samedi 1 août 2026

PCF - Parti Communiste Français

Il y a 112 ans, Jean Jaurès, fondateur de l’Humanité, était assassiné par un nationaliste d’extrême droite. Quelques jours plus tard, l’Europe sombrait dans la guerre.
Jusqu’à son dernier souffle, Jaurès aura combattu les nationalismes qui dressent les peuples les uns contre les autres. Il défendait une autre idée de la nation : celle d’un peuple souverain, uni dans sa diversité, portant la justice sociale et la paix.
À l’heure où la guerre et les nationalismes gagnent à nouveau du terrain, son combat reste d’une brûlante actualité.
Faisons vivre l’héritage de Jaurès : la République sociale, la paix et la fraternité entre les peuples.

 

L’AFPS appelle à « convaincre, mobiliser, rassembler » pour les droits du peuple palestinien


 Une campagne en cours de l'Association France Palestine solidarité, ici à la fête du Travailleur alpin le 26 juin dernier.

L’Association France Palestine solidarité indique se conformer aux principes de la campagne internationale de BDS. L’organisation dénonce la campagne d’assimilation de l’antisionisme et de l’antisémitisme. Dans une déclaration, des organisations qui ont appelé à empêcher le set de Barbara Butch écrivent que « la DJ était visée pour sa légitimation des crimes de l’État d’Israël ».

Après l’interruption du set de Barbara Butch le 18 juillet dernier, les réactions s’enchaînent. Parmi ces dernières, celles d’organisations engagées dans la défense des droits du peuple palestinien et contre le génocide en cours à Gaza et dans les territoires occupées de Cisjordanie.

L’Association France Palestine solidarité n’appelait pas au boycott du set de Barbara Butch. Dans un communiqué, le bureau de l’AFPS Isère-Grenoble indique qu’en matière « de BDS (Boycott-Désinvestissement-Sanctions), et en particulier de boycott culturel, l’AFPS se conforme aux principes de la campagne BDS coordonnée au niveau de l’Europe par le BNC (Boycott National Committee) Europe dont elle est membre, et par le BNC palestinien pour ce qui est de la coordination mondiale ». Pour ce qui relève du boycott culturel, l’AFPS relève que le comité du BDS « ne demande pas de cibler tous les artistes qui ont eu des expressions problématiques. [Le boycott culturel]vise les institutions israéliennes et donc les artistes ou intervenants promus par ces institutions ou financés directement ou indirectement par celles-ci ».

La position internationale du BDS

Cette position du BDS reprise par l’AFPS répond à un objectif : « convaincre et ainsi accroitre la mobilisation » en faveur du respect du droit international et de la lutte contre le génocide « en évitant au maximum les risques de polarisation qui vont à l’encontre de cet objectif ». « Les cibles sont choisies en fonction de l’impact positif que ces actions doivent avoir sur la perception que nos concitoyens ont de la violation des droits des Palestinien-nes par Israël. [Ces actions visent] à accroitre le soutien au peuple palestinien dans l’accomplissement de ses droits et à élargir le mouvement de solidarité afin de parvenir au but de la campagne BDS : imposer le droit à Israël », poursuit le bureau de l’AFPS Isère.

Dans un communiqué signé par différentes organisations parmi lesquelles le syndicat Solidaires, Urgence Palestine Grenoble, ou l’Union juive française pour la paix, « l’appel au boycott de ce concert n’est pas le seul fait de la section locale de LFI et de ses militant.es, mais aussi d’autres organisations de soutien à la Palestine ». Ces organisations estiment que « la DJ était visée pour sa légitimation des crimes de l’État d’Israël, que ce soit par la signature d’une tribune publiée dans le journal d’extrême droite Le Point soutenant la loi Yadan que pour son concert le 12 juin 2025 à la résidence de l’ambassadeur de France à Tel-Aviv, en plein génocide à Gaza. Ce faisant, elle a choisi d’offrir un vernis d’acceptabilité à Israël, se rendant complice de ses crimes ». Et les organisations relèvent que « le fameux « risque de trouble à l’ordre public » invoqué à tour de bras pour faire taire grand nombre d’évènements sur la Palestine – y compris des colloques universitaires – n’a pas été invoqué à cette occasion ».

« Démarche non-violente »

Au risque de porter atteinte à l’ampleur de la mobilisation contre le génocide, la déclaration des organisations accuse :« celles et ceux qui condamnent l’interruption du set de Barbara Butch sont aussi celles et ceux qui se taisent face au génocide à Gaza et refusent toute action pour y mettre fin. Nous, collectifs militants pour les droits du peuple palestinien, agissons depuis des années en manifestant, boycottant, documentant ce qui se passe dans les territoires palestiniens ».

Par ailleurs, les organisations signataires précisent que « si jet(s) de projectile(s) il y a eu en direction de l’artiste, nous le déplorons et rappelons que les appels au boycott s’inscrivent dans une démarche non-violente. Les militants pour la Palestine ne sauraient en aucun cas être rendus responsables ».

Deux poids deux mesures

Pour sa part, l’AFPS a tenu à prendre position sur les faits survenus depuis les événements du 18 juillet. « Nous dénonçons et condamnons la manière éhontée dont une partie du monde médiatique et politique s’est emparée de la question pour relancer la campagne de dénigrement de LFI, de délégitimation du mouvement de solidarité avec la Palestine, d’assimilation de l’antisionisme avec l’antisémitisme, sans parler du deux poids deux mesures sur les perturbations et/ou interdictions et/ou censures de spectacles, ou du double standard quand il s’agit de condamner et de sanctionner des États qui violent de droit international », écrit l’AFPS. L’organisation tient également à condamner « le déferlement de haine dont est l’objet Allan Brunon depuis plusieurs jours. Rien ne justifie, en aucun cas et aucune manière, les appels à la haine et encore moins les appels à la haine raciste ».

« Appeler au boycott, boycotter, c’est convaincre, mobiliser, rassembler et faire progresser le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien », conclut le bureau de l’Association France Palestine solidarité.

Aux confins de la Pologne et de l’Ukraine, l’ombre des minorités effacées

 Depuis l’invasion russe, des millions d’Ukrainiens ont trouvé refuge en Pologne. Mais les relations entre les deux pays comportent leur part d’ombre. Leurs déchirements pendant la seconde guerre mondiale avaient contraint les autorités soviétiques et polonaises à procéder à un gigantesque échange de populations, réalisant de fait le rêve d’homogénéité ethnique des nationalistes qu’ils avaient combattus.

Soolidaires face à l’agression russe de l’Ukraine, Kiev et Varsovie n’ont pas soldé les contentieux mémoriels qui les opposent par ailleurs. Leur frontière commune traverse d’anciens confins d’empires dont la réalité multiculturelle a été mise à mal par l’émergence d’États-nations aspirant à une certaine uniformité ethnique, ce qui provoqua des déchirements dont le souvenir reste vif. À la fin du XVIIIe siècle, au cours des partages successifs, l’autocratie russe et la monarchie habsbourgeoise, pour l’essentiel, ont accaparé le territoire polono-lituanien (dit république des Deux Nations). Polonais et Ukrainiens continuent de cohabiter en Galicie (autrichienne) comme en Volhynie (région de l’Empire russe). Mais le poids des anciennes élites polonaises se faisait encore sentir, notamment dans les centres urbains, tandis que les Ukrainiens se concentrent en majorité dans les campagnes. Cette diversité socio-territoriale se prêtait mal aux projets nationaux fondés sur l’idéal d’homogénéité ethnique, qu’il s’agisse du rêve des Polonais de refonder leur État perdu ou du désir des Ukrainiens de créer le leur. La construction des États polonais et ukrainien dans leur forme actuelle s’est donc faite, dans les années 1940, au prix de nettoyages ethniques, lesquels s’inscrivent dans un cycle de violences et de déplacements de populations en Europe qui débute avec le conflit mondial de 1914 pour se clore à la fin des années 1940.

Les rivalités ukraino-polonaises s’expriment dès l’effondrement des empires à la fin de la première guerre mondiale. En novembre 1918, les soldats des légions polonaises affrontent les nationalistes ukrainiens lors de la bataille de Lwów (en polonais) / Lviv (en ukrainien). La République de Pologne et la République populaire d’Ukraine occidentale tout juste proclamées se disputent la souveraineté sur la Galicie orientale et les Carpates, qui appartenaient jusqu’alors à l’Empire austro-hongrois. Puis, à Versailles, les puissances alliées (…)

vendredi 31 juillet 2026

Alexis Monge : « Ce n’est pas Barbara Butch que je défends, c’est un principe »


 Alexis Monge dans son bureau d'adjoint à la culture, qu'il occupe depuis avril 2026, à l'hôtel de ville de Grenoble.

Adjoint à la maire de Grenoble en charge de la vie culturelle et des arts, Alexis Monge était aux premières loges pour l'affaire Barbara Butch, que ce soit avant ou pendant le concert stoppé par l'action de militants LFI et d'autres organisations (Urgence Palestine, Solidaires, etc.), samedi 18 juillet, au Cabaret frappé. Pris à partie par certains manifestants en montant sur scène pour expliquer le départ de la DJ, l'élu PCF a même déposé plainte pour intimidation et jet de projectile. Dix jours après, il livre son analyse sur l'événement et sur ses implications pour les acteurs culturels et politiques.

Pour un baptême du feu, il a été servi. Un peu plus de trois mois après son élection au conseil municipal, Alexis Monge a vécu sa première polémique sous sa casquette d’adjoint à la vie culturelle et aux arts. En cause, l’interruption prématurée du concert de Barbara Butch au Cabaret frappé, samedi 18 juillet, face à l’action menée par près de 200 manifestants. Rassemblés au Jardin de ville à l’appel de la section grenobloise de la France insoumise et de différentes organisations, ceux-ci reprochaient à la DJ d’avoir signé une tribune soutenant la proposition de loi Yadan — avant de se rétracter dans un second temps — et joué à l’ambassade de France à Tel-Aviv en juin 2025, en plein génocide.

Confrontée à l’hostilité d’une large partie du public, Barbara Butch a d’abord poursuivi son set sous les huées et les invectives. Mais les protestations se sont également accompagnées, selon l’artiste et l’élu, de gestes injurieux (doigts d’honneur) et jets de projectiles, comme on peut le voir dans différentes vidéos tournées ce soir-là. Version que contestent vivement les militants présents. Contraint de monter sur scène pour justifier l’arrêt du concert, Alexis Monge a lui-même été pris pour cible. D’où sa décision de déposer plainte — à l’instar de la ville de Grenoble« pour intimidation et pour le jet de bouteille qui [l’]a visé ».

Les manifestants huant et invectivant Barbara Butch, le 18 juillet, au Jardin de ville. DR

En cette période traditionnellement creuse pour l’actualité nationale, l’affaire Barbara Butch est rapidement venu combler le vide, trustant les gros titres pendant plusieurs jours, avant de s’effacer progressivement derrière l’incendie en Gironde. Une médiatisation qui a largement dépassé les frontières de l’Isère, prenant presque de court les acteurs concernés. « L’événement a pris une ampleur nationale et nous ne nous attendions pas à ça », reconnaît ainsi l’élu communiste, pour lequel quelques jours n’étaient pas de trop afin de pouvoir analyser la séquence à tête reposée.

Le Travailleur alpin — Quand la Ville a été sollicitée avant le Cabaret frappé pour annuler la venue de Barbara Butch, vous avez répondu « liberté de programmation ». Vous le dites toujours aujourd’hui ?

Alexis Monge — Je l’ai toujours dit et je le redis, la liberté de programmation et de création est un principe fondamental de nos politiques culturelles et de nos démocraties. Notre rôle d’élu, c’est de pouvoir garantir ces conditions-là, en sachant que cette liberté n’est pas absolue et s’inscrit dans le cadre de la loi. Il ne faut pas qu’il y ait d’incitation à la haine, de racisme et d’appel à la violence derrière. En tout cas, je n’ai pas envie de décider à la place des programmateurs et programmatrices, mais plutôt de poser un cadre dans lequel ils et elles puissent avancer.

Sur les derniers événements, ce n’est pas Barbara Butch que je défends, c’est un principe. D’ailleurs, l’Observatoire de la liberté de création, qui réunit de nombreuses organisations professionnelles du secteur culturel, a lui aussi condamné fermement l’entrave à ce concert. Il souligne qu’en démocratie, chacun est libre de débattre, de manifester son opposition ou d’appeler au boycott, mais que personne ne peut empêcher une artiste de se produire ni priver le public de sa liberté de choisir.

« Il y a une forme d’autocensure grandissante dans le monde culturel. »

Je rappelle en outre que le PCF s’est toujours opposé à la loi Yadan, comme la ville de Grenoble, comme moi. Mais pour revenir à la question, il y a quelque chose qui m’a frappé dès le début du mandat et qui me préoccupe toujours, de manière plus large que l’épisode Barbara Butch, c’est ce risque de censure préalable que j’entends de la bouche des programmateurs et du monde culturel. Et d’autant plus avec la crainte d’une arrivée de l’extrême droite au pouvoir. En gros, leurs choix de spectacle sont parfois faits en anticipant de possibles polémiques, ce qui restreint de fait leur liberté de programmation.

On peut parler d’autocensure ?

Oui, il y a une forme d’autocensure grandissante dans le monde culturel, qui s’interroge à chaque fois. Je ne vais pas citer d’exemples à Grenoble mais ça arrive partout. C’est un sujet dont on a parlé quand on était à Avignon : la CGT hésitait ainsi à programmer un spectacle adapté d’un texte d’un auteur israélien pourtant critique de la politique de son gouvernement [NDLR : la CGT participe chaque année à la programmation du festival off d’Avignon, au théâtre de la bourse du travail]. Ils se posaient la question simplement parce que son auteur était Israélien… Peu importe le contenu de la pièce. Ils craignaient que ça pose problème.

Alexis Monge anime, à la fête du TA 2026, le débat sur la culture où il a justement été question des risques de censure des spectacles.

Le contexte joue aussi, avec des politiques culturelles très affaiblies : le financement et les budgets sont en forte baisse, les équipes sont hyper sollicitées, en surtension… Du fait de cette conjoncture, elles n’ont pas envie de prendre de risques. Mon rôle d’élu, en tant qu’adjoint à la culture, c’est donc de leur dire que, dans le cadre de la loi, on sera garant de cette liberté de programmation. Et on assumera les responsabilités.

Ce qui rejoint le Cabaret frappé…

Tout à fait, c’est ce qu’on a fait au Cabaret frappé en disant « c’est à nous d’y aller ». Avec une particularité toutefois pour le Cabaret frappé. Car la programmation a été faite en janvier-février et les signatures de la loi Yadan, c’était en avril. Après, les contrats qui sont signés, c’est effectivement entre l’artiste et la ville de Grenoble tandis que la programmation relève de l’association Retour de scène. Plus largement, nous travaillons avec les acteurs culturels à nos politiques culturelles. Elles sont nourries d’échanges et de coopération mais dans la limite du cadre que nous défendons de la liberté de création et de programmation.

« On associe directement Barbara Butch à Netanyahou et au génocide. […] Cette essentialisation me dérange. »

Que s’est-il passé avec Barbara Butch ?

Je rappelle d’abord que la France insoumise est légitime à appeler au boycott ou à l’annulation d’un concert. Ils ont le droit de manifester un désaccord par rapport à des idées que pourrait porter une artiste. Chacun est libre d’exprimer ses positions et de prendre la parole. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait tous les artistes qui jouaient avant en prenant la défense des Palestiniens et en dénonçant le génocide à Gaza. En revanche, ce que la France insoumise a finalement choisi, ce n’est pas seulement l’appel au boycott ou l’interpellation publique, c’est l’organisation d’une manifestation devant la scène.

Ce qui pose problème, ce sont les violences, avec les jets de projectiles, de bouteilles, que j’ai moi-même pu constater. Et ce qui m’a choqué, c’est l’essentialisation de Barbara Butch sur le tract de LFI distribué dès le mercredi. Le montage la montre en train de mixer devant un drapeau arc-en-ciel avec une étoile de David, tâché de sang [NDLR : drapeau souvent utilisé à la Gay Pride de Tel-Aviv, symbole selon les militants du pinkwashing d’Israël] et au verso, on a une photo d’elle avec Netanyahou en fond. Ça veut dire qu’on associe directement Barbara Butch à Netanyahou et au génocide. En plus, elle est Française, elle n’a pas du tout la nationalité israélienne. Cette essentialisation me dérange car elle affecte nos imaginaires.

Barbara Butch quitte la scène au bout de vingt minutes, en accord avec les organisateurs. DR

Avec le recul, sachant le déroulé de la soirée, la controverse derrière, feriez-vous les choses différemment ?

Si on rembobine le film des derniers mois, on constate que dès la clause de résistance [NDLR : adoptée le 28 avril 2026 par le conseil municipal, elle permet à la ville de combattre les atteintes aux libertés publiques, à l’égalité des droits ou encore à la dignité humaine], on a affirmé cette liberté de création et de programmation. Et c’est dans ce cadre-là qu’on a permis la tenue d’un concert antifasciste au 102, en rappelant qu’il n’était pas question d’annuler dans ces conditions, malgré les réclamations de la droite. Ensuite, il y a eu Barbara Butch avec la polémique qui montait, la pétition — qui ne dépassait toutefois pas les 250 signatures avant le lancement du Cabaret frappé. On en a beaucoup discuté entre nous et on n’a rien laissé au hasard : on a fait en sorte d’avoir à la fois des policiers municipaux et des policiers nationaux présents sur site, on a ajouté des vigiles en nombre… Tout ce qu’il fallait pour permettre au concert de se passer normalement et pour pouvoir mettre en sécurité le public et l’artiste. Le tout en gardant la philosophie du Cabaret frappé, à savoir un festival populaire, ouvert, où les gens peuvent aller et venir librement. En résumé, je considère qu’on a fait tout ce qu’il fallait.

Y compris en stoppant vous-même le concert ?

Effectivement, on a arrêté le concert au bout de vingt minutes, conjointement avec l’artiste. J’étais présent derrière et on avait parlé avec elle avant qu’elle commence à jouer, pour lui dire qu’à tout moment, si ça devenait trop compliqué, elle pouvait s’arrêter… En sachant que je n’anticipais pas du tout l’envoi de projectiles. On en revient à ce que je disais, c’est notre rôle d’élu de garantir les conditions de liberté de programmation et création et de sécurité.

« Il faut être capable de mener les deux choses de front : à la fois défendre les libertés de création et de programmation, qui sont des droits fondamentaux, et défendre les droits des Palestiniens. »

Quid du fond et des arguments des manifestants ?

Dès qu’on a reçu la demande d’annulation, je me suis demandé ce qu’elle avait fait de grave, au point d’être ciblée par cette vague de boycott. Encore une fois, on peut être d’accord sur le fond mais ce qui pose problème, c’est la méthode et l’essentialisation. Il faut être capable de mener les deux choses de front : à la fois défendre les libertés de création et de programmation, qui sont des droits fondamentaux, et défendre les droits des Palestiniens, comme on le fait au PCF, en s’appuyant sur les forces présentes sur place… Et donc en faire un sujet international et non un sujet électoraliste. Quant à la loi Yadan, je le répète, j’y étais opposé et la mairie également.

Doit-on tenir compte des oppressions vécues par Barbara Butch — en tant que femme, juive, lesbienne et grosse — avant de juger ses positions ?

En théorie, en tant qu’élu, j’ai envie de te dire non, ça ne doit pas empêcher de critiquer ses prises de position. Après, est-ce que ça justifie de faire des doigts d’honneur à une femme ? Et est-ce qu’un homme blanc hétéro cisgenre de 50 ans aurait été autant chahuté par la foule ? Bien sûr que non ! En plus, quand on la voit, on devine la personne qui a toujours été persécutée. Or, nous, à gauche, on doit être du côté des opprimés, de celles et ceux qui vivent des injustices. Quand on a face à nous quelqu’un qui subit depuis les Jeux olympiques des attaques homophobes, grossophobes, antisémites et sexistes de l’extrême droite, on a la responsabilité de devoir protéger cette personne qui est à l’intersectionnalité de discriminations multiples.

Le boycott culturel a été décisif face à l’apartheid en Afrique du Sud. Est-ce également une arme contre le génocide à Gaza et plus généralement contre la politique israélienne vis-à-vis des Palestiniens ?

Question difficile… Déjà, comme le disait Laurence Ruffin, boycotter — en n’allant pas à un concert par exemple — ce n’est pas entraver. Quand bien même, que peut le boycott culturel contre le génocide ? Il peut constituer une forme de pression symbolique et politique mais son efficacité dépend de son articulation avec d’autres leviers : diplomatiques, économiques, juridiques et mobilisations internationale. En tout cas, pour qu’il y ait un impact, ça dépend aussi de la stratégie des courants d’opposition israéliens et surtout des organisations et militants alliés en Palestine. Et puis, reste la question des critères de décision. Où met-on les lignes rouges justifiant de boycotter tel ou tel artiste et quel périmètre donne-t-on au boycott culturel ? Les organisations de solidarité avec la Palestine n’ont pas toutes les mêmes critères ou stratégies, comme on le voit par exemple avec l’AFPS et Urgence Palestine qui ne défendent pas toujours les mêmes modes d’action ni la même manière de mettre en œuvre les campagnes de boycott.

Ceci dit, la mobilisation contre le gouvernement israélien est nécessaire. Car les faits sont excessivement graves. On vit quand même un génocide en direct sur les réseaux sociaux donc c’est normal que ça vienne nous chambouler en tant qu’individus et qu’on perde tous nos repères démocratiques. Et c’est à ce moment là qu’on a besoin de garder un cap politique commun, de parler d’une voix unie et rassemblée pour faire front avec celles et ceux qui subissent ces oppressions.

« Faire confiance à l’intelligence des citoyens et citoyennes plutôt que de décider à leur place. »

Certains commentateurs associent LFI au RN, voire accusent les insoumis et les manifestants d’antisémitisme. Est-ce votre cas ?

Première chose, je ne veux surtout pas mettre dos à dos la France insoumise et l’extrême droite. Leurs demandes de boycott respectives n’obéissent pas du tout aux mêmes ressorts. Pour l’autre question, je serai très prudent. Non, la manifestation n’était pas un acte antisémite. Mais oui, nous vivons dans une société dans laquelle l’antisémitisme augmente. Et être juif aujourd’hui, en France, est compliqué… Comme être musulman aujourd’hui, en France, est compliqué aussi. ll ne faut pas les opposer. En tant que politiques, nous avons une responsabilité pour lutter contre toute forme de discrimination. On doit combattre sans ambiguïté l’antisémitisme et l’islamophobie, et combattre avec la même détermination les crimes commis contre les Palestiniens. Parce que renoncer à l’un de ces combats affaiblit l’autre.

Alexis Monge au conseil municipal d’installation de Laurence Ruffin, le 27 mars 2026.

Quelles leçons tirez-vous de cet épisode pour la suite ?

La première question que je me pose, c’est si à gauche, on gagne du soutien à la suite de cette séquence politique ? J’en doute… Et est-ce qu’on s’arme pour lutter contre ces dérives ? Si je dois en tirer une leçon, c’est que notre combat pour cette liberté de création et de programmation va être dur et compliqué, non pas vis-à-vis de LFI mais face à l’extrême droite qui monte. Ça va nécessiter beaucoup d’exigence, de travail. Et de rester ferme sur ses principes. Mais je garde une conviction, c’est de toujours faire confiance au public et à la liberté de conscience. On doit donner toutes les infos avant et le public décide alors de boycotter ou non, d’aller voir une œuvre ou non, de la critiquer ou de la soutenir. Faire confiance à l’intelligence des citoyens et citoyennes plutôt que de décider à leur place.