Le projet Liberty de "Méga-fab" à Crolles (Isère), censé quadrupler la production européenne de semi-conducteurs, piétine. Annoncé en grande pompe en 2022 par STMicroelectronics et largement soutenu par l'État, il devait atteindre ses pleines capacités en 2026. Mais il connaît des retards récemment pointés du doigt par la Cour des comptes.
En 2022, Emmanuel Macron se rend à Crolles, en Isère. Le président de la République visite les locaux du fabricant de semi-conducteurs STMicroelectronics, qui vient alors de dévoiler le projet Liberty : la construction d’une nouvelle usine de production de semi-conducteurs à Crolles, en partenariat avec l’Américain GlobalFoundries.
Le projet de presque 7,5 milliards d’euros (dont 2,9 milliards d’euros d’aides de l’État) doit créer 1000 emplois et permettre de quadrupler la production européenne actuelle de semi-conducteurs.
Cette nouvelle usine constituant "le plus grand investissement industriel des dernières décennies, hors nucléaire", d’après les mots de Bruno Le Maire en juillet 2022, devait atteindre ses pleines capacités en 2026. Alors où en est-on à ce jour ?
La Cour des comptes souligne "des risques" dans le projet Liberty
Fin avril, la Cour des comptes a publié un rapport faisant l’état des lieux des soutiens publics octroyés à la filière des semi-conducteurs entre 2018 et 2025. Celui-ci souligne que la société franco-italienne STMicroelectronics concentre une part significative des soutiens publics, majoritairement des subventions de l’Etat.
"STMicroelectronics a été soutenue à hauteur de 1 Md€ au titre des quatre plans Nano (soit plus du tiers des financements des quatre plans) et pour laquelle est prévu un soutien de 1,5 Md€ au titre de France 2030. Entre 2018 et 2025, hors crédit d’impôt recherche, STMicroelectronics concentre un tiers des aides prévues et 42 % des aides versées". Des soutiens financiers justifiés "par une volonté d’accompagner la croissance du site STMicroelectronics à Crolles en Isère".
"Le projet Liberty constitue l’un des principaux piliers de la stratégie française pour gagner en souveraineté technologique et industrielle dans le domaine des semi-conducteurs", rappelle la Cour des comptes. Toutefois, le rapport pointe du doigt un projet comportant "des risques, en raison des incertitudes sur son achèvement et de l’absence d’évaluation socio-économique complète préalable".
Le partenaire américain n'a réalisé aucun investissement
En effet, l’américain GlobalFoundries devait se voir octroyer 1,8 milliard d’euros de subvention pour la construction de l’usine. Quand STMicroelectronics devait lui bénéficier de 1,1 milliard sur ce même projet. Mais, "fin juin 2025, 574 millions d’euros avaient été versés à STMicroelectronics au regard des investissements réalisés par la société. Aucun paiement n’a été réalisé pour GlobalFoundries qui n’a pas commencé sa part du projet, contrairement au schéma initialement envisagé".
Un manque d’investissement de la part de GlobalFoundries qui impacterait "la bonne fin du projet", conditionné aux réalisations des deux partenaires. Alors que le calendrier de mise en œuvre du projet autorisant la subvention prévoyait que l’investissement du géant américain débute en 2023 et prenne fin en 2027, GlobalFoundries n’avait réalisé aucun des investissements prévus en date de novembre 2025.
"Des interrogations sur la bonne fin du projet"
"Le report de sa décision d’investissement pourrait être lié au retournement cyclique du marché des semi-conducteurs depuis 2023 […] Toutefois, malgré ces aléas conjoncturels, l’entreprise américaine a annoncé, en juin 2025, un investissement de 16 milliards de dollars aux États-Unis et de 1 milliard d'euros à Dresde en Allemagne en octobre 2025. En revanche, aucune de ses communications récentes n’aborde le projet Liberty", souligne la Cour des comptes.
"Dès lors, le retard de l’investissement par GlobalFoundries suscite des interrogations sur la bonne fin du projet", indique la juridiction financière qui pointe que "malgré l’importance financière du projet, la décision d’engager des soutiens publics pour le projet Liberty a été prise sans respecter l’obligation de réalisation de l’évaluation socioéconomique". Enfin, la juridiction financière note qu'une contre-expertise préalable obligatoire "n’a pas été réalisée" non plus.
De son côté, selon la Cour des Comptes, STMicroelectronics "poursuit le programme d’investissement validé". En vain ?
"À la fin du premier trimestre 2026, près de 2 milliards d’euros ont été investis par STMicroelectronics Crolles, confirme la multinationale franco-italienne. Le programme est maintenant en phase d’achèvement avec 80 % des investissements réalisés".
STMicroelectronics affirme que "ces investissements ont permis d’augmenter les surfaces de salles blanches, d’installer les équipements et de démarrer la production de composants de dernière génération" et que "ces aménagements et investissements se poursuivent".











