mercredi 13 mai 2026

« Le droit international est-il mort ? », l’éditorial de Fabien Gay.


 Il fut un temps où l’on croyait que le droit pouvait faire barrage à la loi du plus fort. En 1918, les « 14 points » de Wilson consacraient un principe simple : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Une promesse. Un socle du droit international moderne. Un siècle plus tard, que reste-t-il de cette ambition ?

La France a reconnu l’État palestinien devant l’ONU, un geste diplomatique fort. Mais que vaut une reconnaissance quand, dans le même temps, un peuple est privé de ses terres, de ses droits, de sa souveraineté, rongé par une politique d’apartheid et un génocide en cours.

Pendant des mois en 2025, Israël a bloqué l’acheminement de l’aide humanitaire. Des mois de siège et de privations. Une famine documentée par l’ONU. En avril 2026, 96 % des terres agricoles sont détruites ou devenues incultivables. Pendant ce temps, les colonies s’étendent en Cisjordanie. Chaque implantation grignote un peu plus la possibilité d’un État palestinien viable, continu, souverain. Plus de 38 000 femmes et filles tuées à Gaza entre octobre 2023 et décembre 2025.

La commission d’enquête de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés démontre des actes génocidaires commis avec l’intention de détruire un groupe. Des mots d’une gravité extrême et qui, ailleurs, auraient déclenché des sanctions immédiates. Ici, ils se heurtent au mur du silence. Le droit international humanitaire est pourtant clair : les populations doivent être protégées.

Mais que vaut un droit que personne ne fait respecter ? Alors, à quoi sert l’ONU ? À compter les morts ? À publier des rapports ? À alerter, sans jamais contraindre ? Le Conseil de sécurité est paralysé, otage des rapports de force. Le droit international n’est pas mort, il est suspendu. Suspendu à la volonté des puissants, avec cinq nations qui détiennent un droit de veto, les plaçant au-dessus des autres peuples.

Netanyahou ne subit aucune pression des gouvernements et peut survoler le ciel français et européen malgré un mandat d’arrêt international et alors qu’il contrevient à des dizaines de résolutions de l’ONU ; aucune pression du droit international non plus contre Trump, libre de kidnapper un président en exercice au Venezuela. Pour le droit de la mer, même combat. Alors qu’une nouvelle flottille était en route vers Gaza, 211 militants – dont notre camarade Raphaëlle Primet – ont été enlevés par l’armée israélienne dans les eaux internationales et retenus illégalement. Le deux poids, deux mesures est insupportable, notamment pour les pays du Sud global.

La Palestine n’est pas une exception. Iran, Soudan, Mali, Congo… Les conflits se multiplient, se superposent, se hiérarchisent dans une indifférence croissante. Une guerre en chasse une autre. L’émotion est sélective. L’application du droit malheureusement aussi. Et, pourtant, il résiste. En 2025, des ONG ont saisi la justice française. Elles visent des soldats franco-israéliens, accusés de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de génocide. Le droit existe donc. Il s’applique dans les tribunaux quand il échoue à s’imposer dans les chancelleries. Et toujours grâce à la mobilisation populaire, qui est la seule à pouvoir faire bouger les lignes, à faire vivre la solidarité internationale.

Reste une question, essentielle : voulons-nous encore d’un monde régi par le droit ou acceptons-nous définitivement la loi du plus fort ? Le droit international et nos instances internationales, même avec leurs imperfections, restent et demeurent le meilleur bouclier pour la défense de l’égalité entre les peuples. Bien sûr, il doit évoluer pour que chaque peuple soit à égalité, par exemple en abolissant le veto. Les nations doivent être libres et souveraines pour construire un monde de coopération.

mardi 12 mai 2026

La Tour-du-Pin. Pétition de la CGT pour le maintien du centre de radiologie


À l’occasion de la manifestation du 1er mai, l’union locale CGT a pétitionné contre la fermeture, à la fin juin 2026, du centre de radiologie de La Tour-du-Pin, décidée par le groupe Anodea. La pétition syndicale compte déjà plusieurs centaines de signatures.

Le groupe Anodea d’imagerie médicale, créé en 2020, a acquis le centre de La Tour-du-Pin il y a trois ans. La fermeture a été annoncée brutalement le 7 mars dernier pour la fin juin, sans aucune concertation avec les salarié·es ni les élu·es locaux. Lesquels, par la voix du nouveau maire (divers droite), espèrent que le groupe reviendra sur sa décision. Et si ce n’est pas le cas, l’édile annonce qu’il se mettra en quête d’autres professionnels pour maintenir l’activité.

Le groupe Anodea, qui a déjà fermé un autre centre en Bretagne, agit dans ce secteur de l’imagerie médicale comme d’autres groupes qui s’affrontent sur un marché de plus en plus concurrentiel. Depuis une dizaine d’années, les regroupements de radiologues se sont multipliés sous forme de réseaux ou de groupes, au détriment de petites structures indépendantes, pour financer des équipements toujours plus pointus et surtout préserver la rentabilité financière dans un contexte de baisse des dépenses de santé. Ces réseaux intégrés d’imagerie médicale attirent effectivement des sociétés de capital-investissement avides de rentabilité sur un marché de 3,8 milliards d’euros pour les radiologues de ville.

Si ce marché est appelé à se développer — avec notamment l’intégration de l’IA dans la pratique des radiologues -, la logique capitaliste de rentabilité impose, selon l’analyste de marché XERFI, « que chaque centre gagne en productivité et en technicité en repensant son mode d’organisation tout en investissant dans des équipements avancés. L’intelligence artificielle joue à ce titre un rôle accru pour améliorer l’efficacité des praticiens et la qualité des soins. La recherche d’économies d’échelle au niveau de la profession tout entière reste également indispensable via par exemple des stratégies de regroupement ». Lesquelles se traduisent, comme à La Tour-du-Pin, par des fermetures et des licenciements…

Promouvoir le secteur public de l’imagerie médicale

C’est de cette logique financière mortifère qu’il faut sortir. Ceci afin de promouvoir un secteur public de l’imagerie médicale appuyé sur les avancées technologiques et scientifiques, comme l’IA, non pour licencier mais pour développer la formation, l’emploi et le service médical aux usagers. Les fonds de l’assurance maladie alimentent aujourd’hui le marché privé de la radiologie à hauteur de 3,8 milliards contre 1,7 milliards à l’hôpital, avec des différences de revenus conséquentes.

En effet, comme le souligne un rapport de l’Inspection générale des finances de juillet 2025, « les radiologues libéraux sont la troisième spécialité libérale la mieux payée. La rémunération des radiologues hospitaliers est très inférieure à celle des radiologues libéraux, ce qui pose de très gros problème d’attractivité à l’hôpital. Le niveau de rentabilité du secteur de la radiologie apparaît lui aussi anormalement élevé. Il est aujourd’hui environ quatre points plus élevé que le reste du secteur de la santé humaine ».

Il y a donc matière à se saisir collectivement de cette réalité pour réinvestir la question du 100% santé Sécu dans le cadre d’un grand projet progressiste et émancipateur pour toutes et tous, contre la financiarisation en cours de toute la protection sociale !

La pétition de l’UL CGT

« L’union locale CGT de La Tour-du-Pin souhaite attirer l’attention sur une situation particulièrement préoccupante concernant l’accès aux soins de la population. La fermeture du centre de radiologie de La Tour-du-Pin, propriété du groupe Anodéa est actée au 30 juin 2026.

Cette décision intervient alors que le site accueille chaque jour près d’une centaine de patients. Cette fermeture s’ajoute à une série de reculs dans l’offre de santé dans le Nord-Isère : désertification médicale, augmentation des délais d’examens, difficultés d’accès aux spécialistes et saturation des services hospitaliers.

Pour la CGT, il est inacceptable que des décisions purement financières viennent fragiliser un droit fondamental : le droit à la santé de proximité. Aujourd’hui La Tour-du-Pin ferme et dans un mois, six mois qu’en sera-t-il de Bourgoin-Jallieu ? Un site saturé ? Il faudra envisager de se déplacer à Grenoble, Lyon ou Chambéry ?

Cette fermeture a de lourdes conséquences pour tout le territoire, pour les patients et l’ensemble des salariés-es. Mobilisons-nous, La santé n’est pas une marchandise ! »

 

lundi 11 mai 2026

Pour la paix et une vie digne, refusons de payer la crise capitaliste et préparons l’avenir !


 Résolution du Conseil national – 9 mai 2026

Les affrontements impérialistes actuels sont nourris par la crise du capitalisme mondialisé et la concurrence pour les ressources, l’énergie, les technologies. Les réelles causes des guerres actuelles sont économiques et géostratégiques. Face à la crise économique et à la remise en cause de certaines dominations, les grandes puissances privilégient de plus en plus les politiques de force et la militarisation. Les communistes portent une autre voie, celle du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, de la coopération et de la paix.

L’administration Trump, avec le concours du pouvoir d’extrême droite de Netanyahou, a plongé le Moyen-Orient dans le chaos, au prix d’innombrables victimes civiles en Iran ou au Liban. Et le peuple palestinien continue de se voir nier ses droits nationaux et fondamentaux par la guerre et la colonisation organisées par le gouvernement israélien. Au bilan humain terrible de cette politique impérialiste, s’ajoute l’impact mondial sur les hydrocarbures et les matières premières de cette guerre qui provoque un choc énergétique, industriel et agricole amplifiant la crise systémique du capitalisme.

Le PCF sonne l’alerte : une crise économique dévastatrice grandit et les mesures actuellement prises par le gouvernement ne la résoudront pas d’autant plus qu’il poursuit ses attaques contre nos conquis sociaux, comme en témoigne sa volonté de remise en cause du 1er mai comme jour férié, chômé et rémunéré pour tous et toutes, et prend des mesures qui amplifient les inégalités. Il est urgent de se mobiliser et de changer de politique !

La vie quotidienne de très nombreux ménages se voit d’ores et déjà durement impactée. Alors que l’inflation a atteint 2,2% sur un an au mois d’avril et que les prix de l’énergie ont augmenté de plus de 14%, le pouvoir d’achat, déjà en berne, des salarié·es, des retraité·es, des privé·es d’emploi, est en train de chuter dramatiquement. De plus, à l’heure où les prix des denrées agricoles pourraient flamber, de lourds enjeux pèsent sur notre souveraineté alimentaire compte tenu de la totale dépendance de notre agriculture aux énergies fossiles. Nos concitoyennes et concitoyens, nos services publics, nos collectivités territoriales et les petites et moyennes entreprises sont directement menacés par une guerre qui, chacun le voit bien, n’apportera aux peuples du monde ni le bien-être, ni la paix, ni la démocratie.

Ce n’est pourtant pas la crise pour tout le monde. La France est devenue la championne au sein de l’Union européenne des dividendes versés aux actionnaires.

Comme toujours en pareil cas, les menées spéculatives emplissent les poches d’actionnaires déjà gavés par la spéculation. Au premier rang de ces profiteurs de guerre, se situe l’industrie pétrolière. TotalEnergies vient ainsi de réaliser 6 milliards de bénéfices sur le premier trimestre 2026. Le groupe avait déjà engrangé 65 milliards de bénéfices en quatre ans.

Le Parti communiste français n’a cessé de le dire : ce n’est pas aux peuples, à la jeunesse, au monde du travail, aux familles, aux dirigeant·es des TPE et PME, aux agriculteurs·trices et aux artisans de payer les dividendes des groupes. Le capital doit mettre la main à la poche.

Une autre politique est possible.

La France doit agir pour la paix en portant l’exigence de cessez-le-feu durables, un cadre de sécurité collective dans la région et par conséquent organiser sa sortie de l’OTAN qui doit être dissoute car elle constitue une menace grandissante pour les peuples du monde. Et le gouvernement doit prendre des mesures d’urgences pour protéger nos concitoyennes et concitoyens de la crise.

Plus fondamentalement, la course actuelle à l’augmentation des budgets militaires doit être stoppée, les travailleurs et travailleuses doivent prendre la main sur l’appareil productif du pays et les dépenses humaines, sociales et écologiques du pays doivent être développées.

L’énergie, le pétrole, l’électricité, le gaz ne doivent pas être des objets de spéculation. Notre pays a besoin de bâtir, de produire et d’innover pour répondre aux besoins sociaux et relever les défis écologiques. Tout doit être mis en œuvre pour permettre à chacune et chacun de vivre décemment, tout en planifiant le développement économique par un autre mode de production, en engageant une nouvelle industrialisation de ses territoires, et en accélérant la transition écologique et la sortie des énergies fossiles, du pétrole et du gaz, comme le propose notre Plan Climat Empreinte 2050. Le plan d'électrification proposé par le gouvernement est totalement insuffisant, puisqu'il ne propose aucun moyen supplémentaire. C’est possible par une autre utilisation de l’argent et de nouveaux pouvoirs d’intervention des salarié·es et des citoyen·nes.

Le PCF appelle donc les travailleurs et travailleuses à se mobiliser en urgence pour que des mesures exceptionnelles soient prises par le gouvernement face à cette crise et pour gagner un changement radical de politique.

Nos propositions :

  • Bloquer les prix à de l’essence et du gazole à 1,50 euro le litre et taxer les bénéfices de l’industrie pétrolière, notamment dans le raffinage. Annuler l’augmentation des certificats d’économies d’énergie, qui représentent au total jusqu’à seize centimes sur le litre et utiliser une partie des réserves stratégiques afin de faire baisser les prix et d’empêcher les pénuries. A long terme, les communistes portent l’ambition d’une autre formation des prix et d’un dépassement du marché des biens et des services qui ne vise qu’à satisfaire les besoins solvables.
  • Bloquer le prix du gazole non routier à 1€ le litre avec un plafond à 12 000 litres pour favoriser les petites et moyennes exploitations. A long terme, les communistes défendent l’électrification des usages et une sortie progressive des engrais azotés grâce à une transformation agroécologique au service de notre souveraineté alimentaire.
  • Baisser les factures d’électricité de 25 à 30% en baissant la TVA et en sortant du marché européen de l’énergie. L’Espagne et le Portugal ont négocié le fait de pouvoir moduler leurs tarifs. C’est un premier pas. Nous demandons que la France s’affranchisse du carcan néolibéral imposé par l’Union européenne.
  • Augmentation immédiate des salaires, des pensions et allocations. Augmenter immédiatement le smic de 5% pour atteindre (et aller vers 2200 euros brut) et l’ensemble des premiers niveaux de rémunération des grilles salariales ainsi que les retraites, indexer les salaires et les pensions sur les prix ; augmenter immédiatement le traitement des fonctionnaires de 10%, dégeler le point d’indice (et aller vers 30% d’augmentation).
  • Mettre en place un moratoire sur les licenciements et créer un fonds de 500 milliards d’euros pour une nouvelle industrialisation sociale et écologique du pays et les services publics. Ce fonds alimenté par des avances à bas taux du pôle public bancaire existant permettrait : un développement de l’emploi et de la formation pour développer les filières stratégiques avec les nationalisations nécessaires ; la reprise et le développement de l'exploitation directe des matières premières en France ; un développement des infrastructures publiques et des services publics.
  • Créer un grand pôle public de l’énergie, réintégrant les entreprises productrices et distributrices d’électricité, de gaz, EDF et Engie, et de pétrole. Nationaliser à cet effet TotalEnergies.
  • Mettre en place un réel mix énergétique décarboné, reposant à la fois sur l’accélération du programme nucléaire, grâce à la mise en service de 20 réacteurs EPR 12 et de douze petits réacteurs modulaires d’ici 2050, et sur la relance des énergies renouvelables. 
  • Engager au moins 10 milliards d'euros par an, en s'appuyant sur une autre utilisation de l'argent, pour un plan de leasing social pour 500 000 véhicules par an pour les catégories populaires et moyennes, et de soutien à l'achat de véhicules électriques neufs à moins de 10 000 euros et une augmentation du budget de l'ANAH pour engager la rénovation d'ampleur de 700 000 logements par an, en priorité en lien avec le changement d'énergies de chauffage de logements utilisant le fioul et le gaz.
  • Annuler l’augmentation de 36 milliards d’euros des dépenses militaires décidée par le gouvernement français pour satisfaire les exigences de Donald Trump envers les pays européens. Ces dépenses doivent être réorientées vers la réponse aux besoins sociaux et écologiques, notamment par une nouvelle industrialisation et le développement des services publics.       
  • Arrêter la distribution de 200 milliards d'euros d’aides publiques annuelles visant à nourrir les profits. Les aides publiques doivent être versées sous le contrôle des salariés et sur critères stricts en matière d’emploi, de salaire et d’égalité professionnelle femmes-hommes, d’accessibilité universelle, de formation, de relocalisation, de transition écologique. Elles doivent être restituées en cas de non-respect des engagements.
  • Décider un moratoire sur le pacte de stabilité qui, au nom d’un désendettement décrété prioritaire et de la baisse des déficits, interdit les investissements d’avenir, bride la production de richesses par les capacités humaines, et creuse au final la dette.
  • Engager trois négociations internationales : une négociation avec les pays européens pour un fonds européen solidaire ; une négociation de la France et de l’UE avec les pays du Sud global pour des traités de maîtrise des échanges et investissements internationaux pour le développement de l’emploi et des biens communs en lieu et place des accords de libre-échange actuels ; une négociation internationale pour une conférence mondiale de financement des dettes et des biens communs pour aller vers la sortie du système dollar et une monnaie commune mondiale.

Paris, le 9 mai 2026

Parti communiste français

Exalia. La ville de Pont-de-Claix avance 600 000 € pour l’acquisition de foncier


 Séverine Dejoux, ex-déléguée CGT de Vencorex, et Christophe Ferrari, maire de Pont-de-Claix, aux côtés d'anciens salariés de Vencorex souhaitant intégrer le projet Exalia.

Le conseil municipal de Pont-de-Claix a accordé, ce jeudi 7 mai, une avance remboursable de 600 000 euros au projet Exalia. Une aide destinée à l'acquisition de parcelles foncières nécessaires au développement du projet de reprise des actifs de Vencorex, sur la plateforme chimique. Concernant le fond du dossier, les discussions se poursuivent avec le repreneur - malgré la décision négative du tribunal de commerce - mais la date butoir se rapproche, pour la mine de sel de Hauterives comme pour les salariés arrivant en fin de droits.

Le (très) maigre suspense a été vite éteint et la délibération adoptée à l’unanimité, ce jeudi 7 mai, en fin d’après-midi. Réuni en séance extraordinaire, le conseil municipal de la ville de Pont-de-Claix a accordé au projet de reprise Exalia une avance remboursable de 600 000 euros. Cette aide doit permettre « l’acquisition des parcelles foncières nécessaires au développement du projet et à la poursuite de l’activité », explique la municipalité. Laquelle espère qu’un tel soutien constituera un argument de poids, le moment venu, pour enclencher ce projet qui vise à relancer la plateforme chimique en modernisant la transformation du chlore et en développant une activité industrielle de chimie décarbonée.

Le maire de Pont-de-Claix Christophe Ferrari détaille son idée d’avance pour le foncier, jeudi 7 mai, peu avant le conseil municipal.

« Aider Exalia à devenir maître du foncier » est en effet l’un des deux axes indispensables à sa réussite, a souligné le maire de Pont-de-Claix, Christophe Ferrari, depuis la plateforme chimique, peu avant le conseil municipal. Quant à l’autre axe, à savoir les discussions avec le repreneur, celles-ci sont « confidentielles », a‑t-il affirmé, aux côtés d’une partie des porteurs de projet, dont Séverine Dejoux, ex-déléguée CGT de Vencorex, et plusieurs anciens salariés de l’entreprise.

« La ville a immédiatement pris ses responsabilités »

Les multiples rebondissements et coups de théâtre dans le dossier Vencorex, depuis l’automne 2024, les ont de toute façon vaccinés contre tout excès d’optimisme. Mais tous deux ont conscience que le couperet n’est pas passé loin. L’ordonnance rendue le 25 mars par le tribunal des activités économiques (ex-tribunal de commerce) de Lyon « a été pour nous une douche froide », a reconnu Christophe Ferrari. À la surprise générale, Exalia se voyait rejeté, au profit notamment du ferrailleur drômois All Metal, le tribunal privilégiant ainsi le démantèlement du site au développement industriel.

Un coup de massue pour les porteurs de projet, qui avaient cependant repris espoir à l’issue des échanges avec le ministre de l’Industrie Sébastien Martin, d’abord le lendemain lors des assises CGT du « made in France », à Pont-de-Claix, puis la semaine suivante au cours d’une réunion à Bercy, avec l’ensemble des acteurs. Rencontre qui avait acté la mise en œuvre de « solutions techniques et opérationnelles ».

Interpellé par Sophie Binet lors des assises CGT, au lendemain de la décision du tribunal, le ministre de l’Industrie Sébastien Martin avait promis de rouvrir le dossier en recevant les acteurs à Bercy la semaine suivante.

Sur le volet foncier, Christophe Ferrari n’est pas réellement rentré dans les détails, évoquant tout juste « une avance remboursable de 600 000 euros en crédit d’investissement ». Une somme qui n’était évidemment pas programmée dans le budget. Mais « la piste d’une aide à l’acquisition foncière s’est imposée comme l’une des solutions et la ville a immédiatement pris ses responsabilités », s’est félicité l’édile. Et de rappeler l’histoire de la commune, qui s’est « toujours impliquée sur les questions foncières. En 2008 lorsque la plateforme chimique a vendu une grande partie de son patrimoine foncier, c’est la ville de Pont-de-Claix qui l’avait rachetée. »

« Deux enjeux très critiques »

Ce soutien financier peut-il faire pencher la balance ou du moins y contribuer ? Séverine Dejoux veut le croire : « C’est absolument essentiel car c’est une somme qu’on n’avait pas prévu d’avoir avant l’acquisition et dont on va avoir besoin en tout premier lieu. » Si la deadline de deux semaines annoncée par son partenaire Olivier Six, au lendemain de la réunion à Bercy, a finalement été repoussée, la représentante d’Exalia n’a toutefois pas éludé les difficultés qui se présentent.

De fait, le temps presse et le calendrier se resserre, a‑t-elle admis : « Il y a deux enjeux très critiques qui vont très rapidement nous mettre dans le rouge. » Deux sujets suffisamment importants pour pouvoir sonner la fin d’Exalia en cas d’issue négative. « Le premier, c’est la mine de sel de Hauterives [NDLR : dans la Drôme] : le calendrier prévoyait un premier arrêt du saumoduc fin mai, aujourd’hui c’est reporté à fin juin. » Une rallonge d’un mois bienvenue mais « ça reste très court et il faudra qu’on ait des certitudes d’ici là », a‑t-elle ajouté.

Optimiste, Séverine Dejoux reste toutefois lucide face aux impératifs de calendrier qui imposent un dénouement rapide pour Exalia.

« Le deuxième enjeu, il est derrière moi », a confié Séverine Dejoux, en désignant les anciens salariés de Vencorex se tenant à ses côtés sur la plateforme chimique. Tous sont prêts à rejoindre le projet Exalia ; problème, ils arrivent en fin de droits au chômage. « Depuis l’ordonnance du tribunal, on leur a dit de rechercher du travail, a‑t-elle poursuivi. Certains d’entre eux ont trouvé du boulot et vont s’engager très prochainement, donc on ne pourra pas leur demander de revenir si jamais ça se décidait dans trois mois. »

De son côté, Christophe Ferrari a également exprimé son souhait de voir la ville se positionner sur du foncier actuellement en bordure de la plateforme et « présentant un intérêt public ». Un vœu pour lequel le liquidateur a déjà été interpellé. L’ancien président de la métropole l’a par ailleurs répété, la ville de Pont-de-Claix soutiendra Exalia jusqu’au bout, y compris s’il fallait ressortir le portefeuille. Certes, le chiffre de 600 000 euros est une estimation fiable et « n’est pas tombé du chapeau ». Néanmoins, a‑t-il assuré, « si demain il y avait un besoin complémentaire, évidemment on sera là. Il n’y a pas de difficultés là-dessus. »

dimanche 10 mai 2026

Série - Le carré rouge #16


 Le carré rouge Jacques Duclos (16)

En quelques épisodes nous allons vous accompagner pour découvrir le cimetière du Père-Lachaise. Enfin, y prétendre serait présomptueux, aussi au travers d’un aperçu rapide de son histoire, nous nous dirigerons plus particulièrement vers un espace que l’on nommera le « Carré rouge ».

Jacques Duclos 1896-1975, inhumé le 29 avril 1975.

Natif des Hautes-Pyrénées, Jacques Duclos c’est ce petit homme jovial, au regard rieur, à l’accent de sa Bigorre, brillant orateur et populaire. Sa vie se confond avec l’histoire de notre parti.

Monté à Paris comme ouvrier pâtissier, avide de lecture et de culture, il fréquente les théâtres, comme figurant ou pour faire la « claque ». En 1914 il participe à la campagne de Marcel Cachin et découvre la Commune de Paris en montant au Mur des fédérés aux côtés d’anciens communards.

Mobilisé en 1915, il combat à Verdun. Marqué par la guerre et le sort de son frère, gueule-cassée, son antimilitarisme se renforce, ce qui lui vaudra d’être pousuivi en justice en permanence. Fait prisonnier en 1917, démobilisé en 1919, il reprend son métier à Paris.

Il adhère à l’ARAC, puis en 1921 au PC. En 1924 il participe à la première école centrale du Parti, « l’école de Bobigny ». En 1926, il entre au Comité central où il siégera jusqu’à sa mort.

En 1928, recherché, il mène clandestinement campagne dans le XXe arrondissement face à Léon Blum et l’emporte sans pouvoir siéger. Les poursuites cessent en 1931, l’amnistie intervient en 1933.

En 1934, grand acteur du « front unique », pour Jacques Duclos « la lutte pour l’unité d’action ne saurait […] se séparer de la lutte contre les trotskistes qui sont les ennemis les plus haineux de l’URSS et de l’action commune des prolétaires. »

En 1936 il est élu député de Montreuil et est en Espagne au côté du PCE, face à la rébellion fasciste de Franco.

En 1939, le PCF est interdit. Il entre dans la clandestinité, multiplie les planques, les changements de nom, il est le principal rédacteur de l’Humanité clandestine. Le 10 juillet 1940, il publie l’« Appel au peuple de France », co-signé par Thorez en exil. Avec Benoît Frachon et Arthur Dallidet, il réorganise le Parti, participe à la création du « Front national de lutte pour l’indépendance de la France » confié à Pierre Villon, et à la création d’unités armées avec Charles Tillon et Albert Ouzoulias qui deviendront les FTPF et FTP-MOI.

Le 25 août 1944, avec Benoît Frachon il entre dans Paris, tient un comité central le 31. Le 9 septembre il rencontre de Gaulle qui accorde deux ministres au Parti dans son gouvernement et Duclos est responsable du groupe communiste à l’Assemblée consultative.

Après la mort de Maurice Thorez en 1964, le Parti s’oriente vers l’union de la gauche sur un programme commun et prend ses distances avec Moscou. Après avoir soutenu François Mitterrand à la présidentielle de 1965, le Parti présente Jacques Duclos à celle de 1969. « J’ai conscience d’être le candidat de l’union des forces ouvrières et démocratiques... » Le ton est donné dès sa première conférence de presse, la campagne sera menée tambour battant. Il obtient 21,27 % des voix, échouant de peu pour accéder au second tour, mais une dynamique d’union est lancée qui mènera au programme commun en 1972.

Il meurt le 25 avril 1975. Le 29, des centaines de milliers de personnes l’accompagnent du siège du Parti au Père-Lachaise. Symbole d’un engagement constant pour la paix et contre le colonialisme, son hommage coïncide avec la une de l’Humanité annonçant les dernières heures de la guerre à Saïgon.

Gérard Pellois

Article publié dans CommunisteS, numéro 1085 du 6 mai 2026.

Série - 1936 au jour le jour #18

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

4/10 mai 1936 (18) Soutien sans participation !

Trois jours après ce second tour triomphal, Maurice Thorez et Jacques Duclos réunissent la presse à la Mutualité. Dans une déclaration liminaire (intégralement reprise dans l’Humanité du dimanche 10), le secrétaire général estime que le vote massif pour les candidats communistes, pour ceux du Front populaire est motivé par une volonté de paix (et la hantise de Hitler), par une aspiration démocratique (et la dissolution des ligues factieuses), par un désir de progrès social (salaires et semaine de 40 heures). Il juge que le slogan communiste qui a connu le plus grand succès est celui qui demande « une France libre, forte, heureuse ». À présent, pour faire autrement, il faut faire payer les riches et il reprend les cinq résolutions que le nouveau groupe parlementaire communiste vont déposer (ce sont les cinq demandes déjà présentées par lui le 1er mai, voir l’article précédent) : nouvelle politique sociale, familiale, sportive, agricole.

Ce qui implique de changer de gouvernement. Thorez précise : « Il revient au parti le plus important de la nouvelle majorité, avec lequel nous sommes liés par un pacte d’unité d’action, de prendre la direction des affaires publiques. » Autrement dit la SFIO de Blum. « Pour notre part, nous l’assurons de notre appui complet à la chambre et dans le pays pour l’application d’une politique conforme aux aspirations indiquées par notre peuple dans le dernier scrutin. Nous ne participerons pas : nous l’avons dit et répété très loyalement au cours de notre campagne électorale. »

Il ajoute : « Nous sommes le Parti communiste, nous avons l’ambition et la volonté de conduire notre peuple vers une meilleure société où la possession des grands moyens de production sera le fondement du pouvoir des travailleurs libérés du joug du capital. En attendant, nous voulons soutenir sans réserve les forces démocratiques et de paix, appuyer tout effort pour améliorer le sort des travailleurs. »

Ajoutons encore cette phrase : « Nous voyons comme condition essentielle du succès du Front populaire : sa cohésion, son organisation, l’action des masses. »

L’autre caractéristique de cette semaine très politique, ce sont les ouvriers, les paysans, les syndicats qui haussent le ton. Benoit Frachon fait la Une de l’Humanité du 8 mai avec ce titre : « La CGT devant les problèmes actuels ». Il se félicite du résultat des élections et il note : « Il s’agit maintenant de cueillir les fruits de la victoire, de satisfaire aux légitimes revendications des masses laborieuses. La CGT entend bien faire l’impossible pour qu’un résultat positif soit obtenu dans les délais les plus courts.

(…) Les syndicats ne réclameront rien qui soit irréalisable. Ils demanderont tout ce qui peut être fait, même si cela nécessite de bousculer les routines ou de porter atteinte aux privilèges des oligarchies.»

Gérard Streiff

Article publié dans CommunisteS, numéro 1085 du 6 mai 2026.