mercredi 25 avril 2018

Crolles 2 : La CGT sonne l'alarme

Cet automne, des milliers de Grenoblois-es ont manifesté contre les ordonnances de la loi Travail 2. Après la lutte dans la rue, c'est désormais la lutte dans les entreprises. Dans l'immense usine de puces électroniques Crolles 2, la direction de ST Microelectronics tente d'appliquer l'une des mesures de la nouvelle loi Travail : affaiblir les Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), les réduisant de 24 à 3 élu-e-s. L'usine est pourtant classée SEVESO seuil haut.
Pour comprendre la situation, Ici Grenoble a interrogé les syndicalistes de la CGT ST Micro. C'est aussi l'occasion d'en savoir plus sur le fonctionnement de Crolles 2 et les coulisses de la Silicon Valley grenobloise...
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Ici Grenoble : Pour les Grenoblois-es qui ne connaissent pas l'usine de Crolles 2, pourriez-vous nous la présenter ?

CGT : Le complexe industriel de Crolles appartient à STMicroelectronics. Souvent appelée simplement ST, cette société internationale est d'origine Française et Italienne. Le S vient de SGS Society generaly di semicontuctor, et le T de Thomson. Le siège opérationnel et exécutif est situé près de Genève, en Suisse. À Crolles, ST développe, fabrique et commercialise des puces électroniques, des semi-conducteurs.
Pour être plus précis, il y a en fait deux usines distinctes. Crolles 1, la plus ancienne, fabrique des circuits électroniques sur des plaques de silicium de 200 millimètres. Crolles 2 fabrique des puces sur des plaques de 300 millimètres, ce qui permet de mettre beaucoup plus de circuits électroniques. Les deux usines sont rassemblées dans une entité juridique commune.
À quoi servent toutes ces puces électroniques ?
À beaucoup de choses ! Les puces sont destinées au marché automobile, à l'informatique, à l'imagerie, à la photonique, au secteur de l'énergie, à de nombreuses applications industrielles et grand public. L'un des marchés en forte croissance, ce sont les capteurs pour les objets connectés par internet.
Pour vous donner un ordre d'idées, les capteurs représentaient environ 16% du chiffres d'affaires de ST en 2013, l'automobile 21%, la puissance 22%, les microcontrôleurs et la mémoire 17%, l'imagerie et la photonique 6%.
Avec quelles matières premières fabrique-t-on ces puces électroniques ?

Il serait plus exact de parler d'intrants. Pour fabriquer des puces, il faut des tranches de Silicium, des gaz toxiques (AsH3, PH3, NF3...), des gaz corrosifs (HBr, HF...), des gaz neutres (N2, Ar, He...), des liquides tels que des acides et des bases (HF, H2SO4, NH3...), de l'eau de ville, des résines, des composants organiques à base de glycol, de l'électricité, des liquides inflammables (isopropanol, éthanol, chlore...). Il faudrait ajouter à cette liste toutes les pièces servant aux réparations des machines.

Pour quelles raisons le site est-il classé SEVESO seuil haut ?
Le site est passé SEVESO seuil bas à SEVESO seuil haut en mars 2017, en raison des volumes de stockage et de consommation de produits chimiques du site. Il faut rappeler que la directive SEVESO désigne une série de directives européennes qui imposent aux États membres de l'Union européenne d'identifier les sites industriels présentant des risques d'accidents majeurs, appelés "sites SEVESO", et d'y maintenir un haut niveau de prévention.

Quels sont les principaux risques à Crolles ?

Du fait des nombreux produits toxiques, ce qu'on appelle "les phénomènes dangeureux" sont nombreux. Il peut se produire une fuite lors du raccordement d'une bouteille de gaz toxique comme la phosphine, une intoxication au monoxyde d'azote, une perte de confinement de stockage du fluor, la rupture d'une tuyauterie de distribution d'un gaz toxique, une fuite au niveau d'un stockage de gaz inflammable comme le silane ou l'hydrogène, la perte de confinement d'ammoniaque ou d'acide fluorhydrique, l'épandage de liquide inflammables, l'explosion de la phase vapeur de liquide inflammable usagé, ou tout simplement un incendie.
La direction souhaite réduire les pouvoirs du CHSCT au sein de l'usine. Que se passe-t-il exactement ?
La direction de ST tente d'appliquer les mesures de la nouvelle loi Travail. Les ordonnances instaurées par le Président de la République Emmanuel Macron en octobre 2017 ont fait disparaitre les instances représentatives actuelles, c'est-à-dire les délégué-e-s du personnel (DP), le Comité d'Entreprise (CE) et le Comité Hygiène, sécurité et condition de travail (CHSCT). Elles sont remplacées par une instance unique, le Comité social et économique (CSE). Concrètement, le projet de la direction est de transformer les CHSCT de Crolles 1 et Crolles 2, qui regroupaient 24 membres, en une seule instance équivalente de 3 membres.
Il faut comprendre que les ordonnances Macron attaquent les deux instances qui avaient des moyens d'actions pour les salarié-e-s. Le DP et le CHSCT pouvaient réaliser des enquêtes, poser des "dangers graves et imminents". Ce droit d'alerte oblige l'employeur à obtenir des résultats sur ces actions. En désossant ces instances, le patronat se débarrasse de ces obligations. Il ne reste plus que l'instance CE, mais ce n'est qu'une instance consultative. La direction de ST essaie de vite s'engouffrer dans les ordonnances Macron, pour limiter l'action de salarié-e-s organisé-e-s et formé-e-s en syndicats, et donc restreindre la représentation des salarié-e-s.

C'est très grave, car dans un même temps la négociation dans l'entreprise va être renforcée. Une entreprise pourra faire voter des accords moins favorables que les conventions et les lois. En période de difficultés financières de l'entreprise, les risques seront accrus pour les salarié-e-s.
Pour que l'on se rende compte de l'importance d'un CHSCT, pourriez-vous nous présenter les avancées marquantes obtenues ces dernières années ?

Grâce aux efforts du CHSCT, nous avons obtenu la mise en place de nouveaux détecteurs d'ozone : les anciens étaient hors service depuis plusieurs mois et la direction traînait à les remplacer. Nous avons réussi à mettre en place un suivi médical des agents travaillant sur des équipements où l'on trouve de l'arsenic. De manière générale, nous avons aussi avancé sur la prévention des risques de violences sexistes.

Est-ce que l'Inspection du Travail a validé ce projet ?

On ne peut pas parler de validation pour le moment, car des négociations sont en cours.

Quelles sont les conséquences prévisibles d'un tel affaiblissement des contre-pouvoirs au sein de l'usine ?
Passer de 24 à 3 élu-e-s, comme la direction le prévoit, limitera fortement la gestion en terme de sécurité, d'hygiène et des conditions de travail. Le rôle du CHSCT est de traiter des problèmes en trouvant des solutions, mais surtout en évitant d'ignorer les situations problématiques. La prévention diminue les erreurs techniques et humaines. Il faut se rappeler qu'historiquement, la loi risque avait renforcé les moyens des élus CHSCT, pour éviter des dérives entraînant par exemple les malheureux accidents des usines AZF à Toulouse.

Comment réagissent les salarié-e-s depuis l'annonce de cette mesure ?

Les salarié-e-s y sont sensibles, mais ils et elles ne saisissent pas encore le réel impact de cette mesure.

Quelles actions syndicales prévoyez-vous ?

Nous sommes en train de diffuser une lettre ouverte aux associations de riverains de Bernin et de Crolles. Nous interpellons des politiques. Des actions de débrayages ou des grèves sont en préparation. Nous voulons un retour social au sein de ST, mais aussi une meilleure redistribution des richesses. Nous militons pour que les richesses produites servent à du progrès social pour les salarié-e-s.
Pour faire connaître la situation et alerter la population, nous organisons également une réunion publique à Crolles le jeudi 26 avril à 20h.
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Pour en savoir plus sur Crolles 2, nous vous recommandons également la fiche critique de Crolles 2 réalisée par Ici Grenoble.

Le personnel en grève de l’Ehpad la Maïsoun invite élus et citoyens demain

Le personnel de l’Ehpad la Maïsoun, dont une partie est en grève depuis le 13 avril 2018, invite, élus et citoyens, à venir les soutenir ce jeudi 26 avril, dès 10 h 30, sur le parking de la Maïsoun. Ce mouvement est motivé par le manque criant de personnel et la volonté de défendre la qualité des soins au sein de l’établissement. Les sections syndicales du Centre Hospitalier de La Mure Unsa santé et CGT santé et action sociale invitent demain : Monsieur Barbier, président du conseil départemental de l’Isère, Monsieur Bogey, directeur de l’ARS délégation départementale de l’Isère, Madame Hubert, directrice générale du Centre Hospitalier de La Mure, à venir rencontrer le personnel de l’Ehpad, les résidents et leurs familles afin de trouver ensemble des solutions rapides contre cette maltraitance institutionnelle. Elles invitent élus et citoyens, à venir soutenir le personnel en grève dès 10 h 30 sur le parking de la Maïsoun et à partager un déjeuner citoyen en apportant son casse-croûte.

Pour une France hospitalière et fraternelle, une Europe solidaire

Contribution pour une nouvelle approche et une autre politique des questions migratoires.
Pour lire la suite, cliquez-ici.

mardi 24 avril 2018

Philippe Martinez (CGT): "La grève à la SNCF peut s’arrêter si…"

"Pepy dit tout et son contraire, juste pour faire plaisir au chef."
"La grève à la SNCF peut s’arrêter si on trouve enfin des interlocuteurs qui ne font pas semblant de de pratiquer le dialogue social", indique le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez, dans un entretien à paraître demain dans notre journal.
Selon lui, le président et son gouvernement "ont des projets, ils sont sûrs d’avoir raison, et le reste ne les intéresse pas (…), ils ne font même plus semblant de discuter." Et pour la première fois, il s’en prend vivement au président de la SNCF, Guillaume Pepy : "Il faut qu’il arrête, lui ! (…) Pepy dit tout et son contraire, juste pour faire plaisir au chef."
Un point de satisfaction pour ce partisan de la "convergence des luttes" : l’unité actuelle des syndicats de cheminots. "Je vois bien que le gouvernement essaie de nous diviser, mais ça tient. La SNCF est un bon exemple de ce qu’on pourrait faire partout : on ne nie pas les différences, mais on cultive ce qui nous rassemble."

Face à Macron, nous sommes de toutes les mobilisations

Les mobilisations et les colères sociales s'étendent dans le pays contre les politiques d'austérité et d'injustice du gouvernement Macron, contre son arrogance et son autoritarisme. Les communistes sont de toutes ces mobilisations, dans le droit fil des votes de nos parlementaires à l'Assemblée nationale et au Sénat contre les lois et les budgets qui provoquent aujourd'hui tant de rejet. La journée d'action interprofessionnelle du 19 avril a marqué une nouvelle étape de l'extension de ces luttes. Des centaines de milliers de femmes et d'hommes participent désormais aux grèves et à de multiples actions pour leurs revendications, pour l'avenir des service publics, pour améliorer leurs conditions de vie et de travail, pour défendre leurs emplois, leur pouvoir d'achat, le droit aux études, pour  stopper les logiques libérales et conquérir de nouveaux droits.
Dans ces mobilisations multiples, un climat nouveau est en train de grandir. Dans les AG, les manifestations, dans les entreprises et sur les marchés, les débats s’aiguisent et la recherche de convergences, de solutions plus justes pour le plus grand nombre et d'idées alternatives aux logiques  de la finance capitaliste est mise en débat. Le mouvement peut et doit encore beaucoup grandir pour faire reculer le pouvoir Macron. Celui-ci ne s’y trompe pas en utilisant la force. Procédé connu, que nous condamnons fermement pour faire casser les mouvements en cours. C'est donc le moment d'intensifier nos actions, de populariser arguments et solutions nouvelles, d'unifier ces luttes car toutes se heurtent aux mêmes logiques d'austérité et de déréglementation sociale.
Emmanuel Macron et ses ministres trustent les médias, qui relaient quotidiennement les arguments du pouvoir. La bataille d'idées fait rage. Nous invitons les communistes, aux côtés des syndicalistes, à riposter pied à pied en portant des propositions alternatives pour financer les services publics, l'emploi, le pouvoir d'achat, les universités et l'éducation, et pour en finir avec les privilèges accordés à la finance, aux actionnaires, aux grandes fortunes. Dans cette bataille d'idées, les communistes  peuvent largement diffuser l'Humanité, l'Humanité Dimanche, la presse régionale progressiste, comme La Marseillaise, l’Echo. Ils peuvent également relayer, via les réseaux sociaux, toutes les luttes en cours, toutes les propositions et les argumentaires alternatifs développés par celles et ceux qui sont en lutte, et notamment les  vidéos argumentaires, les cahiers d'acteurs émanant du PCF, de ses parlementaires et élus·e·s. Nous pouvons inonder la toile si chacune et chacun les partage. Au-delà des réseaux sociaux, nous appelons à multiplier les réunions publiques et points de rencontre pour mettre en débat les propositions alternatives à la politique de Macron, afin que le pays s'empare de cette idée : "oui, d'autres choix sont possibles". 
Nous appelons l'ensemble des communistes à initier et à investir partout où ils vivent, où ils travaillent, les mobilisations, et à participer à tous les rassemblements, débats, manifestations, du local au national.
Dans tout le pays, préparons désormais un très grand 1er mai 2018 de mobilisations et de convergences qui aura une couleur particulière cette année. La vente militante du muguet par les communistes doit être ce jour là l'occasion d'un débat à grande échelle dans tout le pays.
Nous appelons les communistes à être présents et actifs, avec leurs propositions, dans tous les rendez-vous d'ores et déjà annoncés et dans ceux qui le seront dans les jours à venir, pour faire d'avril, mai et juin trois mois de luttes généralisées dans le pays : aux côtés des cheminot.e.s et des électriciens et gaziers, dans chacune de leurs journées de grève ; le 25 avril aux manifestations des chômeuses et chômeurs ; au meeting unitaire de la gauche et des écologistes du lundi 30 avril, Place de la République à Paris, et dans les initiatives unitaires de la gauche dans le pays ; le 3 mai avec les enseignant.e.s et les lycéen.ne.s contre la sélection ; le 5 mai à la manifestation « pot-au-feu : la fête à Macron » ; le 22 mai avec les fonctionnaires et les hospitaliers; le 9 juin pour la  « Marche sur l’Élysée » des « oublié.e.s de la République » ; le 14 juin avec les retraité.e.s ; le 23 juin à l' initiative nationale à l'appel de la Convergence des services publics et à toutes les autres initiatives qui continuent de se construire.
Le Parti communiste fera tout, au cœur de ces mois de luttes, pour que la convergence professionnelle, syndicale et des forces de gauche se renforce. Il agira pour qu'une date nationale de mobilisation réunissant l'ensemble de ces forces permette au pays de montrer son unité et sa force face au mépris du pouvoir. Il travaillera à la construction d'une plate-forme de convergence commune au maximum de ces forces.
Au service de cette dynamique, nous mettons sur la table la proposition d'une votation citoyenne nationale sur l'avenir du service public ferroviaire et de tous les services publics dont l'organisation serait à co-construire avec toutes les organisations, les citoyen.ne.s, les élu·e·s locaux qui le souhaitent.
Nous appelons à organiser la solidarité concrète avec les grévistes, mais aussi avec toutes celles et ceux qui souffrent et ont besoin de protection.
Nous proposons également d'organiser dans tout le pays des chaînes humaines pour protéger nos biens communs que sont les services publics et les emplois menacés dans les entreprises en lutte.

Le Comité exécutif national du Parti communiste français

Paris, le 22 avril 2018

lundi 23 avril 2018

CSG : les retraités appelés à manifester le 14 juin

Neuf syndicats et associations de retraités veulent une nouvelle manifestation d'ampleur contre la hausse de la CSG.

Contre la hausse de la CSG, entrée en vigueur au 1er janvier, neuf syndicats (CGT, FO, CFTC, CFE-CGC, FSU, Solidaires, FGR, LSR et UNRPA) et associations de retraités ont appelé à "une nouvelle journée nationale de manifestations" le 14 juin.
Cette troisième journée de mobilisation, après celles du 28 septembre et du 15 mars, a été lancée afin "d'accentuer la pression sur le gouvernement et sur les parlementaires", selon les organisateurs.
Par ailleurs, une pétition réclamant "une loi de finances rectificative qui annule la hausse de la CSG pour tous, mette fin au gel des pensions (et) décide de leur revalorisation" a été lancée en parallèle.

Premier recul du gouvernement

Environ 60% des retraités, soit 7,5 millions de personnes, sont concernés par l'augmentation de 1,7 point de la CSG. Annoncée par Emmanuel Macron durant sa campagne, cette mesure doit compenser la baisse de cotisations sociales des actifs.
Après les manifestations du 15 mars, le Premier ministre Edouard Philippe a toutefois reconnu qu'il fallait "corriger le dispositif" pour les "100 000 foyers de couples retraités" aux revenus "juste au-dessus" du seuil retenu.
Pour les neuf organisations de retraités, "ce premier recul reste bien trop limité", d'autant plus que ce "tout petit geste" est annoncé pour la prochaine loi de finances et ne s'appliquera donc qu'en 2019.