mercredi 17 janvier 2018

Invitation de la section PCF du Grésivaudan




                    Section du Grésivaudan






Madame, Monsieur, cher·ère·s ami·e·s,

 Les communistes du Grésivaudan tiendront leur assemblée générale :

Samedi 20 janvier 2018, salle Chartreuse (groupe scolaire Ardillais) à CROLLES.
A 18h à l’issue de leurs travaux

Elles et ils vous invitent, sympathisant-e-s et ami-e-s à un moment d’échange sur l’actualité politique. Ce moment se terminera par un apéritif et celles et ceux qui le souhaitent pourront clôturer la soirée par un repas fraternel.  (Sur inscription uniquement)

MENU : Paella – Dessert – Café Participation aux frais 15€

Planète pêche électrique parlement européen Le Parlement européen vote l’interdiction de la pêche électrique

Par 402 voix pour, 232 contre et 40 abstentions, les députés européens ont voté « l’amendement 303 » interdisant la pêche électrique dans les eaux européennes. Photo : Marcel Mochet/AFP
Les députés européens ont voté ce midi à une large majorité un amendement interdisant la pêche électrique dans les eaux européennes.
Ce matin, le résultat était encore loin d’être acquis, malgré une forte mobilisation au cours des derniers jours des ONG et des députés européens opposés à la pêche électrique. Le vote qui s’est déroulé vers 13h au Parlement européen, a permis de lever tous les doutes.
Par 402 voix pour, 232 contre et 40 abstentions, les députés européens ont voté « l’amendement 303 » interdisant la pêche électrique dans les eaux européennes. Une victoire saluée par tous ceux qui ont activement milité pour l’interdiction de cette pratique halieutique destructrice de la ressource et des fonds marins, tout particulièrement les Verts et la Gauche unitaire européenne, ainsi que certains socialistes et des députés libéraux et de droite.
L’écologiste Yannick Jadot (Verts-ALE) souligne l’importance qu’a eue la mobilisation citoyenne très large, impliquant les ONG et des associations, les pêcheurs artisanaux, les scientifiques, une partie de la grande distribution ainsi que des chefs de cuisine, pour aboutir à ce vote. « Une très belle victoire, » se réjouit-il, « contre une pêche terriblement néfaste, une véritable arme de prédation massive. » Même réaction du côté de la Gauche unitaire européenne. Même réaction pour Younous Omarjee (GUE-GVN), qui s’est particulièrement impliqué contre la pêche électrique, et parle d’« un vote historique et d’une « immense victoire, » qu’il attribue également à la large mobilisation citoyenne. Même si tous les doutes ne sont pas levés sur le devenir à terme de ce mode de pêche, tous les défenseurs de l’environnement et d’une pêche plus respectueuse de la ressource, ont poussé ce matin un ouf ! de soulagement.

Des dérogations illégales

La pêche électrique est interdite en Europe depuis 1998, comme elle l’est dans les autres continents, mais des dérogations avaient été accordées depuis 2006, autorisant la pêche électrique à des fins scientifiques, sans que ce mode de capture puisse cependant dépasser les 5% de l’ensemble des pêches pratiquées en Europe. Mais les pêcheurs des Pays-Bas s’étaient engouffrés dans la brèche, dépassant largement les quotas autorisés, puisque 28% de la flotte néerlandaise pratiquerait actuellement la pêche électrique. L’Union européenne, allant elle-même au delà de ses propres recommandations, aurait accordé 87 licences aux Pays-Bas pour ce type de pratique, sous la pression des lobbies néerlandais, selon les opposants à ce mode de pêche. Ceux-ci ont fait valoir, tout au long du débat animé qui a précédé le vote du Parlement européen, et études à l’appui, que la pêche électrique ravage les fonds marins, détruisant les écosystèmes et les zones de reproduction. Ils ont également dénoncé les conséquences sociales de cette pratique halieutique, qui défavoriserait les pêcheurs au chalut traditionnel, fileyeurs et petits pêcheurs côtiers. Les représentants des pêcheurs du Boulonnais et du Dunkerquois ont pu témoigner de la baisse drastique de leurs prises, suite à l’accroissement de la pêche électrique par les bateaux néerlandais, dans leurs zones de pêche, au sud de la Mer du Nord.
Les défenseurs du projet avaient mis en avant l’efficacité supérieure de ce procédé de pêche qui rapporterait 4 à 5 fois plus de poissons que la pêche classique au chalut, permettant également d’économiser du carburant pour les navires qui, sortant moins longtemps et consomment moins d’énergie.
Le débat technique sur les dégâts produits par ce type de pêche est monté d’un cran il y a quelques jours quand Bloom, une ONG spécialisée dans les questions halieutiques, a révélé que la Commission européenne n’avait pas tenu compte d’un long rapport d’expert de 2006 qu’elle avait elle-même commandée, et qui était défavorable à la pêche électrique. Les experts scientifiques de l’UE mettaient en garde « contre les problèmes qui devraient être résolus pour accorder des dérogations, » ce qui n’a jamais été fait. Des député.e.s européens Verts ( Verts-ALE ), ceux de la Gauche unitaire européenne ( GUE-GVN ) et certains député.e.s socialistes, notamment français.e.s, avaient enfoncé le clou, exigeant des explications de la Commission européenne, accusé d’être allée à l’encontre de ce rapport, et peut-être même d’en avoir sciemment caché les conclusions. Ce dernier épisode, mettant en cause la bonne foi de la Commission européenne dans le dossier de la pêche électrique, a sans doute dû peser lourd dans le choix des députés européens au moment du vote. Il reste maintenant à savoir comment la Commission européenne va tenir compte de ce vote du Parlement. Les députés, y compris les députés français de droite, ont promis de veiller à l’application effective de l’interdiction de la pêche électrique en Europe.

mardi 16 janvier 2018

La sélection à l’université : vieux rêve du patronat

Macron a prévu de mettre en place un « droit à l’erreur » pour le patronat, mais pas pour la jeunesse ! Les attaques contre les conditions d’études ont remplacé les promesses évasives. La loi « d’orientation et de réussite » instaure la sélection à l’université. Son objectif réel n’est pas de favoriser la « réussite » des étudiants, mais de réduire leur accès à l’enseignement supérieur, dans un contexte où leur nombre augmente régulièrement (40 000 de plus cette année).
Le baccalauréat ne sera plus le seul critère retenu pour être admis à la fac. Des remises à niveau, des orientations forcées et des critères d’entrée seront imposés. Des bacheliers pourront être refusés dans les 160 filières « en tension » (dont le nombre risque d’augmenter). Bien sûr, ce sont d’abord les étudiants les plus pauvres qui en feront les frais.
Le gouvernement dit vouloir mettre fin au système injuste du « tirage au sort ». Mais le remède est pire que le mal, car il ouvre la voie à une sélection de plus en plus sévère, mais aussi, en conséquence, à une concurrence accrue entre universités et à la fin de la valeur nationale des diplômes. Pour éliminer toute pratique de sélection, il faut un investissement financier massif : embaucher des enseignants et du personnel administratif, agrandir ou construire des facs, etc. Or c’est l’austérité qui est la règle d’or de la politique gouvernementale, ici comme ailleurs.

« En marche » vers le passé

La sélection à l’université est un vieux rêve de la classe dirigeante, qui se dit : « A quoi bon dépenser de l’argent pour des étudiants qui finiront précaires ou chômeurs ? » Pour eux, il y a trop d’étudiants, trop de savoir, trop de tout. En 1986, le gouvernement de Jacques Chirac avait tenté de mettre en place la sélection (loi Devaquet). Cela avait suscité un puissant mouvement de lycéens et d’étudiants – attisé par la mort de Malik Oussekine, sous les coups de la police. Craignant que les salariés entrent dans l’action, Chirac avait retiré son projet de loi.
Poussée par la crise du capitalisme et le creusement de la dette publique, la bourgeoisie repasse à l’offensive. Les rituelles « journées d’action » syndicales contre la loi Travail n’ayant pas beaucoup mobilisé, Macron juge que c’est le bon moment pour attaquer la jeunesse. De fait, les étudiants et les lycéens se sont peu mobilisés, à ce stade (fin décembre). Sont-ils pour autant d’accord avec la politique de Macron ? Non. Seuls 23 % des jeunes de moins de 24 ans ont voté pour Macron au premier tour de la présidentielle, contre 30 % pour Mélenchon. Mais ils voient l’échec du mouvement contre la loi Travail. Sur les facs, les organisations étudiantes sont plus faibles que jamais. Ceci nourrit un certain attentisme. Mais cela changera. Les attaques contre la jeunesse – étudiante et salariée – finiront par provoquer de fortes mobilisations. Et compte tenu de la crise, elles auront un caractère très politique : elles viseront non seulement telle ou telle contre-réforme, mais l’ensemble du système.

Hommage à Jean Salem

Je viens d'apprendre la mort de Jean Salem, qui était connu à la fois comme professeur de philosophie à la Sorbonne, auteur de nombreux livres et animateur du Séminaire « Marx au XXIe siècle ». J'imagine que cette nouvelle a touché tous ceux qui, à son contact, ne fût-ce que dans ses cours ou son Séminaire, ont ressenti le profond charisme de cet homme, au sens le plus noble du terme. Dans un amphithéâtre comme lors d'une discussion informelle, il dégageait « quelque chose » que l'on peut décrire par l'un de ses effets : vous mettre à l'aise. Chez un enseignant comme chez un camarade (il fut les deux), c'est une précieuse qualité.
Je l'ai connu à la fac de la Sorbonne en 1999. Etudiant en philosophie fraîchement débarqué de Toulouse, j'ai vite regretté les professeurs un peu fantasques, voire carrément, de la faculté du Mirail. Trop souvent, les Sorbonnards nous récitaient presque mot pour mot leur propre livre sur le thème du cours, livre disponible 100 mètres plus loin dans la librairie des Presses Universitaires de France. On pouvait donc acheter le livre et sécher le cours : on n'y perdrait rien, on gagnait du temps. Misère de l'académisme. Exception notable (parmi d'autres) : Jean Salem.
Non que ses cours ne fussent pas académiques ; en un sens, ils l'étaient même jusqu'au comique. Par exemple, il les commençait souvent par des « préambules » et des « avant-propos » qui accouchaient de nouveaux préambules et avant-propos, longuement, très longuement, jusqu'à ce que, n'en pouvant plus lui-même, il tranche d'un ton peu exaspéré : « Bon ! Et maintenant, on va pouvoir enfin, vraiment, commencer... » Ce qui commençait alors était intéressant, solide, sérieux, mais aussi vivant, un peu chaotique, parcouru d'humour, d'anecdotes et de digressions improvisées. Surtout, on sentait une profonde conviction, une passion pour les idées et l'impact qu'elles peuvent avoir sur la vie concrète des hommes. Ainsi, le caractère académique de ses cours, par bien des aspects, se doublait de son exact contraire : une parole où vibrait discrètement, mais franchement, un appel à prendre les idées « au sérieux », c'est-à-dire à les pousser jusqu'à l'action. Voilà du moins comment me semblaient cohabiter, chez cet homme talentueux, l'universitaire et le communiste.
Lorsque je l'ai connu plus personnellement, comme camarade, j'ai été frappé par son absence totale de sectarisme politique. J'étais déjà trotskyste, lui toujours vaguement « stalinien », ne serait-ce que par tradition familiale (et quelle tradition ! Son père, Henri Alleg, auteur de La Question, fut un héros de la lutte contre les crimes de l'impérialisme français en Algérie). Mais jamais mon trotskysme ne l'empêchait de discuter avec moi comme avec tout autre : chaleureusement et fraternellement. Il saluait d'un large sourire nos tentatives, d'ailleurs fructueuses, de vendre Révolution à la sortie de son Séminaire. Il était étranger aux querelles hargneuses dont, hélas, la gauche révolutionnaire offre souvent le dérisoire spectacle. Certes, son métier de professeur et de chercheur y contribuait : il voyait nos embrouilles d'une certaine distance – mais sans jamais, cependant, verser dans la suffisance académique, car il respectait au plus haut point l'engagement militant. Ici aussi, l'héritage familial était évident.
Ses cours, son Séminaire et, surtout, la façon dont il les animait, ont sans doute poussé nombre de ses auditeurs à s'intéresser de plus près aux idées du marxisme, voire à s'engager dans la voie du militantisme révolutionnaire. Cela fait partie intégrante de son œuvre. Pour le reste, je garderai l'image d'un homme dont la personnalité remarquable était à la fois un exemple, une inspiration et, à elle seule, un encouragement à poursuivre sa lutte, notre lutte commune pour la révolution socialiste.

lundi 15 janvier 2018

La contestation sociale se poursuit en Tunisie, 7 ans après la révolution

Sept ans après la révolution contre la dictature et la corruption, la Tunisie se retrouve agitée par une contestation sociale marquée par les mêmes slogans de "travail, liberté, dignité", nombre de Tunisiens désespérant de voir un jour leurs conditions de vie s'améliorer.
La Tunisie a été touchée cette semaine par un nouveau mouvement de contestation exacerbée par l'entrée en vigueur début janvier d'un budget d'austérité.  
Le 7 janvier, des jeunes protestataires se rassemblent sur l'avenue Bourguiba dans le centre de Tunis, près du ministère de l'Intérieur, pour exiger notamment l'annulation de l'augmentation des prix. "Ni peur, ni terreur, la rue appartient au peuple", scandaient les jeunes lorsque des policiers dispersent le rassemblement selon des vidéos publiées sur les réseaux sociaux. Le 8 janvier, La ville de Tebourba, proche de Tunis, a été secouée par plusieurs nuits de heurts cette semaine entre des jeunes protestataires et forces de sécurité, tout comme plusieurs autres villes, où quelque 800 personnes ont été arrêtées.
À Kasserine, quelques dizaines de jeunes incendient des pneus et jettent des pierres sur des agents de sécurité, qui répliquent par des gaz lacrymogènes. A Sidi Bouzid, après une manifestation pacifique, des routes sont brièvement bloquées par des pierres et des pneus. Le 9 janvier, plus de 200 personnes sont arrêtées et des dizaines blessées lors d'une nouvelle nuit de troubles. A Sidi Bouzid, des jeunes coupent des routes, jettent des pierres, et la police réplique à coups de gaz lacrymogènes. Des incidents ont lieu à Kasserine, Gafsa, Jedaida et dans plusieurs quartiers populaires de Tunis.
 
Selon le ministère de la Défense, l'armée a été déployée autour de banques, bureaux de poste et autres bâtiments gouvernementaux sensibles dans les principales villes du pays. Le puissant syndicat UGTT, condamne "la violence et le pillage", appelant à "protester de manière pacifique". 
Le 10 janvier, des heurts nocturnes sont rapportés à Siliana, Kasserine, Thala et Sidi Bouzid. Des échauffourées ont lieu dans plusieurs quartiers de Tunis et à Tebourba. Les dessertes ferroviaires sont annulées dans certaines zones après qu'un train eut été attaqué en banlieue sud de Tunis. Le Premier ministre Youssef Chahed condamne les actes de "vandalisme" qui, selon lui, "servent les intérêts des réseaux de corruption pour affaiblir l'Etat". Il pointe du doigt le Front populaire, un parti de gauche opposé au budget.
Le 11 janvier, à Siliana, des dizaines de jeunes jettent des pierres sur des agents des forces de sécurité qui ripostent par des tirs de gaz lacrymogènes. En revanche, la situation reste calme à Kasserine, Thala et à Sidi Bouzid, ainsi qu'à Tebourba. Le Front populaire appelle le Premier ministre à "trouver des solutions pour les jeunes tunisiens", estimant que "les manifestations pacifiques font partie de l'équation démocratique".
Le 12 janvier, Amnesty International demande aux forces de sécurité de "ne pas employer une force excessive" et de "cesser de recourir à des manoeuvres d'intimidation contre les manifestants pacifiques". Quelques centaines de personnes manifestent à Tunis et à Sfax (centre) pour protester contre le budget d'austérité et réclamer sa révision en adressant un "carton jaune" au gouvernement.
Le 13 janvier, le président tunisien Béji Caïd Essebsi devait rencontrer samedi les partis au pouvoir, les syndicats et le patronat pour discuter des moyens de sortir de la crise. Ce mouvement de protestation a été déclenché par l'adoption d'un budget 2018 qui a augmenté les impôts et créé des taxes grignotant un pouvoir d'achat déjà éprouvé par une importante inflation. Pour la politologue tunisienne Olfa Lamloum, "ces mobilisations sociales révèlent une colère, portée par les mêmes qui s'étaient mobilisés en 2011 et n'ont rien obtenu comme droits économiques et sociaux".
La révolution, point de départ du Printemps arabe, avait démarré par l'immolation par le feu le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid, une ville dans l'arrière pays déshérité, d'un vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi. Un mouvement de protestation contre le chômage et la vie chère a suivi, marqué par des émeutes sanglantes qui s'étaient rapidement propagées à tout le pays. Sous la pression populaire, le président Zine el Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans, avait pris la fuite pour l'Arabie saoudite le 14 janvier 2011.
"Les années ont passé et les citoyens sont toujours frustrés des droits pour lesquels ils s'étaient mobilisés", estime une ONG tunisienne, le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), dans un récent rapport. Le pays a gardé "le même modèle économique, avec les mêmes problèmes" qu'avant la révolution, déplore le président du FTDES, Messaoud Romdhani. "La situation ne cesse donc d'empirer". En dépit d'avancées démocratiques, "le chômage, la misère et les inégalités sociales et régionales se sont aggravées", avertit le FTDES.
L'économie tunisienne a été durement affectée par l'instabilité qui a suivi la révolution, et le tourisme, un secteur-clé, a souffert des attentats jihadistes qui ont frappé le pays en 2015.
L'État, en difficultés financières, s'est tourné vers le Fonds monétaire international (FMI) qui lui a accordé en 2016 des crédits de 2,4 milliards d'euros sur quatre ans, à condition qu'il réduise ses déficits budgétaires et commerciaux. Le taux de croissance devrait dépasser les 2% en 2017, mais le chômage des jeunes reste très élevé, dépassant les 35% selon l'Organisation internationale du travail. Le taux de scolarisation a lui régressé à 96%. Chaque année depuis 2011, 10.000 enfants abandonnent l'école primaire et 100.000 jeunes quittent collège ou lycée sans diplôme, souligne le FTDES.
Preuve du désenchantement croissant, l'émigration clandestine a atteint à l'automne un pic jamais vu depuis 2011.
 
De lundi à jeudi, les protestataires souvent très jeunes ont jeté pierres ou cocktails Molotov sur les forces de l'ordre qui ont riposté par des gaz lacrymogènes. Un protestataire est mort à Tebourba. Vendredi, quelques centaines de personnes ont manifesté dans le calme à Tunis et à Sfax (centre) contre les mesures d'austérité. Ils ont brandi des "cartons jaunes" en guide d'avertissement au gouvernement à l'appel du mouvement "Fech Nestannew" ("Qu'est-ce qu'on attend"), initiateur de la contestation contre la hausse des prix.
 
La Tunisie continue néanmoins tant bien que mal à construire sa démocratie. Les premières élections municipales de l'après révolution, maintes fois reportées et attendues de longue date pour consolider la transition démocratique, ont été programmées pour mai 2018. Les élections législatives et présidentielle sont prévues en 2019.
Dans un rapport jeudi, le centre d'analyse des conflits ICG a souligné que la défiance entre les principaux partis de la coalition gouvernementale entravent la mise en place des instances constitutionnelles essentielles. Il a appelé à la création d'une Haute cour constitutionnelle avant les scrutins de 2018 et 2019.

Face à la catastrophe écologique, les capitalistes gesticulent

15000 scientifiques ont récemment publié un manifeste alarmant sur l’état de la planète. Ils mettent en garde contre le danger de voir l’humanité pousser « les écosystèmes au-delà de leurs capacités à entretenir le tissu de la vie ».
En 25 ans, 1,2 milliard de km2 de forêts ont disparu. L’abondance des mammifères, reptiles, amphibiens, oiseaux et poissons a chuté de près d’un tiers. Près de 80 % des insectes volants ont disparu ; or ils sont indispensables aux écosystèmes. Dans l’océan, la superficie des zones étouffées par les effluents agricoles a cru de 75 % ; le dépérissement de la vie marine se poursuit.
Dans le même temps, les émissions de gaz à effet de serre (GES), la déforestation et les élevages intensifs engendrent un changement climatique dont les conséquences, à terme, seront catastrophiques.
En bref, l’humanité est menacée de plonger dans une barbarie généralisée.

Démonstrations d’impuissance

Les dirigeants politiques du monde entier semblent désormais conscients du problème (à l’exception de Donald Trump). Ils affichent de vertes ambitions et organisent des « Conférences des Parties » (COP). Mais ces COP vont de promesses creuses en désillusions.
Par exemple, la COP23 de Bonn, en novembre dernier, avait pour objectif officiel « d’accélérer la mise en œuvre des objectifs de l’Accord de Paris », adopté il y a deux ans à la COP21, et qui fixe l’objectif d’une limitation du réchauffement climatique à 1,5 °C d’ici 2100. Or les engagements de réduction des émissions de GES annoncés par les Etats aboutissent à un réchauffement de 3 °C pour l’ensemble de la planète. Et qu’a fait la COP23, face à ce constat ? Rien.
Ces conférences soulignent l’impuissance et l’hypocrisie des classes dirigeantes du monde entier. La principale source de catastrophes écologiques est la course au profit que se livrent les grandes multinationales et que défendent les différents gouvernements.

Les promesses de Macron et Hulot

Du côté du gouvernement français, les questions du glyphosate et de l’énergie nucléaire, par exemple, illustrent bien le problème.
Malgré les promesses de Macron et de Nicolas Hulot, ceux-ci se sont couchés devant le lobbying de Monsanto – le producteur du glyphosate – et les intérêts du patronat agricole français qui l’utilise. Résultat : l’interdiction de ce dangereux pesticide a été renvoyée aux calendes grecques.
Concernant les centrales nucléaires en fin de vie, leur démantèlement et le traitement des déchets posent des défis majeurs. Macron et Hulot s’étaient engagés à réduire d’au moins 50 % la part du nucléaire dans la production électrique à l’horizon 2025 – objectif déjà inscrit dans la loi de transition énergétique de 2015. Mais ils ont renoncé à cet engagement. Et ce n’est pas le Premier ministre – lobbyiste notoire d’Areva – qui le fera respecter. Pour couronner le tout, ils ont donné un avis favorable à l’enfouissement des déchets radioactifs.
Ce n’est pas simplement une affaire de mauvaise volonté, de la part du gouvernement ou des « écologistes » comme Hulot. Le problème, c’est le système capitaliste lui-même : l’écologie est incompatible avec ce gigantesque casino qu’est devenue l’économie mondiale. En fait, les grands capitalistes sont organiquement incapables de réaliser les énormes investissements nécessaires à la « transition écologique ». Demander au capitalisme de moins polluer signifie soit produire moins, soit investir dans de nouvelles technologies. Or, pour les grandes entreprises, cela signifie une baisse de leurs profits dans les deux cas. Dans une période de crise du capitalisme, cela signifierait la perte de marchés – et aucun capitaliste ne veut assumer ce choix.

Planification

Pour tenter d’y remédier, la France insoumise (FI) défend la « planification écologique ». C’est une nécessité ! Au niveau politique, c’est un pas en avant considérable par rapport à ce que pouvaient proposer les Verts. Mais la « planification écologique » doit reposer sur une planification de l’économie dans son ensemble. Cela suppose l’expropriation des grands capitalistes : on ne peut planifier ce qu’on ne contrôle pas – et on ne peut contrôler ce qu’on ne possède pas. Or le programme de la FI reste trop vague sur le périmètre des nationalisations à réaliser.
L’expropriation des grands capitalistes est une nécessité à la fois d’un point de vue écologique et d’un point de vue social. Une planification démocratique de l’économie permettra la plus grande rationalisation des rapports de l’homme à la nature, mais aussi des rapports sociaux eux-mêmes. Elle ouvrira la possibilité d’éliminer toutes les formes d’exploitation et d’oppression. Les marxistes soulignent souvent qu’une telle perspective ne pourra se réaliser pleinement qu’à l’échelle internationale. C’est évident en ce qui concerne la situation écologique : la pollution ne connaît pas de frontières. C’est un problème mondial que seul le socialisme mondial pourra résoudre.

dimanche 14 janvier 2018

Des lettres type de licenciement

Le Canard Enchaîné a révélé la parution d’un décret gouvernemental au Journal officiel, le 30 décembre, qui comporte à l’attention des employeurs plusieurs modèles de lettres type de licenciement, selon le motif.
But affiché ? « Faire de la pédagogie et […] simplifier la vie des entreprises, et simplifier aussi la compréhension pour les salariés », selon le secrétaire d’État Benjamin Griveaux, hier qui a confirmé l’information.
Mais la CGT dénonce un dispositif constituant un « kit clés en main pour licencier en toute impunité » et les syndicats y voient un moyen de plus pour éviter aux entreprises d’inscrire dans ces documents des vices de forme qui les empêchent parfois de licencier, même si le motif est légitime.
Autre changement l’employeur pourra envoyer plusieurs lettres de griefs dorénavant, si des éléments et témoignages s’ajoutent aux causes déjà connues. Dans le même temps, les salariés n’ont plus qu’un an pour contester leur licenciement, contre deux auparavant

Censure et déni de démocratie : Mais jusqu’où ira Laurent Wauquiez ?


 Depuis lundi 8 janvier, les éditions locales du journal de France 3 consacraient une série de reportage à Laurent Wauquiez. La diffusion d’un sujet mardi 9 janvier, consacré aux politiques régionales, a contredit la version officielle du président de Région. Ce reportage prouve qu’Auvergne Rhône Alpes n’a pas attribué plus de marchés publics aux entreprises locales qu’auparavant. 

Pour avoir mis en difficulté l’ancien ministre de l’emploi sur l’une de ses politiques phares, la série de reportages a été déprogrammée. C’est un véritable scandale politique. Etre élu local c’est avant tout accepter de voir ses politiques mises sur le grill. 

Après avoir muselé le conseil régional, après avoir cherché à domestiquer les collectivités locales d’Auvergne Rhône Alpes, voilà que Laurent Wauquiez s’attaque à la liberté de la presse. La démocratie est exigeante, elle s’appuie sur une presse libre qui aiguise l’esprit critique des citoyens. Cette déprogrammation, intervenue suite aux nombreuses pressions subies par la chaine nous renvoie aux pires heures de la censure politique au service d’un régime. C’est un coup dur pour notre Région, pour notre République, alors même que notre pays a réaffirmé en ce début de mois de janvier son attachement viscéral à la liberté de la presse.

La presse n’a pas vocation à flatter les pouvoirs locaux en place. Le service public d’information est au service des citoyens et répond à leurs exigences de transparence. Nous défendons la liberté de conduire des enquêtes, de produire de l’information et les conditions de travail des journalistes que cette liberté suppose.

Nous affirmons notre total soutien aux journalistes de France 3 et nous saisissons dès aujourd’hui le médiateur des programmes de France Télévision.

Cécile Cukierman       Sénatrice de la Loire        Présidente de groupe

samedi 13 janvier 2018

General Electric à Grenoble : la direction forcée de revoir son plan social

La Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) a rendu hier une décision de non-homologation du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) soumis par la direction de General Electric Hydro et concernant son site grenoblois, a appris hier Le Dauphiné Libéré auprès de salariés et de la direction.
L’administration a en effet estimé que la définition des catégories professionnelles devait être révisée. Une décision que les représentants du personnel n’hésitaient pas, hier, à qualifier de « victoire », mais qui ne semblait pas, du côté de la direction, tout remettre en cause. Dans un communiqué, la direction de GE notait en effet que “le reste du plan n’a soulevé aucune objection de la part de la Direccte”.

Une victoire pour les syndicats

« La décision de la Direccte indique qu’il y a dans le PSE présenté par notre direction des incohérences et des irrégularités, expliquait hier soir Rosa Mendes, élue CGT et membre de l’intersyndicale. C’est un coup dur pour la direction qui devra revoir sa copie quant aux catégories professionnelles, autant dire un gros boulot qui contrarie son planning. C’est aussi la démonstration que ce plan n’est pas abouti, qu’il a été élaboré unilatéralement par la direction. » « Et même si cette non-homologation ne remet pas en cause le PSE, analysait Nadine Boux, élue CFE/CGC et membre de l’intersyndicale, c’est pour nous tout de même une victoire. Cela confirme ce que nous disons depuis le mois de juillet, à savoir que notre direction a fait les choses à l’envers, qu’elle a bâclé ce plan, qu’elle a annoncé la suppression de 345 postes sans regarder la pérennité du site, sans envisager l’avenir de l’entreprise. »
Les syndicats espèrent maintenant retrouver rapidement leur direction pour reprendre les négociations. « C’est évident que cette décision indique à notre direction qu’elle doit se remettre, avec nous, autour d’une table pour revoir les modalités de ce plan, commentait encore Rosa Mendes. Si l’administration avait validé le PSE, la période de trois mois “consacrée” aux départs volontaires s’ouvrait. Ensuite, les lettres des licenciements directs partaient. Avec cette décision, nous gagnons quelques semaines. Nous espérons surtout que les discussions avec la direction vont reprendre dans une attitude respectueuse et positive pour l’avenir des salariés et du site. » « La direction a maintenant tout intérêt à revenir discuter avec nous, complétait Nadine Boux. Mais nous souhaitons dialoguer avec les véritables décideurs pour trouver un véritable accord, un accord digne. »

“Soumettre le plan révisé dans les meilleurs délais”

De son côté, la direction considère “la révision du volet concernant la définition des catégories professionnelles” comme une “étape supplé-mentaire” qui sera “étudiée dans les prochains jours avec le CCE de GE Hydro France, ainsi qu’avec les CHSCT et CE du site GE de Grenoble”. Et d’annoncer vouloir soumettre “le plan révisé à la Direccte dans les meilleurs délais”.

La monarchie saoudienne au bord du gouffre

En novembre dernier, le Premier ministre libanais Saad Hariri, de passage en Arabie Saoudite, a subitement « décidé » de ne pas rentrer dans son pays et de démissionner en dénonçant le Hezbollah libanais, mouvement allié de l’Iran et soutien du gouvernement libanais. En clair : Hariri était l’otage du régime saoudien. Quelques jours plus tard, une médiation de Macron a permis à Saad Hariri de sortir du royaume, puis de revenir sur sa démission et de retourner au Liban. Cet épisode illustre parfaitement l’aventurisme du gouvernement saoudien et l’impasse dans laquelle se trouvent les puissances impérialistes qui le soutiennent, dont la France.

Défaites militaires

A partir de 2012, les Etats-Unis, la France, la Turquie et l’Arabie Saoudite (entre autres) ont tenté de renverser Bachar al-Assad, en Syrie, via différents groupes jihadistes. Mais tout ce qu’ils ont obtenu, c’est un nouveau renforcement de l’Iran et de la Russie, dans la région. Le Hezbollah, traditionnel relais de Téhéran au Liban, est sorti renforcé de cette guerre, et a réussi à maintenir son influence sur le gouvernement d’Hariri. C’est pour cela que les dirigeants saoudiens ont enlevé ce dernier, en novembre : ils voulaient attiser l’opposition au Hezbollah. Mais ce plan s’est retourné contre eux : la population libanaise s’est majoritairement dressée contre l’ingérence grossière du régime saoudien dans la vie politique libanaise. L’Arabie Saoudite a dû reculer et laisser partir Hariri, après avoir sauvé la face grâce à la médiation de l’impérialisme français. Macron redoutait que l’initiative saoudienne ne débouche sur un conflit dont l’Iran sortirait renforcé, une fois de plus.
Depuis que l’intervention russe en Syrie a écrasé les « rebelles » islamistes et sauvé le régime meurtrier d’Assad, l’Arabie Saoudite s’est lancée dans une série d’aventures militaires et diplomatiques. Le prince héritier Mohammed Bin Salman s’est fait le champion de cette politique offensive et s’en est servi pour sa propre ascension politique. Début 2015, le régime saoudien s’est lancé dans une guerre au Yémen contre les Houthis, qui sont soutenus par le régime iranien. Pendant deux ans, des milliers de bombes (dont beaucoup sont de fabrication française) ont détruit les hôpitaux et les écoles du nord du Yémen, ont tué des dizaines de milliers de personnes et ont exposé à la famine des millions d’hommes, femmes et enfants (ce dont les médias officiels, en France, se sont bien gardés de parler). Du point de vue des dirigeants saoudiens, cependant, cette monstrueuse intervention militaire s’est soldée par un échec total. Non seulement les Houthis ont résisté, mais ils sont désormais en mesure de lancer des missiles balistiques contre l’Arabie Saoudite. Même Donald Trump a compris et reconnu que cette guerre au Yémen ne menait nulle part. A mots couverts, il a suggéré à Riyad d’y mettre fin dès que possible.
Parallèlement, en mai dernier, le régime saoudien a soumis le Qatar – accusé d’être trop proche de l’Iran – à un blocus économique et diplomatique. Mais le seul résultat de cette initiative fut de jeter encore plus le Qatar dans les bras des... Iraniens – soit le contraire de l’effet recherché. Même les alliés internationaux du régime saoudien ont tout fait pour calmer le jeu, car ils ont toutes sortes d’accords économiques et militaires avec le Qatar. Les Etats-Unis y ont une importante base militaire. La France est liée au Qatar par de nombreux accords commerciaux, notamment dans le secteur de l’armement.

Crise économique

Tous ces échecs ont affaibli le régime saoudien, confronté à une contestation grandissante, y compris au sein de la famille royale. C’est ce qui explique la grande campagne « anti-corruption » lancée contre la plupart des opposants à Mohammed Bin Salman, dans la famille royale. La « lutte contre la corruption » – qui est endémique, dans ce pays – dissimule en réalité des luttes politiques entre factions rivales. Bin Salman s’est lancé dans une purge politique massive, ce qui est rarement un signe de force. De fait, la crise économique et la chute des cours du pétrole déchirent le tissu social du royaume, qui repose sur un clientélisme généralisé.
Pour la première fois en dix ans, le PIB saoudien a décliné. La dette publique est en hausse et le gouvernement prévoit de privatiser une bonne partie de l’économie, après avoir déjà baissé de 15 % les salaires des fonctionnaires. La situation est politiquement explosive et force Bin Salman à faire des concessions démocratiques. Les salles de cinéma vont rouvrir après 35 années de fermeture. Les femmes pourraient être autorisées à conduire. Mais ce genre de mesures ne permettra pas de compenser les effets dévastateurs d’un effondrement du niveau de vie de la population. Le régime saoudien marche à grands pas vers l’abîme. De fait, toute la région est extrêmement instable, ce qui, en dernier ressort, est la conséquence des aventures impérialistes au Moyen-Orient, ces quinze dernières années.