« Seule la classe ouvrière en tant que classe sauva l’honneur de la France », a écrit André Mauriac. Loin d’être une simple formule historique, cette citation résonne avec une acuité singulière aujourd’hui, à l’heure où notre souveraineté – industrielle comme alimentaire – est plus que jamais menacée. Les « Versaillo-Munichois », pour reprendre une expression de ma jeunesse qui garde toute sa pertinence, n’ont jamais été aussi présents et sans scrupules aux commandes de l’État et dans les cercles du pouvoir économique.
Depuis l’élan du Conseil national de la Résistance (CNR) jusqu’à aujourd’hui, notre parti n’a cessé de mener, sous des formes variées, des batailles essentielles contre un capital spéculateur. Face au Plan Marshall, qui entendait hier mettre notre industrie en coupe réglée, nous avons répondu par de grandes nationalisations, notamment dans le secteur bancaire et l’énergie. Nous avons aussi défendu nos politiques culturelles, la production cinématographique française, nos institutions de pensée, piliers de notre indépendance intellectuelle. Un sursaut patriotique français sur la base des intérêts du peuple français est indispensable pour permettre une meilleure indépendance de l’Europe face aux appétits hégémoniques d’où qu’ils viennent. Il est lié à notre conception de la République, sociale, démocratique, et de la nécessité de redonner à notre pays les moyens de mener une politique en toute indépendance. C’est le levier pour bâtir les coopérations nécessaires, répondant aux intérêts des peuples et non à ceux du capital, au niveau européen et au niveau international pour répondre aux défis communs de l’humanité.
La liste des entreprises passées sous contrôle américain ou allemand serait à présent trop longue pour un seul numéro de CommunisteS. À l’heure qu’il est, nos industries stratégiques font l’objet d’une infiltration massive par des fonds de pension sans attaches nationales. À la lumière de cela, on ne peut que mesurer l’importance décisive du programme du CNR, visant à reprendre le contrôle des finances et des industries clés, réalisé grâce à l’impulsion des ministres communistes et au soutien personnel de Charles de Gaulle. En vérité, nous serions en lieu de nous interroger sur ce qu’il resterait aujourd’hui de l’indépendance réelle de notre économie sans le programme du CNR.
Aujourd’hui, nous retrouvons nos ennemis de toujours, au gré de circonstances et de cas de figures différents. La défense de nos intérêts essentiels et de l’intérêt national passe par des combats concrets : le sauvetage de l’entreprise de services numériques ATOS et d’Arquus (anciennement Renault Défense), la sauvegarde du leadership industriel français dans l’avenir du projet de système de combat aérien du futur (SCAF) ou encore dans la production du char du futur avec KNDS, qui équipe les armées françaises, allemandes et ukrainiennes. C’est encore ce qui se joue avec la tentative de rachat du corrézien LMB Aerospace par le groupe Loar Holdings LLC, qui placerait la société sous pavillon américain et donc sous le coup du USA Patriot Act et de la Réglementation américaine sur le trafic d’armes au niveau international (ITAR). Ce sont autant de dossiers où se joue notre capacité à décider par nous-mêmes. De meilleures voies de coopération à l’échelle européenne restent donc à construire, dans le respect de la souveraineté des peuples et des nations, libres et associées.
La responsabilité des communistes est immense. Il nous incombe de réveiller les consciences et d’ouvrir les voies d’une renaissance nationale, pour construire la « France des jours heureux ». Ces jours heureux, on ne les bâtit pas avec des ordinateurs sous Windows 11, inféodés aux GAFAM. Le dernier document stratégique de l’administration américaine en matière de sécurité est sans ambiguïté : notre peuple et les idées qu’il porte sont perçus comme un péril. Certains rappelleront, non sans ironie, que les Lumières françaises ont pourtant inspiré la Révolution américaine. On imagine sans peine un Beaumarchais, inventeur du droit d’auteur, aujourd’hui arrêté (par les agents de ICE) pour avoir créé le copyright !
Le combat contre l’empire étatsunien et les autres menaces d’ingérence et leurs relais en France doit monter en puissance. Il doit se mener dans les entreprises, sur le terrain économique, et au Parlement, où il faut dénoncer sans relâche les décisions d’un gouvernement minoritaire dans le pays, à la solde des oligarchies. Les salariés doivent voir en notre parti et en ses militants des acteurs résolus de la défense de notre souveraineté et de notre liberté d’agir. C’est cette certitude qui donne une raison de lutter et l’espoir de vaincre.
En 1963, lors de l’un de ses discours concernant le refus de l’entrée du Royaume-Uni dans l’Europe, de Gaulle a dit : « Le peuple est patriote, les bourgeois ne le sont plus, l’esprit d’abandon des élites française est un mal qui menace cycliquement de détruire la France. »
L’honneur de la France, encore une fois, se défendra par et avec sa classe ouvrière.
Jean-Charles Schmidt
Responsable de la commission Défense
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Article publié dans CommunisteS, numéro 1072 du 4 février 2026.

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