samedi 8 août 2026

Pedro Sanchez, rouge malgré lui

Huit ans que Pedro Sánchez, le dirigeant socialiste, gouverne l’Espagne, en coalition « forcée » avec la gauche radicale. Malgré sa majorité parlementaire de trois sièges, il s’impose en Espagne et parmi les opposants au trumpisme. Retour sur le parcours chaotique d’un social-libéral devenu leader mondial de la gauche.

Si l’on vous dit que Pedro Sánchez, c’est tout comme François Hollande, on pourrait trouver ça incongru. Et pourtant… Les deux sont des socialistes, construits par la tendance plutôt libérale de leur parti. Ils souhaitent une société qui s’adapte au marché. Sur le papier, l’élection de l’un comme de l’autre aurait dû mener à la même politique. Mais les circonstances de leur élection divergent, tout comme leur pratique du pouvoir. En ce qui concerne Pedro Sánchez, sa conquête du pouvoir aura été un chemin de croix, où il fut question de choix entre gauche et droite, d’alliances de circonstance et de rapports de force. Une idée contient son parcours politique : seul, il ne peut rien ; avec la droite, il ne peut rien ; reste la gauche…

Pedro Sánchez, dit « Pedro el Guapo » (« le beau Pedro »), a déjà connu cinq élections générales. Deux de perdues, en 2015 et 2016, face au leader du Parti Populaire (PP) de droite conservatrice Mariano Rajoy. Le Parti socialiste espagnol (PSOE) souffrait alors de l’irruption dans le paysage politique du parti issu du mouvement des indignés, le très à gauche Podemos. On parlait alors de « la fin du bipartisme ». Au printemps 2018, alors que le gouvernement s’enfonce dans la crise catalane et dans les affaires, une motion de censure renverse Mariano Rajoy. Pedro Sánchez s’immisce dans la brèche et, par 180 voix contre 169, est investi président du gouvernement. Un gouvernement socialiste et… impuissant. Pedro Sánchez n’aura pas droit à l’état de grâce qui touche habituellement les dirigeants fraîchement élus. En lieu et place : un bourbier sans nom.

Tout ce qu’a fait Pedro Sánchez est lié aux circonstances. Il n’a pas eu d’autre choix que de gouverner avec la gauche radicale. Son socialisme modéré s’est radicalisé à l’épreuve du réel.

Deux événements vont alors marquer l’esprit de Pedro Sánchez. Les élections du parlement andalou en décembre 2018 : la gauche perd cette région autonome au profit d’une droite soutenue par Vox, le tout nouveau parti d’extrême droite. Puis, en février 2019, toute la droite et l’extrême droite organisent une grande manifestation à Madrid pour « l’unité de l’Espagne ». À l’époque, Pedro Sánchez comprend deux choses : le renouvellement d’une relation pacifiée entre Madrid et Barcelone sera centrale car, sinon, le danger est de voir les nostalgiques du franquisme recouvrir le pouvoir.

Un candidat qui penche au centre

Pedro Sánchez sent les choses et aime les paris. Son premier budget vient d’être rejeté par les députés, aussi déclenche-t-il des élections anticipées, en avril 2019, avec l’espoir d’y voir se dégager une majorité. 75% de participation : l’enjeu a été compris. Le PP se dote d’un jeune candidat, Pablo Casado, pour tenter de remonter la pente, mais son électorat s’éparpille entre son allié centriste (Ciudadanos) et Vox. Le PP y perd la moitié de ses députés. La voie semble libre pour Pedro Sánchez, d’autant que Podemos est rongé par les querelles internes. Pour autant, le PSOE n’y arrive pas. Il arrive en tête, mais il hésite. Il ne sait vers quel côté de l’échiquier se tourner pour trouver des alliés. Incapable de construire le moindre compromis et donc sans majorité… c’est l’échec.

Le pays est en ébullition. L’extrême droite (mais aussi une bonne partie de la droite) s’insurge contre l’exhumation de la dépouille du dictateur Franco de son mausolée. Les dirigeants catalans, impliqués dans le référendum sur l’indépendance de la Catalogne en 2017, sont condamnés et emprisonnés à Madrid, déclenchant la colère des manifestants.

Il y a urgence. Pedro Sánchez convoque alors de nouvelles élections, en novembre 2019. La gauche perd un peu – notamment Podemos qui vient encore de connaître une scission –, la droite se refait légèrement la santé, l’extrême droite double ses sièges et atteint 52 députés. L’Espagne quitte la séquence de protestation et d’occupation des places pour devenir un État divisé en trois : gauche/droite/extrême droite. Pedro Sánchez tente une dernière fois de former un gouvernement exclusivement socialiste… Re-échec. Il lui manque 52 voix pour obtenir une investiture – dans une assemblée qui compte 350 élus. Il n’a plus d’autre choix que d’entrer dans le jeu des alliances. Et, en Espagne, cela veut dire de longues nuits blanches à sillonner le pays et, principalement, la Catalogne.

Deux mois de tractations plus tard, le gouvernement Sánchez II est sur pied. Un exécutif inédit composé de socialistes, de communistes et de membres de Podemos. L’accord est validé à 92% par les militants du PSOE. Le PP dénonce une coalition de « communistes et séparatistes ». Près de deux ans après son accession au poste de président du gouvernement,
Pedro Sánchez peut commencer à gouverner. Laborieux… mais le long fleuve tranquille n’adviendra jamais.

Les planètes s’alignent

Pedro Sánchez et Pablo Iglesias, le leader de Podemos désormais vice-président du gouvernement, n’étaient pas faits pour s’entendre. D’un côté, un apparatchik diplômé en sciences économiques qui prend « à la surprise générale » la tête du PSOE en 2014 sur une ligne très centriste. De l’autre, un jeune universitaire, révélé par ses rendez-vous télés, portés par le mouvement des Indignés de 2011, qui rêve de devenir calife à la place du calife.

En 2016, Pablo Iglesias aurait pu réussir le « sorpasso » et faire de Podemos la première force de gauche. Pedro Sánchez, lui, aurait bien pu accéder au pouvoir en alliance avec les centristes. Tout était bouclé pour faire naître un nouveau social-libéralisme. Pedro Sánchez avait promis d’augmenter le salaire minimum de 1%. Il avançait alors des mesures « honnêtes et soutenables financièrement ». Et la gauche n’avait pas de mots assez durs.

Mais les urnes ont parlé, les socialistes réalisent le pire score de leur histoire, la gauche radicale échoue de peu son pari (21% contre 22% pour le PSOE) et c’est la droite qui gagne la manche. L’alliance avec le centre ne mène mathématiquement à rien. Pedro Sánchez tente malgré tout de bloquer le maintien du PP au pouvoir mais, minoritaire au sein de son propre parti, il démissionne de la présidence du PSOE – il fera un come-back éclatant au printemps 2017 avec la promesse d’une censure contre le président Rajoy.

En 2019, il conduit une campagne très offensive contre la gauche de gauche, contre les indépendantistes catalans… Mais au lendemain du scrutin, le compromis est la seule issue. C’est le virage à 180. Dès lors, Pedro Sánchez président n’aura plus rien à voir avec Pedro Sánchez candidat. Le salaire minimum espagnol est augmenté de 66% passant de 736 à 1221 euros. En résulte une hausse de 40% du pouvoir d’achat des 2,4 millions de travailleurs au smic. Le taux de chômage est au plus bas depuis 2008. Tout est dit.

Primé à un concours de circonstances

En 2023, Pedro Sánchez fait un nouveau pari. La gauche prend une énorme raclée lors des élections municipales et régionales : tout a basculé à droite, très à droite. Mais le président du gouvernement croit pouvoir enrayer la pente qui dévale. Dès le lendemain, il annonce la dissolution du Parlement et la tenue d’élections anticipées. Tout le monde prédit le retour en force de la droite, probablement avec le soutien de l’extrême droite. Le pari de Sánchez s’avère gagnant. Il n’arrive pas en tête, mais parvient à maintenir le PSOE à flot ; la gauche à laquelle participent les communistes, Sumar, perd une dizaine de députés ; la droite surperforme mais, même avec l’appui de l’extrême droite, elle n’obtient pas la majorité. La large coalition de gauche et des indépendantistes réunit 179 députés. La majorité est à 176. Pedro Sánchez n’est pas un équilibriste mais un magicien. Patatras : Podemos quitte le navire du gouvernement Sánchez III. Mais la formation de Pablo Iglesias est l’ombre d’elle-même. La gauche radicale est désormais incarnée par la ministre du travail Yolanda Díaz. Pedro Sánchez se vante d’avoir « le gouvernement le plus progressiste de l’histoire ». C’est vrai.

Personne ne sait quelles sont les convictions profondes de Pedro Sánchez, mais il faut lui reconnaître son appétence pour les prises de risque, les démarcations inattendues et son talent de funambule.

Pedro Sánchez est l’homme qui a dit non à Donald Trump et a refusé d’augmenter ses dépenses militaires  : « J’ai à construire des écoles et des hôpitaux », assène-t-il. Il est aussi celui qui a régularisé 500 000 personnes en situation irrégulière. La droite mondiale le déteste parce qu’il condamne le génocide israélien à Gaza et porte haut les couleurs du droit international. Il s’oppose aux guerres américaines, toujours au nom du droit international. Il prend le lead de la gauche mondiale, rassemble tous les dirigeants progressistes pour des causes variées et multiples : aider Cuba face aux sanctions économiques des États-Unis ; reconnaître l’État palestinien ; refuser les hausses des dépenses militaires exigées par la Maison-Blanche. Donald Trump veut sa tête alors tout le monde se met à l’adorer.

Pour les Espagnols, l’action de Pedro Sánchez ne se résume pas à la politique internationale. Vis-à-vis de la Catalogne, les tensions se sont apaisées. Pedro Sánchez a notamment accordé l’amnistie aux prisonniers politiques du référendum. Les droits des travailleurs ? Renforcés. Les inégalités
fiscales ? Amoindries. L’euthanasie ? Légalisée. Le congé parental ? Allongé et rendu plus égalitaire entre femmes et hommes. Les loyers, les factures de gaz et d’électricité ? Plafonnés. Les symboles franquistes dans l’espace public ? Interdits. La lutte contre les violences sexuelles ? L’Espagne en est devenue le fer de lance. Et en matière d’écologie, le royaume ibérique est un pays où l’énergie est principalement issue du renouvelable. Et le tout avec une des économies les plus dynamiques d’Europe. Autant de mesures qui mettent hors d’elle la droite espagnole.

Sánchez, suite et fin ?

Tout ce qu’a fait Pedro Sánchez est lié aux circonstances. Il n’a pas eu d’autre choix que de gouverner avec la gauche radicale. Son socialisme modéré s’est radicalisé à l’épreuve du réel. Dans les habits du progressiste qu’il n’aurait jamais dû être, Pedro Sánchez s’est vu galvanisé. Son aura a rayonné bien au-delà des frontières de l’Espagne, de l’Europe. Mais rien n’aurait été possible sans la menace croissante de voir l’extrême droite portée au pouvoir par la droite. La réponse de son gouvernement : non abdiquer mais s’opposer dans les faits. Pedro Sánchez semble le seul en mesure d’incarner un rempart au néo-franquisme. Malgré lui. L’histoire est ironique.

Pourtant depuis 2024, la pyramide de cartes vacille dangereusement. Les scandales de corruption éclaboussent son entourage, ses très proches au sein du PSOE, depuis son frère David Sánchez et jusqu’à son épouse, Begoña Gomez. Il a aussi perdu l’appui des indépendantistes de droite catalans (7 élus). Son gouvernement est désormais minoritaire. Déjà, le reste de la gauche se cherche une issue : comment faire sans Pedro Sánchez, sans faire gagner l’extrême droite ? Mais le bougre n’a pas dit son dernier mot : il est au plus haut dans les sondages !

En 2019, Pedro Sánchez avait publié une biographie intitulée Manuel de résistance. En matière de colonne vertébrale politique, on repassera. Personne ne sait quelles sont les convictions profondes de Pedro Sánchez, mais il faut lui reconnaître son appétence pour les prises de risque, les démarcations inattendues et son talent de funambule. Quant à son action politique, elle se place désormais au premier rang des exemples pour les gauches européennes – même Jean-Luc Mélenchon en dit du bien ! Lors de sa cérémonie d’investiture, Pedro Sánchez n’avait prêté serment que sur la constitution, pas sur la bible et sans aucun artifice catholique comme c’est l’usage. Pedro Sánchez, rouge malgré lui.

Loïc Le Clerc

 

vendredi 7 août 2026

« À part Israël et les États-Unis, le monde entier cherche la paix »


 Dans un monde bouleversé par le retour de la brutalité et de l’unilatéralisme, Pascal Boniface dresse un constat sans détour : l’Europe reste prisonnière d’une dépendance aux États-Unis. Entre « servitude volontaire », déni stratégique et perte de crédibilité internationale, il appelle à une rupture assumée avec l’ordre atlantiste et prendre acte de la montée en puissance du Sud global.

Regards. De nombreux domaines sont ébranlés par les politiques de Donald Trump, comme les relations transatlantiques. Les Européens se donnent-ils les moyens d’y faire face ?

Pascal Boniface. Quand Donald Trump a été élu, je me suis dit qu’il était si brutal, si excessif, qu’il allait affaiblir les États-Unis et qu’il y aurait des réactions pour s’opposer à lui. En réalité, on s’aperçoit que, bien sûr, la guerre contre l’Iran l’affaiblit parce qu’elle montre l’inanité de la puissance militaire mais on ne peut pas dire qu’il ait perdu sa guerre des tarifs. Beaucoup de pays cèdent, parce qu’ils se disent que seuls, ils ne peuvent pas résister.

Les pays européens ont si peur d’être lâchés par Donald Trump sur l’Ukraine qu’ils acceptent de sacrifier une partie de leur souveraineté. L’accord sur les droits de douane entre les États-Unis et l’Union européenne devait permettre de garder les Américains dans le train pour l’Ukraine. En réalité, les Américains s’entendent avec la Russie et l’aide à l’Ukraine est désormais essentiellement européenne.

« Le Sud global s’est très diversifié, mais tous ces pays ont au moins un point commun : ils considèrent que l’époque où les Occidentaux décidaient seuls des affaires mondiales, sans les informer ni les consulter, est révolue. »

Les Européens ont tellement peur qu›ils sont restés dans le déni. On peut comprendre que le Bangladesh ou le Vietnam n’aient pas les moyens de résister à Donald Trump. Mais l’Afrique du Sud l’a fait, le Brésil le fait. Il serait paradoxal que nous, Européens, continuions cette inféodation. Donald Trump l’a dit franchement : l’OTAN est morte et il préfère davantage un accord avec Poutine qu’avec nous. Il se moque du chancelier allemand, du premier ministre britannique, du président français. Combien de temps allons-nous accepter l’humiliation sans réagir ? Il faudrait qu’il y ait davantage de Pedro Sánchez, davantage de Léon XIV, pour dire franchement : ça suffit.

Quelles sont les valeurs communes avec Donald Trump ? Sur le droit international ? Sur le rapport à la guerre ? Sur le respect des droits humains ? Sur le respect du multilatéralisme ? Nous sacrifions notre indépendance pour continuer à plaire aux États-Unis, en échange d’une protection et d’un système de valeurs communes qui n’existent plus. Il est temps de sortir de ce déni de réalité et de s’opposer frontalement à Donald Trump.

Sur quoi repose encore la puissance américaine ?

Ce qui fait la puissance, c’est d’abord la perception de la puissance. Donald Trump est fort parce que nous sommes faibles et parce que nous avons peur : peur de ses colères, peur de ses foucades. Il joue au fou, alors qu’il ne l’est pas. Et cela fonctionne. On dit en tremblant : « Attention, il ne faut pas provoquer Trump, cela va être terrible. »

Jean-Luc Mélenchon dit qu’il est un tigre de papier. C’est ce que disait Mao à propos des États-Unis. Le leader soviétique, Khrouchtchev, avait répondu : « Disons qu’ils ont des dents atomiques ». Donald Trump est peut-être un tigre de papier, mais il a des dents tarifaires. Ces dents tarifaires peuvent fonctionner contre des pays isolés, pas contre l’Union européenne. Nous avons un marché plus important que le marché américain.

Pourquoi cette servitude volontaire ? 

La force de l’habitude. Cela fait 80 ans que nous dépendons des États-Unis. Une grande partie de nos élites a été formée dans une conception américaine du monde. Dans les débats sur les chaînes d’information à propos de la guerre en Iran, on n’entend pas : « Cette guerre est illégale, elle ne produira rien de bon ». On entend plutôt : « Il faut soutenir la guerre ; s’y opposer c’est servir le régime des mollahs ». C’est le même discours qu’en 2003, lors de la guerre d’Irak, quand on nous disait que les opposants à la guerre étaient les alliés de Saddam Hussein, contre la démocratie.

On retrouve les mêmes acteurs. On voit qu’il y a une emprise intellectuelle, un soft power américain très fort. Nous sommes pris dans la toile civilisationnelle occidentale, avec l’idée que nous appartenons au même monde. Nous mettons du temps à comprendre que nous ne sommes plus dans la même conception du monde. Ce déni nous coûte cher.

Le problème des Européens vis-à-vis des États-Unis n’est-il qu’une question de déni ?

Oui, je le pense. Ce déni est lié à la peur de la Russie. Elle est particulièrement forte dans les pays proches de ses frontières. Si les Premiers ministres lettons ou baltes pensent que Donald Trump les protégera contre Poutine, ils se trompent. D’abord, les Russes patinent en Ukraine : comment pourraient-ils arriver à Varsovie ? Notre force de dissuasion qui nous permettait de parler d’égal à égal avec l’URSS, sans peur, et pourtant aujourd’hui nous avons peur d’une Russie affaiblie, engluée en Ukraine.

Il est temps de faire le pari de l’autonomie et de prendre le risque d’être fragile pendant une demi-douzaine d’années. Nous pourrions les prévenir : « Chers États-Unis, vous voulez nous répudier ? Nous voulons divorcer. » Nous sommes en droit de leur dire : « À quel moment nous avez-vous traités en partenaires, en alliés ? Jamais. Vous nous avez traités en vassaux. Si nous ne sommes pas d’accord à 100 % avec vous, nous sommes punis, sanctionnés, insultés, vilipendés. Ce n’est pas acceptable. »

Quelle conséquence a cette dépendance aux États-Unis pour les pays européens ?

Nos gouvernements vont aggraver leur déficit d’image auprès de leur opinion publique s’ils ne se séparent pas de Donald Trump. Et surtout, nous perdons toute crédibilité auprès du Sud global. Comment peut-on encore aller donner des leçons de morale sur les droits humains à la Chine ou aux pays africains, alors que nous n’osons pas critiquer l’enlèvement d’un président sur son sol souverain, ou une guerre illégale ?

Nous sommes en train de dilapider tout notre capital. En 1945, nous avons inscrit l’égalité souveraine des États dans la Charte de l’ONU pour réagir au nazisme et empêcher qu’un pays qui se sent fort puisse en annexer un autre. C’est cela l’égalité souveraine. Dilapider cet héritage est extrêmement grave. Certains disent qu’il faut être réaliste et l’accepter. Mais le réalisme, c’est au contraire de revenir au droit international, qui est une protection pour tous, et non de faire comme Trump, qui célèbre en permanence le culte de la force et de la violence.

Vous dites au sujet du conflit avec l’Iran que cette guerre est contre-productive même du point de vue américain. Mais les guerres américaines sont-elles toujours des échecs ?

Jusqu’à Trump, le récit était celui de guerres pour la démocratie. A cette aune le résultat n’est pas probant. L’appréciation dépend de différents critères. Combien d’hommes les États-Unis ont-ils perdu dans toutes leurs guerres depuis 1945 ? beaucoup et cela pèse. La haine des États-Unis a été renforcée par la guerre en Irak avec des conséquences multiples. Rappelons que les frères Kouachi ont mené leurs attentats en se fondant sur leur perception des tortures en Irak. Enfin, certes les États-Unis ont conservé des bases américaines en Irak mais elles sont contestées. Le bilan de ces guerres est globalement négatif.

En 2026, lorsqu’une superpuissance militaire, alliée à une superpuissance régionale, n’arrive pas en quelques semaines, à mettre fin à un régime très peu équipé militairement, l’échec est flagrant. J’irais plus loin : en voulant utiliser l’argument militaire, les Américains ont plutôt montré leur faiblesse que leur force. Donald Trump veut donc revenir aux sanctions économiques. Par ailleurs, à travers le monde, nombreux sont ceux qui en veulent aux États-Unis d’avoir mis un bazar mondial en bloquant le détroit d’Ormuz – détroit qui était ouvert avant que Trump et Netanyahou n’interviennent.

Dans cette région qui va de la Méditerranée à l’Iran, qui cherche réellement la paix ?

À part Israël et les États-Unis, le monde entier cherche la paix. L’Iran, bien sûr, mais aussi les pays du Golfe. Le modèle de ces derniers est remis en cause, notamment parce qu’ils sont parmi ceux qui paient le prix le plus fort de cette crise… créée par les États-Unis, pays censé les protéger.

La paix est dans l’intérêt de 191 pays dans le monde et peut-être même dans l’intérêt des États-Unis. Il n’y a qu’Israël qui a intérêt à la guerre. Un Golfe en crise permanente, où les pays sont affaiblis voire détruits, n›est pas un problème pour Israël. En revanche, c’est un problème pour le reste du monde, y compris les États-Unis.

« Le clivage entre démocratie et dictature, pas toujours évident à établir, n’est pas le seul déterminant. Un autre me paraît important : celui qui oppose les pays favorables au multilatéralisme et ceux qui le refusent, qui pensent que la force doit prévaloir, que la brutalité est acceptable. »

Le problème, c’est que personne n’a les moyens de créer une médiation entre les États-Unis et l’Iran. Les Européens se sont déconsidérés aux yeux des Iraniens depuis qu’ils ont accepté la première guerre de juin 2025 en ne la qualifiant pas d’illégale.

Cette impuissance occidentale donne-t-elle davantage de place au Sud global ?

Le Sud global n’est ni un bloc ni une alliance. C’est simplement un ensemble de pays qui ont pour seul point commun d’avoir subi la colonisation et de ne plus vouloir être guidés par l’Occident. Il y a des pays riches, des pays pauvres, des pays démocratiques, des pays qui ne le sont pas, des pays farouchement anti-Occidentaux et des pays qui veulent garder de bonnes relations, à condition que les Occidentaux ne décident pas pour eux. Le Sud global s’est très diversifié, mais tous ces pays ont au moins un point commun : ils considèrent que l’époque où les Occidentaux décidaient seuls des affaires mondiales, sans les informer ni les consulter, est révolue.

Au fond, ce sont les alliances qui sont en cause. La Chine ne fait pas d’alliances, mais propose des partenariats. Comme le Brésil ou l’Afrique du Sud. Ces partenariats, ces coopérations permettent d’augmenter les marges de manœuvre de chacun en multipliant les relations.

Si la majorité des pays souhaitent la paix, pourquoi ne s’opposent-ils pas aux États-Unis ?

Personne ne veut affronter les États-Unis, directement ou indirectement. En revanche, chacun prend des dispositions pour se passer des États-Unis, ou du moins pour en être moins dépendant : face aux taxations, face aux pressions, face aux impositions.

Chacun essaie de diversifier ses relations. Une sorte de travail souterrain vient miner la puissance américaine. Chacun se dit que cela ne peut pas durer ainsi et beaucoup de pays cherchent des alternatives. Un pays qui produit des alcools et des spiritueux ne remplace pas le marché américain mais il peut prospecter d’autres marchés.

Peu attaquent frontalement Donald Trump : le pape Léon XIV, le premier ministre espagnol Pedro Sánchez et le premier ministre du Sénégal Ousmane Sonko. Même Xi Jinping ne le fait pas, il prend des dispositions pour affaiblir les États-Unis.

Autre exemple de recherche d›alternatives : la relation du Canada avec la Chine. Les relations entre ces deux pays étaient devenues quasiment inexistantes. Le premier ministre Mark Carney a mis un mouchoir sur la question des droits humains pour sortir du tête-à-tête avec les États-Unis. Il a rallumé le feu des relations sino-canadiennes qui étaient au point mort. 80% des exportations canadiennes allant initialement vers les États-Unis se réorientent petit à peti vers Pékin. Ce n’est pas une alliance civilisationnelle, c’est une nouvelle approche : peu importe votre système politique, avons-nous des choses à faire ensemble ?

Le clivage entre démocratie et dictature, pas toujours évident à établir, n’est pas le seul déterminant. Un autre me paraît important : celui qui oppose les pays favorables au multilatéralisme et ceux qui le refusent, qui pensent que la force doit prévaloir, que la brutalité est acceptable, que l’unilatéralisme peut être une méthode, et que la puissance doit être le critère des relations internationales. Quels que soient les reproches que l’on peut faire à la Chine en matière de droits de l’homme, la Chine est un pays beaucoup plus stable, beaucoup plus participatif – ne serait-ce que sur le climat – que les États-Unis.

Dans ce contexte, la Chine peut-elle devenir le nouveau défenseur du multilatéralisme ?

Bien sûr, les Chinois poursuivent leur intérêt national, pas l’intérêt mondial. Mais ils ont compris qu’ils devaient faire des concessions aux autres pour faire avancer leur agenda. Ce n’est pas un multilatéralisme pur : ils placent leurs pions et connaissent très bien les rapports de force, notamment en mer de Chine. Quand on est Philippin, on ne pense pas que les Chinois pratiquent un multilatéralisme très abouti. Mais, à choisir, ils sont quand même moins violents, moins brutaux que les États-Unis.

Et l’ONU, dans tout ça, peut-elle encore tenir ?

L’ONU est affaiblie, mais elle continue à exister. Il importe de la maintenir vivante malgré les attaques de Donald Trump. Il ne faut donc pas confondre un système affaibli mais indispensable avec un système mort. C’est un peu comme si l’on disait que la démocratie n’existe plus aux États-Unis. Certes, elle y est attaquée mais elle existe toujours.

La plupart des pays défendent l’ONU parce qu’ils savent qu’il n’y a pas tellement mieux. Il faut plutôt se demander qui attaque l’ONU : Israël et les États-Unis, une fois encore. Les autres pays ne l’attaquent pas bille en tête, sauf parfois sur un point particulier lorsqu’ils ont subi un vote défavorable.

Certains pays ont adhéré au fantoche Board of Peace de Donald Trump, non pas parce qu’ils détestent l’ONU, mais parce qu’ils pensent que c’est une manière de flatter le président américain et d’attirer ses bonnes grâces. Mais ces pays ne se sont pas retirés de l’ONU et personne ne s’en retirera. Sur 193 membres, il y en a au moins 180 qui continuent à défendre l’ONU, qui pensent qu’il n’y a pas d’alternative et qu’il faut résister, par temps de tempête, aux attaques contre le système mondial.

Le retour de la primauté de la souveraineté nationale peut-il être une réponse à ce désordre mondial ?

Cela dépend de ce que l’on appelle le souverainisme. Le souverainisme de Marine Le Pen n’est pas celui de François Ruffin, de Jean-Luc Mélenchon, ni même d’autres. Moi, je suis pour la souveraineté des États, parce que c’est dans ce cadre que peut s’exercer la démocratie. C’est dans ce cadre que les peuples peuvent s’exprimer. Ceux qui sont contre la souveraineté des États, ce sont les impérialismes.

On doit donc défendre la souveraineté. La souveraineté d’un État n’est pas forcément hostile à celle des autres. Au contraire : défendre sa souveraineté, c’est accepter celle des autres. À chaque fois que l’on a nié la souveraineté des peuples, cela s’est fait par la guerre, par la conquête ou par la soumission, et cela a été catastrophique.

Bien sûr, la négation de la souveraineté est toujours justifiée par de bonnes intentions : on va apporter la civilisation, on va apporter la démocratie. En réalité, la souveraineté est vraiment la protection des faibles.

Mais la souveraineté peut-elle se penser sans fermeture aux échanges de tout type ?

Tout dépend s’il s’agit d’un chemin à sens unique ou d’un véritable échange. Si le cinéma américain envahit toute l’Europe et qu’il n’y a plus de cinéma européen, ce n’est pas un échange. En revanche, il est bon de voir des films américains et il est bon que des films français puissent être vus aux États-Unis.

Le cadre de l’État-nation ne règle pas toutes les tensions : frontières, périphéries, territoires disputés. Comment les penser, par exemple au sujet de l’Ukraine ?

La souveraineté ukrainienne est attaquée par la Russie, donc il faut la défendre. La question de la Crimée est un cas très particulier de restitution de territoire non résolu. Le référendum organisé par la Russie était illégal mais, en même temps, il correspondait à une volonté locale. Il n’a pas été truqué au sens où les gens se sentaient davantage russes et c’est la minorité qui ne se sentait pas russe. C’est donc un cas à part.

Les réunions mondiales, comme celle de Barcelone le 18 avril 2026 autour de dirigeants comme Lula, Pedro Sánchez ou Gustavo Petro, dessinent-elles une internationale progressiste ?

La relance est très marquée de la part de pays qui protègent le multilatéralisme. Lula est très souverainiste. Pedro Sánchez estime que la souveraineté de l’Espagne peut être mise en cause par les États-Unis. C’est pour cela qu’il tape sur la table et refuse que le niveau des dépenses militaires espagnoles soit fixé à Bruxelles ou à Washington. Ce sont donc des anti-guerre, des pro-droit international, pro-multilatéralisme et pro-souveraineté.

Dans ce paysage, que peut encore l’Union européenne ?

L’Europe peut être un tremplin mais elle ne doit devenir ni un ghetto ni un continent brun. Si c’est pour avoir l’AfD en Allemagne et le RN en France, on n’aura pas gagné grand-chose. Dans la période récente, je pense qu’Emmanuel Macron, en voulant jouer la carte européenne, a fait perdre à la France une partie de sa spécificité.

Nous avons besoin de l’Europe. Si l’on veut résister commercialement aux États-Unis, il vaut mieux être 27 que seul. Pourtant on ne peut pas faire dépendre la politique étrangère à l’avis des pays baltes… La recherche du consensus européen, voire occidental, nous a rendu moins audibles sur le Proche-Orient. L’accent mis sur la cohésion européenne a un peu fait pâlir notre gaullo-mitterrandisme.

Faut-il donc garder l’Europe, mais autrement ?

On la garde, mais pas au prix de tout sacrifier à l’Europe. Il faut conserver une part de ce qu’avaient réussi de Gaulle, Mitterrand ou Chirac : jouer la carte européenne à fond, tout en conservant un quant-à-soi sur les sujets essentiels. Mitterrand s’oppose à la guerre des étoiles alors que tous les pays européens l’acceptent ; il aide le Nicaragua alors que les autres pays européens se taisent.

Emmanuel Macron, en partie à cause de la guerre en Ukraine, a un peu fait taire notre spécificité française. À tel point que, dans le discours de Bratislava, le président français est allé jusqu’à attaquer les propos de Chirac sur les pays qui refusaient la guerre d’Irak en 2003 ! En conclusion : il ne faut pas oublier que nous sommes à la fois l’Europe et la France, avec toutes leurs spécificités.

Cet article est extrait de notre numéro « RN, climat, IA : faut-il s’adapter ? », paru en juin 2026.

mercredi 5 août 2026

Grecs Bourgoin-Jallieu


 Après le scandale des EHPAD, celui des micro-crèches ?

En Isère, le Département a pris la décision de fermer six micro-crèches dans le Nord-Isère. Toutes appartiennent au même réseau privé, à but lucratif, Callihop, né à Bourgoin-Jallieu. Des dysfonctionnements graves, mettant en danger la santé, le bien-être et la sécurité des enfants, ont été relevés.
Nos premiers mots vont aux familles, plongées dans l’angoisse, et aux enfants, qui n’auraient jamais dû subir de telles pratiques.
Ce triste événement interroge notamment la gestion de la politique de la petite enfance par les intercommunalités, en lien avec les communes. En effet, l’affaiblissement du service public a favorisé la multiplication des crèches privées, et notamment des micro-crèches. Depuis l’ouverture du secteur de la petite enfance aux entreprises en 2003, ces structures se sont fortement développées, grâce notamment aux subventions publiques et à l’assouplissement des règles d’accueil. Aujourd’hui, une micro-crèche peut accueillir jusqu’à 14 enfants grâce à des dérogations. Elles sont par ailleurs soumises à moins de normes, notamment en matière d’encadrement et de surveillance.
En appoint des structures gérées par le Pôle public de la petite enfance, les micro-crèches privés répondent à un besoin, pour la plupart fort bien.
Mais nos intercommunalités devraient veiller à l’équilibre public/privé.
Toutes les familles de la Capi devraient pouvoir avoir accès à une solution de garde, en proximité, quelles que soient ses capacités financières.
La PMI (Protection Maternelle et Infantile) est responsable de la conformité de ces micro-crèches. Ses contrôles visent à garantir la sécurité, la santé et le bien-être des jeunes enfants. Ils s'appuient sur une mission de police administrative pour vérifier la conformité des locaux, des qualifications du personnel et des pratiques professionnelles. La PMI peut constater des écarts et demander des mesures correctives, tout en ayant le pouvoir de proposer des suites administratives si nécessaires.
Dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, il est regrettable qu’un élu de la république remette en question le travail et l’honnêteté intellectuelle des agents de la PMI du Département de l’Isère.
Par ailleurs, les professionnelles de la petite enfance nous alertent depuis des années sur les conditions de travail dégradées : effectifs insuffisants, précarisation des équipes, pressions permanentes, turn-over important …
Et, à l’instar du scandale des EHPAD, plusieurs enquêtes journalistiques ont révélé les traitements indignes que certaines crèches réservent aux enfants : limitation du nombre de couches à trois par jour, restrictions sur les repas, les animations, le matériel d’éveil...etc
La logique du profit écrase l’exigence de soin, d’attention et de dignité.
La responsabilité de l’État est immense. Mais les élus locaux ne peuvent pas se réfugier derrière l’impuissance. Être aux responsabilités donne l'obligation d'agir et d'être exemplaire.
Ils doivent refuser la marchandisation de la petite enfance, répondre aux besoins et aux attentes des familles, mettre les moyens nécessaires, et remettre l'humain au cœur.

Agriculture : une loi qui ne répond ni à l’urgence du revenu ni à celle de la souveraineté alimentaire


 Présentée comme une réponse à la crise agricole, la loi d’urgence adoptée par le Parlement ne règle rien. Elle ne garantit aucun revenu supplémentaire aux agriculteurs et agricultrices et laisse intact le système économique qui oblige trop souvent les exploitants à vendre leur production à un prix inférieur à leurs coûts de production, à s’endetter pour rester compétitifs et à produire toujours davantage pour maintenir leur revenu.

La droite et l’extrême droite prétendent défendre le monde agricole mais refusent de combattre le libre-échange, pourtant au cœur du problème. Les accords commerciaux organisent la concurrence avec des produits ne respectant pas le plus souvent nos normes sociales, sanitaires et environnementales. Le PCF exige la suspension de l’accord UE-Mercosur, des protections commerciales, l’interdiction des importations produites avec des substances interdites en France et la priorité aux productions locales dans la restauration collective.

Sur l’eau, le gouvernement oppose artificiellement agriculture et écologie. Les agriculteurs ont besoin d’un accès sécurisé à l’eau tout en veillant à la protection de la ressource dans le contexte de réchauffement climatique. L’accès à l’eau ne peut être accaparé par les exploitations les plus puissantes. Le PCF défend une gestion publique et démocratique pour déterminer territoire par territoire la gestion, les usages et les priorités sans opposer les agriculteurs, les habitants, les entreprises. L’accès à l’eau doit soutenir en priorité le maintien du plus grand nombre d’exploitations, l’installation de jeunes agriculteurs et la production de denrées agricoles destinées à la satisfaction des besoins sociaux des territoires.

Sur les produits phytosanitaires, le gouvernement place les producteurs devant un faux choix : utiliser des produits dangereux ou perdre leur récolte. La sortie des produits phytosanitaires exige des alternatives, de la recherche publique, un accompagnement technique et une garantie de revenu. Elle ne peut reposer sur les seuls agriculteurs.

Sur l’élevage, la construction de bâtiments d’élevage de grande capacité accélèrera la concentration des productions à l’opposé d’une nécessaire déspécialisation territoriale. Le PCF défend le maintien d’exploitations nombreuses, notamment dans les territoires herbagers et de montagne, des prix rémunérateurs pour le lait, la viande et les œufs, ainsi que le développement de la polyculture-élevage. Cela suppose un investissement public massif dans les abattoirs de proximité, les outils de transformation, les services vétérinaires et les services de remplacement.

La véritable urgence est le revenu. Le PCF propose des prix planchers couvrant les coûts de production, l’encadrement des marges, le rétablissement du coefficient multiplicateur et des outils publics de stockage.

Cette loi protège le complexe agro-industriel, pas les agriculteurs. Une vraie loi d’urgence aurait protégé nos marchés, allégé les dettes, soutenu l’installation et rendu aux producteurs la richesse qu’ils créent. La souveraineté alimentaire, c’est permettre à chaque agriculteur de vivre dignement de son travail et à la France de nourrir durablement sa population.

Le PCF propose donc la tenue d’un Grenelle de l’agriculture, associant directement les agriculteurs à l’élaboration et à la gestion de nouveaux outils publics d’intervention. L’objectif est clair : reprendre le pouvoir sur les prix, les marchés et la politique agricole pour garantir un revenu digne à celles et ceux qui nourrissent le pays.

Télécharger la déclaration complète.

Paris, le 22 juillet 2026

Parti communiste français

mardi 4 août 2026

Face à l’impérialisme, organiser la réaction pour la paix et le droit international


 Depuis plusieurs jours, l’engrenage de la guerre se déchaîne à nouveau au Proche et Moyen-Orient. L’impérialisme étatsunien a déclenché une troisième attaque contre l’Iran, en ciblant des zones et des infrastructures civiles tels que des silos de stockage de blé dans la région de Hoveyzeh, ou une usine de production d'eau minérale dans la région de Dehloran. Ce sont des crimes de guerre. L’impérialisme étatsunien, sous la direction trumpiste, qui a essuyé précédemment un échec contre l’Iran, déclenche à nouveau une guerre destructrice pour protéger ses intérêts dans le détroit d’Ormuz.  
Il donne au régime théocratique de Téhéran en crise l’opportunité de reconstruire son pouvoir dictatorial, en accentuant la répression et en imposant des politiques anti-sociales alors que le peuple d’Iran est confronté à la pauvreté, au chômage, aux pénuries d’eau et d’électricité, et aux exécutions continues.
Le gouvernement d’extrême-droite israélien, à quelques semaines des élections à la Knesset, accélère une fuite en avant raciste et criminelle, par la multiplication des exactions des colons en Cisjordanie occupée, comme à Masafer Yatta, au sud d'Hébron, dans la nuit de samedi à dimanche. Il poursuit son agression contre le Liban. 
C’est l’extrême-droite, leviers des politiques capitalistes et impérialistes, qui organise ces politiques de crimes de guerre et qui détruit le droit international. Partout ce sont les peuples qui ont sont victimes. La hausse des prix du pétrole et de l’essence touche la planète entière.
Que fait le gouvernement français ? Il détourne le 14 juillet pour en mettre en scène sa politique de guerre, en faisant défiler les armées des pays de la « coalition des volontaires » et de l’OTAN, avec des militaires ukrainiens. C’est une faute majeure qui illustre la vassalisation renforcée de la France envers les politiques otaniennes qui accélèrent la course à la guerre en Europe.
Les peuples ont un intérêt commun à la paix, sur la base du respect du droit international et de la charte des Nations Unies. J’appelle l’ensemble des défenseur.e.s de la paix, des droits humains et du droit international en France et tous ceux et toutes celles qui exigent que la France rompe avec la politique de la carpette pour renouer avec une politique indépendante de l’OTAN et des Etats-Unis. Les intérêts du peuple français, comme ceux de tous les peuples, sont de mener une politique en toute souveraineté pour le droit international. La France doit prendre des sanctions contre les fauteurs de guerre. Elle droit travailler à une conférence mondiale, sous l’égide de l’ONU, pour jeter les bases d’un nouvel ordre international, à la hauteur de ce que fut la conférence de San Francisco en 1945.

lundi 3 août 2026

Bernard Arnault


 Concentration de la presse : après Le Parisien, L’Opinion, Les Échos, Investir et L’Agefi, le multimilliardaire Bernard Arnault rachète Challenges. Et le Conseil d’Etat valide

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Un rapport sur la souffrance psychique au travail enterré au Sénat par la droite et le centre


 Depuis le mois de février 2026, une mission d’information travaillait au Sénat sur le thème de la souffrance psychique au travail. Constituée à la demande du groupe RDSE, groupe constitué majoritairement de radicaux au Sénat, cette mission n’a pas pu rendre public son rapport, comme c’est pourtant l’habitude au Parlement. En effet, mercredi 8 juillet 2026, la majorité de la droite et du centre s’est opposée aux conclusions de la rapporteure Annick Girardin. Explications.

« Nous devons progresser sur cette question de santé mentale, qui est un enjeu médical, un enjeu sociétal, et en ce qui me concerne, un enjeu pour le monde du travail ». C’est avec ces mots que le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, a commencé son audition devant la mission d’information du Sénat sur la souffrance psychique au travail, le 1er juillet dernier. Le signe que l’exécutif prenait au sérieux cette problématique.

Dix jours plus tard, c’est l’incompréhension, voire la colère, qui règne au groupe RDSE – Rassemblement démocratique et social européen – du Sénat. En début d’année 2026, ce petit groupe central au Sénat avait demandé la création de cette mission d’information au titre de son droit de tirage, qui permet à chaque groupe politique du Sénat de déclencher une mission d’information, lors de chaque session parlementaire.

Mercredi 8 juillet 2026, les sénateurs membres de la mission d’information ont bien examiné un rapport, fruit de cinq mois d’auditions et de plusieurs déplacements, mais celui-ci a été rejeté. « C’était surprenant, c’était brutal », raconte un collaborateur parlementaire, en off. « Visiblement, c’est un rapport qui dérange », ajoute cette même source.

« D’abord cela a été un profond regret pour tout le travail que l’on a accompli », explique aujourd’hui la rapporteure RDSE de la mission, Annick Girardin à publicsenat.fr. « Plus les jours passent et plus je suis en colère », ajoute l’ancienne ministre, « on ne peut pas oublier que la santé mentale est une grande cause nationale pour la deuxième année consécutive, en 2025 et 2026 ».

« C’est un travail hyper sérieux, pas idéologique »

Selon le communiqué, publié vendredi 10 juillet 2026, par le groupe RDSE au Sénat, le rapport contenait 39 recommandations, comme « confier à une conférence réunissant scientifiques, professionnels de santé, partenaires sociaux, sociologues et associations de victimes le soin d’élaborer une définition harmonisée de l’épuisement professionnel », mais aussi « ajouter au code du travail à l’article portant sur les principes généraux de prévention, un dixième principe relatif à l’écoute des travailleurs », ou encore « renforcer l’accompagnement des employeurs, et plus particulièrement au sein des PME, pour les actions de prévention et de protection à mettre en œuvre ».

« Ce rapport s’intitule ‘Quand le travail consume : l’urgence de lutter contre l’épuisement professionnel’, », explique aujourd’hui Annick Girardin, « on va droit vers une crise du travail et une crise sociétale. Les Français attendent que l’on ait des réponses sur ce sujet. […] C’est un travail hyper sérieux, ce n’est pas un travail idéologique ».

Bras de fer politique

De son côté la droite assume avoir voté contre ce rapport. « Effectivement, la santé mentale est un sujet aujourd’hui », analyse la sénatrice LR Pascale Gruny, membre de la mission d’information. « Mais dans les auditions, nous avons eu un mélange des genres, entre le burn-out, la dépression, et parfois des confusions avec le harcèlement moral et sexuel, pour lesquels il y a déjà des lois ».

« Ce n’était pas un mauvais rapport », ajoute Pascale Gruny, « c’était un rapport orienté. […] Dans le rapport et les préconisations, il y avait peu de soutien pour les entreprises et les employeurs, qui sont eux-mêmes, quelquefois, en souffrance psychique et en véritable burn-out. ».

De son côté, la présidente socialiste de la mission d’information, Monique Lubin, s’étonne. « J’ai été un peu sidérée, franchement », explique-t-elle à publicsenat.fr, « c’est tout de même exceptionnel ! ». « Le sujet en lui-même et les préconisations ne comportaient pas d’aspérités telles que ça pouvait conduire à un rejet », selon Monique Lubin, qui ajoute : « certains qui étaient là au moment de la remise du rapport, mercredi après-midi, et qui se sont exprimés contre, clairement n’avaient participé à rien et pas lu le rapport ».

« Je pense sincèrement que c’est idéologique », ajoute la sénatrice socialiste, « il y a eu une crainte que le sujet même, le contenu du rapport et les préconisations, portent atteinte au patronat, alors que de notre part, il n’y avait pas de remise en cause. Le rapport est très riche, les auditions ont été nombreuses et riches, et je ne suis pas de ceux qui disent que le travail fait systématiquement souffrir, loin de là, mais en revanche, oui, on a rencontré des situations de souffrance. »

Quel avenir désormais pour le rapport ?

Faute de vote favorable mercredi, le rapport n’a pas pu être rendu public. « Par respect pour tous ceux qui sont venus travailler, je ne peux pas laisser en l’état ce rapport sans qu’il soit publié », explique aujourd’hui Annick Girardin, consciente que des parlementaires européens travaillent également sur cette problématique.

Mais la sénatrice peut-elle publier à titre personnel ce travail ? « Absolument pas », coupe net Pascale Gruny. « Elle n’en a pas le droit ».

« Je comprends [la frustration de la rapporteure, Annick Girardin, ndlr], avec le travail qui a été fait. Il faudra refaire un travail dessus, […] et faire quelque chose de plus consensuel ». Et Pascale Gruny de pointer la configuration présidente (Monique Lubin, PS) et rapporteure (Annick Girardin, RDSE) : « Habituellement dans les missions, on a une présidente et une rapporteure qui ne sont pas du même parti politique. Et là, même si elles ne sont pas dans les mêmes groupes politiques, elles sont proches. Mme Girardin est de gauche, quand vous faites les travaux, vous êtes entre vous ».

dimanche 2 août 2026

Ceuta : protéger les vies, réfuter le chantage et les mensonges


 À Ceuta, des dizaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants ont été précipités dans une situation dramatique entre le Maroc et l’Espagne. Plusieurs dizaines de personnes seraient mortes et des milliers de mineurs figureraient parmi les arrivants. La priorité doit aller au secours des personnes en détresse, à la protection des enfants et au respect de la dignité humaine. 


Toute la lumière doit être faite sur ce drame. Si des êtres humains ont été délibérément utilisés pour exercer une pression diplomatique de la part de l'État marocain, cette instrumentalisation est indigne. Aucun différend concernant l’Algérie, le Sahara occidental, Ceuta ne peut justifier d’utiliser des populations comme armes géopolitiques.

Cette crise révèle aussi la faillite de la politique migratoire européenne. Depuis des années, l’Union européenne sous-traite la surveillance de ses frontières à des pays tiers en échange de financements et de marchandages diplomatiques et elle collabore étroitement depuis des années sur les questions migratoires avec le Maroc. L’Europe devient ainsi complice par l’enjeu de chantages cyniques de la fermeture des voies légales, fermeture qui enrichit les passeurs et pousse les exilés vers des parcours toujours plus meurtriers.

En France, l’extrême droite, suivie par une partie de la droite et de la macronie, cherche déjà à faire croire à une « invasion » imminente de notre pays. C’est faux. Les personnes entrées à Ceuta ne disposent pas d’un libre accès à l’Espagne continentale et donc à la France. La régularisation espagnole, réservée aux personnes installées avant le 1er janvier 2026, n’est pas davantage à l’origine de la situation. Le gouvernement espagnol, le seul aujourd'hui en Europe à résister ouvertement à Donald Trump, fait l'objet de pressions grandissantes du président étatsunien.

Mais combattre ces mensonges ne signifie ni de nier la nécessité de maîtriser démocratiquement les frontières dans le respect du droit international, ni d’abandonner les populations de Ceuta et les services publics espagnols à eux-mêmes. Une politique migratoire à la hauteur des enjeux exigent des règles claires, des moyens publics et une coopération européenne fondée sur le droit et les conventions internationales, plutôt que sur les refoulements collectifs, l’enfermement dans des centres de rétention et la délégation des contrôles à des pays tiers.

Le PCF demande une mobilisation européenne immédiate pour secourir les personnes en danger, protéger les mineurs, rechercher les disparus et garantir l’examen individuel des demandes d’asile. Une enquête indépendante doit établir les responsabilités. La France doit proposer une aide matérielle à l’Espagne, plutôt que mettre en scène la fermeture des Pyrénées pour alimenter les peurs.

Il faut simultanément ouvrir des voies légales et sécurisées de migration, combattre les réseaux de passeurs, remettre en cause le pacte européen qui externalise les frontières et développer des coopérations permettant aux peuples de vivre et de travailler dignement dans leur pays. Cela suppose de rompre avec les politiques de domination, de captation, de prédation pour soutenir les services publics, l’emploi et la souveraineté des peuples, notamment le droit du peuple sahraoui à décider de son avenir. 

Les exilés ne sont ni une menace, ni une marchandise, ni une arme diplomatique. Face à ceux qui veulent opposer les travailleurs selon leur nationalité, notre réponse est la solidarité internationaliste et le combat commun contre toutes les formes d’exploitation.

Paris, le 31 juillet 2026

Parti communiste français

Canicules. Le moment pour la mise en œuvre de la gratuité des transports


 Des transports gratuits et une offre accrue de bus et de trams pour faire face à l'augmentation de la fréquentation.

L’UGDTP souligne que la réduction des émissions de gaz à effet de serre – qui sont à l’origine de la multiplication des canicules – passe notamment par la mise en œuvre de la gratuité des transports publics.

La succession des canicules conduit l’Union pour la gratuité et le développement des transports publics à demander à nouveau la mise en œuvre de la gratuité des transports publics dans l’aire grenobloise.

L’organisation rappelle que « même si le phénomène est inédit par son intensité, ce n’est pas une surprise, tout est connu : depuis sa création en 1988, le GIEC alerte, rapport après rapport, sur le dérèglement climatique provoqué par les émissions de gaz à effet de serre, et ses conséquences catastrophiques ». L’UGDTP constate qu’alors que les pouvoirs publics envisagent un réchauffement de 4 degrés, « on voit ce que cela donne » à 1,5 degré, seuil aujourd’hui pratiquement atteint. « Il faut arrêter avec les demi-mesures et agir sur les causes.  En France les transports sont responsables de 34 % de l’émission des gaz à effet de serre et que pour les réduire, il faut favoriser un usage massif des transports en commun », estime le collectif qui souligne les bons résultats obtenus en terme de fréquentation par les agglomérations – l’Artois, 650 000 habitants, depuis janvier dernier – qui ont déjà opté pour la gratuité.

D’où des revendications au premier rang desquelles l’instauration par Grenoble Alpes métropole de « la gratuité des transports en commun pour toutes et tous le week-end, dans la perspective de la gratuité totale demain ».

Pour l’UGDTP, « c’est urgent est c’est avant tout une question de volonté politique. Continuer comme si de rien n’était, maintien du statu quo ou avec des améliorations à la marge, ne sont pas des options. Il n’y a de place pour l’inaction ou des demi mesures. »

L’Union pour la gratuité et le développement des transports publics conclut : « Vivre bien en préservant la planète, c’est possible, et c’est maintenant ! »