mardi 10 février 2026

En pleine campagne des municipales, Jean-Luc Mélenchon fait une « offre fédérative » aux communistes pour la présidentielle et les législatives

Le dirigeant insoumis a proposé samedi 7 février au PCF un accord englobant présidentielle et législatives sur la base d’un programme, au moment où son mouvement présente des listes contre les maires sortants communistes.

Le fondateur de La France insoumise (LFI) tente de sortir de son isolement à gauche. Lors du rassemblement de soutien à Yassin Zeghli, candidat à la mairie d’Argenteuil (Val-d’Oise), Jean-Luc Mélenchon a adressé une « offre fédérative » aux communistes, proposant une union aux élections présidentielle et législatives pour 2027, « parce que les deux iront ensemble ». Dans cette ville, les communistes locaux ont décidé, sans l’accord de leur fédération départementale, de participer à une liste avec les insoumis.

S’adressant directement à Stéphane Peu, chef de file des députés PCF, présent dans la salle, Jean-Luc Mélenchon a proposé un « conseil du programme », pour mettre en commun les propositions. Il met également sur la table la création d’un « conseil politique de campagne », afin de décider comment la mener.

Et entend préparer les législatives « pour avoir sur le terrain des députés loyaux »« Si on gagne, on gouverne ensemble, si on perd, on s’oppose ensemble », prévient celui qui ne semble plus être prêt à un accord avec toutes les forces de gauche aux législatives, comme en 2022 et en 2024. Il menace les socialistes qui n’ont pas voté les motions de censure contre le gouvernement Lecornu et prévient l’ensemble des forces de gauche : « Nous ne sommes pas du tout disposés à recommencer les amnisties générales du passé. »

« Chaque chose en son temps »

Le dirigeant assure que, « ce qu’il faut, c’est faire un accord avec des gens loyaux qui respectent leur parole ». À l’Assemblée nationale, insoumis et communistes, « dans 98 % des cas, nous avons voté ensemble », fait valoir Jean-Luc MélenchonSur les motions de censure, « nous avons tenu parole, nous les insoumis, les députés communistes (…) ont tenu parole » de s’opposer aux politiques macronistes, souligne-t-il.

Le 29 novembre 2024, lors d’une conférence au siège du Parti ouvrier indépendant, alors qu’il se préparait à une destitution d’Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon avait déjà fait une « offre fédérative » à la gauche et aux écologistes, avec une candidature commune « sur la base d’un programme ». À l’époque, prenant acte des critiques contre lui, il plaçait hors de cette proposition « la droite du PS » et les communistes. 

Cette fois-ci, les Verts sont écartés, ayant choisi de participer à une primaire pour 2027« Nous ne menaçons personne, mais nous disons que nous serons présents à l’élection présidentielle avec une candidature qui n’aura été l’objet d’aucune dispute », a prévenu samedi Jean-Luc Mélenchon.

Les communistes débattront de leur rôle et de leurs choix pour la présidentielle en congrès, en juillet, une fois les municipales passées. « Chaque chose en son temps. Notre préoccupation est de répondre aux attentes de nos concitoyens lors des municipales et d’être présents dans les luttes avec les salariés », réagit Pierre Lacaze.

« Jean-Luc Mélenchon fédérateur ? Personne n’y croit », ajoute le responsable aux élections du PCF, qui relève un problème de « timing » : il « présente des listes contre de nombreux maires communistes ou de gauche. C’est un grand écart impossible ».

 

lundi 9 février 2026

Logement : face à la crise des solutions existent !



La publication du 31e rapport de la fondation pour le logement des défavorisés dresse un constat alarmant : la crise du logement s’aggrave et frappe une part grandissante de la population.

900 personnes, dont 92 enfants, sont mortes à la rue en 2025. Près d'un million de personnes ne disposent pas d'un logement personnel. Les attributions annuelles de logements sociaux s’effondrent et atteignent le plus bas niveau depuis 10 ans alors que 2,9 millions de personnes sont en attente. Les difficultés à payer son loyer ou ses factures d'énergies touchent de plus en plus de nos concitoyennes et concitoyens. Le résultat ? Une hausse insupportable des expulsions.

Le logement est devenu l’un des premiers facteurs d’inégalités et d’insécurité sociale dans notre pays. Des millions de personnes sont aujourd’hui mal logées. La spéculation immobilière et foncière continue de prospérer, au détriment du droit fondamental à se loger.

Pour le Parti communiste français, cette situation n’est pas une fatalité. Elle est le résultat de choix politiques qui ont fait du logement une marchandise, livrée aux logiques financières, au lieu d’en faire un bien commun. Et le budget 2026 va encore aggraver la situation !

Le PCF porte des propositions nationales claires pour sortir de la crise :

  • Faire respecter le droit au logement en interdisant les expulsions sans solution de relogement.
  • Encadrer les loyers pour garantir que le coût du logement n’excède pas une part supportable du revenu des ménages.
  • Relancer massivement la construction de logements sociaux, avec un objectif national ambitieux et le renforcement de la loi SRU.
  • Créer un véritable service public national du logement, s’appuyant sur un pôle public financier, une maîtrise publique du foncier et des outils de planification démocratiques.
  • Revaloriser les aides au logement et sécuriser les parcours résidentiels.

Ces mesures sont indispensables pour garantir à chacune et chacun un logement digne, accessible et économe en énergie.

À l’approche des élections municipales, le PCF rappelle que les communes ont un rôle central à jouer. Nos propositions municipales visent à répondre concrètement aux besoins des habitants :

  • Défendre et développer le logement social dans chaque commune, en priorité pour les ménages aux revenus les plus modestes.
  • Lutter contre la vacance et la spéculation par une politique foncière volontariste.
  • Soutenir les bailleurs publics et les offices HLM.
  • Mettre en place des politiques locales de prévention des expulsions et d’accompagnement des locataires.

Là où les communistes sont aux responsabilités, des politiques ambitieuses montrent qu’il est possible d’améliorer concrètement la vie des habitants.

La crise du logement est une crise politique. Elle appelle un changement profond de cap : rompre avec la financiarisation, redonner des moyens à la puissance publique et faire du logement un pilier de la justice sociale et écologique.

Le Parti communiste français appelle à une mobilisation nationale pour que le logement redevienne ce qu’il doit être : un droit, pas un privilège.

Paris, le 3 février 2026,

Parti communiste français.

 

dimanche 8 février 2026

Femmes, communistes et résistantes


 « Le grand nom de Danielle Casanova est le symbole […] de ces femmes qui, comme elle, ont lutté pour la France et pour la liberté, ces femmes «sans lesquelles, comme l’a dit le colonel Rol-Tanguy, la résistance n’eût pas été possible», ces femmes qui assuraient les liaisons, transportaient les armes, faisaient le coup de feu dans le maquis ou sur les barricades de Paris. »

Ces mots de Simone Téry dans sa biographie de Danielle Casanova (Du Soleil plein le cœur) résument le sort fait à la mémoire et à l’histoire des résistantes : tombées dans l’oubli ou reléguées à l’arrière-plan, les femmes sont restées « à l’ombre des héros », d’après le bel intitulé de la thèse de Sarah Chabert.

Après la guerre, et parce qu’elles avaient pris une part active dans la Résistance contre les nazis et les collabos, les femmes sont devenues électrices et éligibles. Mais l’histoire a continué de s’écrire au masculin. En effet, si l’on se penche sur la mémoire de la Résistance, un modèle d’héroïsme militaire a contribué à rejeter dans l’ombre des résistants qui ont contribué à la victoire, notamment les femmes, dont le rôle a longtemps été sous-estimé.

Une soirée sera donc consacrée à la mise en lumière et en valeur des femmes résistantes, et plus particulièrement des femmes communistes, qui se trouvent à l’intersection d’une double silenciation. Cet événement s’inscrit dans la foulée du 80e anniversaire de la Libération et de la première participation des femmes à une élection, comme électrices et candidates, et le jour de celui de l’exécution du groupe Manouchian. Il fait également écho à la panthéonisation de Missak et Mélinée en 2025.

Alors que les résistantes nous quittent et que leur parole vivante s’éteint, comment écrire et transmettre l’histoire de celles qui ont peu pris la plume et à qui on a peu donné la parole ? L’enjeu est double : mémoriel et politique, pour en faire des modèles d’engagement auprès des jeunes générations.

Pour en discuter, nous invitons Dominique Bertail et Jean-David Morvan, auteurs de la bande-dessinée consacrée à Madeleine Riffaud, notre ancien secrétaire national Pierre Laurent qui évoquera sa grand-mère Germaine Duchauffour-Rougies, Juste parmi les nations, Sandrine Treiner, ancienne directrice de France Culture pour sa biographie d’Olga Bancic (à paraître), Sabine Pésier en sa qualité de co-présidente du Mémorial national des femmes en résistance, Sylvie Zaidman, conservatrice et directrice du Musée de la Libération, et Carine Delahaie, rédactrice en cheffe de Clara Magazine.

À cette occasion, nous éditons une brochure illustrée présentant les femmes suivantes : Olga Bancic, Elsa Barraine, Rosine Bet, Madeleine Braun, Danielle Casanova, Martha Desrumeaux, Germaine Duchauffour-Rougies, Rywka Frid, Berthe Hirsch, Marie Massonnat, Maria Mousson, Macha Ravine, Lise Ricol-London, Madeleine Riffaud, Cécile Rol-Tanguy, Jeanine Sontag, Elsa Triolet, Marie-Claude Vaillant-Couturier.

Elsa Siffert

Article publié dans CommunisteS, numéro 1072 du 4 février 2026.

samedi 7 février 2026

Domène vivre ensemble



  Voici un nouveau binôme de candidats bien connus des doménois: Jean-Pierre DOMINONI et Isabelle BANC.

✨ Ces militants de longue date souhaitent continuer à s'investir pour l'intérêt général et notre collectif a la chance de pouvoir s'appuyer sur leur sagesse et leur expérience.

vendredi 6 février 2026

Les puces dauphinoises se font du mauvais sang


 L’électronique, un fleuron industriel, plus de dix mille emplois dans la région grenobloise. Et beaucoup d’incertitudes. Un partenaire américain disparu, un projet de développement qui patine, des suppressions d’emplois en cours… pour la CGT, c’est une volonté politique française et européenne qui fait défaut. Dans un monde où les semi-conducteurs ont pris une importance stratégique, l’Europe est le continent de la naïveté. Continent qui dispose pourtant d’atouts réels. Tour d’horizon, état des lieux, propositions.

C’était le 12 juillet 2022. Emmanuel Macron débarque à Crolles, près de Grenoble, sur le site de STMicroelectronics. On allait voir ce qu’on allait voir. Un investissement annoncé à 5,7 puis 5,9 milliards d’euros – estimé aujourd’hui à 7,5 milliards. Projet conduit en partenariat avec une multinationale américaine à capitaux émiratis, GlobalFoundries et bénéficiant de 2,9 milliards de subventions publiques.

Trois ans et quelques plus tard… il ne s’est rien passé ou presque. « GlobalFoundries, on les a vu une fois, avec Macron, depuis, plus rien », témoigne Nadia Salhi, déléguée centrale syndicale CGT et ingénieure en recherche et développement. Mieux encore, l’accord devait entraîner la création de mille emplois en France chez STMicroelectronics et, en 2025, l’entreprise annonçait la suppression de mille postes en France, deux mille huit cents dans le monde. En ajoutant les démissions et les départs naturels, ce sont près de 5 000 personnes qui pourraient quitter l’entreprise en trois ans – 10 % des effectifs – a précisé le 4 juin Jean-Marc Chéry, le président du directoire de STMicroelectronics.

Un trou dans la R&D

Comment comprendre un tel bilan ? Les résultats économiques de STMicroelectronics se sont dégradés au cours de ces dernières années. Un chiffre d’affaires en baisse de 23,2 % en 2024 et de 15 % au cours des neuf premiers mois de 2025. Des résultats financiers qui suivent : sa marge d’exploitation n’est plus que de 12,6 % en 2024, contre autour de 25 % les deux années précédentes.

La conséquence de plusieurs facteurs. STMicroelectronics excelle dans les technologies matures – microcontrôleurs, électronique de puissance – notamment utilisées par l’industrie automobile, pour la motorisation électrique plus particulièrement. Un marché qui connaît des difficultés et doit faire face à la concurrence chinoise. Mais c’est aussi le fruit de choix stratégiques. « Après la covid, ST et Soitec ont levé le pied sur la R&D pour produire du cash ; c’est ce que nous payons aujourd’hui », constate Fabrice Lallement, délégué CGT à Soitec et représentant du syndicat au sein du comité stratégique de filière dédié à la microélectronique.

La lenteur avec lequel se met en place le projet dit « Crolles 300 » – un procédé de production de semi-conducteurs plus efficient que le précédent –, celui-là même qui devait se développer en partenariat avec GlobalFoundries. n’est pas faite pour arranger les choses. D’autant que l’arrêt, à Crolles, de la production sur des plaques de 200 mm est prévu pour l’année prochaine tandis que la délocalisation à Singapour de productions auparavant issues de l’usine de Tours pourrait entraîner la suppression de quatre cents emplois.

Aides publiques et dividendes

Ces décisions s’accompagnent pourtant du versement de fonds publics… et de dividendes. En 2023, l’entreprise a ainsi bénéficié de 487 millions d’euros d’aides, dont 331 millions de subventions, 122 millions de crédit d’impôt recherche et 34 millions d’allègements de cotisations sociales. Chiffres à rapprocher des 100 000 euros réglés au titre de l’impôt sur les sociétés – son siège est en Hollande, ce qui lui permet aussi d’éviter la présence de salariés dans son conseil d’administration –, des 212 millions de dividendes versés et des 228 millions consacrés à des rachats d’actions (chiffres issus de la commission d’enquête du Sénat sur l’emploi des fonds publics).

Fabrice Lallement, délégué CGT à Soitec.

Comment faire face à ce qui ressemble à une spirale du déclin dans un monde où la guerre économique devient la règle ?

« La filière européenne ne manque pas d’atouts, souligne Fabrice Lallement, pour peu qu’une volonté politique se manifeste. » Rompre avec le dogme de la concurrence pour faire le choix de la coopération, somme toute.

Un rapport taïwanais en phase avec les propositions de la CGT

Aujourd’hui, ST Microelectronics travaille avec une entreprise chinoise pour développer la technologie des puces sur carbure de silicium et Infineon, groupe allemand comparable à STMicro, avec une entreprise japonaise sur l’encapsulage – qui elle-même a des accords de partenariat en Chine. « Ce qui serait moins naïf, explique Fabrice Lallement, serait de conditionner les aides européennes à des coopérations entre industriels européens ; STMicroelectronics, Soitec, Infineon, ASML… en associant la sous-traitance. »

Un rapport produit l’été dernier par un institut de recherche lié au gouvernement taïwanais ne dit pas autre chose. « Les efforts du gouvernement central chinois en faveur de la consolidation et de l’intégration verticale, peut-on lire dans ses conclusions, montrent comment les entreprises et les gouvernements non chinois pourraient réagir de manière appropriée. Et, plus loin, avec une préoccupation géopolitique fort éloignée de l’Europe : « Une planification gérée des capacités et une R&D conjointe entre des entreprises non chinoises […]seront essentielles pour permettre aux États-Unis et à leurs alliés de résister au défi chinois dans le domaine des semi-conducteurs. »

Les opportunités de la sobriété

Pour la CGT, la sobriété est une autre piste à explorer. « L’industrie européenne est décrochée dans le domaine des nœuds ultimes, sous les 5 nanomètres, note Fabrice Lallement, mais des alternatives à la course à la gravure existent, notamment grâce à la techno FD-SOI ». Le syndicaliste évoque ici les possibilités de la conception des puces plutôt que de la course au calcul. Des puces moins gourmandes en énergie, des capacités de calcul accrues dans les machines utilisateurs, plutôt que des va-et-vient de données via internet entre machines et centres de stockage. Une stratégie industrielle coordonnée sur l’ensemble de la filière constituant une alternative aux conceptions américaines réclamant toujours davantage de ressources minières, d’énergie et de capacités de stockage. Autres pistes, les possibilités ouvertes par la recherche européenne, sur les mémoires à changement de phase, par exemple.

Au total, la France et l’Europe devraient « définir les domaines clés sur lesquels l’Europe a besoin de renforcer sa compétitivité et sa souveraineté – composants numériques avancés, mais aussi et surtout systèmes et softwares, hébergement des données, intelligence artificielle, robotique et demain l’informatique quantique… – et conditionner les aides aux investissements à ces priorités stratégiques », conclut Fabrice Lallement.

STMicroelectronics

STMicroelectronics compte cinq sites de production et de recherche développement en France à Crolles, Grenoble, Tours et Rennes ainsi que deux sites en Italie, à Agrate Brianza (Lombardie), l’autre à Catane (Sicile). À l’extérieur des frontières européennes, ST est implantée en Chine, Malaisie et Singapour… pour les plus grosses structures.

L’industriel emploie environ 50 000 personnes dans le monde, dont 11 500 en France. En Italie, il compte 12 700 salariés dans ses deux usines.

La gouvernance, inchangée depuis la création de SGS-Thomson, garantit la parité entre la France et l’Italie. Cotée en Bourse, à Paris et à Milan, STMicroelectronics est détenue à 27,5 % par une holding contrôlée à 50–50 par Paris (par BPI France) et Rome (par le ministère des Finances). Le reste de l’actionnariat est détenu par des petits porteurs.

16

milliards de dollars

c’est le montant prévu des investissements de GlobalFoundries aux États-Unis. De fait, toujours aux abonnés absents à Crolles, GlobalFoudries n’a pourtant pas disparu. En octobre 2025, la société américaine à capitaux émiratis annonçait un investissement de 1,1 milliards d’euros en Allemagne, à Dresde, pour accroître les capacités de production de son usine de semi-conducteurs dits matures – des gravures supérieures à 28 nm. Le tout dans un programme d’investissement global de 16 milliards de dollars, indiquait l’agence de presse Reuters en juin 2025. La dépêche de l’agence apportait cette précision : « L’entreprise collabore avec l’administration Trump pour déplacer la technologie et les composants de fabrication de puces vers les États-Unis. »

La valse des milliards

Pendant que l’Union européenne se félicitait de sa loi sur les puces de 2023 mobilisant 43 milliards d’euros de fonds publics et privés, la Chine a débuté dès 2014 un programme d’investissements publics de 150 milliards de dollars, planifié jusqu’en 2030. Auxquels s’ajoutent d’autres engagements : un rapport de la Commission européenne indiquait en 2024 que Huawei avait consacré 20,9 milliards d’euros à la recherche développement en 2022.

De leur côté, les Etats-Unis ont adopté en 2022 – avant la seconde élection de Trump – un programme, l’US Chips ans Science Act, d’une enveloppe de 280 milliards de dollars de subventions publiques plus 25 % de crédits d’impôt pour les entreprises concernées avec l’objectif de tripler la production de semi-conducteurs aux Etats-Unis. En Corée, sous la bannière Samsung, c’est un investissement de 229 milliards de dollars qui est annoncé d’ici à 2042.

Des programmes qui incitent aujourd’hui les États européens à revoir leur copie.

43

milliards d’euros

c’est l’enveloppe de fonds publics et privés que prévoyait le Chips Act (loi sur les puces) européen adopté en avril 2023 pour doubler, de 10 % à 20 %, le poids de l’Europe dans la production mondiale de semi-conducteurs d’ici à 2030. L’objectif ne sera pas atteint, estime la Cour des comptes européenne. Elle rappelle que l’Europe met 4,4 milliards d’euros sur la table, le reste demeurant à la charge des Etats dont les choix ne sont pas toujours compatibles entre eux. Dans ses propres prévisions, publiées en juillet 2024, la Commission européenne annonce elle-même que la part de l’Europe passera de 9,8 % en 2022 à 11,7 % d’ici à 2030 d’un marché mondial estimé à 1400 milliards de dollars en 2031.

Bruno Le Maire et l’électronique

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie jusqu’en septembre 2024, est devenu conseiller spécial du groupe néerlandais ASML, chargé de conseiller les administrateurs de cette entreprise pour aider au développement de l’industrie européenne des semi-conducteurs. Il a quitté ce poste début octobre 2025 avant de devenir ministre des Armées du gouvernement Lecornu pendant… 14 heures.

STMicroelectronics en Chine

En juin 2023, l’entreprise a créé une société commune pour la fabrication de puces en carbure de silicium (SiC) sur des plaques de 200 mm avec la société chinoise Sanan Optoelectronics à Chongqing, dans le Sud-Ouest de la Chine. Ce type de composant électronique est notamment utilisé sur les voitures électriques, le photovoltaïque, les systèmes de stockage d’énergie et les centres de données d’IA. Le coût de ce projet était annoncé à 3,2 milliards de dollars co-financé par les deux sociétés avec une aide du gouvernement régional notamment.

Ce site industriel utilise les technologies mises au point par STMicroelectronics. « En parallèle, notre usine de substrat SiC (Bernin 4) est vide et notre technologie SmartSiC, pourtant prometteuse, revient au statut d’incubateur », dénonce le syndicat CGT de Soitec qui souligne que « la Chine progresse très rapidement et concurrence nos entreprises sur la quasi-totalité des segments des semiconducteurs, voire écrase carrément la concurrence sur le SiC ». Et le syndicat de s’interroger : « est-il vraiment raisonnable de l’aider dans cette quête tout en se concurrençant au sein de l’Union européenne ? » Car cet accord avec un pays asiatique n’est pas unique : en septembre 2025, l’allemand Infineon, acteur clé du SiC en Europe et concurrent de STMicro, s’est associé avec le japonais Rohm pour concevoir des boitiers de composants SiC. Tandis que Rhom a créé plusieurs co-entreprises en Chine, dont, en septembre 2024, un accord avec l’équipementier automobile chinois UAES (United Automotive Electronic Systems) portant sur les composants de puissance à base de carbure de silicium (SiC) équipant les véhicules à motorisation électrique.

La maquette de l’usine d’Intel annoncée à Magdebourg, en Allemagne. Projet abandonné en juillet 2025.

Le repli des États-Unis

En juillet 2022, les représentants de GlobalFoundries venaient à Crolles pour rendre public un projet de 7,5 milliards d’euros, dont 2,9 milliards de fonds publics. En mars 2022, Intel avait frappé plus fort : 30 milliards pour la création d’un site de production de puces à Magdebourg, en Allemagne, financée pour un tiers par des fonds publics européens et nationaux. Toujours sous l’égide de la multinationale américaine, 4,9 milliards d’euros en Pologne pour une usine d’assemblage et de tests. Enfin, TSMC (Taïwan) annonçait, en août 2023, 10 milliards d’euros (dont la moitié de subventions publiques) pour ériger une usine à Dresde, en Allemagne. En partenariat avec des industriels européens qui détiennent chacun 10 % des parts de la société créée pour l’occasion : les Allemands Infineon (semi-conducteurs) et Bosch (équipementier automobile) et le Hollandais NXP (semi-conducteurs, issu de Philips).

Depuis, GlobalFoudries et ses machines n’ont pas été vus à Crolles et Intel a annoncé le 25 juillet 2025 que ses projets en Allemagne et en Pologne étaient abandonnés – en précisant aux salariés de l’entreprise qu’Intel venait de bénéficier de 3 milliards de dollars de subventions du gouvernement états-unien.

Le chantier TSMC a été lancé le 20 août 2024. La mise en production du site est annoncée pour 2027. L’objectif affiché est la production de plaques de 300 mm notamment pour l’automobile, d’une finesse de gravure de 10 à 28 nm, produits directement concurrents avec les composants issus du site de Crolles de STMicroelectronics.

Données

Le Cloud act américain, en vigueur depuis le 23 mars 2018, permet aux autorités américaines d’exiger des opérateurs américains la communication des données qu’ils hébergent, quel que soit le lieu où ces données ont été collectées dans le monde. Le gouvernement des Etats-Unis peut ainsi se faire remettre les informations stockées par des serveurs et centres de données situés aux États-Unis, sans que les entreprises ou les personnes détentrices de ces informations n’aient à en être informées.

Construction en novembre 2023 d’une usine TSMC à Phoenix, Arizona, Etats-unis. © Hunter Trick, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

TSMC, le maître des puces… et les États-Unis

La création de TSMC – Taiwan semiconductor manufacturing compagny – a été financée par le gouvernement de Taïwan, en 1987, avec le concours d’investisseurs parmi lesquels le Hollandais Philips. En 1980, les pouvoirs publics de l’île avaient fondé UMC – United Microelectronics corporation – qui est aujourd’hui le troisième fabriquant de puces au monde. Dans l’activité de fonderie – la fabrication matérielle du semi-conducteur – , TSMC détient 70 % du marché mondial et 90 % de celui des nœuds inférieurs à 5 nanomètres.

L’entreprise est aujourd’hui confrontée aux limites des ressources de l’ile – un peu plus grande que la Bretagne – en eau, superficies disponibles, mais aussi main d’œuvre. TSMC a construit des usines en Chine, au Japon et aux États-Unis.

Le 15 janvier 2026, les États-Unis ont annoncé la conclusion d’un accord avec Taïwan qui prévoit le développement massif de la production de semi-conducteurs aux États-Unis en échange d’une baisse des droits de douane sur les produits exportés par le pays. L’accord prévoit des investissements « d’au moins 250 milliards de dollars » aux États-Unis par TSMC et d’autres entreprises de semi-conducteurs, selon le secrétaire d’État au commerce américain, Howard Lutnick. « Notre objectif est d’amener 40 % de la chaîne d’approvisionnement taïwanaise en semi-conducteurs ici, aux États-Unis », a‑t-il ajouté dans un entretien accordé à la chaîne CNBC, cité par le Monde. Un investissement de 100 milliards de dollars par TSMC aux États-Unis avait déjà été annoncé début 2025 venant s’ajouter à ce qui avait déjà été entrepris.

Conception américaine, fabrication asiatique

Pour produire une puce électronique, deux grandes étapes sont nécessaires.

Il faut d’abord la concevoir. Ce domaine est largement dominé par quelques sociétés américaines : NVIDIA, Qualcomm, Broadcom et AMD notamment. Toutes les puces haut de gamme sont produites sous propriété intellectuelle américaine.

La seconde étape est celle de la fabrication physique. Interviennent alors des entreprises spécialisées, les fondeurs. Le marché mondial est dominé par Taïwan avec TSMC et UMD, la Corée du Sud avec Samsung, et les Etats-Unis avec Intel et GlobalFoundries.

En Chine, c’est une filière complète qui a été mise en place autour de Huawei – téléphones portables – pour développer tout à la fois la conception et la fabrication avec notamment SMIC (Semiconductor Manufacturing International Corp). La Chine travaille sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Elle commence ainsi à développer des machines lithographiques par rayonnement ultraviolet extrême, seules susceptibles d’une finesse de gravure inférieure à 5 nanomètres. Une technologie dont l’entreprise hollandaise ASML est aujourd’hui l’unique détentrice au monde et qui se refuse à exporter ses produits en Chine, sur pressions américaines.

Nvidia et STMicroelectronics

Nvidia, c’est aujourd’hui l’entreprise la plus chère du monde, avec une capitalisation boursière de l’ordre de 4000 milliards de dollars. Et c’est à Grenoble et Crolles qu’elle a pris son envol, à la SGS-Thomson, l’ancêtre de STMicroelectronics. Début 1994, s’appuyant sur les usines et le savoir-faire de SGS-Thomson, Nvidia a lancé l’activité qui fera d’elle, trente années et plusieurs évolutions technologiques bien négociées plus tard, l’entreprise que l’on connaît aujourd’hui : tous les moteurs d’intelligence artificielle utilisent des composants Nvidia.

Les semi-conducteurs, à la base de l’électronique.

FD-SOI ou FinFet ? Le match

Deux technologies sont majoritairement utilisées dans le monde pour la fabrication des semi-conducteurs.

FinTet – Fin Field-Effect Transistor – est le standard des puces les plus performantes, dont l’entreprise taïwanaise TSMC dispose du quasi-monopole mondial. La finesse de gravure descend sous les 5 nanomètres, jusqu’à 2 – un nanomètre équivaut à millionième de millimètre. Ces puces sont utilisées pour les calculs les plus gourmands, dans l’intelligence artificielle – l’informatique augmentée – notamment.

Le FD-SOI – Fully Depleted Silicon On Insulator – est une création… purement grenobloise. SOI, comme Soitec. Cette technologie a vu le jour au Leti, laboratoire du CEA grenoblois, innovation qui a donné naissance à l’entreprise Soitec. Cette technologie ne permet pas d’aller à des finesses de gravure comparables à celles des puces FinFet, mais elle est plus économe en énergie et matières premières. Et ses possibilités répondent à une large gamme de besoins, pour des applications moins gourmandes en calculs informatiques (objets connectés, gestion des flux énergétiques, des batteries…). STMicroelectronics produit aujourd’hui des puces à 28 nanomètres en FD-SOI. L’objectif annoncé en juillet 2022 était de descendre sous les 20 nanomètres, en partenariat avec GlobalFoundries – qui produit à 22 nanomètres.

Ce partenariat était rendu nécessaire par l’insuffisance du développement de cette technologie grenobloise. Aujourd’hui, ce sont Samsung (Corée du sud) et GlobalFoundries (Etats-Unis) qui sont les plus avancés dans le développement de la technologie grenobloise en approchant les 10 nanomètres. Tandis que TSMC et Samsung restent les champions du FinFet.

Ou comment la France et l’Europe laissent échapper les innovations de rupture auxquelles elles ont donné naissance.