair : entre 2014 et 2020, stabilité des ressources et réductions des charges de fonctionnement de 1,6 % par an ; entre 2022 et 2025, +21 % de d’augmentation en 4 ans »
« Depuis 2020, la dette est passé de 4,7 millions d’euros à 7,7 millions »
« La capacité de désendettement a presque doublée, passant de 3,46 ans en 2020 à 8,89 ans en 2026 »
« Aucune maîtrise des dépenses, ce qui conduit à une épargne négative : en 2025, la commune s’endette pour rembourser ses emprunts ! »
Mais comme dit le proverbe, « calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose »…
L’affaire Epstein expose une élite convaincue d’être au-dessus des lois. Le pouvoir sans frein et sans limite comme horizon.
L’affaire Jeffrey Epstein bouscule profondément la société américaine et notamment les soutiens de Donald Trump. Les MAGA doutent de plus en plus de la probité des hommes qu’ils ont porté au pouvoir. Mais l’affaire est en train de prendre une dimension nouvelle : les opinions publiques occidentales découvrent, médusées, l’intrication des relations entre le criminel sexuel, suicidé en 2019, et leurs hommes de pouvoir.
Sous la contrainte, de façon chaotique et insatisfaisante, l’administration Trump doit déclassifier des millions de documents. Ces mails, photos, vidéos, enregistrements… informent moins sur les crimes sexuels (ces documents-là ne sont pas rendus publics) que sur cet autre monde où se croisent et badinent les puissants. L’onde de choc en Europe est telle que plusieurs dirigeants politiques et économiques ont été contraints de démissionner après que soient rendus publics leurs liens persistants avec Jeffrey Epstein. La tornade emporte les plus vénérables ambassadeurs, président du prix Nobel de la paix, ministres et princes de tous pays, animateur de collecte de fonds caritatifs, sportifs et artistes… La France commence à être touchée par cette boue dans laquelle la prédation sexuelle n’est pas le seul motif.
Assurément, la consolidation de l’entre-soi politique, économique, culturel et médiatique est le fondement de ces échanges. Mais cela passe bel et bien par le partage de femmes, jeunes, très jeunes. La connivence et la jouissance, la violence et la transgression constituent la matière du pacte. Le caractère so exclusive, qui en constitue l’attrait, commence dès le partage des jets et des fêtes sur l’île privée d’Epstein. Appartenir à un monde distinct de celui, commun, des mortels… quel bonheur !
Le mouvement planétaire #MeToo a révélé le caractère massif, systémique des violences sexuelles faites aux femmes. L’affaire Epstein dévoile le lien intime entre pouvoir et domination sexuelle.
L’affaire Epstein lève le voile sur l’Olympe dégueulasse et décadent où l’idéal promu se targue de n’avoir aucune limite, cohérent avec un capitalisme débridé. Le pouvoir ici, c’est se prendre pour Icare avec la promesse de ne jamais se brûler les ailes.
Pourquoi vouloir le pouvoir ? Pour se prendre pour des dieux et n’avoir plus de compte à rendre de rien ni à personne. Étendre une suprématie si loin qu’elle puisse se moquer de tout et de ne plus être entravée par aucune conscience. Se sentir au-dessus des lois qui régissent le monde et la nature, qui régissent la morale et communément nos vies. Se contreficher même de l’avenir de l’humanité (cohésion des peuples, réchauffement climatique, cultures). L’affaire Epstein lève le voile sur l’Olympe dégueulasse et décadent où l’idéal promu se targue de n’avoir aucune limite, cohérent avec un capitalisme débridé. Le pouvoir ici, c’est se prendre pour Icare avec la promesse de ne jamais se brûler les ailes.
L’affranchissement de toute éthique ou conscience pour alimenter l’egotrip est désormais la drogue dure de ces messieurs. Il y a trente ans encore, décorations officielles, roulements de tambour, belles femmes et grosses voitures satisfaisaient le narcissisme que ces hommes ont été invités à cultiver dès leur plus jeune âge. C’est du passé. Il faut augmenter la dose.
Tous n’ont pas été programmés pour devenir de très méchantes personnes. Ils le sont devenus parce qu’on leur a trop dit qu’ils étaient magnifiques, qu’ils étaient les meilleurs, que leurs revenus et leurs désirs pouvaient être sans limite. Si un autre monde est possible et souhaitable, il passe par la déconstruction de ces valeurs de compétition et de possession.
En récusant la primaire, Boris Vallaud la met en péril. Ce mode de départage à gauche, plébiscité par les électeurs, reste suspendu au vote des militants socialistes après les municipales.
Dans Le Nouvel Obs du 7 février, Boris Vallaud affirme que la primaire de la gauche « n’est pas suffisante ». Lui, comme d’autres, pensent que seul le PS, « parti de gouvernement », peut emporter une élection présidentielle et il ne voit donc pas l’intérêt de l’ouvrir au risque de la perdre. La position de Boris Vallaud n’est pas celle du PS : le premier secrétaire du parti, Olivier Faure, continue, lui, de défendre la primaire comme outil d’unité face au danger mortel de l’extrême droite. Les militants socialistes trancheront après les municipales.
Boris Vallaud ne propose pas seulement de rejeter la primaire. Il avance une autre stratégie : d’abord, le PS se choisit en interne son candidat – Raphaël Glucksmann (Place Publique) ne peut, dès lors, concourir. Ensuite, le PS organise une « plateforme » programmatique ouverte aux autres forces de gauche, hors LFI. Boris Vallaud ne se retourne pas sur les échecs de son parti, il ne réfléchit pas aux raisons des succès de Jean-Luc Mélenchon. Pour lui, le centre de gravité est déjà fixé et les socialistes l’occupent naturellement.
Disons-le franchement : rares sont ceux qui croient que cette proposition de ralliement au candidat socialiste puisse advenir. Il est probable qu’aucune force à la gauche du PS ne se range derrière le faible parti à la rose. Ils ne le feront pas par dignité mais surtout parce que cela n’a pas de sens politique. Vendredi, une étude d’opinion révélait que 78% des électeurs de gauche sont favorables à la primaire des gauches et des écologistes. Paradoxe : on trouve aussi 77% des électeurs LFI à soutenir l’idée, malgré le refus réitéré de Jean-Luc Mélenchon de s’y associer.
Il ne faut pas prendre les électeurs de gauche pour des naïfs. Ils savent que des désaccords existent – et ils sont parfois substantiels – mais ils pensent que ce qui unit la gauche et ce qui l’effraie est encore plus important. Puisque désaccords il y a, ils veulent choisir, trancher, pas avaliser.
Les électeurs de gauche ne sont pas non plus des poissons rouges : ils ont de la mémoire. Jacques Chirac n’a gagné en 2002 que parce que le camp social-démocrate était éclaté entre trois candidats (Taubira, Chevènement et Jospin) : Lionel Jospin éliminé, Jean-Marie Le Pen qualifié pour le second tour. On se souvient aussi qu’en 2022, Fabien Roussel a rassemblé plus de voix qu’il n’en manquait au leader insoumis pour se hisser au second tour.
La gauche est diverse. Tant mieux. Si on pense tous pareil, c’est qu’on ne pense pas et il faut réfléchir en ces temps de bascule et de faiblesse de la gauche. Mais il faut aussi savoir s’unir.
Vendredi, en meeting à Argenteuil, Jean-Luc Mélenchon a tendu la main aux communistes, réaffirmant une « offre fédérative » pour la présidentielle et les législatives : Conseil du programme, Conseil politique de campagne, et promesse de gouverner ensemble. Jean-Luc Melenchon fait une proposition comparable à celle de Boris Vallaud. La logique est identique : celle de l’affirmation de son camp au sein de la gauche. Cette logique peut se comprendre par temps calme… mais se discute quand le danger est imminent. Le député communiste Stéphane Peu, président de son groupe, rappelle souvent la convergence en 1934 des socialistes et des communistes. Sous la pression des manifestants antifascistes, les deux grands partis de la gauche vont s’allier : « Pain, paix, liberté ». Cela débouchera sur le Front populaire. Pas davantage qu’hier, l’enjeu ne peut se réduire à l’affirmation d’un droit historique à exister ou à la défense d’un sigle.
Jean-Luc Mélenchon persiste à récuser une primaire de toute la gauche. De quoi a-t-il peur ? Qu’il se présente à la primaire et l’emporte ! De quoi Raphaël Glucksmann ou Jérôme Guedj ont-ils peur ? Qu’ils viennent se confronter au reste de la gauche ! Peuvent-ils imaginer gagner l’élection présidentielle s’ils ne peuvent trouver les idées, le discours qui rassemble et mobilise la diversité des 30% d’électeurs de gauche ? Clémentine Autain a publié ses idées. François Ruffin a convaincu 100 000 personnes de le soutenir. Tous deux contribuent à la nécessaire mobilisation de la gauche.
Ce dont la gauche a urgemment besoin, c’est d’une dynamique puissante, capable de renverser la vapeur face à une extrême droite galopante. Une dynamique qui dépasse les états-majors, les congrès et les rapports de forces internes. Une dynamique qui parle au pays. Sans cela, aucune stratégie, primaire ou pas, ne peut l’emporter.
Le dirigeant insoumis a proposé samedi 7 février au PCF un accord englobant présidentielle et législatives sur la base d’un programme, au moment où son mouvement présente des listes contre les maires sortants communistes.
Le fondateur de La France insoumise (LFI) tente de sortir de son isolement à gauche. Lors du rassemblement de soutien à Yassin Zeghli, candidat à la mairie d’Argenteuil (Val-d’Oise), Jean-Luc Mélenchon a adressé une « offre fédérative » aux communistes, proposant une union aux élections présidentielle et législatives pour 2027, « parce que les deux iront ensemble ». Dans cette ville, les communistes locaux ont décidé, sans l’accord de leur fédération départementale, de participer à une liste avec les insoumis.
S’adressant directement à Stéphane Peu, chef de file des députés PCF, présent dans la salle, Jean-Luc Mélenchon a proposé un « conseil du programme », pour mettre en commun les propositions. Il met également sur la table la création d’un « conseil politique de campagne », afin de décider comment la mener.
Et entend préparer les législatives « pour avoir sur le terrain des députés loyaux ». « Si on gagne, on gouverne ensemble, si on perd, on s’oppose ensemble », prévient celui qui ne semble plus être prêt à un accord avec toutes les forces de gauche aux législatives, comme en 2022 et en 2024. Il menace les socialistes qui n’ont pas voté les motions de censure contre le gouvernement Lecornu et prévient l’ensemble des forces de gauche : « Nous ne sommes pas du tout disposés à recommencer les amnisties générales du passé. »
« Chaque chose en son temps »
Le dirigeant assure que, « ce qu’il faut, c’est faire un accord avec des gens loyaux qui respectent leur parole ». À l’Assemblée nationale, insoumis et communistes, « dans 98 % des cas, nous avons voté ensemble », fait valoir Jean-Luc Mélenchon. Sur les motions de censure,« nous avons tenu parole, nous les insoumis, les députés communistes (…) ont tenu parole » de s’opposer aux politiques macronistes, souligne-t-il.
Le 29 novembre 2024, lors d’une conférence au siège du Parti ouvrier indépendant, alors qu’il se préparait à une destitution d’Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon avait déjà fait une « offre fédérative » à la gauche et aux écologistes, avec une candidature commune « sur la base d’un programme ». À l’époque, prenant acte des critiques contre lui, il plaçait hors de cette proposition « la droite du PS » et les communistes.
Cette fois-ci, les Verts sont écartés, ayant choisi de participer à une primaire pour 2027. « Nous ne menaçons personne, mais nous disons que nous serons présents à l’élection présidentielle avec une candidature qui n’aura été l’objet d’aucune dispute », a prévenu samedi Jean-Luc Mélenchon.
Les communistes débattront de leur rôle et de leurs choix pour la présidentielle en congrès, en juillet, une fois les municipales passées. « Chaque chose en son temps. Notre préoccupation est de répondre aux attentes de nos concitoyens lors des municipales et d’être présents dans les luttes avec les salariés », réagit Pierre Lacaze.
« Jean-Luc Mélenchon fédérateur ? Personne n’y croit », ajoute le responsable aux élections du PCF, qui relève un problème de « timing » : il « présente des listes contre de nombreux maires communistes ou de gauche. C’est un grand écart impossible ».
La publication du 31e rapport de la fondation pour le logement des défavorisés dresse un constat alarmant : la crise du logement s’aggrave et frappe une part grandissante de la population.
900 personnes, dont 92 enfants, sont mortes à la rue en 2025. Près d'un million de personnes ne disposent pas d'un logement personnel. Les attributions annuelles de logements sociaux s’effondrent et atteignent le plus bas niveau depuis 10 ans alors que 2,9 millions de personnes sont en attente. Les difficultés à payer son loyer ou ses factures d'énergies touchent de plus en plus de nos concitoyennes et concitoyens. Le résultat ? Une hausse insupportable des expulsions.
Le logement est devenu l’un des premiers facteurs d’inégalités et d’insécurité sociale dans notre pays. Des millions de personnes sont aujourd’hui mal logées. La spéculation immobilière et foncière continue de prospérer, au détriment du droit fondamental à se loger.
Pour le Parti communiste français, cette situation n’est pas une fatalité. Elle est le résultat de choix politiques qui ont fait du logement une marchandise, livrée aux logiques financières, au lieu d’en faire un bien commun. Et le budget 2026 va encore aggraver la situation !
Le PCF porte des propositions nationales claires pour sortir de la crise :
Faire respecter le droit au logement en interdisant les expulsions sans solution de relogement.
Encadrer les loyers pour garantir que le coût du logement n’excède pas une part supportable du revenu des ménages.
Relancer massivement la construction de logements sociaux, avec un objectif national ambitieux et le renforcement de la loi SRU.
Créer un véritable service public national du logement, s’appuyant sur un pôle public financier, une maîtrise publique du foncier et des outils de planification démocratiques.
Revaloriser les aides au logement et sécuriser les parcours résidentiels.
Ces mesures sont indispensables pour garantir à chacune et chacun un logement digne, accessible et économe en énergie.
À l’approche des élections municipales, le PCF rappelle que les communes ont un rôle central à jouer. Nos propositions municipales visent à répondre concrètement aux besoins des habitants :
Défendre et développer le logement social dans chaque commune, en priorité pour les ménages aux revenus les plus modestes.
Lutter contre la vacance et la spéculation par une politique foncière volontariste.
Soutenir les bailleurs publics et les offices HLM.
Mettre en place des politiques locales de prévention des expulsions et d’accompagnement des locataires.
Là où les communistes sont aux responsabilités, des politiques ambitieuses montrent qu’il est possible d’améliorer concrètement la vie des habitants.
La crise du logement est une crise politique. Elle appelle un changement profond de cap : rompre avec la financiarisation, redonner des moyens à la puissance publique et faire du logement un pilier de la justice sociale et écologique.
Le Parti communiste français appelle à une mobilisation nationale pour que le logement redevienne ce qu’il doit être : un droit, pas un privilège.
« Le grand nom de Danielle Casanova est le symbole […] de ces femmes qui, comme elle, ont lutté pour la France et pour la liberté, ces femmes «sans lesquelles, comme l’a dit le colonel Rol-Tanguy, la résistance n’eût pas été possible», ces femmes qui assuraient les liaisons, transportaient les armes, faisaient le coup de feu dans le maquis ou sur les barricades de Paris. »
Ces mots de Simone Téry dans sa biographie de Danielle Casanova (Du Soleil plein le cœur) résument le sort fait à la mémoire et à l’histoire des résistantes : tombées dans l’oubli ou reléguées à l’arrière-plan, les femmes sont restées « à l’ombre des héros », d’après le bel intitulé de la thèse de Sarah Chabert.
Après la guerre, et parce qu’elles avaient pris une part active dans la Résistance contre les nazis et les collabos, les femmes sont devenues électrices et éligibles. Mais l’histoire a continué de s’écrire au masculin. En effet, si l’on se penche sur la mémoire de la Résistance, un modèle d’héroïsme militaire a contribué à rejeter dans l’ombre des résistants qui ont contribué à la victoire, notamment les femmes, dont le rôle a longtemps été sous-estimé.
Une soirée sera donc consacrée à la mise en lumière et en valeur des femmes résistantes, et plus particulièrement des femmes communistes, qui se trouvent à l’intersection d’une double silenciation. Cet événement s’inscrit dans la foulée du 80e anniversaire de la Libération et de la première participation des femmes à une élection, comme électrices et candidates, et le jour de celui de l’exécution du groupe Manouchian. Il fait également écho à la panthéonisation de Missak et Mélinée en 2025.
Alors que les résistantes nous quittent et que leur parole vivante s’éteint, comment écrire et transmettre l’histoire de celles qui ont peu pris la plume et à qui on a peu donné la parole ? L’enjeu est double : mémoriel et politique, pour en faire des modèles d’engagement auprès des jeunes générations.
Pour en discuter, nous invitons Dominique Bertail et Jean-David Morvan, auteurs de la bande-dessinée consacrée à Madeleine Riffaud, notre ancien secrétaire national Pierre Laurent qui évoquera sa grand-mère Germaine Duchauffour-Rougies, Juste parmi les nations, Sandrine Treiner, ancienne directrice de France Culture pour sa biographie d’Olga Bancic (à paraître), Sabine Pésier en sa qualité de co-présidente du Mémorial national des femmes en résistance, Sylvie Zaidman, conservatrice et directrice du Musée de la Libération, et Carine Delahaie, rédactrice en cheffe de Clara Magazine.
À cette occasion, nous éditons une brochure illustrée présentant les femmes suivantes : Olga Bancic, Elsa Barraine, Rosine Bet, Madeleine Braun, Danielle Casanova, Martha Desrumeaux, Germaine Duchauffour-Rougies, Rywka Frid, Berthe Hirsch, Marie Massonnat, Maria Mousson, Macha Ravine, Lise Ricol-London, Madeleine Riffaud, Cécile Rol-Tanguy, Jeanine Sontag, Elsa Triolet, Marie-Claude Vaillant-Couturier.
Elsa Siffert
Article publié dans CommunisteS, numéro 1072 du 4 février 2026.
Voici un nouveau binôme de candidats bien connus des doménois: Jean-Pierre DOMINONI et Isabelle BANC.
Ces militants de longue date souhaitent continuer à s'investir pour l'intérêt général et notre collectif a la chance de pouvoir s'appuyer sur leur sagesse et leur expérience.
L’électronique, un fleuron industriel, plus de dix mille emplois dans la région grenobloise. Et beaucoup d’incertitudes. Un partenaire américain disparu, un projet de développement qui patine, des suppressions d’emplois en cours… pour la CGT, c’est une volonté politique française et européenne qui fait défaut. Dans un monde où les semi-conducteurs ont pris une importance stratégique, l’Europe est le continent de la naïveté. Continent qui dispose pourtant d’atouts réels. Tour d’horizon, état des lieux, propositions.
C’était le 12 juillet 2022. Emmanuel Macron débarque à Crolles, près de Grenoble, sur le site de STMicroelectronics. On allait voir ce qu’on allait voir. Un investissement annoncé à 5,7 puis 5,9 milliards d’euros – estimé aujourd’hui à 7,5 milliards. Projet conduit en partenariat avec une multinationale américaine à capitaux émiratis, GlobalFoundries et bénéficiant de 2,9 milliards de subventions publiques.
Trois ans et quelques plus tard… il ne s’est rien passé ou presque. « GlobalFoundries, on les a vu une fois, avec Macron, depuis, plus rien », témoigne Nadia Salhi, déléguée centrale syndicale CGT et ingénieure en recherche et développement. Mieux encore, l’accord devait entraîner la création de mille emplois en France chez STMicroelectronics et, en 2025, l’entreprise annonçait la suppression de mille postes en France, deux mille huit cents dans le monde. En ajoutant les démissions et les départs naturels, ce sont près de 5 000 personnes qui pourraient quitter l’entreprise en trois ans – 10 % des effectifs – a précisé le 4 juin Jean-Marc Chéry, le président du directoire de STMicroelectronics.
Un trou dans la R&D
Comment comprendre un tel bilan ? Les résultats économiques de STMicroelectronics se sont dégradés au cours de ces dernières années. Un chiffre d’affaires en baisse de 23,2 % en 2024 et de 15 % au cours des neuf premiers mois de 2025. Des résultats financiers qui suivent : sa marge d’exploitation n’est plus que de 12,6 % en 2024, contre autour de 25 % les deux années précédentes.
La conséquence de plusieurs facteurs. STMicroelectronics excelle dans les technologies matures – microcontrôleurs, électronique de puissance – notamment utilisées par l’industrie automobile, pour la motorisation électrique plus particulièrement. Un marché qui connaît des difficultés et doit faire face à la concurrence chinoise. Mais c’est aussi le fruit de choix stratégiques. « Après la covid, ST et Soitec ont levé le pied sur la R&D pour produire du cash ; c’est ce que nous payons aujourd’hui », constate Fabrice Lallement, délégué CGT à Soitec et représentant du syndicat au sein du comité stratégique de filière dédié à la microélectronique.
La lenteur avec lequel se met en place le projet dit « Crolles 300 » – un procédé de production de semi-conducteurs plus efficient que le précédent –, celui-là même qui devait se développer en partenariat avec GlobalFoundries. n’est pas faite pour arranger les choses. D’autant que l’arrêt, à Crolles, de la production sur des plaques de 200 mm est prévu pour l’année prochaine tandis que la délocalisation à Singapour de productions auparavant issues de l’usine de Tours pourrait entraîner la suppression de quatre cents emplois.
Aides publiques et dividendes
Ces décisions s’accompagnent pourtant du versement de fonds publics… et de dividendes. En 2023, l’entreprise a ainsi bénéficié de 487 millions d’euros d’aides, dont 331 millions de subventions, 122 millions de crédit d’impôt recherche et 34 millions d’allègements de cotisations sociales. Chiffres à rapprocher des 100 000 euros réglés au titre de l’impôt sur les sociétés – son siège est en Hollande, ce qui lui permet aussi d’éviter la présence de salariés dans son conseil d’administration –, des 212 millions de dividendes versés et des 228 millions consacrés à des rachats d’actions (chiffres issus de la commission d’enquête du Sénat sur l’emploi des fonds publics).
Fabrice Lallement, délégué CGT à Soitec.
Comment faire face à ce qui ressemble à une spirale du déclin dans un monde où la guerre économique devient la règle ?
« La filière européenne ne manque pas d’atouts, souligne Fabrice Lallement, pour peu qu’une volonté politique se manifeste. » Rompre avec le dogme de la concurrence pour faire le choix de la coopération, somme toute.
Un rapport taïwanais en phase avec les propositions de la CGT
Aujourd’hui, ST Microelectronics travaille avec une entreprise chinoise pour développer la technologie des puces sur carbure de silicium et Infineon, groupe allemand comparable à STMicro, avec une entreprise japonaise sur l’encapsulage – qui elle-même a des accords de partenariat en Chine. « Ce qui serait moins naïf, explique Fabrice Lallement, serait de conditionner les aides européennes à des coopérations entre industriels européens ; STMicroelectronics, Soitec, Infineon, ASML… en associant la sous-traitance. »
Un rapport produit l’été dernier par un institut de recherche lié au gouvernement taïwanais ne dit pas autre chose. « Les efforts du gouvernement central chinois en faveur de la consolidation et de l’intégration verticale, peut-on lire dans ses conclusions, montrent comment les entreprises et les gouvernements non chinois pourraient réagir de manière appropriée. Et, plus loin, avec une préoccupation géopolitique fort éloignée de l’Europe : « Une planification gérée des capacités et une R&D conjointe entre des entreprises non chinoises […]seront essentielles pour permettre aux États-Unis et à leurs alliés de résister au défi chinois dans le domaine des semi-conducteurs. »
Les opportunités de la sobriété
Pour la CGT, la sobriété est une autre piste à explorer. « L’industrie européenne est décrochée dans le domaine des nœuds ultimes, sous les 5 nanomètres, note Fabrice Lallement, mais des alternatives à la course à la gravure existent, notamment grâce à la techno FD-SOI ». Le syndicaliste évoque ici les possibilités de la conception des puces plutôt que de la course au calcul. Des puces moins gourmandes en énergie, des capacités de calcul accrues dans les machines utilisateurs, plutôt que des va-et-vient de données via internet entre machines et centres de stockage. Une stratégie industrielle coordonnée sur l’ensemble de la filière constituant une alternative aux conceptions américaines réclamant toujours davantage de ressources minières, d’énergie et de capacités de stockage. Autres pistes, les possibilités ouvertes par la recherche européenne, sur les mémoires à changement de phase, par exemple.
Au total, la France et l’Europe devraient « définir les domaines clés sur lesquels l’Europe a besoin de renforcer sa compétitivité et sa souveraineté – composants numériques avancés, mais aussi et surtout systèmes et softwares, hébergement des données, intelligence artificielle, robotique et demain l’informatique quantique… – et conditionner les aides aux investissements à ces priorités stratégiques », conclut Fabrice Lallement.
STMicroelectronics
STMicroelectronics compte cinq sites de production et de recherche développement en France à Crolles, Grenoble, Tours et Rennes ainsi que deux sites en Italie, à Agrate Brianza (Lombardie), l’autre à Catane (Sicile). À l’extérieur des frontières européennes, ST est implantée en Chine, Malaisie et Singapour… pour les plus grosses structures.
L’industriel emploie environ 50 000 personnes dans le monde, dont 11 500 en France. En Italie, il compte 12 700 salariés dans ses deux usines.
La gouvernance, inchangée depuis la création de SGS-Thomson, garantit la parité entre la France et l’Italie. Cotée en Bourse, à Paris et à Milan, STMicroelectronics est détenue à 27,5 % par une holding contrôlée à 50–50 par Paris (par BPI France) et Rome (par le ministère des Finances). Le reste de l’actionnariat est détenu par des petits porteurs.
16
milliards de dollars
c’est le montant prévu des investissements de GlobalFoundries aux États-Unis. De fait, toujours aux abonnés absents à Crolles, GlobalFoudries n’a pourtant pas disparu. En octobre 2025, la société américaine à capitaux émiratis annonçait un investissement de 1,1 milliards d’euros en Allemagne, à Dresde, pour accroître les capacités de production de son usine de semi-conducteurs dits matures – des gravures supérieures à 28 nm. Le tout dans un programme d’investissement global de 16 milliards de dollars, indiquait l’agence de presse Reuters en juin 2025. La dépêche de l’agence apportait cette précision : « L’entreprise collabore avec l’administration Trump pour déplacer la technologie et les composants de fabrication de puces vers les États-Unis. »
La valse des milliards
Pendant que l’Union européenne se félicitait de sa loi sur les puces de 2023 mobilisant 43 milliards d’euros de fonds publics et privés, la Chine a débuté dès 2014 un programme d’investissements publics de 150 milliards de dollars, planifié jusqu’en 2030. Auxquels s’ajoutent d’autres engagements : un rapport de la Commission européenne indiquait en 2024 que Huawei avait consacré 20,9 milliards d’euros à la recherche développement en 2022.
De leur côté, les Etats-Unis ont adopté en 2022 – avant la seconde élection de Trump – un programme, l’US Chips ans Science Act, d’une enveloppe de 280 milliards de dollars de subventions publiques plus 25 % de crédits d’impôt pour les entreprises concernées avec l’objectif de tripler la production de semi-conducteurs aux Etats-Unis. En Corée, sous la bannière Samsung, c’est un investissement de 229 milliards de dollars qui est annoncé d’ici à 2042.
Des programmes qui incitent aujourd’hui les États européens à revoir leur copie.
43
milliards d’euros
c’est l’enveloppe de fonds publics et privés que prévoyait le Chips Act (loi sur les puces) européen adopté en avril 2023 pour doubler, de 10 % à 20 %, le poids de l’Europe dans la production mondiale de semi-conducteurs d’ici à 2030. L’objectif ne sera pas atteint, estime la Cour des comptes européenne. Elle rappelle que l’Europe met 4,4 milliards d’euros sur la table, le reste demeurant à la charge des Etats dont les choix ne sont pas toujours compatibles entre eux. Dans ses propres prévisions, publiées en juillet 2024, la Commission européenne annonce elle-même que la part de l’Europe passera de 9,8 % en 2022 à 11,7 % d’ici à 2030 d’un marché mondial estimé à 1400 milliards de dollars en 2031.
Bruno Le Maire et l’électronique
Bruno Le Maire, ministre de l’Économie jusqu’en septembre 2024, est devenu conseiller spécial du groupe néerlandais ASML, chargé de conseiller les administrateurs de cette entreprise pour aider au développement de l’industrie européenne des semi-conducteurs. Il a quitté ce poste début octobre 2025 avant de devenir ministre des Armées du gouvernement Lecornu pendant… 14 heures.
STMicroelectronics en Chine
En juin 2023, l’entreprise a créé une société commune pour la fabrication de puces en carbure de silicium (SiC) sur des plaques de 200 mm avec la société chinoise Sanan Optoelectronics à Chongqing, dans le Sud-Ouest de la Chine. Ce type de composant électronique est notamment utilisé sur les voitures électriques, le photovoltaïque, les systèmes de stockage d’énergie et les centres de données d’IA. Le coût de ce projet était annoncé à 3,2 milliards de dollars co-financé par les deux sociétés avec une aide du gouvernement régional notamment.
Ce site industriel utilise les technologies mises au point par STMicroelectronics. « En parallèle, notre usine de substrat SiC (Bernin 4) est vide et notre technologie SmartSiC, pourtant prometteuse, revient au statut d’incubateur », dénonce le syndicat CGT de Soitec qui souligne que « la Chine progresse très rapidement et concurrence nos entreprises sur la quasi-totalité des segments des semiconducteurs, voire écrase carrément la concurrence sur le SiC ». Et le syndicat de s’interroger : « est-il vraiment raisonnable de l’aider dans cette quête tout en se concurrençant au sein de l’Union européenne ? » Car cet accord avec un pays asiatique n’est pas unique : en septembre 2025, l’allemand Infineon, acteur clé du SiC en Europe et concurrent de STMicro, s’est associé avec le japonais Rohm pour concevoir des boitiers de composants SiC. Tandis que Rhom a créé plusieurs co-entreprises en Chine, dont, en septembre 2024, un accord avec l’équipementier automobile chinois UAES (United Automotive Electronic Systems) portant sur les composants de puissance à base de carbure de silicium (SiC) équipant les véhicules à motorisation électrique.
La maquette de l’usine d’Intel annoncée à Magdebourg, en Allemagne. Projet abandonné en juillet 2025.
Le repli des États-Unis
En juillet 2022, les représentants de GlobalFoundries venaient à Crolles pour rendre public un projet de 7,5 milliards d’euros, dont 2,9 milliards de fonds publics. En mars 2022, Intel avait frappé plus fort : 30 milliards pour la création d’un site de production de puces à Magdebourg, en Allemagne, financée pour un tiers par des fonds publics européens et nationaux. Toujours sous l’égide de la multinationale américaine, 4,9 milliards d’euros en Pologne pour une usine d’assemblage et de tests. Enfin, TSMC (Taïwan) annonçait, en août 2023, 10 milliards d’euros (dont la moitié de subventions publiques) pour ériger une usine à Dresde, en Allemagne. En partenariat avec des industriels européens qui détiennent chacun 10 % des parts de la société créée pour l’occasion : les Allemands Infineon (semi-conducteurs) et Bosch (équipementier automobile) et le Hollandais NXP (semi-conducteurs, issu de Philips).
Depuis, GlobalFoudries et ses machines n’ont pas été vus à Crolles et Intel a annoncé le 25 juillet 2025 que ses projets en Allemagne et en Pologne étaient abandonnés – en précisant aux salariés de l’entreprise qu’Intel venait de bénéficier de 3 milliards de dollars de subventions du gouvernement états-unien.
Le chantier TSMC a été lancé le 20 août 2024. La mise en production du site est annoncée pour 2027. L’objectif affiché est la production de plaques de 300 mm notamment pour l’automobile, d’une finesse de gravure de 10 à 28 nm, produits directement concurrents avec les composants issus du site de Crolles de STMicroelectronics.
Données
Le Cloud act américain, en vigueur depuis le 23 mars 2018, permet aux autorités américaines d’exiger des opérateurs américains la communication des données qu’ils hébergent, quel que soit le lieu où ces données ont été collectées dans le monde. Le gouvernement des Etats-Unis peut ainsi se faire remettre les informations stockées par des serveurs et centres de données situés aux États-Unis, sans que les entreprises ou les personnes détentrices de ces informations n’aient à en être informées.
La création de TSMC – Taiwan semiconductor manufacturing compagny – a été financée par le gouvernement de Taïwan, en 1987, avec le concours d’investisseurs parmi lesquels le Hollandais Philips. En 1980, les pouvoirs publics de l’île avaient fondé UMC – United Microelectronics corporation – qui est aujourd’hui le troisième fabriquant de puces au monde. Dans l’activité de fonderie – la fabrication matérielle du semi-conducteur – , TSMC détient 70 % du marché mondial et 90 % de celui des nœuds inférieurs à 5 nanomètres.
L’entreprise est aujourd’hui confrontée aux limites des ressources de l’ile – un peu plus grande que la Bretagne – en eau, superficies disponibles, mais aussi main d’œuvre. TSMC a construit des usines en Chine, au Japon et aux États-Unis.
Le 15 janvier 2026, les États-Unis ont annoncé la conclusion d’un accord avec Taïwan qui prévoit le développement massif de la production de semi-conducteurs aux États-Unis en échange d’une baisse des droits de douane sur les produits exportés par le pays. L’accord prévoit des investissements « d’au moins 250 milliards de dollars » aux États-Unis par TSMC et d’autres entreprises de semi-conducteurs, selon le secrétaire d’État au commerce américain, Howard Lutnick. « Notre objectif est d’amener 40 % de la chaîne d’approvisionnement taïwanaise en semi-conducteurs ici, aux États-Unis », a‑t-il ajouté dans un entretien accordé à la chaîne CNBC, cité par le Monde. Un investissement de 100 milliards de dollars par TSMC aux États-Unis avait déjà été annoncé début 2025 venant s’ajouter à ce qui avait déjà été entrepris.
Conception américaine, fabrication asiatique
Pour produire une puce électronique, deux grandes étapes sont nécessaires.
Il faut d’abord la concevoir. Ce domaine est largement dominé par quelques sociétés américaines : NVIDIA, Qualcomm, Broadcom et AMD notamment. Toutes les puces haut de gamme sont produites sous propriété intellectuelle américaine.
La seconde étape est celle de la fabrication physique. Interviennent alors des entreprises spécialisées, les fondeurs. Le marché mondial est dominé par Taïwan avec TSMC et UMD, la Corée du Sud avec Samsung, et les Etats-Unis avec Intel et GlobalFoundries.
En Chine, c’est une filière complète qui a été mise en place autour de Huawei – téléphones portables – pour développer tout à la fois la conception et la fabrication avec notamment SMIC (Semiconductor Manufacturing International Corp). La Chine travaille sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Elle commence ainsi à développer des machines lithographiques par rayonnement ultraviolet extrême, seules susceptibles d’une finesse de gravure inférieure à 5 nanomètres. Une technologie dont l’entreprise hollandaise ASML est aujourd’hui l’unique détentrice au monde et qui se refuse à exporter ses produits en Chine, sur pressions américaines.
Nvidia et STMicroelectronics
Nvidia, c’est aujourd’hui l’entreprise la plus chère du monde, avec une capitalisation boursière de l’ordre de 4000 milliards de dollars. Et c’est à Grenoble et Crolles qu’elle a pris son envol, à la SGS-Thomson, l’ancêtre de STMicroelectronics. Début 1994, s’appuyant sur les usines et le savoir-faire de SGS-Thomson, Nvidia a lancé l’activité qui fera d’elle, trente années et plusieurs évolutions technologiques bien négociées plus tard, l’entreprise que l’on connaît aujourd’hui : tous les moteurs d’intelligence artificielle utilisent des composants Nvidia.
Les semi-conducteurs, à la base de l’électronique.
FD-SOI ou FinFet ? Le match
Deux technologies sont majoritairement utilisées dans le monde pour la fabrication des semi-conducteurs.
FinTet – Fin Field-Effect Transistor – est le standard des puces les plus performantes, dont l’entreprise taïwanaise TSMC dispose du quasi-monopole mondial. La finesse de gravure descend sous les 5 nanomètres, jusqu’à 2 – un nanomètre équivaut à millionième de millimètre. Ces puces sont utilisées pour les calculs les plus gourmands, dans l’intelligence artificielle – l’informatique augmentée – notamment.
Le FD-SOI – Fully Depleted Silicon On Insulator – est une création… purement grenobloise. SOI, comme Soitec. Cette technologie a vu le jour au Leti, laboratoire du CEA grenoblois, innovation qui a donné naissance à l’entreprise Soitec. Cette technologie ne permet pas d’aller à des finesses de gravure comparables à celles des puces FinFet, mais elle est plus économe en énergie et matières premières. Et ses possibilités répondent à une large gamme de besoins, pour des applications moins gourmandes en calculs informatiques (objets connectés, gestion des flux énergétiques, des batteries…). STMicroelectronics produit aujourd’hui des puces à 28 nanomètres en FD-SOI. L’objectif annoncé en juillet 2022 était de descendre sous les 20 nanomètres, en partenariat avec GlobalFoundries – qui produit à 22 nanomètres.
Ce partenariat était rendu nécessaire par l’insuffisance du développement de cette technologie grenobloise. Aujourd’hui, ce sont Samsung (Corée du sud) et GlobalFoundries (Etats-Unis) qui sont les plus avancés dans le développement de la technologie grenobloise en approchant les 10 nanomètres. Tandis que TSMC et Samsung restent les champions du FinFet.
Ou comment la France et l’Europe laissent échapper les innovations de rupture auxquelles elles ont donné naissance.