Concentration de la presse : après Le Parisien, L’Opinion, Les Échos, Investir et L’Agefi, le multimilliardaire Bernard Arnault rachète Challenges. Et le Conseil d’Etat valide
lundi 3 août 2026
Bernard Arnault
Concentration de la presse : après Le Parisien, L’Opinion, Les Échos, Investir et L’Agefi, le multimilliardaire Bernard Arnault rachète Challenges. Et le Conseil d’Etat valide
Un rapport sur la souffrance psychique au travail enterré au Sénat par la droite et le centre
Depuis le mois de février 2026, une mission d’information travaillait au Sénat sur le thème de la souffrance psychique au travail. Constituée à la demande du groupe RDSE, groupe constitué majoritairement de radicaux au Sénat, cette mission n’a pas pu rendre public son rapport, comme c’est pourtant l’habitude au Parlement. En effet, mercredi 8 juillet 2026, la majorité de la droite et du centre s’est opposée aux conclusions de la rapporteure Annick Girardin. Explications.
« Nous devons progresser sur cette question de santé mentale, qui est un enjeu médical, un enjeu sociétal, et en ce qui me concerne, un enjeu pour le monde du travail ». C’est avec ces mots que le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, a commencé son audition devant la mission d’information du Sénat sur la souffrance psychique au travail, le 1er juillet dernier. Le signe que l’exécutif prenait au sérieux cette problématique.
Dix jours plus tard, c’est l’incompréhension, voire la colère, qui règne au groupe RDSE – Rassemblement démocratique et social européen – du Sénat. En début d’année 2026, ce petit groupe central au Sénat avait demandé la création de cette mission d’information au titre de son droit de tirage, qui permet à chaque groupe politique du Sénat de déclencher une mission d’information, lors de chaque session parlementaire.
Mercredi 8 juillet 2026, les sénateurs membres de la mission d’information ont bien examiné un rapport, fruit de cinq mois d’auditions et de plusieurs déplacements, mais celui-ci a été rejeté. « C’était surprenant, c’était brutal », raconte un collaborateur parlementaire, en off. « Visiblement, c’est un rapport qui dérange », ajoute cette même source.
« D’abord cela a été un profond regret pour tout le travail que l’on a accompli », explique aujourd’hui la rapporteure RDSE de la mission, Annick Girardin à publicsenat.fr. « Plus les jours passent et plus je suis en colère », ajoute l’ancienne ministre, « on ne peut pas oublier que la santé mentale est une grande cause nationale pour la deuxième année consécutive, en 2025 et 2026 ».
« C’est un travail hyper sérieux, pas idéologique »
Selon le communiqué, publié vendredi 10 juillet 2026, par le groupe RDSE au Sénat, le rapport contenait 39 recommandations, comme « confier à une conférence réunissant scientifiques, professionnels de santé, partenaires sociaux, sociologues et associations de victimes le soin d’élaborer une définition harmonisée de l’épuisement professionnel », mais aussi « ajouter au code du travail à l’article portant sur les principes généraux de prévention, un dixième principe relatif à l’écoute des travailleurs », ou encore « renforcer l’accompagnement des employeurs, et plus particulièrement au sein des PME, pour les actions de prévention et de protection à mettre en œuvre ».
« Ce rapport s’intitule ‘Quand le travail consume : l’urgence de lutter contre l’épuisement professionnel’, », explique aujourd’hui Annick Girardin, « on va droit vers une crise du travail et une crise sociétale. Les Français attendent que l’on ait des réponses sur ce sujet. […] C’est un travail hyper sérieux, ce n’est pas un travail idéologique ».
Bras de fer politique
De son côté la droite assume avoir voté contre ce rapport. « Effectivement, la santé mentale est un sujet aujourd’hui », analyse la sénatrice LR Pascale Gruny, membre de la mission d’information. « Mais dans les auditions, nous avons eu un mélange des genres, entre le burn-out, la dépression, et parfois des confusions avec le harcèlement moral et sexuel, pour lesquels il y a déjà des lois ».
« Ce n’était pas un mauvais rapport », ajoute Pascale Gruny, « c’était un rapport orienté. […] Dans le rapport et les préconisations, il y avait peu de soutien pour les entreprises et les employeurs, qui sont eux-mêmes, quelquefois, en souffrance psychique et en véritable burn-out. ».
De son côté, la présidente socialiste de la mission d’information, Monique Lubin, s’étonne. « J’ai été un peu sidérée, franchement », explique-t-elle à publicsenat.fr, « c’est tout de même exceptionnel ! ». « Le sujet en lui-même et les préconisations ne comportaient pas d’aspérités telles que ça pouvait conduire à un rejet », selon Monique Lubin, qui ajoute : « certains qui étaient là au moment de la remise du rapport, mercredi après-midi, et qui se sont exprimés contre, clairement n’avaient participé à rien et pas lu le rapport ».
« Je pense sincèrement que c’est idéologique », ajoute la sénatrice socialiste, « il y a eu une crainte que le sujet même, le contenu du rapport et les préconisations, portent atteinte au patronat, alors que de notre part, il n’y avait pas de remise en cause. Le rapport est très riche, les auditions ont été nombreuses et riches, et je ne suis pas de ceux qui disent que le travail fait systématiquement souffrir, loin de là, mais en revanche, oui, on a rencontré des situations de souffrance. »
Quel avenir désormais pour le rapport ?
Faute de vote favorable mercredi, le rapport n’a pas pu être rendu public. « Par respect pour tous ceux qui sont venus travailler, je ne peux pas laisser en l’état ce rapport sans qu’il soit publié », explique aujourd’hui Annick Girardin, consciente que des parlementaires européens travaillent également sur cette problématique.
Mais la sénatrice peut-elle publier à titre personnel ce travail ? « Absolument pas », coupe net Pascale Gruny. « Elle n’en a pas le droit ».
« Je comprends [la frustration de la rapporteure, Annick Girardin, ndlr], avec le travail qui a été fait. Il faudra refaire un travail dessus, […] et faire quelque chose de plus consensuel ». Et Pascale Gruny de pointer la configuration présidente (Monique Lubin, PS) et rapporteure (Annick Girardin, RDSE) : « Habituellement dans les missions, on a une présidente et une rapporteure qui ne sont pas du même parti politique. Et là, même si elles ne sont pas dans les mêmes groupes politiques, elles sont proches. Mme Girardin est de gauche, quand vous faites les travaux, vous êtes entre vous ».
dimanche 2 août 2026
Ceuta : protéger les vies, réfuter le chantage et les mensonges
À Ceuta, des dizaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants ont été précipités dans une situation dramatique entre le Maroc et l’Espagne. Plusieurs dizaines de personnes seraient mortes et des milliers de mineurs figureraient parmi les arrivants. La priorité doit aller au secours des personnes en détresse, à la protection des enfants et au respect de la dignité humaine.
Toute la lumière doit être faite sur ce drame. Si des êtres humains ont été délibérément utilisés pour exercer une pression diplomatique de la part de l'État marocain, cette instrumentalisation est indigne. Aucun différend concernant l’Algérie, le Sahara occidental, Ceuta ne peut justifier d’utiliser des populations comme armes géopolitiques.
Cette crise révèle aussi la faillite de la politique migratoire européenne. Depuis des années, l’Union européenne sous-traite la surveillance de ses frontières à des pays tiers en échange de financements et de marchandages diplomatiques et elle collabore étroitement depuis des années sur les questions migratoires avec le Maroc. L’Europe devient ainsi complice par l’enjeu de chantages cyniques de la fermeture des voies légales, fermeture qui enrichit les passeurs et pousse les exilés vers des parcours toujours plus meurtriers.
En France, l’extrême droite, suivie par une partie de la droite et de la macronie, cherche déjà à faire croire à une « invasion » imminente de notre pays. C’est faux. Les personnes entrées à Ceuta ne disposent pas d’un libre accès à l’Espagne continentale et donc à la France. La régularisation espagnole, réservée aux personnes installées avant le 1er janvier 2026, n’est pas davantage à l’origine de la situation. Le gouvernement espagnol, le seul aujourd'hui en Europe à résister ouvertement à Donald Trump, fait l'objet de pressions grandissantes du président étatsunien.
Mais combattre ces mensonges ne signifie ni de nier la nécessité de maîtriser démocratiquement les frontières dans le respect du droit international, ni d’abandonner les populations de Ceuta et les services publics espagnols à eux-mêmes. Une politique migratoire à la hauteur des enjeux exigent des règles claires, des moyens publics et une coopération européenne fondée sur le droit et les conventions internationales, plutôt que sur les refoulements collectifs, l’enfermement dans des centres de rétention et la délégation des contrôles à des pays tiers.
Le PCF demande une mobilisation européenne immédiate pour secourir les personnes en danger, protéger les mineurs, rechercher les disparus et garantir l’examen individuel des demandes d’asile. Une enquête indépendante doit établir les responsabilités. La France doit proposer une aide matérielle à l’Espagne, plutôt que mettre en scène la fermeture des Pyrénées pour alimenter les peurs.
Il faut simultanément ouvrir des voies légales et sécurisées de migration, combattre les réseaux de passeurs, remettre en cause le pacte européen qui externalise les frontières et développer des coopérations permettant aux peuples de vivre et de travailler dignement dans leur pays. Cela suppose de rompre avec les politiques de domination, de captation, de prédation pour soutenir les services publics, l’emploi et la souveraineté des peuples, notamment le droit du peuple sahraoui à décider de son avenir.
Les exilés ne sont ni une menace, ni une marchandise, ni une arme diplomatique. Face à ceux qui veulent opposer les travailleurs selon leur nationalité, notre réponse est la solidarité internationaliste et le combat commun contre toutes les formes d’exploitation.
Paris, le 31 juillet 2026
Parti communiste français
Canicules. Le moment pour la mise en œuvre de la gratuité des transports
Des transports gratuits et une offre accrue de bus et de trams pour faire face à l'augmentation de la fréquentation.
La succession des canicules conduit l’Union pour la gratuité et le développement des transports publics à demander à nouveau la mise en œuvre de la gratuité des transports publics dans l’aire grenobloise.
L’organisation rappelle que « même si le phénomène est inédit par son intensité, ce n’est pas une surprise, tout est connu : depuis sa création en 1988, le GIEC alerte, rapport après rapport, sur le dérèglement climatique provoqué par les émissions de gaz à effet de serre, et ses conséquences catastrophiques ». L’UGDTP constate qu’alors que les pouvoirs publics envisagent un réchauffement de 4 degrés, « on voit ce que cela donne » à 1,5 degré, seuil aujourd’hui pratiquement atteint. « Il faut arrêter avec les demi-mesures et agir sur les causes. En France les transports sont responsables de 34 % de l’émission des gaz à effet de serre et que pour les réduire, il faut favoriser un usage massif des transports en commun », estime le collectif qui souligne les bons résultats obtenus en terme de fréquentation par les agglomérations – l’Artois, 650 000 habitants, depuis janvier dernier – qui ont déjà opté pour la gratuité.
D’où des revendications au premier rang desquelles l’instauration par Grenoble Alpes métropole de « la gratuité des transports en commun pour toutes et tous le week-end, dans la perspective de la gratuité totale demain ».
Pour l’UGDTP, « c’est urgent est c’est avant tout une question de volonté politique. Continuer comme si de rien n’était, maintien du statu quo ou avec des améliorations à la marge, ne sont pas des options. Il n’y a de place pour l’inaction ou des demi mesures. »
L’Union pour la gratuité et le développement des transports publics conclut : « Vivre bien en préservant la planète, c’est possible, et c’est maintenant ! »
samedi 1 août 2026
PCF - Parti Communiste Français
L’AFPS appelle à « convaincre, mobiliser, rassembler » pour les droits du peuple palestinien
Une campagne en cours de l'Association France Palestine solidarité, ici à la fête du Travailleur alpin le 26 juin dernier.
Après l’interruption du set de Barbara Butch le 18 juillet dernier, les réactions s’enchaînent. Parmi ces dernières, celles d’organisations engagées dans la défense des droits du peuple palestinien et contre le génocide en cours à Gaza et dans les territoires occupées de Cisjordanie.
L’Association France Palestine solidarité n’appelait pas au boycott du set de Barbara Butch. Dans un communiqué, le bureau de l’AFPS Isère-Grenoble indique qu’en matière « de BDS (Boycott-Désinvestissement-Sanctions), et en particulier de boycott culturel, l’AFPS se conforme aux principes de la campagne BDS coordonnée au niveau de l’Europe par le BNC (Boycott National Committee) Europe dont elle est membre, et par le BNC palestinien pour ce qui est de la coordination mondiale ». Pour ce qui relève du boycott culturel, l’AFPS relève que le comité du BDS « ne demande pas de cibler tous les artistes qui ont eu des expressions problématiques. [Le boycott culturel]vise les institutions israéliennes et donc les artistes ou intervenants promus par ces institutions ou financés directement ou indirectement par celles-ci ».
La position internationale du BDS
Cette position du BDS reprise par l’AFPS répond à un objectif : « convaincre et ainsi accroitre la mobilisation » en faveur du respect du droit international et de la lutte contre le génocide « en évitant au maximum les risques de polarisation qui vont à l’encontre de cet objectif ». « Les cibles sont choisies en fonction de l’impact positif que ces actions doivent avoir sur la perception que nos concitoyens ont de la violation des droits des Palestinien-nes par Israël. [Ces actions visent] à accroitre le soutien au peuple palestinien dans l’accomplissement de ses droits et à élargir le mouvement de solidarité afin de parvenir au but de la campagne BDS : imposer le droit à Israël », poursuit le bureau de l’AFPS Isère.
Dans un communiqué signé par différentes organisations parmi lesquelles le syndicat Solidaires, Urgence Palestine Grenoble, ou l’Union juive française pour la paix, « l’appel au boycott de ce concert n’est pas le seul fait de la section locale de LFI et de ses militant.es, mais aussi d’autres organisations de soutien à la Palestine ». Ces organisations estiment que « la DJ était visée pour sa légitimation des crimes de l’État d’Israël, que ce soit par la signature d’une tribune publiée dans le journal d’extrême droite Le Point soutenant la loi Yadan que pour son concert le 12 juin 2025 à la résidence de l’ambassadeur de France à Tel-Aviv, en plein génocide à Gaza. Ce faisant, elle a choisi d’offrir un vernis d’acceptabilité à Israël, se rendant complice de ses crimes ». Et les organisations relèvent que « le fameux « risque de trouble à l’ordre public » invoqué à tour de bras pour faire taire grand nombre d’évènements sur la Palestine – y compris des colloques universitaires – n’a pas été invoqué à cette occasion ».
« Démarche non-violente »
Au risque de porter atteinte à l’ampleur de la mobilisation contre le génocide, la déclaration des organisations accuse :« celles et ceux qui condamnent l’interruption du set de Barbara Butch sont aussi celles et ceux qui se taisent face au génocide à Gaza et refusent toute action pour y mettre fin. Nous, collectifs militants pour les droits du peuple palestinien, agissons depuis des années en manifestant, boycottant, documentant ce qui se passe dans les territoires palestiniens ».
Par ailleurs, les organisations signataires précisent que « si jet(s) de projectile(s) il y a eu en direction de l’artiste, nous le déplorons et rappelons que les appels au boycott s’inscrivent dans une démarche non-violente. Les militants pour la Palestine ne sauraient en aucun cas être rendus responsables ».
Deux poids deux mesures
Pour sa part, l’AFPS a tenu à prendre position sur les faits survenus depuis les événements du 18 juillet. « Nous dénonçons et condamnons la manière éhontée dont une partie du monde médiatique et politique s’est emparée de la question pour relancer la campagne de dénigrement de LFI, de délégitimation du mouvement de solidarité avec la Palestine, d’assimilation de l’antisionisme avec l’antisémitisme, sans parler du deux poids deux mesures sur les perturbations et/ou interdictions et/ou censures de spectacles, ou du double standard quand il s’agit de condamner et de sanctionner des États qui violent de droit international », écrit l’AFPS. L’organisation tient également à condamner « le déferlement de haine dont est l’objet Allan Brunon depuis plusieurs jours. Rien ne justifie, en aucun cas et aucune manière, les appels à la haine et encore moins les appels à la haine raciste ».
« Appeler au boycott, boycotter, c’est convaincre, mobiliser, rassembler et faire progresser le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien », conclut le bureau de l’Association France Palestine solidarité.
Aux confins de la Pologne et de l’Ukraine, l’ombre des minorités effacées
Depuis l’invasion russe, des millions d’Ukrainiens ont trouvé refuge en Pologne. Mais les relations entre les deux pays comportent leur part d’ombre. Leurs déchirements pendant la seconde guerre mondiale avaient contraint les autorités soviétiques et polonaises à procéder à un gigantesque échange de populations, réalisant de fait le rêve d’homogénéité ethnique des nationalistes qu’ils avaient combattus.
Soolidaires face à l’agression russe de l’Ukraine, Kiev et Varsovie n’ont pas soldé les contentieux mémoriels qui les opposent par ailleurs. Leur frontière commune traverse d’anciens confins d’empires dont la réalité multiculturelle a été mise à mal par l’émergence d’États-nations aspirant à une certaine uniformité ethnique, ce qui provoqua des déchirements dont le souvenir reste vif. À la fin du XVIIIe siècle, au cours des partages successifs, l’autocratie russe et la monarchie habsbourgeoise, pour l’essentiel, ont accaparé le territoire polono-lituanien (dit république des Deux Nations). Polonais et Ukrainiens continuent de cohabiter en Galicie (autrichienne) comme en Volhynie (région de l’Empire russe). Mais le poids des anciennes élites polonaises se faisait encore sentir, notamment dans les centres urbains, tandis que les Ukrainiens se concentrent en majorité dans les campagnes. Cette diversité socio-territoriale se prêtait mal aux projets nationaux fondés sur l’idéal d’homogénéité ethnique, qu’il s’agisse du rêve des Polonais de refonder leur État perdu ou du désir des Ukrainiens de créer le leur. La construction des États polonais et ukrainien dans leur forme actuelle s’est donc faite, dans les années 1940, au prix de nettoyages ethniques, lesquels s’inscrivent dans un cycle de violences et de déplacements de populations en Europe qui débute avec le conflit mondial de 1914 pour se clore à la fin des années 1940.
Les rivalités ukraino-polonaises s’expriment dès l’effondrement des empires à la fin de la première guerre mondiale. En novembre 1918, les soldats des légions polonaises affrontent les nationalistes ukrainiens lors de la bataille de Lwów (en polonais) / Lviv (en ukrainien). La République de Pologne et la République populaire d’Ukraine occidentale tout juste proclamées se disputent la souveraineté sur la Galicie orientale et les Carpates, qui appartenaient jusqu’alors à l’Empire austro-hongrois. Puis, à Versailles, les puissances alliées (…)
vendredi 31 juillet 2026
Alexis Monge : « Ce n’est pas Barbara Butch que je défends, c’est un principe »
Alexis Monge dans son bureau d'adjoint à la culture, qu'il occupe depuis avril 2026, à l'hôtel de ville de Grenoble.
Pour un baptême du feu, il a été servi. Un peu plus de trois mois après son élection au conseil municipal, Alexis Monge a vécu sa première polémique sous sa casquette d’adjoint à la vie culturelle et aux arts. En cause, l’interruption prématurée du concert de Barbara Butch au Cabaret frappé, samedi 18 juillet, face à l’action menée par près de 200 manifestants. Rassemblés au Jardin de ville à l’appel de la section grenobloise de la France insoumise et de différentes organisations, ceux-ci reprochaient à la DJ d’avoir signé une tribune soutenant la proposition de loi Yadan — avant de se rétracter dans un second temps — et joué à l’ambassade de France à Tel-Aviv en juin 2025, en plein génocide.
Confrontée à l’hostilité d’une large partie du public, Barbara Butch a d’abord poursuivi son set sous les huées et les invectives. Mais les protestations se sont également accompagnées, selon l’artiste et l’élu, de gestes injurieux (doigts d’honneur) et jets de projectiles, comme on peut le voir dans différentes vidéos tournées ce soir-là. Version que contestent vivement les militants présents. Contraint de monter sur scène pour justifier l’arrêt du concert, Alexis Monge a lui-même été pris pour cible. D’où sa décision de déposer plainte — à l’instar de la ville de Grenoble — « pour intimidation et pour le jet de bouteille qui [l’]a visé ».

En cette période traditionnellement creuse pour l’actualité nationale, l’affaire Barbara Butch est rapidement venu combler le vide, trustant les gros titres pendant plusieurs jours, avant de s’effacer progressivement derrière l’incendie en Gironde. Une médiatisation qui a largement dépassé les frontières de l’Isère, prenant presque de court les acteurs concernés. « L’événement a pris une ampleur nationale et nous ne nous attendions pas à ça », reconnaît ainsi l’élu communiste, pour lequel quelques jours n’étaient pas de trop afin de pouvoir analyser la séquence à tête reposée.
Le Travailleur alpin — Quand la Ville a été sollicitée avant le Cabaret frappé pour annuler la venue de Barbara Butch, vous avez répondu « liberté de programmation ». Vous le dites toujours aujourd’hui ?
Alexis Monge — Je l’ai toujours dit et je le redis, la liberté de programmation et de création est un principe fondamental de nos politiques culturelles et de nos démocraties. Notre rôle d’élu, c’est de pouvoir garantir ces conditions-là, en sachant que cette liberté n’est pas absolue et s’inscrit dans le cadre de la loi. Il ne faut pas qu’il y ait d’incitation à la haine, de racisme et d’appel à la violence derrière. En tout cas, je n’ai pas envie de décider à la place des programmateurs et programmatrices, mais plutôt de poser un cadre dans lequel ils et elles puissent avancer.
Sur les derniers événements, ce n’est pas Barbara Butch que je défends, c’est un principe. D’ailleurs, l’Observatoire de la liberté de création, qui réunit de nombreuses organisations professionnelles du secteur culturel, a lui aussi condamné fermement l’entrave à ce concert. Il souligne qu’en démocratie, chacun est libre de débattre, de manifester son opposition ou d’appeler au boycott, mais que personne ne peut empêcher une artiste de se produire ni priver le public de sa liberté de choisir.
« Il y a une forme d’autocensure grandissante dans le monde culturel. »
Je rappelle en outre que le PCF s’est toujours opposé à la loi Yadan, comme la ville de Grenoble, comme moi. Mais pour revenir à la question, il y a quelque chose qui m’a frappé dès le début du mandat et qui me préoccupe toujours, de manière plus large que l’épisode Barbara Butch, c’est ce risque de censure préalable que j’entends de la bouche des programmateurs et du monde culturel. Et d’autant plus avec la crainte d’une arrivée de l’extrême droite au pouvoir. En gros, leurs choix de spectacle sont parfois faits en anticipant de possibles polémiques, ce qui restreint de fait leur liberté de programmation.
On peut parler d’autocensure ?
Oui, il y a une forme d’autocensure grandissante dans le monde culturel, qui s’interroge à chaque fois. Je ne vais pas citer d’exemples à Grenoble mais ça arrive partout. C’est un sujet dont on a parlé quand on était à Avignon : la CGT hésitait ainsi à programmer un spectacle adapté d’un texte d’un auteur israélien pourtant critique de la politique de son gouvernement [NDLR : la CGT participe chaque année à la programmation du festival off d’Avignon, au théâtre de la bourse du travail]. Ils se posaient la question simplement parce que son auteur était Israélien… Peu importe le contenu de la pièce. Ils craignaient que ça pose problème.

Le contexte joue aussi, avec des politiques culturelles très affaiblies : le financement et les budgets sont en forte baisse, les équipes sont hyper sollicitées, en surtension… Du fait de cette conjoncture, elles n’ont pas envie de prendre de risques. Mon rôle d’élu, en tant qu’adjoint à la culture, c’est donc de leur dire que, dans le cadre de la loi, on sera garant de cette liberté de programmation. Et on assumera les responsabilités.
Ce qui rejoint le Cabaret frappé…
Tout à fait, c’est ce qu’on a fait au Cabaret frappé en disant « c’est à nous d’y aller ». Avec une particularité toutefois pour le Cabaret frappé. Car la programmation a été faite en janvier-février et les signatures de la loi Yadan, c’était en avril. Après, les contrats qui sont signés, c’est effectivement entre l’artiste et la ville de Grenoble tandis que la programmation relève de l’association Retour de scène. Plus largement, nous travaillons avec les acteurs culturels à nos politiques culturelles. Elles sont nourries d’échanges et de coopération mais dans la limite du cadre que nous défendons de la liberté de création et de programmation.
« On associe directement Barbara Butch à Netanyahou et au génocide. […] Cette essentialisation me dérange. »
Que s’est-il passé avec Barbara Butch ?
Je rappelle d’abord que la France insoumise est légitime à appeler au boycott ou à l’annulation d’un concert. Ils ont le droit de manifester un désaccord par rapport à des idées que pourrait porter une artiste. Chacun est libre d’exprimer ses positions et de prendre la parole. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait tous les artistes qui jouaient avant en prenant la défense des Palestiniens et en dénonçant le génocide à Gaza. En revanche, ce que la France insoumise a finalement choisi, ce n’est pas seulement l’appel au boycott ou l’interpellation publique, c’est l’organisation d’une manifestation devant la scène.
Ce qui pose problème, ce sont les violences, avec les jets de projectiles, de bouteilles, que j’ai moi-même pu constater. Et ce qui m’a choqué, c’est l’essentialisation de Barbara Butch sur le tract de LFI distribué dès le mercredi. Le montage la montre en train de mixer devant un drapeau arc-en-ciel avec une étoile de David, tâché de sang [NDLR : drapeau souvent utilisé à la Gay Pride de Tel-Aviv, symbole selon les militants du pinkwashing d’Israël] et au verso, on a une photo d’elle avec Netanyahou en fond. Ça veut dire qu’on associe directement Barbara Butch à Netanyahou et au génocide. En plus, elle est Française, elle n’a pas du tout la nationalité israélienne. Cette essentialisation me dérange car elle affecte nos imaginaires.

Avec le recul, sachant le déroulé de la soirée, la controverse derrière, feriez-vous les choses différemment ?
Si on rembobine le film des derniers mois, on constate que dès la clause de résistance [NDLR : adoptée le 28 avril 2026 par le conseil municipal, elle permet à la ville de combattre les atteintes aux libertés publiques, à l’égalité des droits ou encore à la dignité humaine], on a affirmé cette liberté de création et de programmation. Et c’est dans ce cadre-là qu’on a permis la tenue d’un concert antifasciste au 102, en rappelant qu’il n’était pas question d’annuler dans ces conditions, malgré les réclamations de la droite. Ensuite, il y a eu Barbara Butch avec la polémique qui montait, la pétition — qui ne dépassait toutefois pas les 250 signatures avant le lancement du Cabaret frappé. On en a beaucoup discuté entre nous et on n’a rien laissé au hasard : on a fait en sorte d’avoir à la fois des policiers municipaux et des policiers nationaux présents sur site, on a ajouté des vigiles en nombre… Tout ce qu’il fallait pour permettre au concert de se passer normalement et pour pouvoir mettre en sécurité le public et l’artiste. Le tout en gardant la philosophie du Cabaret frappé, à savoir un festival populaire, ouvert, où les gens peuvent aller et venir librement. En résumé, je considère qu’on a fait tout ce qu’il fallait.
Y compris en stoppant vous-même le concert ?
Effectivement, on a arrêté le concert au bout de vingt minutes, conjointement avec l’artiste. J’étais présent derrière et on avait parlé avec elle avant qu’elle commence à jouer, pour lui dire qu’à tout moment, si ça devenait trop compliqué, elle pouvait s’arrêter… En sachant que je n’anticipais pas du tout l’envoi de projectiles. On en revient à ce que je disais, c’est notre rôle d’élu de garantir les conditions de liberté de programmation et création et de sécurité.
« Il faut être capable de mener les deux choses de front : à la fois défendre les libertés de création et de programmation, qui sont des droits fondamentaux, et défendre les droits des Palestiniens. »
Quid du fond et des arguments des manifestants ?
Dès qu’on a reçu la demande d’annulation, je me suis demandé ce qu’elle avait fait de grave, au point d’être ciblée par cette vague de boycott. Encore une fois, on peut être d’accord sur le fond mais ce qui pose problème, c’est la méthode et l’essentialisation. Il faut être capable de mener les deux choses de front : à la fois défendre les libertés de création et de programmation, qui sont des droits fondamentaux, et défendre les droits des Palestiniens, comme on le fait au PCF, en s’appuyant sur les forces présentes sur place… Et donc en faire un sujet international et non un sujet électoraliste. Quant à la loi Yadan, je le répète, j’y étais opposé et la mairie également.
Doit-on tenir compte des oppressions vécues par Barbara Butch — en tant que femme, juive, lesbienne et grosse — avant de juger ses positions ?
En théorie, en tant qu’élu, j’ai envie de te dire non, ça ne doit pas empêcher de critiquer ses prises de position. Après, est-ce que ça justifie de faire des doigts d’honneur à une femme ? Et est-ce qu’un homme blanc hétéro cisgenre de 50 ans aurait été autant chahuté par la foule ? Bien sûr que non ! En plus, quand on la voit, on devine la personne qui a toujours été persécutée. Or, nous, à gauche, on doit être du côté des opprimés, de celles et ceux qui vivent des injustices. Quand on a face à nous quelqu’un qui subit depuis les Jeux olympiques des attaques homophobes, grossophobes, antisémites et sexistes de l’extrême droite, on a la responsabilité de devoir protéger cette personne qui est à l’intersectionnalité de discriminations multiples.
Le boycott culturel a été décisif face à l’apartheid en Afrique du Sud. Est-ce également une arme contre le génocide à Gaza et plus généralement contre la politique israélienne vis-à-vis des Palestiniens ?
Question difficile… Déjà, comme le disait Laurence Ruffin, boycotter — en n’allant pas à un concert par exemple — ce n’est pas entraver. Quand bien même, que peut le boycott culturel contre le génocide ? Il peut constituer une forme de pression symbolique et politique mais son efficacité dépend de son articulation avec d’autres leviers : diplomatiques, économiques, juridiques et mobilisations internationale. En tout cas, pour qu’il y ait un impact, ça dépend aussi de la stratégie des courants d’opposition israéliens et surtout des organisations et militants alliés en Palestine. Et puis, reste la question des critères de décision. Où met-on les lignes rouges justifiant de boycotter tel ou tel artiste et quel périmètre donne-t-on au boycott culturel ? Les organisations de solidarité avec la Palestine n’ont pas toutes les mêmes critères ou stratégies, comme on le voit par exemple avec l’AFPS et Urgence Palestine qui ne défendent pas toujours les mêmes modes d’action ni la même manière de mettre en œuvre les campagnes de boycott.
Ceci dit, la mobilisation contre le gouvernement israélien est nécessaire. Car les faits sont excessivement graves. On vit quand même un génocide en direct sur les réseaux sociaux donc c’est normal que ça vienne nous chambouler en tant qu’individus et qu’on perde tous nos repères démocratiques. Et c’est à ce moment là qu’on a besoin de garder un cap politique commun, de parler d’une voix unie et rassemblée pour faire front avec celles et ceux qui subissent ces oppressions.
« Faire confiance à l’intelligence des citoyens et citoyennes plutôt que de décider à leur place. »
Certains commentateurs associent LFI au RN, voire accusent les insoumis et les manifestants d’antisémitisme. Est-ce votre cas ?
Première chose, je ne veux surtout pas mettre dos à dos la France insoumise et l’extrême droite. Leurs demandes de boycott respectives n’obéissent pas du tout aux mêmes ressorts. Pour l’autre question, je serai très prudent. Non, la manifestation n’était pas un acte antisémite. Mais oui, nous vivons dans une société dans laquelle l’antisémitisme augmente. Et être juif aujourd’hui, en France, est compliqué… Comme être musulman aujourd’hui, en France, est compliqué aussi. ll ne faut pas les opposer. En tant que politiques, nous avons une responsabilité pour lutter contre toute forme de discrimination. On doit combattre sans ambiguïté l’antisémitisme et l’islamophobie, et combattre avec la même détermination les crimes commis contre les Palestiniens. Parce que renoncer à l’un de ces combats affaiblit l’autre.

Quelles leçons tirez-vous de cet épisode pour la suite ?
La première question que je me pose, c’est si à gauche, on gagne du soutien à la suite de cette séquence politique ? J’en doute… Et est-ce qu’on s’arme pour lutter contre ces dérives ? Si je dois en tirer une leçon, c’est que notre combat pour cette liberté de création et de programmation va être dur et compliqué, non pas vis-à-vis de LFI mais face à l’extrême droite qui monte. Ça va nécessiter beaucoup d’exigence, de travail. Et de rester ferme sur ses principes. Mais je garde une conviction, c’est de toujours faire confiance au public et à la liberté de conscience. On doit donner toutes les infos avant et le public décide alors de boycotter ou non, d’aller voir une œuvre ou non, de la critiquer ou de la soutenir. Faire confiance à l’intelligence des citoyens et citoyennes plutôt que de décider à leur place.
Propos recueillis par Manuel Pavard



