vendredi 22 mai 2026

Métropole. AGATES, nouveau groupe pour les petites communes de gauche


 Gilles Strappazzon, Catherine Troton, Florent Cholat et Gildas Bouffaud, quatre des six élus fondateurs d'AGATES, ont présenté le nouveau groupe métropolitain, lundi 11 mai, à Vizille.

Des conseillers métropolitains, issus notamment des groupes UMA, ACTES et NMC, ont annoncé ce lundi 11 mai la création du groupe "Alliance de gauche des territoires pour l'écologie et les solidarités". Réunissant les maires de Vizille, Champagnier, Saint-Barthélemy-de-Séchilienne, Le Sappey-en-Chartreuse, La Tronche et Gières, AGATES entend porter la parole des petites communes, à la Métropole de Grenoble, tout en assumant un positionnement de gauche.

Le nom, AGATES — pour « Alliance de gauche des territoires pour l’écologie et les solidarités » -, a été choisi le jour même, précisent les quatre élus attablés ce lundi 11 mai dans un café du centre de Vizille. Son lancement, en revanche, est le fruit de longues et multiples discussions. « Cela fait quelques mois qu’on réfléchit à la création d’un groupe des petites communes plutôt axées à gauche », indique Florent Cholat, maire de Champagnier. À ses côtés, Catherine Troton, Gilles Strappazzon et Gildas Bouffaud, maires respectifs de Vizille, Saint-Barthélémy-de-Séchilienne et Le Sappey-en-Chartreuse, opinent.

Gilles Strappazzon, Bertrand Spindler, Gildas Bouffaud, Catherine Troton, Mickaël Guiheneuf et Florent Cholat, les six maires fondateurs du groupe métropolitain AGATES (Alliance de gauche des territoires pour l’écologie et les solidarités).

Le quatuor fait partie, avec l’édile de La Tronche, Bertrand Spindler, et son homologe de Gières, Mickaël Guiheneuf, des six fondateurs du nouveau groupe à la Métropole de Grenoble. Certains sont issus des groupes UMA (écologistes, insoumis…), NMC (petites communes) ou ACTES (socialistes et divers gauche), d’autres viennent d’intégrer le conseil métropolitain. Leur point commun ? Administrer des petites ou moyennes communes et « porter des valeurs de gauche ».

« Mettre du liant, rétablir la confiance »

Si la naissance d’AGATES s’est avérée nécessaire et opportune, c’est en raison de la configuration offerte par l’exécutif métropolitain depuis le 30 avril. À savoir l’élection à la présidence de Guillaume Lissy, maire PS de Seyssinet-Pariset, à la tête d’une majorité plurielle comprenant des vice-président·e·s de gauche… et de droite. « On n’a pas créé ce groupe par opposition à qui que ce soit, explique Catherine Troton. C’est au contraire un groupe qui doit faire la liaison entre NMC et les différents partis de gauche. »

« Mettre du liant, rétablir la confiance »… Les mots employés par la maire de Vizille traduisent le fort besoin ressenti par les six élus après « les moments douloureux vécus au sein de la Métropole ». Une allusion à l’interminable conseil métropolitain du 23 avril, marqué par l’élection avortée à la suite du malaise de Guillaume Lissy. Cette première séance d’installation avait en effet laissé apparaître deux blocs distincts. « D’un côté, une vision d’une gouvernance à gauche ; de l’autre, une vision de gouvernance plus territoriale, plus ouverte », rappelle Florent Cholat. En résumé, « une opposition gauche-territoriale dont on ne veut pas », ajoute-t-il.

« On assume de porter des politiques publiques de gauche »

Néanmoins, lancer le groupe il y a deux semaines, à un moment où « les tensions étaient cristallisées autour de la question de la présidence, de la mise en place de l’exécutif métropolitain », aurait été vu comme une provocation, voire « une agression », estiment-ils, unanimes. Aujourd’hui, le contexte est différent. L’intérêt d’avoir un tel groupe à la Métropole, c’est « d’être certain que l’intérêt des petites communes ne puisse pas être dilué », confie le maire écologiste de Champagnier.

Guillaume Lissy, nouveau président de Grenoble Alpes Métropole après son élection, le 30 avril.

Cet objectif va de pair avec « une vraie volonté de travailler en complémentarité avec l’ensemble des autres groupes, particulièrement les groupes de gauche », affirme Gilles Strappazzon. Car, contrairement à d’autres élus de petites communes, officiellement sans étiquette mais penchant concrètement vers la droite, les membres du groupe AGATES, eux, ne cachent pas leur positionnement. « On assume clairement de porter des politiques publiques de gauche », souligne Florent Cholat. Ce qui n’est « pas incompatible », selon lui, avec le fait de travailler ponctuellement avec des maires d’autres sensibilités.

« Tourner la page de l’affrontement »

Les six édiles entendent par ailleurs « reconnaître la place de Grenoble et des grandes communes ». De fait, leurs habitants vont « consommer, travailler, apprendre, se distraire » à Grenoble, soulignent-ils. Et « les métropoles n’existent pas sans les centres urbains ». D’où la volonté affichée de « tourner la page de l’affrontement » entre la ville de Grenoble et l’exécutif métropolitain, qui a émaillé le dernier mandat. « C’est nécessaire parce qu’on ne peut pas vivre en s’affrontant au sein de la métropole, en luttant contre la grosse ville », assène Catherine Troton.

Gilles Strappazzon salue ainsi « le sens des responsabilités de Laurence Ruffin, qui a accepté de jouer le jeu » en devenant première vice-présidente, tout comme Raphaël Guerrero. « Un binôme composé d’un élu d’une petite commune et de la maire de la ville-centre, ça nous paraît de bon augure pour la suite. C’est ça, la coopération », abonde Gildas Bouffaud.

Les élus d’AGATES espèrent travailler en confiance à la fois avec Guillaume Lissy et Laurence Ruffin, première vice-présidente comme Raphaël Guerrero.

Quid de la suite, ces prochaines semaines ? Le groupe AGATES se dit ouvert aux autres conseillers métropolitains partageant ses valeurs, notamment « les élus NMC qui se considèrent de gauche ». Et il espère « exister » dans les négociations à venir, concernant les conseillers délégués ainsi que les désignations dans les commissions. Mais Gilles Strappazzon tient à éviter toute ambigüité : « On ne le fait pas par opportunisme, on le fait par conviction. »

jeudi 21 mai 2026

Les communistes voteront contre


 Pour les communistes, ce choix budgétaire est loin d’être neutre. Dans un contexte de coupes budgétaires, de crise des hôpitaux, de tensions sur le logement ou encore de difficultés dans l’Éducation nationale, ils dénoncent une trajectoire qui fait de l’effort militaire la priorité absolue de l’État

mercredi 20 mai 2026

Repas fraternel de solidarité avec Cuba


 Nous vous invitons à un moment chaleureux de partage, de solidarité et d’échanges autour d’un repas fraternel en soutien au peuple cubain.

Face au blocus et aux difficultés économiques, affirmons ensemble notre solidarité internationale et notre attachement aux valeurs de paix, de justice sociale et de souveraineté des peuples.
📅 Vendredi 5 juin
🕛 19h
📍 Salle Emile Bert à Fontaine
👉 Vous avez jusqu'au mardi 2 juin pour vous inscrire ici :
Au programme :
🍽️ repas convivial avec au Menu : Ropa Vieja
🎶 ambiance musicale
🗣️ échanges et informations sur la situation à Cuba
Venez nombreuses et nombreux partager ce moment de fraternité et de solidarité !

mardi 19 mai 2026

Rassemblement mardi 19 mai - 14h bâtiment Dauphiné, CHU de Grenoble

Rassemblement mardi 19 mai - 14h bâtiment Dauphiné, CHU de Grenoble
Fermeture des urgences pédiatriques : une décision inacceptable.
Après la fermeture nocturne des urgences adultes depuis 2021, nous apprenions le 4 mai, dans les colonnes du Dauphiné Libéré, la fermeture des urgences pédiatriques de nuit à l’hôpital de Voiron.
Une nouvelle attaque contre le service public hospitalier, qui touche cette fois directement les enfants et leurs familles.
Mardi 12 mai, une assemblée générale intersyndicale s’est tenue à l’hôpital de Voiron, réunissant notamment la CGT du CH de Voiron, le SNMH-FO, CHUGA FO, des soignant·es, des médecins, des puéricultrices, des représentant·es associatifs et des élu·es.
Le constat partagé est alarmant :
• la maternité de Voiron reste dynamique, ce qui est aujourd’hui rare en France ;
• les urgences pédiatriques de Grenoble sont déjà fortement saturées et ne sont pas en mesure d'absorber celles du bassin voironnais;
• les personnels dénoncent une décision prise sans représentation du service de pédiatrie ;
• plusieurs professionnel·les seraient prêt·es à rejoindre l’hôpital, mais les recrutements ne suivent pas.
Au-delà des urgences pédiatriques, c’est l’avenir même de l’hôpital de Voiron qui est posé.
Partout, les fermetures successives de services fragilisent durablement les établissements de proximité. Nous refusons que l’hôpital de Voiron devienne un simple centre de consultation. Notre territoire a besoin d’un hôpital public de plein exercice.
La mobilisation du personnel est forte et unitaire.
Un rassemblement est appelé mardi 19 mai à 14h devant le bâtiment Dauphiné du CHU de Grenoble, à l’occasion d’une demande de rencontre avec la direction générale du CHU Grenoble Alpes.
Nous appelons les habitant·es, les élu·es, les associations, les collectifs et toutes les personnes attachées au service public hospitalier à se mobiliser
Nous espérons également que le maire de Voiron, représentant du Département au conseil de surveillance du CHUGA, prendra toute sa place dans cette mobilisation, conformément à ses engagements passés en faveur de l’hôpital de Voiron et de la réouverture des urgences de nuit.
Voiron en Commun y sera.

 

dimanche 17 mai 2026

Le Travailleur alpin



 Étudiants, enseignants et autres personnels de l'Université Grenoble Alpes (UGA) se sont rassemblés ce mardi 12 mai, à midi, devant la présidence, à l'occasion du mouvement de grève lancé à l'appel de la CGT Ferc-Sup Université Grenoble Alpes - Grenoble INP. Une mobilisation contre l'austérité budgétaire et pour le retrait du décret Baptiste généralisant les hausses de frais d’inscription - multipliés au moins par 15 - des étudiants extra-communautaires.

samedi 16 mai 2026

Le PCF adopte sa feuille de route pour la présidentielle


 

Lors du conseil national qui s’est tenu samedi et dimanche, place du Colonel-Fabien, le PCF a précisé le déroulement de son congrès et ouvert un appel à candidature en vue de la présidentielle. Fabien Roussel a fait part de sa disponibilité. Les adhérents auront le dernier mot avec un vote du 3 au 6 septembre.

Ordre du jour chargé pour la direction communiste ce week-end : débat sur la situation politique, célébration des 90 ans du Front populaire, définition de déroulement du congrès qui aura lieu à Lille du 3 au 5 juillet, processus de choix pour la présidentielle, vote d’un cahier thématique sur la paix et adoption du budget du parti.

Après l’adoption d’une résolution « Pour la paix et une vie digne, refusons de payer la crise capitaliste et préparons l’avenir ! » (90 pour, 2 contre et 6 abstentions), c’est la préparation du congrès et de l’échéance présidentielle qui a le plus animé les débats.

Pour mettre en œuvre les décisions qui seront prises lors du congrès national, qui se tiendra à Lille du 3 au 5 juillet, le conseil national a décidé que les délégués se réuniraient en conférence nationale, à son issue, afin de définir le bulletin de vote qui sera soumis aux adhérents pour qu’ils tranchent le positionnement du PCF pour la présidentielle, lors d’un vote organisé du 3 au 6 septembre.

« Le projet doit nous guider plus que le casting »

Un calendrier approuvé par 63 voix pour, 9 contre, 8 abstentions, critiqué par plusieurs membres du conseil national. « C’est speedy-gonzales, c’est un passage en force », considère ainsi Jean-Noël Aqua (Paris). « Le calendrier est trop court pour que la majorité des communistes prenne la décision », pour Émilie Lecroq (Seine-Saint-Denis). « Le congrès ne doit pas ressembler à celui de Marseille qui était un grand meeting », ajoute Denis Öztorun (Val-de-Marne). Frédéric Boccara défend l’idée d’une conférence nationale « à l’automne ».

Sur le fond, Saliha Boussedra (Gard) juge qu’une candidature communiste serait « incompréhensible au lieu de travailler à la constitution d’un bloc de gauche », en soulignant le risque d’une victoire de l’extrême droite.

D’autres, au contraire, relèvent le niveau très bas de la gauche qui se situe autour des 30% dans le pays et la nécessité de candidatures qui mobilisent et contestent à l’extrême droite son hégémonie dans les catégories populaires. Bora Yilmaz (Meurthe-et-Moselle) appelle à « faire reculer l’extrême droite avec une candidature communiste » et alerte sur l’importance du calendrier pour éviter un choix par défaut « comme en 2017 »Esteban Evrard (Pas-de-Calais) estime que « les communistes veulent partir à la bataille ». Pour Clara Gimenez (Hérault), la présidentielle est un moment-clé pour « faire découvrir notre projet de société », quant à Nicolas Cossange (Hérault), il insiste : « Il n’y a que Fabien Roussel qui puisse être notre candidat et donc notre porte-parole. »

Avant eux, le secrétaire national du PCF s’est exprimé : « J’ai lu les trois textes alternatifs qui viendront certainement enrichir la base commune et nos débats. N’en ayons pas peur, le débat est salutaire, utile », a-t-il affirmé, appelant à projeter le PCF dans les « 15 à 20 prochaines années, pour qu’il soit une force politique forte, révolutionnaire, solide, unie ».

Il s’est déclaré « disponible » pour porter le projet communiste devant les Français lors de l’élection présidentielle. « Je suis prêt, si les communistes en décident, à y mettre toute mon énergie », a-t-il indiqué. Pour lui, « le pire serait de ne pas choisir » et « le projet doit nous guider plus que le casting ».

CALENDRIER

6 et 7 juin : vote des adhérents pour choisir la base commune de discussion du congrès.

13 et 14 juin : congrès de section.

20 et 21 juin : congrès départementaux.

3, 4 et 5 juillet : congrès national à Lille avec réunion en conférence nationale le 5 afin de définir les différentes options soumises aux communistes pour la présidentielle.

3 au 6 septembre : vote des adhérents sur le choix pour la présidentielle.

78 ans après la Nakba : justice pour le peuple palestinien !

Le 15 mai est la date choisie pour commémorer la Nakba (« catastrophe » en arabe). Plus de 800 000 sur 900 000 Palestiniens ont été expulsés de leur maison, 531 villages ont été détruits et des massacres ont eu lieu comme dans le village de Deir Yassin en 1948. Ces réfugiés et leurs descendants sont aujourd’hui plus de 5 millions. Malgré le vote le 11 décembre 1948 de la résolution 194 sur le droit au retour des réfugiés, celui-ci est systématiquement bafoué.

78 ans plus tard, le gouvernement d’extrême-droite israélien, qui s’est livré à un génocide contre la population de Gaza, accélère l’épuration ethnique et renforce les violences, arrestations et assassinats contre les Palestiniens de Jérusalem-Est et de Cisjordanie. Son plan est d’annexer purement et simplement l’ensemble du territoire palestinien jusqu’au Jourdain.

Seule une pression internationale réelle fera plier le gouvernement israélien ! C’est-à-dire des sanctions commerciales, économiques et politiques tant que l’Etat d’Israël ne respectera pas le droit international. Les efforts de l’Espagne, de l’Irlande et de la Slovénie pour la suspension de l’accord d’association UE-Israël doivent être soutenus par la France. La France peut, avant la décision de l’UE, prendre une initiative avec les Etats européens et extra-européens volontaires pour imposer des sanctions immédiates.

Le PCF réaffirme sa solidarité avec l’OLP, seule représentante légitime du peuple palestinien, et avec les communistes palestiniens, qui luttent pour le respect du droit international. Il réaffirme également sa solidarité avec les communistes et le mouvement de paix en Israël, qui luttent pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens. Face à la répression et aux crimes du gouvernement israélien, la solidarité internationale envers eux est plus cruciale que jamais.

Le PCF :

  • dénonce toute tentative, d’où qu’elle vienne, de nier la souveraineté de l’État de Palestine, représenté par l’OLP, à Gaza, à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, qui reviendrait à perpétuer la violation du droit international.  Seule la mise en place d’un Etat de Palestine aux côtés de l’Etat d’Israël, la fin de l’occupation et de la colonisation, et le droit au retour des réfugiés selon le droit international permettra d’asseoir la paix.
  • appelle les opinions et toutes les forces éprises de paix à soutenir les efforts de l’Organisation de la Palestine pour que le peuple palestinien puisse renouveler ses institutions et ses représentants par un vote qui ne soit pas entravé par la violence militaire et l’occupation israélienne.
  • demande que des sanctions économiques, financières et commerciales soient prises contre le gouvernement israélien, tant que le droit international ne sera pas respecté par lui. L’accord d’association entre l’Union européenne et Israël doit être au plus vite suspendu.
  • exige la libération des prisonniers politiques palestiniens, dont celle de Marwan Barghouti.

Le PCF appelle à manifester sur ces bases ce week-end dans toute la France et à Paris le samedi 16 mai à 14h place de la République.

 

Le Front populaire n’est pas qu’un mythe — par Roger Martelli


 90 plus tard, le Front populaire résonne encore dans la mémoire française. Chacun à gauche se réclame du grand exemple, mais la plupart du temps pour valoriser le choix politique du moment. L’historien Roger Martelli rappelle les faits.

Il n’y a certes pas une vérité unique du Front populaire et chacun est libre de dire ce qu’il retient de l’événement. Est-il toutefois possible de retenir des points de repère partageables, à partir de ce que l’on sait aujourd’hui de l’événement lui-même ? Quelques suggestions en ce sens…

Le Front populaire n’est pas un moment particulier, condensé en une date, 12 février 1934, 14 juillet 1935 ou avril-mai 1936. C’est un phénomène à la fois national et international, qui s’étale entre le coup de force d’extrême droite du 6 février 1934 et le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Il est associé avant tout à trois partis politiques français : le Parti communiste (Maurice Thorez), le Parti socialiste SFIO (Léon Blum) et le Parti radical (Édouard Daladier). En fait, il a été scellé par le rapprochement d’une centaine d’organisations, syndicales, associatives et intellectuelles tout autant que partisanes. Dans le processus qui conduit à la victoire du Front populaire, la Ligue des droits de l’homme et les regroupements intellectuels (comme le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes) comptent au moins autant que les partis.

Alors que les partis de gauche se disputaient violemment, et le faisaient encore au lendemain de l’émeute antirépublicaine du 6 février 1934, c’est la base populaire du PC et du PS qui affirme l’exigence de l’unité, dans plus de 350 localités entre le 7 et le 12 février. Les directions politiques ont alors l’intelligence d’entendre cet appel, au lieu de se crisper sur leurs positions. Les communistes prennent conscience des risques de leur isolement, à Paris comme à Moscou. Ils se distancient de la ligne sectaire qui avait prévalu, notamment en Allemagne avant 1933. Les socialistes, qui essayaient de se situer entre le PC et les radicaux, sentent qu’ils peuvent prendre le pas sur le radicalisme jusqu’alors dominant à gauche. Quant aux radicaux, ils finissent par se convaincre qu’un tournant franchement à gauche est la condition pour ne pas se laisser distancer définitivement.

Pluraliste par fondation, le Front populaire est un mouvement « total », qui touche toutes les sphères de l’existence sociale, de l’économique jusqu’au symbolique. Il cristallise le passage du capitalisme vers une forme régulée mais non autoritaire, plus redistributrice et protectrice, un basculement jugé nécessaire par les élites dirigeantes pour éviter l’option fasciste-nazie ou la subversion bolchevique.

Le Front populaire, c’est donc à la fois un mouvement populaire massivement présent dans la rue, une initiative politique à gauche poussée jusque dans les urnes et l’effet d’un mouvement ouvrier en pleine expansion. Le Front populaire se forge dans la rue, triomphe électoralement dans des élections à participation massive (85% de votants) et impose enfin la reconnaissance du monde ouvrier à l’occasion de la plus grande grève de l’histoire française.

Nous ne sommes plus du tout dans la situation de 1934-1936. Que nous dit pourtant le Front populaire, par-delà les décennies qui nous sépare de son époque ? Il nous rappelle que la gauche perd de sa force propulsive, quand elle ne s’attache pas suffisamment à l’ensemble des maillons qui constituent la grande chaîne de l’émancipation humaine. Elle ne s’est pas alors souciée de savoir s’il fallait se préoccuper avant tout du quantitatif ou du qualitatif, de faire du social ou du « woke », de s’adresser aux tours plutôt qu’aux bourgs. Intuitivement, elle savait que, sans un grand récit de dignité, qui relie l’économique, le social, le démocratique et aujourd’hui l’écologique, il ne peut y avoir de mise en mouvement populaire et massive. En 1936, la gauche politique a su mobiliser ses forces vives, ouvriers et employés, sans laisser de côté la paysannerie et les classes moyennes. Enfin, elle a su porter ce que nous appelons aujourd’hui un désir de changement radical, mais sans oublier que tout changement, grand ou petit, ne s’impose que s’il est accepté par une majorité, à gauche et pas seulement à gauche.

Le Front populaire l’a emporté parce que, dès février 1934, le désir d’unité a pris la forme d’une aspiration de masse. En cela, il a su être un état d’esprit, avant d’être une alliance en bonne et due forme. Il en est sorti deux années propulsives où s’est noué un mariage de trois éléments décisifs : l’attachement aux valeurs fondatrices de la « Sociale », chère à la gauche et au mouvement ouvrier ; la conviction qu’il n’y a pas de mouvement antifasciste sans projet d’émancipation pour le soutenir (« le pain, la paix, la liberté ») ; enfin, la certitude qu’il ne peut y avoir de peuple rassemblé sans rassemblement de toutes les forces, partisanes et autres, qui se réclament de lui.

NB. Qui veut rafraîchir ses connaissances sur le Front populaire peut se reporter à l’excellente synthèse de Jean Vigreux, Découvrir le Front populaire, Éditions sociales, 2026.

vendredi 15 mai 2026

La Fête du Travailleur Alpin ★ 26 & 27 Juin 2026


 

Série - Le carré rouge #17

Le carré rouge Aux femmes communistes (17)

En quelques épisodes nous allons vous accompagner pour découvrir le cimetière du Père-Lachaise. Enfin, y prétendre serait présomptueux, aussi au travers d’un aperçu rapide de son histoire, nous nous dirigerons plus particulièrement vers un espace que l’on nommera le « Carré rouge ».

La Résistance : « Ce n’était pas une histoire d’hommes. Et pourtant dans l’imaginaire collectif, lorsque l’on évoque la Résistance, j’ai le sentiment que les images qui viennent se déclinent au masculin. » (Marie-George Buffet)

« Sans les femmes, la moitié de notre travail aurait été impossible. » (colonel Rol- Tanguy)
Aucune de ces femmes, pour beaucoup anonymes ou oubliées, qui sont mortes en mission, sous la torture, exécutées ou en déportation, n’ont trouvé une sépulture dans ce « Carré ». Seul un hommage est rendu à Maï (Marie) Politzer décédée en déportation à Auschwitz 6 mars 1943 (épisode 9).

C’est à l’occasion de l’année internationale de la femme en 1975 et pour les trente ans de la victoire, qu’une stèle en marbre blanc est érigée avec cette épitaphe : « Aux femmes communistes qui ont donné leur vie pour la victoire de la liberté contre le nazisme, pour le triomphe de la paix. » Sur son socle : « 8 mai 1975, 30e anniversaire de la victoire sur l’hitlérisme, Année internationale de la femme ».

Chacun, chacune a en tête les noms d’Olga Bancic de la MOI (l’Affiche rouge) guillotinée à Stuttgart, le 10 mai 1944 ; celui de Danièle Casanova, fondatrice de UJFF, morte en déportation à Auschwitz, le 9 mai 1943.

Mais l’on évoque moins souvent, par exemple :
Gilberte Lavaire 1922-1944. (Nicole) agent de liaison du colonel Fabien elle sera arrêtée par la milice de Darnand mi-juin 1944 en Bretagne, par deux fois, humiliée et cruellement torturée pendant des heures, elle ne parlera pas. Au détour d’une alerte elle s’évade, rejoint Fabien, intègre son état-major, meurt avec lui le 27 décembre 1944 à Habsheim dans l’explosion de leur PC. Elle sera inhumée chez elle à Port-sur Saône.

Fanny Ladsky 1914-1943. Responsable de la JC à Paris. Elle participe à la première direction parisienne de l’Union des jeunes filles de France (UJFF), adhère au PCF en 1936, entre à la direction nationale de l’UJFF, aura à charge la direction clandestine de la JC d’un secteur de la banlieue. Arrêtée par les brigades de Pucheu, condamnée à un an de prison, libérée en mai 1942, de nouveau arrêtée en décembre 1942. Emprisonnée à Fresnes, livrée à l’occupant, elle est internée à Drancy, déportée au camp de Maïdanek (Pologne), où elle mourut probablement gazée le 30 mars 1943.

Raymonde Royal 1923-1942. Adhère aux JC. Elle n’a pas 17 ans quand elle est responsable de l’impression et de la diffusion de la presse clandestine dans le 10e arrondissement, participe aux manifestations des 14 juillet et 1er août 1941. Arrêtée le 11 mai 1942 : c’est le Fort de Romainville, Drancy, puis déportée à Auschwitz et, comme sa mère quelques semaines plutôt, elle sera gazée et jetée au four crématoire. Elle avait 19 ans.

Suzanne Masson 1901-1943. Métallurgiste, militante du syndicat des métaux en 1926, elle adhère au Parti en 1934 ; en 1937 elle est au Comité régional Paris-Nord du Parti ; en 1938, la CGT des métaux lui donne la direction de l’école de formation des militants. Entrée dans la clandestinité, elle est arrêtée le 5 février 1942 : la Roquette, la Santé, livrée à l’occupant, déportée et emprisonnée en Allemagne. Elle sera guillotinée à Hambourg, le 1er novembre 1943.

Gérard Pellois

Article publié dans CommunisteS, numéro 1086 du 13 mai 2026.