mardi 20 octobre 2026

Grenoble. Le GHM repris par la Fondation Boissel : « on se débarrasse enfin d’Avec »


 

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Le Groupe hospitalier mutualiste va changer de nom pour devenir la Cité hospitalière des Alpes, après l'entrée en fonction de la Fondation Boissel, prévue le 1er novembre. © Luc Renaud
Le tribunal judiciaire de Grenoble a rendu sa décision, ce jeudi 15 octobre, sur le Groupe hospitalier mutualiste (GHM) de Grenoble, retenant l'offre de reprise de la Fondation Georges-Boissel, basée à Bourgoin-Jallieu. Une page se tourne pour la Mut' qui quitte enfin le groupe Avec et son ex-PDG Bernard Bensaid, et qui deviendra la Cité hospitalière des Alpes. La ville et la métropole comme le syndicat FO et les collectifs d'usagers saluent le choix d'un acteur local à but non lucratif mais restent vigilants au sujet des activités exclues du plan de cession. Plan impliquant notamment la fermeture des centres dentaires de Grenoble et Meylan et 90 licenciements parmi les 1350 salariés.

« Une étape importante pour l’avenir de la Mut’  », selon la ville et la métropole de Grenoble ; « une page se tourne », pour Thierry Carron, délégué syndical FO du GHM et secrétaire du CSE… Très attendue, la décision rendue ce jeudi 15 octobre par le tribunal judiciaire de Grenoble, sur l’avenir du Groupe hospitalier mutualiste (GHM) de Grenoble, a été accueillie avec une satisfaction et un soulagement quasi unanimes. Les juges ont choisi le plan de cession de la Fondation Georges-Boissel, basée à Bourgoin-Jallieu, préféré au plan de continuation déposé par Paul de Rosen, président de l’Union mutualiste pour la gestion du Groupe hospitalier mutualiste (UMG-GHM), considéré comme « l’homme de paille » de l’ex-PDG d’Avec, Bernard Bensaid.

Thierry Carron, délégué syndical FO du GHM et secrétaire du Comité social d’entreprise (CSE). © Luc Renaud

« On se débarrasse enfin du groupe Avec et de Bernard Bensaid », savoure ainsi Thierry Carron, qui n’a cessé de combattre l’ancien repreneur, aux côtés du collectif des usagers, au cours de ces dernières années. Dès son arrivée aux manettes, en 2020, le groupe Avec (anciennement Doctegestio) a en effet mis en place un système de prédation vorace, ponctionnant notamment quelque 8 millions d’euros dans la trésorerie du GHM. Lequel n’a pu récupérer in fine qu’environ 1,6 million d’euros.

Un repreneur qui « ne vient pas pour nous prendre de l’argent »

Heureusement, le vent a fini par tourner pour le groupe Avec, qui a depuis accumulé les déboires judiciaires. Le tribunal de commerce de Bobigny a ainsi prononcé sa liquidation judiciaire en octobre 2025, décision dont la société a fait appel en juillet dernier. Quant à Bernard Bensaid, celui-ci a été renvoyé en correctionnelle pour « détournement de fonds publics et privés » et « prise illégale d’intérêts ». L’homme d’affaires comparaîtra le 2 février 2027 devant le tribunal judiciaire de Grenoble, l’audience, prévue initialement le 8 septembre 2026, ayant été renvoyée à la demande de ses avocats.

Le procureur de la République Étienne Manteaux annonçant, le 2 octobre 2025, le renvoi en correctionnelle de Bernard Bensaid, qui sera jugé le 2 février 2027. © Manuel Pavard

Dans ces conditions, les salariés comme la majorité des acteurs locaux (collectivités, associations d’usagers, etc.) avaient clairement exprimé leur préférence pour le projet de la Fondation Boissel. « Le plan de continuation de Paul de Rosen ne reposait sur rien : pas d’argent sur la table, aucune garantie bancaire et pour la gouvernance, deux mutuelles placées en liquidation judiciaire », fustige le représentant FO.

En revanche, apprécie Thierry Carron, le nouveau repreneur est « un acteur local à but non lucratif, qui ne vient pas pour nous prendre de l’argent ». Et qui permettra à la Mut’ de poursuivre son activité, sous le statut d’Établissement de santé privé d’intérêt collectif (Espic).

« La santé n’est pas une marchandise »

Laurence Ruffin et Guillaume Lissy partagent le soulagement du syndicaliste face au départ définitif du groupe Avec. Dans un communiqué commun, la maire de Grenoble et le président de Grenoble-Alpes Métropole « saluent » la décision du tribunal. « Elle écarte la poursuite d’une trajectoire qui a profondément fragilisé l’établissement et ouvre la perspective d’un retour à un modèle inscrit dans l’économie sociale et solidaire », se félicitent-ils.

Pour les deux élus, « cette décision doit être l’occasion de réaffirmer une conviction fondamentale : la santé n’est pas une marchandise. Elle ne peut être considérée comme une activité ordinaire, soumise aux seules exigences de rendement financier. » De même, ajoutent Laurence Ruffin et Guillaume Lissy, « les établissements de santé ne sont pas des actifs que l’on achète, que l’on revend ou que l’on démantèle au gré des intérêts économiques. Ils sont des biens communs, indispensables à la cohésion sociale et à l’égalité entre les habitantes et les habitants. »

« Il aura fallu un combat de six années »

De leur côté, l’union de quartier Berriat Saint-Bruno Europole et les Amis des cliniques mutualistes de Grenoble soulignent, dans un communiqué publié ce vendredi 16 octobre, que cette première victoire n’est pas tombée du ciel. Car pour extirper le GHM des griffes du vautour Bensaid, « il aura fallu un combat de six années », mené par les syndicats, l’union de quartier et les Amis des cliniques mutualistes de Grenoble, avec le soutien de la métropole puis de la ville.

Les usagers et les représentants des salariés ont mené un long combat contre le groupe Avec : assis, Hervé Derriennic (union de quartier Berriat), Thierry Carron (FO GHM), Joëlle Estivals (Amis des cliniques mutualistes) ; debout, Bruno de Lescure (union de quartier Berriat). © Manuel Pavard

Les deux associations ne versent toutefois pas dans l’euphorie. « C’est à la fois une décision positive – la Fondation Boissel est un acteur non-lucratif et de proximité – et négative puisqu’elle entraîne le licenciement d’une centaine de salariés qui n’y sont pour rien dans la prédation financière mise en place par Avec et la dégradation qui s’en est suivie », estiment-elles.

Les deux centres dentaires vont fermer leurs portes

Selon Thierry Carron, il y aura sans doute « un peu moins de personnes licenciées que prévu », de l’ordre de « 90 ou 91 licenciements sur les 1350 salariés ». Mais « nous ne pouvons pas nous réjouir totalement », reconnaît-il. Les deux centres dentaires de Grenoble (rue du Général-Ferrié) et Meylan vont ainsi fermer leurs portes tandis que le centre de consultation gynécologique de Meylan devrait être rapatrié sur Grenoble, d’après le délégué FO.

Les collectifs d’usagers et les salariés ont prévenu l’Agence régionale de santé (ARS) en juin, concernant la fermeture des centres dentaires. Celle-ci travaille sur le sujet, tout comme la municipalité et la métropole. « Nous restons également vigilants sur les activités non reprises et qui constituent un sujet important notamment sur l’offre de soin dentaire », indiquent Laurence Ruffin et Guillaume Lissy. À ce stade, ce sont néanmoins plusieurs milliers de patients qui se retrouvent sur le carreau.

La passerelle du Groupe hospitalier mutualiste (GHM) de Grenoble. © Manuel Pavard

Thierry Carron l’avoue, l’offre de reprise de la Fondation Boissel n’était pas parfaite mais selon lui, « c’est le mieux qu’on pouvait obtenir ». Il y avait en effet « un seul repreneur », rappelle-t-il. « On ne pouvait pas être jusqu’au-boutiste et risquer de le faire partir. En juillet, les deux centres dentaires et celui de gynécologie ont perdu 800 000 euros [NDLR : en cumulé]. Pour un repreneur qui raisonne en termes économiques, ce n’était malheureusement pas très tentant. »

Encore des procédures judiciaires en cours

Que va-t-il se passer maintenant ? « Le 1er novembre, Boissel va rentrer en fonction », précise le représentant syndical. Une autre phase s’ouvrira alors pour le Groupe hospitalier mutualiste qui prendra le nom de « Cité hospitalière des Alpes ». Le groupe Avec, lui, peut faire appel et le fera certainement. Mais « l’appel n’est pas suspensif », explique Thierry Caron.

Plusieurs rassemblements ont été organisés devant le GHM, ces dernières années, pour protester contre la gouvernance et les malversations du groupe Avec, comme ici en janvier 2023. © Luc Renaud

Plusieurs procédures judiciaires restent cependant en cours. Celle concernant Bernard Bensaid donc, le 2 février prochain, mais pas seulement. « L’action au fond que nous avons déposée en avril 2022 et qui a été paralysée par la multiplication des appels de Bernard Bensaid doit être jugée », confient en effet l’union de quartier Berriat et les Amis des cliniques mutualistes. « En jeu : les 9 millions d’euros du fonds de dotation et les 50 millions d’euros de la vente des murs versés à Adrea/Aesio (et quelques autres mutuelles). » Le combat n’est donc pas fini, assurent les associations, qui promettent de « continuer à défendre les intérêts » de la Cité hospitalière des Alpes.

lundi 19 octobre 2026

Dans la rue, toutes générations confondues.


 Les mobilisations populaires du 17 octobre illustrent l’ampleur de la colère sociale qui a pris racine dans tout le pays face à l’augmentation continue du coût de la vie, la stagnation des salaires, le démantèlement de l’ensemble des services publics et un gouvernement qui, aveugle et sourd aux difficultés des Français, défend un budget austéritaire pour 2027 pire que tous ceux présentés depuis le début de l’ère Macron.

Ces manifestations portent une tonalité nouvelle. Transgénérationnelles, elles rassemblent travailleurs du public comme du privé, étudiants, lycéens et retraités dans une même volonté de mettre un coup d’arrêt aux politiques macronistes qui ont fait tant de mal à notre pays.
Les revendications des manifestants portent l’aspiration commune à vivre mieux, à construire un avenir collectif et à stopper le grand sabotage organisé des capacités intellectuelles, productives et agricoles de notre pays.
Les violences qui ont eu lieu aujourd’hui et qui ont abouti au saccage d’équipements publics, à l'incendie de la mairie de Limoges et à des pillages dans plusieurs villes de France sont inqualifiables. Nous les dénonçons. Aucune colère ne peut justifier une telle violence. Surtout, elles sont une aubaine  pour le pouvoir macroniste qui les utilise pour décrédibiliser le mouvement et invisibiliser les revendications des 800 000 manifestants qui, très majoritairement, ont défilé pacifiquement à travers toute la France. Les auteurs de ces violences doivent être poursuivis et condamnés. Ils sont dans ces journées de mobilisation, les meilleurs alliés de la réaction.
La répression historique et inacceptable qui s’est abattue sur les lycéens et la gestion du maintien de l’ordre telle qu’on a pu la vivre aujourd’hui encore, témoignent de la volonté du président de la République et du gouvernement de Sébastien Lecornu  d’empêcher à tout prix l’expression légitime de la colère sociale et d’éviter toute convergence des nombreuses luttes en cours dans le pays. 

Pour faire entendre notre voix, pour exiger des mesures immédiates en faveur des salaires, du pouvoir d’achat, des services publics; pour faire baisser rapidement les prix de l’essence, de l’électricité et du gaz; pour obtenir une hausse des salaires et des pensions ; pour mettre fin à l’austérité sans fin qui nous est promise, le PCF appelle, aux côtés des forces syndicales, à construire le 5 novembre, une journée de grèves et de manifestation qui mette le pays à l’arrêt et oblige le gouvernement à répondre à la colère sociale.

Parti Communiste Français,

le 17 octobre 2026.

dimanche 18 octobre 2026

Paracétamol. Les élus communistes mobilisés pour le démarrage de l’usine de Roussillon


 Assurer le succès de la mise en service de l’usine de fabrication de paracétamol sur la plateforme chimique de Roussillon, c’est ce à quoi veulent s’employer les élus communistes. La construction de cette unité de production est un acquis de dix ans de mobilisation. Reste aujourd’hui à transformer l’essai. D’où la demande d’une implication gouvernementale afin que l’ensemble de la filière joue le jeu et que les stratégies industrielles soient mises en cohérence.

Gilles Vial, maire de Salaise-sur-Sanne ; André Mondange, maire du Péage-de-Roussillon ; Bernard Ughetto, premier adjoint à Vizille ; Eric Hours, conseiller régional ; Nicolas Cadens, CGT ; et Daniel Oriol, PCF Roussillon ; ont échangé avec Lilan Brissaud, expert-consultant du cabinet Difecos à la mairie du Péage-de-Roussillon.
Vigilance. C’est le maître mot des élus communistes pour évoquer l’avenir de la plateforme chimique de Roussillon et celui de la nouvelle unité de fabrication du principe actif du paracétamol qui doit entrer en service dans les prochains mois.

Les incertitudes demeurent importantes. Lilian Brissaud, expert-consultant du cabinet Difecos, en voit plusieurs. Et d’abord celui de la sous-utilisation de l’usine. Sa capacité de production annuelle a été fixée à 15 000 tonnes de paracétamol. Ce qui représente 40 % de la consommation européenne. L’efficience du procédé industriel impose un fonctionnement à pleine capacité, ou approchant. Opella (ex-filiale à 100 % de Sanofi) et Upsa se sont engagés sur des achats garantis sur le long terme. Mais le niveau actuel de ces engagements – le chiffre de 6000 tonnes est avancé – reste insuffisant. D’autant que ces deux groupes – majoritairement détenus par des actionnaires étrangers – restent maîtres du choix de leurs fournisseurs. Des actionnaires pourraient ne pas apprécier le surcoût que représentera un achat à Roussillon plutôt qu’en Chine.

Une empreinte carbone divisée par quatre

Le procédé de fabrication mis en œuvre à Roussillon est issu des travaux des ingénieurs de Seqens. Il est annoncé comme permettant de diviser les consommations d’énergie par quatre, les émissions directes de gaz à effet de serre de 75 % – une empreinte carbone totale réduite de 90 % – et les déchets de 90 % par rapport au procédé traditionnel, celui-là même utilisé jusqu’en 2008 à Roussillon et aujourd’hui encore en Chine. C’est mieux, mais c’est plus cher. Pas loin du double.

Un paracétamol plus cher, certes. Mais le principe actif ne représente qu’une part infime du coût final du cachet de Doliprane ou d’Efferalgan. Un principe actif de fabrication chinoise se paie 2,6 centimes d’euros pour une boîte mise sur le marché à 2,18 euros. Avec le produit fabriqué à Roussillon, ce sera près de 5 centimes d’euros, soit 2,4 de plus. 5 centimes, c’est 2,3% de 2,18 euros. Une différence qui peut être absorbée par les laboratoires pharmaceutiques qui commercialisent les boîtes de paracétamol.

Cinq centimes pour 2,18 euros

Outre l’intérêt d’agir contre le réchauffement climatique global et ses canicules, l’usine de Roussillon présente d’autres avantages. À commencer par la sécurité de l’approvisionnement en évitant une dépendance quasi totale à l’Asie, question de souveraineté. La proximité européenne, aussi : elle permet de réduire les stocks de sécurité quand on peut être livré en quelques jours, plutôt que par bateaux navigant dans des eaux géopolitiques incertaines. C’est aussi une production garantie aux normes européennes, à un moment où la réglementation se durcit dans ce domaine. Au total, des coûts moindres pour les clients de Roussillon, les fabricants des boites de paracétamol. Sans compter, naturellement, une contribution à la robustesse de la filière chimique dans le pays.

Vigilance, donc. Car rien ne dit que ces avantages l’emporteront sur la logique financière.

Conditionnalité des soutiens publics

Les élus communistes ont décidé d’interpeller les ministres concernés et le Premier ministre. Ils leur demandent de prendre une série de mesures pour « garantir que cet outil produise effectivement, dispose de débouchés durables, protège l’emploi et contribue à la consolidation de toute la plateforme chimique ». S’agissant d’un investissement largement subventionné, les élus demandent notamment « la conditionnalité des soutiens publics à des engagements industriel durables » ou « la mise en place d’un comité de suivi public de l’unité de Roussillon » composé entre autres de représentants des salariés.

Pour ce faire, les élus communistes sollicitent un rendez-vous « afin de connaître les mesures que le gouvernement entend prendre pour garantir la réussite de l’unité de Roussillon ».

D’autres initiatives sont d’ores et déjà envisagées pour informer les salariés et la population avec l’objectif de mettre au centre des débats le choix politique d’intégrer des critères d’approvisionnement, d’empreinte environnementale et de production européenne dans les achats et politiques du médicament.

Le 26 mai 2021 au Péage-de-Roussillon, Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, et Cécile Cukierman, conseillère régionale, avaient rencontré des syndicalistes et des élus locaux. En débat, les moyens de la relocalisation du paracétamol.
Roussillon, le retour

C’est en 2008. Le groupe Rodhia, propriétaire de l’usine décidait de fabriquer en Chine, à Wuxi à proximité de Shanghaï, ce qui l’était jusqu’alors à Roussillon. Ainsi disparaissait la dernière unité de production d’ADAP en Europe. A l’époque, la CGT avait alerté sur les conséquences d’une telle décision. Et la mobilisation n’a pas cessé pendant une dizaine d’années, jusqu’à l’épidémie de Covid 19. Situation sanitaire qui confirmait les craintes et les prévisions syndicales : tout fabriquer en Chine constitue un danger pour la maîtrise des approvisionnements en produits pharmaceutique.

Le retour de la fabrication du paracétamol était annoncé en 2021 avec un projet à 10 000 tonnes et une ouverture en 2023. Projet qui a évolué à 15 000 tonnes en même temps qu’il prenait du retard : l’usine est désormais construite et Seqens annonce sa mise en service dans les prochains mois. Au final, une opération à 120 M€ d’investissement, dont 40 M€ d’aides de l’État soit 33% du coût total des investissements.

Reste maintenant à assurer le plan de charge de l’usine et son efficacité économique. Ce qui repose la question d’un Etat stratège, qui puisse intervenir au sein de la filière pour que l’intérêt général prime sur le profit immédiat calculé dans chacun des maillons de la chaîne.

La plateforme chimique de Roussillon, un ensemble d’entreprises chimiques dont les services communs sont assurés par un groupement d’intérêt économique.

Le paracétamol, mais pas que

La filière chimique est constituée d’unités interdépendantes. Fermer l’une, entraîne des difficultés pour d’autres. Le succès de la nouvelle unité de Roussillon serait un bol d’oxygène bienvenu pour ses voisines, proches ou plus lointaines.

On en a fait l’amère expérience au Pont-de-Claix avec la fermeture de Vencorex : la chimie, ce sont des unités de production interdépendantes. Un exemple. Avant la liquidation, le sel des mines de Hauterives, dans la Drôme, alimentait Vencorex et Arkema. La disparition de Vencorex a entraîné la fermeture des mines et Arkema achète son sel en Allemagne. Ce qui a un coût.

Il en est de même entre les plateformes de Roussillon et Saint-Fons, près de Lyon. À Roussillon, Seqens produit du phénol – produit intermédiaire nécessaires à une série de fabrications – et de l’acide salicylique utilisé à Saint-Fons pour produire de l’aspirine.

La plateforme de Roussillon est gérée par un groupement d’intérêt économique, Osiris, qui assure les services communes (site, fluides, sécurité…). Le départ ou l’arrivée d’une unité de production ont des effets de coûts pour l’ensemble des entreprises installées dans la plateforme. D’où le constat que l’existence d’une unité moins profitable peut être indispensable à l’excellence de la profitabilité voire à la pérennité d’une usine voisine.

Il y a quelque deux décennies, tout cela se réglait au sein d’une même entité, nationalisée, Rhône-Poulenc. Lors de la privatisation par vente à la découpe à des multinationales ou des fonds d’investissement aux quatre coins du monde, les synergies ont été éclatées.

L’absence de toute volonté de l’État d’intervenir dans les stratégies industrielles fait le reste. Avec ses plans quinquennaux et les diligences de la Commission chinoise d’administration et de supervision des actifs publics, la Chine semble disposer d’un système coordonné qui ne fonctionne pas trop mal.