mardi 19 mars 2019

Comment La Poste tente de constituer une base de données géante sur « tous les Français »

Une entreprise française sait beaucoup de choses sur vous : où vous habitez, quand vous déménagez, de combien de membres se compose votre famille, quel type de colis vous recevez et de qui… Cette entreprise, c’est La Poste, déjà connue pour revendre des fichiers d’adresses à des entreprises pour leurs prospections commerciales. Un nouveau cap pourrait être franchi : La Poste a racheté une start-up grenobloise spécialisée dans l’intelligence artificielle, qui permet de collecter et d’organiser des milliards de données personnelles. Le Postillon, journal local isérois partenaire de Basta !, a enquêté sur ces pratiques. Ou comment l’ex-établissement public utilise sa position pour s’approprier un gigantesque patrimoine de données privées.
Cet article a été initialement publié dans le numéro de l’hiver 2019 du Postillon, journal régional de Grenoble et de sa région.
Ça vous est sûrement déjà arrivé : déménagement, donc changement d’adresse. Vous voulez faire les choses bien alors vous signez un contrat avec La Poste pour que votre courrier soit réexpédié. Et puis les semaines suivantes, vous ne comprenez pas. À peine arrivé dans votre nouveau chez-vous, vous recevez dans votre boîte aux lettres plusieurs publicités de grandes surfaces situées juste à côté. Qui leur a donné votre nouvelle adresse ?
La Poste, bien sûr ! Car il y a de fortes chances pour que vous n’ayez pas coché dans le bon ordre les petites cases à côté des petits caractères qui permettent que « vos données personnelles soient utilisées à des fins de prospection commerciale ». Avec les contrats de réexpédition, La Poste a le meilleur fichier d’adresses de France. Plein d’entreprises envoient des milliers de publicités à partir de leurs propres fichiers, bourrés d’adresses périmées. La Poste, elle, se vante d’ « une base, actualisée mensuellement, de plus de 15 millions de foyers français », validée sur le terrain par les postiers qui doivent vérifier votre pièce d’identité au moindre geste.

Des « données enrichies de critères géographiques, socio-démographiques et comportementaux »

Sur le site internet de Médiapost, la filiale de La Poste qui revend vos données, on peut lire des accroches comme : « Partez à la conquête de nouveaux clients. Artisan, TPE, PME ou grand compte : vous devez régulièrement recruter de nouveaux clients pour entretenir et développer votre portefeuille. La location de nos fichiers d’adresses postales, régulièrement mis à jour, vous permet de vous faire connaître rapidement de vos cibles au meilleur coût. »
Mais La Poste ne vend pas simplement une adresse afin d’« optimiser votre budget communication », elle croise ses données avec « des sources fiables, répondant à une charte rigoureuse : Insee, Direction générale des finances publiques, LSA, référentiels La Poste, études terrain et base Médiapost », pour proposer des « données enrichies de critères géographiques, socio-démographiques et comportementaux (âge, pouvoir d’achat, composition du foyer, caractéristiques de l’habitat, habitudes de consommation, loisirs, taux d’équipement...) ». La Poste peut ainsi satisfaire un « client » qui voudrait acquérir les coordonnées de – par exemple – femmes d’un quartier aisé âgées de 30 à 50 ans qui font des achats en ligne et possèdent une voiture.

« C’est un bonheur ! Une infinité de données clients, toutes celles qu’on peut collecter via nos échanges avec eux »

Depuis son passage en société anonyme en 2010, La Poste s’est « diversifiée ». C’est désormais une multitude de métiers et 350 filiales dans le monde entier : des banques, des assurances, un opérateur de téléphonie et des dizaines d’entreprises qu’on n’imagine pas liées à La Poste comme Asten Santé, société.com ou Kiss Kiss Bank Bank. Chaque entreprise produit des milliards de données sur la vie et le comportement de ses utilisateurs, pas juste leur adresse et un mail. La puissante Direction du numérique de La Poste déclare « rassembler ces données au sein d’un Data Lake (puits de données) » et par cet anglicisme esquive la réalité brutale : La Poste nourrit un méga-fichier sur presque toute la population. Et l’entreprise sait qu’il y a des profits à en tirer.
À la question « Qu’est-ce que la donnée à La Poste ? », Pierre-Étienne Bardin, « Chief Data Officer » de La Poste, répond avec enthousiasme dans une interview interne : « C’est un bonheur ! Une infinité de données clients, toutes celles qu’on peut collecter via nos échanges avec eux : quels produits ils consomment, quelle satisfaction, quelles réclamations… Des données relatives au service universel, industrielles, aux services à la personne, bancaires, assurantielles, immobilières… Un patrimoine inestimable que beaucoup nous envient ! » Mais comment extraire l’or de cette mine de données sur laquelle La Poste est assise, et faire parler ces milliards d’informations décousues ? Grâce à l’intelligence artificielle (IA), évidemment !

L’analyse prédictive des données : proposer les bons produits et services au bon moment

En 2016 Médiapost, la filiale communication et marketing de La Poste, a racheté Probayes, une start-up grenobloise spécialisée en IA qui travaille étroitement avec l’industrie de l’armement. L’intérêt de Médiapost pour Probayes réside dans sa spécialité « d’analyse prédictive des données ». Un document de la start-up intitulé « l’analyse prédictive au service de la performance de votre entreprise » se vante de pouvoir multiplier par sept l’efficacité des campagnes commerciales en « proposant les bons produits et services au bon moment ». L’idée n’est plus seulement de divulguer vos coordonnées, mais de prédire vos comportements, de pouvoir dévoiler aux entreprises quels produits il faut vous proposer, quand et comment. En partant d’informations récoltées minutieusement, vérifiées et actualisées sur le terrain par des salariés traqués et surveillés – un sujet pour un prochain numéro du Postillon ? –, l’efficacité serait d’autant plus redoutable.
Le « Gafa » français est-il jaune ? Bien entendu, tout cela n’est pas proclamé aussi clairement. Dans sa communication grand public, La Poste évoque l’intelligence artificielle et Probayes, mais pas le ciblage publicitaire. Pour illustrer la nouvelle diversité des métiers postaux, La Poste a réalisé une campagne présentant plusieurs de ses salariés en fonction de leur lieu de travail. Pour Grenoble, c’est forcément tombé sur les nouvelles technologies. Une pleine page présente ainsi Leslie et son charmant métier : « À Grenoble, j’analyse des datas pour votre entreprise, je suis postière. Leslie est data analyst chez Probayes, filiale de La Poste. Elle utilise l’intelligence artificielle pour optimiser le transport et la livraison des colis. »« Optimiser » le transport et la livraison de colis, qui peut être contre ? Ça passe forcément mieux que « Leslie utilise l’intelligence artificielle pour que La Poste vende des fichiers nominatifs à des entreprises dont le but est de vous faire acheter des choses dont vous n’avez pas besoin ».

Une base de données géante sur tous les Français pour faire comme Google et Facebook

Comme Leslie a l’air épanouie dans son travail, on a voulu en savoir un peu plus sur ces nouveaux métiers postaux et on est tombé sur des offres d’embauche étonnantes. La Poste recherche par exemple un chef de projet données client. Son rôle : travailler sur « le Programme prioritaire commun Connaissance clients, qui a pour mission de constituer une base de données centralisant les données des clients du groupe La Poste (hors données bancaires) et à terme potentiellement de tous les Français » pour « faire de la connaissance clients le levier de la performance de chacune des branches du groupe ». Une base de données géante sur tous les Français pour faire comme les Américains de Google et Facebook : transformer vos vies en données pour les revendre sur le marché de la connaissance client.
Mais le ciblage publicitaire, « l’optimisation » d’un des plus gros fichiers de France, c’est forcément un sujet sensible. Probayes et La Poste le savent. Jean-Michel Lefèvre, directeur général de Probayes, assure que sa boîte a « historiquement attaché beaucoup d’importance à l’éthique dans le traitement des données ». Pourquoi pas ? Ça coûte rien de le dire et rien ne permet de le prouver. Aucun contrôle ne peut être fait sur la « valorisation » de ces millions de données. Bien entendu, ce n’est pas un problème créé par Probayes ou La Poste, mais un danger global dans une société gouvernée par des algorithmes.

Double discours

La Poste et Probayes ont refusé de répondre à nos demandes d’interview, mais le PDG de La Poste lui-même paraît inquiet des dangers de la vie numérique. Dans un long texte sur le réseau social LinkedIn, Philippe Wahl, c’est son nom, regrette la « servitude volontaire » de ses contemporains : « Comme l’abordait Étienne de la Boétie, jeune écrivain et humaniste français, au 16ème siècle dans son Discours de la servitude volontaire, tout pouvoir ne peut dominer et exploiter durablement une société sans la collaboration, active ou résignée, d’une partie notable de ses membres. Si les technologies numériques ont investi notre vie quotidienne, il ne faut pas oublier leurs revers. (...) Accepter la servitude volontaire des technologies numériques n’est en aucun cas une obligation. Finalement, que faut-il laisser, ou ne pas laisser, de son intimité, de sa vie personnelle pour que l’ensemble des algorithmes fonctionne et nous rende la vie plus facile ? Nous sommes les seuls responsables de la mauvaise utilisation de nos données, de notre servitude volontaire. »
Après avoir lu La Boétie, Phillipe Wahl devrait se documenter sur la dissonance cognitive. Car s’il semble déplorer cette « servitude volontaire », l’entreprise qu’il dirige fait tout pour la développer, en poussant ses clients à préférer les services numériques plutôt qu’humains, en finançant une série d’innovations plus ineptes les unes que les autres comme cette tirelire connectée conçue par Yellow Innovation, le « laboratoire numérique » du groupe La Poste, un gadget qui apprend aux tout petits à devenir capitalistes et technophiles avant de savoir lire, ou en transformant les facteurs en simples robots devant suivre les machines. Mais aussi en donnant plus de pouvoir aux algorithmes grâce à Probayes. Phillipe Wahl a beau jeu de renvoyer à la « servitude volontaire » de tout un chacun – par ailleurs réelle –, il n’empêche qu’en ce qui concerne nos adresses postales, il est le premier « responsable de la mauvaise utilisation de nos données ».
Le Postillon

Comment une nouvelle « loi travail » pourrait bientôt s’attaquer à la santé et à la sécurité des salariés

Le gouvernement s’apprête-il à faire voler en éclat la législation sur les risques professionnels, censée protéger les salariés des atteintes à leur santé ? La ministre du Travail Muriel Pénicaud pourrait bientôt s’inspirer du récent rapport Lecocq pour modifier les lois actuelles. Ce dernier recommande d’assouplir plusieurs règles, notamment en renvoyant leur négociation à l’entreprise et non plus à la loi, dans la droite ligne des précédentes lois travail. Et d’exonérer le plus possible la responsabilité de l’employeur en cas d’accidents du travail ou de maladies professionnelles. Syndicats, experts et associations de victimes craignent un grand retour en arrière. Explications.

lundi 18 mars 2019

Après 4 mois de "gilets jaunes", CGT et FO unis mardi pour reprendre la main

La CGT et FO se retrouvent dans la rue mardi lors d'une rare journée commune de manifestations et de grèves, avec l'espoir de reprendre la main et de faire entendre leurs revendications sur le pouvoir d'achat, après quatre mois de "gilets jaunes".
Solidaires, la FSU et les organisations de jeunesse Unef (étudiants) et UNL (lycéens) ont également appelé à participer à cette mobilisation nationale qui touchera aussi bien le public que le privé afin d'"amplifier le mouvement social".
Le 5 février, près de 300.000 personnes avaient manifesté dans 200 villes selon les organisateurs, 137.200 d'après le ministère de l'Intérieur. Les cortèges s'étaient formés à l'appel notamment de la CGT, mais aussi avec la participation de "gilets jaunes" qui, jusqu'à présent, avaient regardé les syndicats avec méfiance.
Des militants Force ouvrière étaient présents dans ces manifestations. Mais pas la confédération de l'avenue du Maine en tant que telle, qui ne s'est jointe qu'une fois à la CGT pour appeler à manifester depuis le début du quinquennat. C'était en octobre dernier, juste avant que des "gilets jaunes" ne commencent à occuper des ronds-points et manifester chaque samedi.
Mardi, à Paris, les manifestants - salariés du privé, agents publics, étudiants, lycéens - défileront du boulevard Saint-Michel au Champ-de-Mars à partir de 13H00, avec en tête Philippe Martinez pour la CGT (2e syndicat français) et Yves Veyrier pour FO (3e).
"Nous avons de très bons échos de la mobilisation", s'est félicité Yves Veyrier il y a quelques jours devant la presse.
"Nous sommes déterminés à nous mobiliser car nous ne voulons pas être spectateurs, ni caution de décisions qui pourraient être prises en matière sociale à l'issue du grand débat", a-t-il fait valoir.
- Revalorisation du Smic -
Pour la CGT, "depuis plusieurs semaines, les questions de pouvoir d'achat (et donc des salaires), de justice fiscale, d'accès aux services publics sont clairement posées sous différentes formes d'expression", mais "le gouvernement reste enfermé dans ce qu'il pense être un +véritable débat+". La centrale de Montreuil "compte placer le débat où il doit être", notamment par "des actions dans l'entreprise et dans la rue".
"Évidemment", si les autres organisations "s'étaient associées, cela aurait donné plus de force", a regretté Yves Veyrier à propos de la CFDT, devenue il y a trois mois le premier syndicat français tous secteurs confondus, de la CFE-CGC et de la CFTC.
Souvent considéré comme épousant une ligne plus "réformiste" que son prédécesseur Pascal Pavageau, Yves Veyrier juge cependant nécessaire de "réhabiliter la question de la grève". C'est "le seul moyen pour les syndicats quand ils n'ont pas été entendus. Dans les entreprises, on observe que la grève, quand il y a revendication sur les salaires, permet d'obliger les employeurs à se mettre autour de la table", relève-t-il.
FO demande en particulier une revalorisation du Smic pour qu'il atteigne 80% du salaire médian, soit 1.450 euros mensuels net, et l'ouverture de négociations au niveau interprofessionnel permettant d'aborder l'ensemble de ses revendications.
De son côté, la CGT réclame notamment un Smic à 1.800 euros brut, la revalorisation de toute l'échelle des salaires, et des pensions de retraite au minimum à 1.200 euros net.
Les organisations appelant à l'action mardi n'oublient pas "les jeunes", pour qui "les difficultés ne cessent de croître".
La "réforme du lycée et de la voie professionnelle", la "progression de la précarité étudiante" et le "gel des prestations sociales ne font qu'attaquer le droit d'étudier", soulignent-elles.

dimanche 17 mars 2019

Malgré l’austérité, la France va dépenser 37 milliards pour son réarmement nucléaire


Emmanuel Macron a tranché : la France renouvellera les deux composantes de son arsenal de dissuasion nucléaire, navale et aérienne. Modernisation et renouvellement des sous-marins nucléaires, nouvelle génération de système porteur de missile, le projet de Loi de programmation militaire (LPM) pour la période 2019-2025 s’y engage : pour les décennies à venir, la dissuasion restera « la clé de voûte de notre stratégie de défense ».
Cette clef de voute a un coût : 25 milliards d’euros pour la période 2019-2023, puis six milliards par an jusqu’en 2025 et probablement au-delà. Un total de 37 milliards, soit 60 % de plus que dans la dernière loi de programmation militaire. Un exploit en pleine austérité budgétaire ! Ces investissements très lourds, qui engagent les Français pour les décennies à venir, interviennent alors que la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (Ican) vient de se voir attribuer le prix Nobel de la Paix et que 122 États membres des Nations Unies ont adopté en juillet dernier un Traité sur l’interdiction des armes nucléaires.
Les industriels entendus, pas le prix Nobel de la Paix
Pourtant, en France, le débat ne décolle pas. En 2016, la commission Défense nationale et forces armées de l’Assemblée nationale a bien produit un « rapport d’information sur les enjeux industriels et technologiques du renouvellement des deux composantes de la dissuasion », mais en refusant d’auditionner le représentant d’Ican France ni aucun autre expert qui pourrait questionner le principe de l’arsenal nucléaire. Pour les rapporteurs, « cela aurait été hors sujet de discuter du bien-fondé de la dissuasion ». Les industriels du secteur - Thalès, Safran, Airbus, Areva TA, DCNS, MBDA - ont bien été entendus.
Pourquoi ne pas se contenter d’une seule composante de l’arsenal nucléaire, entre force océanique stratégique – les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engin – et les forces aériennes stratégique – une cinquantaine de missiles nucléaires tirés à partir de Mirages 2000 ou de Rafales ? Quelle est la compatibilité de ces nouveaux investissements avec le Traité de non-prolifération des armes nucléaires auquel la France a adhéré en 1992 ? Cette captation des ressources de la défense par la dissuasion nucléaire se fait-elle au détriment des moyens alloués aux forces conventionnelles ? Quels sont les enjeux en terme de dépendance à l’uranium, et les impacts de son extraction ? Quelle est la réalité de l’autonomie stratégique française quand des groupes aux compétences essentielles pour le maintien de notre arsenal nucléaire passent ou pourraient passer sous contrôle étranger [1] ?
Pas évident que ces questions cruciales puissent être discutées lors du débat parlementaire, qui fait l’objet d’une procédure accélérée. A partir de fin mars, les députés voteront cette loi, engageant les crédits et la sécurité de la France et du monde à long terme. Un calendrier malencontreux : la Commission des Affaires étrangère de l’Assemblée nationale a créé une « Mission d’information sur le nucléaire » dans le cadre de laquelle des opposants à l’arme nucléaire, dont l’ancien ministre de la Défense Paul Quilès, ont été auditionnés [2]. Mais son rapport ne sortira qu’en juin, trop tard pour s’interroger sur notre « clé de voute » militaire et les milliards qu’elle exige.

samedi 16 mars 2019

les communistes du Grésivaudan

Les communistes du Grésivaudan ce matin sur le Marché du Touvet, tractant sur les européennes et annonçant le meeting de Ian Brossat le 5/04/2018 à Echirolles.

Déclaration de la Tendance Marxiste Internationale

« The ocean is rising, and we are too » [« les eaux se soulèvent, nous aussi »], pouvait-on lire sur une pancarte lors de la récente grève des jeunes pour le climat (#YouthStrike4Climate) à Londres. Partout dans le monde, des jeunes battent le pavé pour s’attaquer à l’enjeu le plus crucial de notre époque : la catastrophe climatique imminente. Lancées en Suède en août dernier avec les manifestations hebdomadaires d’une élève du secondaire, Greta Thunberg, les grèves des jeunes se sont rapidement propagées à l’échelle mondiale. Dans tous les pays, la situation est la même : une nouvelle génération radicalisée entre sur la scène politique et demande une intervention et un changement de système pour empêcher la destruction de l’environnement.
Le changement climatique n’appartient plus au futur. Déjà, les ouragans gagnent en puissance, les forêts brûlent et les canicules, sécheresses, inondations et famines causent des morts. Les phénomènes météorologiques extrêmes de ce genre sont rapidement en train de devenir la norme plutôt que l’exception. Le plastique et les déchets chimiques polluent les océans, tuant les poissons et les autres formes de vie marine. Les réserves d’eau souterraine sont en train de se vider ou d’être polluées, avec comme conséquence une rareté généralisée de cette ressource essentielle. Chaque année, de nouvelles espèces s’éteignent en raison de la destruction des écosystèmes.
Il faut agir immédiatement. Une réduction massive des émissions et des niveaux de pollution est essentielle. Des mesures d’atténuation à grande échelle doivent être prises, comme la reforestation et la construction d’infrastructures de protection contre les inondations. Mais les capitalistes et leurs représentants politiques sont complètement incapables de réaliser les changements radicaux nécessaires.
Des mesures à l’échelle mondiale sont nécessaires pour régler ce problème mondial, mais les gouvernements capitalistes sont impuissants. Cette inertie dans les hautes sphères, toutefois, ne s’explique pas simplement par un manque de volonté politique. Les « dirigeants » mondiaux ne restent pas passifs devant ce problème parce qu’ils manquent de détermination, mais parce que leur rôle principal est de défendre le système capitaliste, et non d’assurer l’avenir de l’humanité ou de la planète. Greta Thunberg, dans son discours devant la Conférence de l’ONU sur le changement climatique, a affirmé :
« Si les solutions sont introuvables à l’intérieur du système, alors peut-être devons-nous changer le système lui-même. Nous ne sommes pas venus ici pour demander aux dirigeants du monde de se sentir concernés. Vous nous avez ignorés jusqu’à maintenant et vous allez continuer à nous ignorer. Il n’y a plus d’excuses possibles et le temps presse. Nous sommes venus ici pour vous dire que le changement arrive, que ça vous plaise ou non. Le vrai pouvoir appartient au peuple. »
Ces propos touchent au cœur du problème. Thunberg souligne que les scientifiques sont ignorés, et demande que les gouvernements écoutent les preuves et les conseils des scientifiques. Mais les capitalistes et leurs politiciens ne seront convaincus ni par des arguments moraux, ni par des faits et des chiffres. Au bout du compte, on ne peut pas attendre de cette élite déconnectée qu’elle fasse quoi que ce soit pour protéger la Terre, étant donné que son seul critère est la maximisation du profit aux dépens de tout le reste.
C’est le système économique actuel, le capitalisme, qui est en train de tuer notre planète. Sa recherche insatiable du maximum de profits à court terme est responsable du nivellement vers le bas qui pousse constamment à la réduction des normes environnementales et des conditions de vie. Ce sont les multinationales qui décident quoi produire et comment. Mais elles prennent ces décisions sans aucun plan. À la place, c’est la soi-disant « main invisible » qui gère l’économie – autrement dit, l’anarchie du marché.
Les entreprises font tout à la va-vite et ignorent la réglementation tant qu’elles le peuvent pour réduire leurs coûts, surpasser leurs compétiteurs, conquérir de nouveaux marchés et maximiser leurs profits. Le scandale des émissions polluantes de Volkswagen le démontre clairement. La plupart des gros fabricants de voitures ont triché lors des essais sur leurs véhicules, ce qui leur a permis de contourner les normes en matière d’émissions. Pendant ce temps, les politiciens offraient des allègements fiscaux pour les voitures au diesel. La conséquence en a été une baisse drastique de la qualité de l’air dans les villes.
Les micro-plastiques sont un autre exemple. Les entreprises, libres de s’enrichir à tout prix, ont pollué les océans et leurs habitants avec de petites particules de plastique. Les conséquences de cette situation auraient pu facilement être prédites (et évitées). Mais le système ne réagit qu’une fois le mal est fait, et seulement avec des solutions partielles.
Les politiciens capitalistes n’ont rien à offrir en réponse à cette destruction. Tout ce qu’ils ont à proposer est de nous solidariser et faire de meilleurs choix individuels pour réduire notre empreinte carbone. Mais les « solutions » qui découlent de cette proposition sont entièrement réactionnaires. En substance, elles ne sont qu’un « écoblanchiment » de l’austérité – demandant aux travailleurs et aux pauvres de se serrer la ceinture pour résoudre un problème créé par les capitalistes et leur système pourri.
Surtout, cette approche libérale et individualiste ne tient pas debout. Par exemple, une étude récente révélait que cent grandes entreprises (principalement des producteurs d’énergie fossile) sont responsables de plus de 70 % des émissions de gaz à effet de serre.
Ce fait démontre bien qui sont les vrais responsables du changement climatique. Mais il nous montre aussi la solution. Ces énormes monopoles causent la majeure partie des dommages environnementaux. Toutefois, s’ils étaient nationalisés dans le cadre d’un plan de production socialiste, ils pourraient employer les technologies propres les plus modernes afin de réduire considérablement leurs émissions et la pollution en l’espace de quelques années.
En associant les meilleurs esprits scientifiques aux compétences des travailleurs, grâce à un contrôle démocratique des industries par les travailleurs, nous pourrions mettre toutes les capacités technologiques et toutes les ressources de la société au service de l’humanité et de la planète.
Les mouvements politiques et sociaux de gauche prennent leur essor partout dans le monde. Il faut maintenant que la combativité et la radicalité des grèves étudiantes pour le climat se retrouvent dans ces mouvements plus vastes, où la jeunesse et les travailleurs se battent côte à côte pour des politiques environnementales socialistes audacieuses.
Dans certains pays, les grévistes du climat sont allés à la rencontre des syndicats pour leur demander leur soutien. C’est la bonne approche. Les syndicats doivent maintenant réagir en soutenant les étudiants par la mobilisation et par des grèves. Le réchauffement climatique est un problème qui ne touche pas que les jeunes, mais tous les travailleurs.
Armée d’un programme socialiste, le pouvoir de la classe ouvrière serait invincible. Comme les marxistes l’ont toujours dit, pas une ampoule ne brille, pas une roue ne tourne sans la permission de la classe ouvrière.
Ce n’est qu’en abolissant le système capitaliste et en le remplaçant par le socialisme que nous pourrons gérer les ressources de la planète de façon démocratique. Seule la transformation socialiste de la société peut nous permettre de satisfaire les besoins de la majorité tout en respectant l’environnement, plutôt que de générer des profits pour une minorité de parasites.
Nous possédons déjà la technologie et la science nécessaires pour faire face aux changements climatiques. Mais sous le capitalisme, ces forces sont consacrées à détruire la planète plutôt qu’à la sauver. Seuls deux choix s’offrent à nous : socialisme ou barbarie. Une révolution est nécessaire.

jeudi 14 mars 2019

SUBVENTIONS PUBLIQUES, FIN DES CONTRATS AIDÉS.... COMMENT FAIRE VIVRE LES ASSOCIATIONS ?

Rappel des faits Notre pays compte 1,3 million d’associations actives comprenant 15 millions de bénévoles et salariés. Les conditions de leur existence sont posées.
Marie-George Buffet Députée PCF de Seine-Saint-Denis et ancienne ministre de la Jeunesse et des Sports
Philippe Jahshan Président du Mouvement associatif
Jean-Baptiste Jobard et Gilles Rouby Coordinateur et administrateur du Collectif des associations citoyennes

être à la hauteur de l’engagement citoyen

Marie-George Buffet
Députée PCF de Seine-Saint-Denis et ancienne ministre de la Jeunesse et des Sports
Le monde associatif n’a pas mis longtemps à comprendre comment se traduirait pour lui l’arrivée du « nouveau monde » au pouvoir. Baisse du budget dédié au développement de la vie associative, fin brutale des contrats aidés, recours toujours aussi massif aux appels à projet et baisse des subventions pluriannuelles : voilà la mise en marche de l’affaiblissement d’un secteur apparaissant de plus en plus comme un pilier fondamental de l’État dans la mise en œuvre de ses politiques publiques.
Le monde associatif représente 1,3 million de structures, 13 millions de bénévoles et pratiquement 1,9 million de salariés dans 163 400 associations employeuses. Derrière ces chiffres se cache une utilité sociale difficilement quantifiable mais tellement importante, tant les associations apparaissent comme le lien vital à la cohésion de notre pays. Lorsque l’État se désengage, il se tourne le plus souvent vers le monde associatif pour prendre le relais de ses actions. C’est ainsi que les associations payent deux fois le prix des politiques comptables de l’État. D’une part, parce qu’elles assument pleinement le rôle qu’il ne veut plus remplir et que les collectivités territoriales ne peuvent plus assumer. D’autre part, parce qu’il leur est donné de moins en moins de stabilité financière.
En juillet 2017, soit seulement quelques mois après l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, la baisse brutale des contrats aidés a déstabilisé durablement les structures associatives. Au nombre de 459 000 en 2017, les contrats aidés ont été réduits à seulement 200 000 en 2018. Leur prise en charge par l’État a également chuté, passant de 60 % à 85 % du Smic horaire brut avec les anciens contrats à 50 % de prise en charge avec les nouveaux Parcours Emploi Compétences. Si les contrats aidés n’étaient pas toujours le dispositif le plus adapté pour leurs bénéficiaires, ils permettaient néanmoins aux associations de pallier le désengagement des pouvoirs publics. C’est pour cela que je réclame la mise en place de véritables emplois associatifs qualifiés, en parallèle des dispositifs d’insertion.
D’autres mesures ont eu un impact conséquent sur les ressources des associations. La réserve parlementaire représentait environ 50 millions d’euros reversés par les parlementaires aux associations actives dans leur circonscription. Lorsque la fin de cette réserve a été adoptée, seulement 25 millions supplémentaires sont venus abonder, en 2018, le Fonds pour le développement de la vie associative afin de compenser cette suppression.
Enfin, la transformation progressive des subventions pluriannuelles en appels à projet qui a eu lieu ces dernières années, doit cesser car elle dévoie le fait associatif, obligeant les structures à se contorsionner pour être éligibles au financement. Il convient ainsi de redonner aux associations plus de visibilité financière pour qu’elles développent leurs propres actions sans les considérer comme de simples prestataires de l’État.
Le gouvernement et sa majorité doivent renouer le lien de confiance entre l’État, le monde associatif et les bénévoles qui le font vivre. Leur engagement doit être mieux valorisé, le fait associatif doit être respecté et, surtout, il faut cesser de demander aux associations de remplir des missions qui, normalement, incombent à la puissance publique. Ce n’est qu’à ces conditions que l’État sera enfin à la hauteur des femmes et des hommes qui s’engagent au quotidien au service des autres.

Pourquoi soutenir la vie associative ?

Philippe Jahshan
Président du Mouvement associatif
Les associations sont partout présentes en France. De la multitude d’associations locales, rassemblant les habitants d’un village autour d’activités de toute nature, jusqu’aux associations nationales agissant partout au travers de leur réseau au service de la solidarité, de la défense des droits, de la protection de l’environnement, en passant par les clubs sportifs, les associations culturelles, les associations d’aide à domicile, les centres d’animation qui permettent l’accès à tous les publics à des activités et services autrement inaccessibles, le tissu associatif, multiforme, est un acteur essentiel du lien social et de la cohésion territoriale. La vie associative, ce sont des innovations sociales au quotidien pour trouver des solutions aux besoins, le premier lieu d’engagement, une école de l’émancipation citoyenne. C’est aussi de l’emploi, et de l’économie sociale et solidaire qui produit des richesses matérielles et immatérielles, dans un but non lucratif, fondé sur le principe de la gestion désintéressée et de la propriété collective. Autant d’éléments qui appellent à ce que la vie associative, et son développement, soit un véritable sujet de politique publique parce qu’elle est constitutive de notre contrat social, de ce qui tient la nation, de ce qui fait société.
Pourtant, c’est plutôt à une fragilisation du tissu associatif qu’on a assisté ces dernières années : choix de la commande publique au détriment des subventions qui vient affaiblir l’initiative associative, suppression brutale des emplois aidés mettant en danger des activités menées au service des citoyens, réforme de l’ISF venant fortement impacter les dons, renforcement des complexités administratives de toutes sortes ne tenant pas compte de la nature bénévole de nombreuses activités associatives… La vie associative ne dépend pas que des politiques publiques, loin de là, la constance de l’engagement des Français dans les associations le montre bien. Mais dans la situation actuelle que traverse notre pays, plus que jamais négliger la force que représente l’action associative au service d’une société plus juste, plus durable, plus solidaire serait une erreur certaine. Les questions de vie associative devraient non pas occuper la périphérie de nos politiques, comme cela est toujours le cas, mais en constituer la centralité. Cela passe certainement par des moyens : moyens mis au service de l’emploi associatif pour soutenir le développement d’activités socialement utiles ; moyens mis sur la formation des bénévoles, qui, par leur action, produisent une richesse jamais mesurée mais pourtant essentielle à notre société ; moyens mis pour l’accompagnement des organisations associatives dans leur développement et leurs enjeux d’évolution. Mais si les moyens sont importants, il ne peut s’agir que de cela. Il s’agit surtout de construire, avec les acteurs, une véritable stratégie pour le développement de la vie associative : politique interministérielle pour favoriser l’engagement tout au long des parcours de vie ; reconnaissance du modèle non lucratif dans les politiques économiques, en matière de commande publique, de fiscalité, de modes de financement ; préservation des libertés associatives dans toutes leurs expressions, et soutien aux initiatives citoyennes, cœur de la vitalité associative et démocratique de notre pays. Ce sont les enjeux d’une politique de vie associative ambitieuse, essentielle aujourd’hui au regard des réponses que les associations, par leur modèle et par leurs actions, sont en capacité d’apporter aux enjeux de société et aux crises que nous traversons.

sous la coupe du néolibéralisme

Jean-Baptiste Jobard et Gilles Rouby
Coordinateur et administrateur du Collectif des associations citoyennes
Tandis que j’agonise. Ce sont peut-être des titres issus de l’œuvre de W. Faulkner qui trament le mieux un propos cherchant à décrire pourquoi et comment les associations sont au bord de la rupture.
Lumière d’août. À l’été 2017, la décision brutale de la suppression de nombreux emplois aidants est venue accélérer la fin programmée de petites et moyennes structures pourtant nécessaires à la biodiversité d’un paysage associatif composé par un ensemble d’organisations, hétérogènes certes, mais qui doivent toujours faire plus avec moins ! Le Bruit et la Fureur. Le front commun des fédérations et représentants d’associations qui ont réagi à cette mesure inique est sans précédent historique et ces voix se sont naturellement mêlées à d’autres protestations. « En même temps », les tentations répressives du pouvoir en place se concrétisaient à travers des « procès bâillons » ou d’ubuesques poursuites de militants écologistes ou de défenseurs des droits humains… La situation est telle qu’elle nous amène, quelques années après avoir élaboré une « cartocrise participative », à concevoir actuellement un observatoire de la répression de la vie associative ! Depuis 2016, le gouvernement prône le développement de « contrats à impact social », qui introduisent les tristement célèbres partenariats public/privé dans le domaine social. Avec la « French Impact » qui incite les associations à se transformer en start-up dans une économie de marché, leur mise en concurrence avec les entreprises privées devient la règle.
Sanctuaire. De la loi dite Macron de 2015 aux lois sur la sécurité intérieure banalisant l’état d’urgence, sur une société de confiance, sur le secret des affaires… les associations ont plus de difficultés pour intervenir dans le débat public. Cette atteinte aux capacités d’expression, de contestation et d’action de la société civile n’est évidemment pas sans rapport avec un certain nombre d’aspirations politiques exprimées dans les plus récents mouvements sociaux comme celui des gilets jaunes.
Il s’agit de les sanctuariser, c’est-à-dire de contrer la tendance de fond qui assèche les sources de financement des espaces publics de proximité, où se construisent les enjeux territoriaux du vivre-ensemble, où s’expriment les besoins sociaux et où les initiatives non lucratives inventent tous les jours des solutions, comme l’atteste la cartographie commune à voir sur transiscope.org.
Le défi est de taille car il ne s’agit pas seulement d’une question de baisse de moyens, mais plus généralement de la conception même qu’on se fait de la liberté associative en France. À l’heure où les subventions publiques ne représentent plus qu’un euro sur cinq dans les budgets associatifs, on observe deux phénomènes antinomiques avec l’esprit même de la loi de 1901. D’une part, l’appel croissant à des ressources privées pousse les actions des associations vers les logiques de marché, parfois au détriment des populations les plus en difficulté. D’autre part, la survie des associations (et d’un nombre important des presque 2 millions d’emplois qui s’y rattachent) passe de plus en plus par un rôle subi d’exécutant de politiques publiques… décidées sans elles. À cet égard, la réduction du périmètre des services publics promise par le programme Action publique 2022 n’est pas faite pour rassurer…
Cette sanctuarisation consistant à préserver l’ADN associatif relève de notre responsabilité collective. Nous atteler à la tâche aussi vitale qu’urgente consistant à construire une société soutenable, participative et solidaire nécessite de « changer de cap ».

mercredi 13 mars 2019

Voici le texte de la Tribune du Monde que j'ai co-signée.

Voici le texte de la Tribune du Monde que j'ai co-signée.
« Que les multinationales paient leurs impôts là où elles font leur chiffre d’affaires ! »
Tribune. C’est l’autre affaire du siècle, vile et insidieuse. Elle corrompt tout, sape les Etats, instille le soupçon, alimente les inégalités, affaiblit nos modèles sociaux, dévore l’avenir. Les paradis fiscaux de quelques-uns sont l’enfer de tous les autres. Quand les plus grandes fortunes mondiales et les multinationales échappent à l’impôt, quand les petits paient pour les gros, avec parfois la complicité coupable des Etats, les milliards manquent à la santé, à l’éducation, à l’environnement. La maison brûle et on regarde ailleurs.
Les rapports des ONG s’ajoutent aux travaux des experts pour donner l’ampleur du scandale. 8 % du patrimoine financier mondial est détenu dans les paradis fiscaux, soit près de 7 900 milliards d’euros. 40 % des profits des multinationales sont déclarés dans des paradis à fiscalité faible ou nulle, soit près de 650 milliards de dollars chaque année. Leurs profits croissent et pourtant leurs impôts baissent… Il manque à la France et à l’Union européenne 20 % de leurs recettes au titre de l’impôt sur les sociétés. Et que dire de la fortune des milliardaires qui continue année après année de croître trois fois plus vite que la richesse moyenne par tête ?
« Une réforme permettant de lutter contre l’optimisation fiscale agressive des multinationales est non seulement souhaitable, mais elle est possible »
Devant l’ampleur de l’injustice, qu’aucune équation simpliste suggérant moins de services publics pour moins d’impôts ne viendra résoudre, le consentement à l’impôt chancelle, la démocratie vacille, la rage gronde. Comme pour le réchauffement climatique, la crise n’est désormais plus devant nous, elle est là, déjà. Enorme. L’heure n’est plus aux plaidoyers, aux formules alambiquées et prétendument savantes, aux déclarations d’estrade à Davos ou ailleurs. On ne peut plus laisser les multinationales se moquer des Etats et des peuples, faire leurs lois au détriment de la loi, opposer leur volonté à la volonté générale. Il faut agir.
Après la Grande-Bretagne et l’Autriche, la France, prenant acte de l’échec des négociations européennes, vient ainsi d’annoncer son intention de taxer les géants du numérique en France, Google, Apple, Facebook, Amazon (GAFA)… Le gouvernement envisage une taxe assise sur le chiffre d’affaires digital, sans lien avec les bénéfices, qui laisse un peu circonspect certes, une taxe au rendement faible et incertain sans doute, mais un acte politique important qui ouvre une voie. Une voie qui pourrait n’être qu’une impasse cependant, si le gouvernement devait continuer d’ignorer la situation de tant de grandes entreprises qui échappent à l’impôt, prenant ainsi le risque du solde de tout compte.
Un phénomène généralisé
C’est pourquoi nous interpellons le gouvernement. Encore un effort ! Pourquoi ne taxer que les GAFA ? McDonald’s, Nike, Fiat et Total n’utilisent-ils pas eux aussi les paradis fiscaux à grande échelle ? Les chiffres sont clairs : la délocalisation artificielle des profits est un phénomène généralisé, qu’on trouve aussi bien chez les géants du numérique que dans l’industrie pharmaceutique, la finance ou l’agroalimentaire. La mesure du gouvernement va dans le bon sens, mais reste, à ce stade, anecdotique. Or une réforme permettant de lutter contre l’optimisation fiscale agressive des multinationales est non seulement souhaitable, mais elle est possible.
Nous proposons que chaque société domiciliée à l’étranger vendant des biens ou des services en France, pour un montant excédant 100 millions d’euros, paie l’impôt sur les sociétés en France, qu’elle possède un établissement stable en France ou non. Les bénéfices imposables seraient ainsi calculés en multipliant les bénéfices mondiaux consolidés du groupe par la fraction de ses ventes mondiales effectuées en France. Cette solution a le mérite de dissocier la répartition de l’assiette taxable de celle des implantations physiques et donc de garantir la pérennité de notre base industrielle. Le principe est simple : les multinationales doivent payer leurs impôts là où elles font leur chiffre d’affaires.
Ce principe simple, l’Europe devrait l’adopter, en faire son combat acharné en instituant un impôt commun sur les sociétés finançant un budget de l’Union européenne géré démocratiquement. C’est notre aspiration. Mais sans attendre, la France peut dès à présent montrer le chemin.
Des solutions existent et des amendements jusqu’alors repoussés ont été déposés, le gouvernement peut les reprendre à son compte. Lutter pour la justice fiscale et le réarmement des Etats appelle plus qu’une taxe sur les GAFA. Encore un effort pour que nos enfants jamais ne nous disent : « Vous aviez semblé faire, mais vous aviez fait semblant ».
Signataires : Lucas Chancel, économiste, codirecteur du World InequalityLab ; Olivier Christin, historien, université de Neuchâtel, Suisse ; Anne-Laure Delatte, économiste, chargée de recherche au CNRS ; Gilles Dorronsoro, politiste, université Paris-I Panthéon-Sorbonne ; Olivier Faure,député, premier secrétaire du Parti socialiste ; Marion Fontaine, historienne, maître de conférences à l’université d’Avignon ; Ulrike Guérot, politiste, professeure à l’Université du Danube, Autriche ; Stéphanie Hennette, juriste, professeure à l’université Paris-Nanterre ; Régis Juanico, député, membre de Génération.s ; Pierre Laurent, président du Conseil national du Parti communiste ; Michel Lussault, géographe, ENS Lyon ; Frédérique Matonti, politiste, professeure à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne ; Alexandre Ouizille, président de la plate-forme Hémisphère gauche ; Thomas Piketty, économiste, directeur d’études à l’EHESS ; Christophe Prochasson, historien ; Xavier Ragot, économiste, Sciences Po ; Dominique Rousseau, constitutionnaliste, université Paris-I Panthéon-Sorbonne ; Guillaume Sacriste, politiste, maître de conférences à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne ; Laurence Scialom, économiste, professeure à l’université Paris-Nanterre ; Boris Vallaud, député, membre du Parti socialiste ; Antoine Vauchez, politiste, directeur de recherche au CNRS ; Frédéric Worms, philosophe, ENS Paris ; Loïc Blondiaux, politiste, Sciences Po Paris ; Gabriel Zucman, économiste, professeur à l’université de Berkeley, Etats-Unis

Pierre LAURENT

mardi 12 mars 2019

Le 10 mars St Martin D’hères, journée d’espoir pour l’Humanité !

Le 10 mars St Martin D’hères, journée d’espoir pour l’Humanité !
A St martin D’Hères, la salle Ambroise Croizat affichait complet lors de la journée dimanche 10 mars en solidarité avec le l’Humanité. Ambiance chaleureuse avec 200 personnes , 165 au repas de qualité ,merci à Pierre Baudet et les amie-es au service qui ont largement assurés . L’invitation de la St des lecteurs et lectrices de l’Humanité de l’Isère, et PCF 38 à la journée dans le cadre de la mobilisation nationale pour sauver le journal est un réel succès. Des abonnements au journal une grande souscription au journal.Une dizaine d’organisations, des élu-e-s, divers personnalités avaient tenu à témoigner leur soutien au journal. Les nombreuses interventions ont exprimé le rôle irremplaçable de l’Humanité , Paix, de la justice sociale, démocratie et libertés, solidarité internationale, antiracisme , Défense de l’emploi , des services publics. Gérard Mordillat, invité d’honneur n’a pas manqué de son intervention de soulever l’enjeu politique, démocratique, qui se joue autour de la bataille pour l’Humanité et d’insister sur l’urgence de réaliser des abonnements, garants de son existence. Après la chorale des Barricades , avec qui c'est un plaisir de partager des chansons révolutionnaires, nous avions un peu du mal à nous quitter, avec cette journée , les signes sont là pour dire longue vie à l’Humanité !