Nous, organisation de la Fête du Travailleur Alpin, soutenons nos ami•e•s de Retour de Scène, la Ville de Grenoble et Alexis Monge, son adjoint à la Culture dans l'organisation et la programmation de l'édition 2026 du Cabaret Frappé.
vendredi 24 juillet 2026
La Fête du Travailleur Alpin
Nous, organisation de la Fête du Travailleur Alpin, soutenons nos ami•e•s de Retour de Scène, la Ville de Grenoble et Alexis Monge, son adjoint à la Culture dans l'organisation et la programmation de l'édition 2026 du Cabaret Frappé.
Festival/Barbara Butch : la gauche défend la liberté de création et d’expression
Samedi 18 juillet, la DJ Barbara Butch devait se produire à Grenoble dans le cadre du festival Cabaret frappé. Son concert a été empêché brutalement.
Il lui est reproché d’avoir signé une tribune soutenant l’insoutenable loi Yadan. Sa prestation ne consistait pas à défendre cette opinion mais à produire un set musical.
Nous combattons la loi Yadan, qui entend elle-même porter une atteinte gravissime à la liberté d’expression. On a le droit de ne pas vouloir venir partager une soirée avec une artiste qui a pris position politique en sa faveur et de faire entendre sa révolte face à cette opinion. Mais est-on fondé à interdire, de fait, ses prestations ?
Barbara Butch doit pouvoir se produire là où elle est invitée et programmée.
La gauche défend la liberté de création et d’expression, toute la liberté de création et d’expression dans le respect de la loi, en même temps qu’elle mène la bataille des idées qui est la sienne en tous domaines. Y porter atteinte, c’est donner des arguments à l’extrême droite et ajouter de la confusion dans le débat public.
Commission Culture du PCF,
Le 21 juillet 2026.
jeudi 23 juillet 2026
Agriculture : une loi qui ne répond ni à l’urgence du revenu ni à celle de la souveraineté alimentaire
Présentée comme une réponse à la crise agricole, la loi d’urgence adoptée par le Parlement ne règle rien. Elle ne garantit aucun revenu supplémentaire aux agriculteurs et agricultrices et laisse intact le système économique qui oblige trop souvent les exploitants à vendre leur production à un prix inférieur à leurs coûts de production, à s’endetter pour rester compétitifs et à produire toujours davantage pour maintenir leur revenu.
La droite et l’extrême droite prétendent défendre le monde agricole mais refusent de combattre le libre-échange, pourtant au cœur du problème. Les accords commerciaux organisent la concurrence avec des produits ne respectant pas le plus souvent nos normes sociales, sanitaires et environnementales. Le PCF exige la suspension de l’accord UE-Mercosur, des protections commerciales, l’interdiction des importations produites avec des substances interdites en France et la priorité aux productions locales dans la restauration collective.
Sur l’eau, le gouvernement oppose artificiellement agriculture et écologie. Les agriculteurs ont besoin d’un accès sécurisé à l’eau tout en veillant à la protection de la ressource dans le contexte de réchauffement climatique. L’accès à l’eau ne peut être accaparé par les exploitations les plus puissantes. Le PCF défend une gestion publique et démocratique pour déterminer territoire par territoire la gestion, les usages et les priorités sans opposer les agriculteurs, les habitants, les entreprises. L’accès à l’eau doit soutenir en priorité le maintien du plus grand nombre d’exploitations, l’installation de jeunes agriculteurs et la production de denrées agricoles destinées à la satisfaction des besoins sociaux des territoires.
Sur les produits phytosanitaires, le gouvernement place les producteurs devant un faux choix : utiliser des produits dangereux ou perdre leur récolte. La sortie des produits phytosanitaires exige des alternatives, de la recherche publique, un accompagnement technique et une garantie de revenu. Elle ne peut reposer sur les seuls agriculteurs.
Sur l’élevage, la construction de bâtiments d’élevage de grande capacité accélèrera la concentration des productions à l’opposé d’une nécessaire déspécialisation territoriale. Le PCF défend le maintien d’exploitations nombreuses, notamment dans les territoires herbagers et de montagne, des prix rémunérateurs pour le lait, la viande et les œufs, ainsi que le développement de la polyculture-élevage. Cela suppose un investissement public massif dans les abattoirs de proximité, les outils de transformation, les services vétérinaires et les services de remplacement.
La véritable urgence est le revenu. Le PCF propose des prix planchers couvrant les coûts de production, l’encadrement des marges, le rétablissement du coefficient multiplicateur et des outils publics de stockage.
Cette loi protège le complexe agro-industriel, pas les agriculteurs. Une vraie loi d’urgence aurait protégé nos marchés, allégé les dettes, soutenu l’installation et rendu aux producteurs la richesse qu’ils créent. La souveraineté alimentaire, c’est permettre à chaque agriculteur de vivre dignement de son travail et à la France de nourrir durablement sa population.
Le PCF propose donc la tenue d’un Grenelle de l’agriculture, associant directement les agriculteurs à l’élaboration et à la gestion de nouveaux outils publics d’intervention. L’objectif est clair : reprendre le pouvoir sur les prix, les marchés et la politique agricole pour garantir un revenu digne à celles et ceux qui nourrissent le pays.
Télécharger la déclaration complète.
Paris, le 22 juillet 2026
Parti communiste français
Le Travailleur Alpin
Tribune de Jérémie Giono, secrétaire départemental du PCF Isère, quarante-huit heures après l'interruption du concert de Barbara Butch au Cabaret frappé, samedi 18 juillet, à la suite d'une action menée par les insoumis locaux et des militants pro-palestiniens.
mercredi 22 juillet 2026
Ne laissons pas nos forêts se transformer en brasier
Notre forêt brûle. D’après le Système européen d'information sur les feux de forêt (Effis), 40 000 hectares sont déjà partis en fumée depuis le début de l’année. L’heure n’est pas à la consternation, mais bien à l’action. Les effets du dérèglement climatique sont là, d’où l’urgence d’œuvrer dès à présent à la réduction des émissions ainsi qu’à l’adaptation des populations.
Pour le Parti communiste français, la nécessaire atténuation du dérèglement climatique passe notamment par la mise en œuvre des mesures proposées dans son Plan Empreinte 2050 visant la neutralité carbone d’ici vingt-cinq ans. Toutefois, ces projections ne se fondent pas uniquement sur la seule réduction des émissions de gaz à effet de serre. Elles visent également à maintenir les puits de carbone que sont les prairies permanentes et les forêts. Or, d’après les rapports Secten du Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (Citepa), la capacité de stockage de carbone du puits forestier a été quasiment divisée par 2,5 en dix ans du fait des maladies, sécheresses et incendies. Outre l’impératif climatique de protéger nos forêts, ces feux sont également un traumatisme pour les riverains et professionnels du tourisme voyant leur habitation ou leur camping dévasté, mais aussi pour l’ensemble des professionnels de la filière forêt bois, impuissants face à la destruction d’une ressource si précieuse.
C’est en ce sens que le Parti communiste français défend une stratégie globale de lutte contre les feux de forêt en mettant l’accent sur le développement des moyens d’intervention, mais aussi et surtout la mise en place d’un véritable arsenal préventif.
Développer les moyens d’intervention
Lorsque le feu est là, l’Etat et les collectivités doivent disposer de moyens performants et rapidement déployables.
Pourtant, en 20 ans, près de 1 800 centres de secours ont été supprimés. Or, lorsqu’un feu se déclenche, les premières minutes sont décisives. Les communistes défendent donc l’ouverture de nouvelles casernes, notamment dans les communes rurales qui ont été particulièrement impactées par la fermeture des plus petits centres de secours. De même, les moyens humains et matériels des services départementaux d'incendie et de secours (SDIS) doivent être renforcés. En effet, la CGT des agents des SDIS alerte depuis 2021 sur la perte de plus de 1 000 camions-citernes feu de forêt (CCF). Outre l’acquisition de nouveaux véhicules, le PCF défend d’importants investissements publics dans la télédétection à l’image de caméras IA et du recours aux images satellitaires. Cette technologie utilisée par certains SDIS permet de détecter précocement les départs de feu, et prévoir plus efficacement leur déplacement et leur propagation.
En parallèle, alors que les milliards pleuvent pour l’achat d’équipements militaires, la France manque cruellement de bombardiers d’eau. Là encore, celle-ci n’est pas à la hauteur des besoins, avec seulement 23 avions bombardiers d’eau et de transport pour tout le territoire national, dont 12 Canadair. Toutefois, l’âge moyen de cette flotte est de 30 ans, avec d’importants besoins de maintenance. Or, faute de production de pièces de rechange pour les bombardiers les plus anciens, l’entretien de ces appareils repose depuis des années sur le réemploi de composants provenant des anciens avions de la flotte, déjà pour l’essentiel hors d’usage. A l’instar de l’alerte formulée il y a un mois de cela par Jérémy Bacchi, sénateur communiste des Bouches-du-Rhône, la France doit se doter des capacités industrielles de production de bombardiers d’eau et des pièces de rechange nécessaire sur le sol national. A cela s’ajoute le développement de nouvelles coopérations avec nos voisins européens, notamment pour la gestion du risque incendie dans les massifs frontaliers de l’Est et des Pyrénées.
L’enjeu d’une véritable politique de prévention
Néanmoins, la lutte contre les feux de forêt commence bien avant la première étincelle et la prévention constitue la mère des batailles.
Tout d’abord, les communistes défendent des moyens supplémentaires pour l’entretien des forêts (débroussaillage, élagage, gestion des pares-feux, etc.). Cela va de pair avec des investissements pour faciliter l’intervention des services de lutte. Il s’agit par exemple de créer des zones d’appui à la lutte, des équipements en points d’eau et en pistes de défense des forêts contre l’incendie (DFCI). Néanmoins, le désengagement de l’Etat ne permet pas un entretien régulier de ces ouvrages.
De même, des restrictions d’usage s’avèrent nécessaire quand le risque incendie est élevé. C’est par exemple le cas d’arrêtés municipaux pris cet été par des communes savoyardes pour interdire l’accès aux forêts du bassin chambérien. Mais ces mesures se fondent sur des recommandations émises par l’Office national des forêts (ONF) et le service « Météo des forêts » produit par Météo France. Ces informations précieuses demandent de consacrer de vrais moyens à la météorologie publique en combattant l’austérité imposée aux agences et opérateurs d’Etat que la droite et l’extrême droite rêvent de détricoter.
Il s’agit également de lutter contre la déprise pastorale et viticole qui favorise la progression des feux. En effet, l’abandon des parcours, des prairies permanentes les plus difficilement motomécanisables et les arrachages de vigne au précieux rôle de coupure de combustible font partie des conséquences de la crise structurelle de l’agriculture française. Il est donc urgent de soutenir une agriculture rémunératrice et créatrice d’emploi pour contrer la déprise agricole. C’est en ce sens que la transformation agroécologique défendue par les communistes cherche à s’attaquer aux racines du problème, notamment l’érosion du nombre de travailleurs et travailleuses agricoles, en combinant différents leviers d’action tels que l’intervention publique sur les prix et les volumes, l’assurance et la gestion des risques ainsi que le soutien à des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Ceci nécessite le renforcement des moyens alloués à l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) pour cartographier les parcelles en friche afin de mobiliser des outils de gestion foncière, notamment par voie préfectorale, face à des parcellaires trop morcelés ou des biens sans maître qui ne demande qu’à être réinvestis. Se pose aussi la question du soutien aux pratiques sylvopastorales, où le pâturage des sous-bois peut être d’un précieux secours face aux incendies, qu’il s’agisse de la gestion de la strate herbacée et des broussailles, d’un accompagnement des interventions sylvicoles ou de la présence de chemins d’accès pouvant être empruntés par les pompiers.
Enfin, une forêt en bonne santé est une forêt qui brûle moins et se remet mieux du passage du feu, d’où la nécessité de favoriser des pratiques sylvicoles durables. Face à l’émiettement des politiques publiques forestières, le Parti communiste français propose de construire un grand service public forestier s’adressant tant à la forêt publique qu’à la forêt privée. Il s’agirait de rassembler les services de l’Etat, les agences (comme l’ONF ou le Centre national de la propriété forestière), les organismes de recherche (comme INRAE) afin d’adapter notre politique forestière au changement climatique. Pour relever ce défi, il est nécessaire d’embaucher 2 000 agents, de sécuriser leur action par un statut de fonctionnaire, et de consacrer des moyens supplémentaires à l’investissement forestier. Ce grand service public intègrera des missions de DFCI de manière plus forte, en conservant les liens nécessaires avec les SDIS et la Sécurité Civile, sans oublier l’équipement et la formation des comités communaux feux de forêt (CCFF) et leurs nombreux bénévoles. La loi transpartisane sur la forêt française déposée à l’Assemblée Nationale sera l’occasion de mettre au cœur des débats ce sujet essentiel.
On l’aura compris, les feux de forêt nécessitent de se doter d’une combinaison systémique de mesures d’intervention et de prévention. Elles motivent le besoin criant de services publics essentiels tels que les SDIS, mais aussi Météo France, l’ONF, l’IGN ou encore le BRGM et la nécessité de tendre vers de nouvelles pratiques sylvicoles et agricoles pour relever l’immense défi de l’adaptation au dérèglement climatique. Cet arsenal de mesures concrètes invite à se projeter dans le temps long, avec l’ensemble des acteurs concernés par la gestion forestière et la lutte contre les incendies.
Paris, le 17 juillet 2026
Parti communiste français
mardi 21 juillet 2026
lundi 20 juillet 2026
La CGT du CHAI à l’ARS : une réorganisation « au détriment des agents et des patients »

« Lorsque nous parlons de ‘bras et de lits’, ce n’est pas un slogan. C’est le minimum indispensable pour garantir une psychiatrie publique accessible, digne et sécurisée. » Isabelle Guiga, secrétaire générale du syndicat CGT du Centre hospitalier Alpes Isère (CHAI), et Rafael de Bortoli-Vargas, secrétaire adjoint, mettent les points sur les i. Face à eux, ce jeudi 16 juillet, dans les locaux de l’antenne grenobloise de l’Agence régionale de santé (ARS), le directeur de la délégation départementale de l’Isère et le responsable du pôle Offre de soins hospitaliers. La délégation syndicale est venue les alerter sur la profonde crise couvant au sein de l’hôpital psychiatrique de Saint-Égrève.
Après une manifestation très suivie le 8 juin, avec plus d’une centaine de personnes dans les rues de la commune, puis le rassemblement devant l’hôtel du département le 26 juin, le rendez-vous avec l’ARS faisait office de suite logique. Si l’organisation interne d’un établissement relève en effet de sa direction, en revanche « l’Agence régionale de santé est responsable de la planification de l’offre de soins, de son financement, de la qualité des prises en charge et de la réponse aux besoins de santé de la population », rappellent les deux élus CGT. Lesquels entendaient donc interpeller leurs interlocuteurs sur ces questions.
« Les équipes travaillent dans un contexte de pénurie durable »
De fait, l’organisation du travail au CHAI et l’offre de soins en psychiatrie dans le département sont deux sujets étroitement liés. Que ce soit Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas ou leurs collègues rassemblés devant l’ARS, tous en conviennent : la situation actuelle pénalise autant les agents que les patients, la prise en charge des seconds dépendant fortement de la qualité de vie au travail des premiers. Or, cela fait plusieurs mois que les personnels tirent la sonnette d’alarme sur la dégradation continue des conditions de travail et le manque de moyens humains, tout en avertissant des conséquences directes sur la qualité, la continuité et la sécurité des soins.

Aujourd’hui, au CHAI, « les équipes travaillent dans un contexte de pénurie durable », déplorent Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas, évoquant les services en sous-effectif, les capacités d’hospitalisation souvent réduites ou encore les parcours de soins de plus en plus complexes. Un tableau déjà guère reluisant auquel est venu se greffer le projet de réorganisation du temps de travail annoncé fin 2025 par le nouveau directeur. Argument invoqué par ce dernier, un déficit d’environ 3 millions d’euros révélé par un audit financier. En 2026 pourtant, « le déficit n’est plus d’actualité, mais le projet de réorganisation se poursuit », s’étonnent les syndicalistes.
Avec la réorganisation, la vie personnelle ou familiale entre parenthèses
Venues les soutenir ce jeudi matin, Manon et Sandra [les prénoms ont été modifiés], respectivement infirmière et éducatrice spécialisée au CHAI, se souviennent d’informations d’abord données au compte-gouttes et parfois contradictoires, durant plusieurs mois. Et puis, « dernièrement, une note d’information a été transmise sur toutes les boîtes mail », raconte Manon. « On a su alors qu’il allait y avoir des réorganisations de nos planning, qu’on allait passer en douze semaines. »
C’est ce point qui a mis le feu aux poudres. Jusque-là en effet, les agents ont leurs « plannings à l’année. C’est toujours le même, avec les mêmes repos », explique l’infirmière. Avec le projet, il s’agirait de cycles de douze semaines — en redémarrant à zéro la treizième semaine — avec des changements d’emploi incessants. « Nos repos seraient bougés chaque semaine : par exemple, on aurait repos lundi une semaine, la semaine d’après le mardi, puis mercredi, etc », s’insurge Manon. Dès lors, impossible pour les soignants d’avoir une activité sportive ou culturelle régulière. Idem pour celles et ceux qui ne travaillaient pas le mercredi afin de s’occuper de leurs enfants. Il faudra mettre sa vie personnelle ou familiale entre parenthèses.

Cette réorganisation — censée s’appliquer d’ici quelques mois — « allonge les cycles de travail, accroît la flexibilité des plannings, remet en cause des temps partiels fixes et rend les repos moins prévisibles », abondent Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas. Le tout sans résoudre aucun problème. « Cette évolution dégrade l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, mais surtout elle fragilise ce qui constitue le cœur de la psychiatrie : la stabilité des équipes, la continuité de la relation thérapeutique et la qualité des prises en charge », ajoutent-ils.
« Comment penser qu’à quatre soignants, on peut contenir vingt-cinq patients ? »
« On sent aussi qu’ils veulent faire ça pour pouvoir avoir du personnel qui ira dépanner dans les unités où ça manque », anticipe Manon. Car partout au CHAI, on manque de bras et de lits (quelque cinquante lits fermés sur les dix dernières années, selon la CGT). Conséquences, « ça engorge les urgences et on se retrouve avec des unités qui sont blindées, où on n’a jamais vraiment de place », poursuit l’infirmière. Tout cela avec un effectif très insuffisant, à savoir « quatre pour vingt-cinq ». Ce qui a le don de « révulser » Manon : « Comment peuvent-ils penser qu’à quatre soignants, on peut contenir vingt-cinq patients ? », s’exclame-t-elle.
Pour sa collègue Sandra, il s’agit déjà d’un effet de « la destruction des conditions de travail » à l’œuvre depuis des années. « Moins il y a de professionnels, moins il y a d’infirmiers, moins les médecins ont envie de venir. Car il y a un ratio de professionnels autour des lits. Et les médecins n’ont plus envie de s’inscrire dans la psychiatrie publique », constate l’éducatrice spécialisée, qui pointe « des éléments structurels ». Le projet de la direction n’est ainsi pas tombé du ciel. « Les réorganisations au CHAI s’inscrivent dans ce contexte-là », souligne-t-elle.
« Nos revendications, ce n’est pas uniquement des lits pour notre confort, c’est aussi la question des conditions d’accueil de nos patients. »
Sandra et Manon confirment les propos tenus par les représentants CGT face à l’ARS : « Dès que nos conditions de travail se dégradent, ça a toujours un impact à la fin sur le patient. Nos revendications, ce n’est pas uniquement des lits pour notre confort, c’est aussi la question des conditions d’accueil de nos patients. »

Toutes deux mentionnent un impératif « d’intérêt général », à savoir « prendre soin des personnes qui sont en situation de grande détresse et de vulnérabilité sociale ». Chose devenant malheureusement « de plus en plus compliquée ». Et in fine, « ça pourrait représenter un danger », affirme Manon. « Car si on ne peut pas accueillir tous les patients qui le nécessitent, on risque de se retrouver avec des patients qui ne pourront pas avoir recours aux soins. »
« Le financement de la psychiatrie ne répond pas aux besoins réels du terrain »
Éternel parent pauvre de la santé publique, la psychiatrie est ainsi déconsidérée une nouvelle fois. Infirmière au CHAI depuis plus d’une décennie, Manon n’a d’ailleurs « jamais vu [ses] conditions de travail ni les soins s’améliorer. J’ai plus connu de la dégradation qu’autre chose », assène-t-elle.
Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas sont de toute façon formels : « Le financement actuel de la psychiatrie ne répond pas aux besoins réels du terrain. » Ce que n’ont pas contesté les responsables de l’ARS, qui ont promis de faire remonter leurs alertes à l’échelon supérieur — eux n’ayant pas le pouvoir, à leur niveau, de débloquer des financements qui relèvent d’une politique nationale.
Économie de guerre et suppressions de postes
Cette politique de vaches maigres serait-elle plus ou moins volontaire de la part des pouvoirs publics ? Sandra en est persuadée. Pour elle, « on s’inscrit de plus en plus dans une économie de guerre ». Et de citer des propos du directeur sur « la menace russe » ou encore « une circulaire de François Bayrou, quand il était Premier ministre, qui recommandait de faire un pas de plus vers la rationalisation de la gestion de nos hôpitaux ».

Sandra et Manon évoquent également un autre enjeu caché de la réorganisation : les suppressions de postes. Si la direction avance masquée sur ce point, les deux collègues parlent d’une « économie de 49 postes » parmi les 1600 agents — dont 800 soignants — du Centre hospitalier Alpes Isère.
Cette situation globale entre pourtant en contradiction avec les ambitions nationales affichées pour la santé mentale. « Après 2025, la santé mentale demeure une grande cause nationale en 2026″, rappellent les élus CGT. Les pouvoirs publics ont ainsi martelé leur volonté de « renforcer la psychiatrie, d’améliorer les parcours de soins, de réduire le recours à la contention et de promouvoir des pratiques plus respectueuses des droits des patients », se souviennent-ils.
La santé mentale reste officiellement « une grande cause nationale »
Mais derrière les annonces, les moyens ne suivent pas et impossible d’atteindre ces objectifs dans les conditions actuelles. « Les personnels du CHAI demandent des bras, des lits et des conditions de travail qui permettent d’assurer des soins dignes, continus et sécurisés », concluent Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas.

Sans un réel engagement des autorités, celles-ci prennent le risque d’une vague de départs. Beaucoup, au CHAI, songent même à se réorienter, à l’image de Manon, qui entame une reconversion professionnelle. Et il sera bien difficile de compenser par la formation ou le recrutement. « Même en proposant des promotions à l’IFSI [NDLR : Institut de formation en soins infirmiers], ils n’arrivent pas à recruter. Les étudiants ne sont pas dupes, ils voient ce qu’il se passe sur le terrain. »
Sans changement à 180 degrés, Sandra et Manon sont assez pessimistes pour la suite. L’infirmière est lucide : « Ce sont des métiers de passionnés mais il y a des limites. Nos plannings, c’était le dernier truc attractif du CHAI, selon moi. S’ils suppriment ça… »
Les femmes, premières victimes de la réorganisation
Léa Martinez Comelli, animatrice du collectif droit des femmes à l’union départementale CGT Isère, en est convaincue : le projet de réorganisation du temps de travail portée par la direction du CHAI va « encore une fois reposer majoritairement sur les femmes ». Tout simplement, explique-t-elle, « parce que c’est encore elles qui ont pour énorme partie — 80/20 de répartition femmes-hommes — la charge domestique et éducative, et on a un emploi féminin à plus de 75 %. Donc c’est sur elles, d’abord, que va reposer cette contrainte des réorganisations de services. »
La responsable syndicale adresse un message à la direction et aux autorités de tutelle : « On sait que ça a été appliqué dans énormément d’hôpitaux mais on reste en résistance au CHAI et on va continuer à le rester. Car il n’y a pas de demande des agents pour passer à ces maquettes organisationnelles et modifier drastiquement leurs conditions de travail. »
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