Barbara Butch sur la scène du Cabaret frappé, au Jardin de ville, sous les huées et les invectives des militants pro-palestiniens.
Combattre et condamner le génocide et la loi Yadan est totalement légitime, mais avec d’autres méthodes. C’est en substance le message qu’a souhaité délivrer la section de Grenoble du PCF, en réaction à l’interruption forcée du concert de Barbara Butch au Cabaret frappé, samedi 18 juillet au soir, au Jardin de ville. La DJ a en effet dû arrêter son set et quitter la scène du festival au bout de vingt minutes, face aux huées, invectives, sifflets et même jets de projectiles de près de 200 manifestants pro-palestiniens.

L’action était menée à l’appel de la France insoumise et de plusieurs autres organisations, comme Urgence Palestine, l’AFA Grenoble, le FUIQP ou le Collectif Georges Abdallah 38. Depuis plusieurs semaines, celles-ci militaient pour boycotter et déprogrammer Barbara Butch. L’artiste lesbienne, connue par ailleurs pour son engagement contre l’antisémitisme, les lgbtphobies et la grossophobie, était surtout accusée par les manifestants d’avoir signé une tribune en faveur de la très controversée proposition de loi Yadan (finalement retirée). Sans oublier sa participation à un concert organisé dans la résidence de l’ambassadeur de France à Tel-Aviv, en juillet 2025.

Dans un communiqué intitulé « Oui aux débats, non aux interdictions », le PCF Grenoble rappelle en préambule son opposition à la loi Yadan qui, « si elle avait été adoptée, aurait été une atteinte grave à la liberté d’exprimer son opposition à la politique génocidaire et colonialiste du gouvernement Netanyahou en assimilant toute critique à de l’antisémitisme ». La section se félicite également que cette proposition de loi ait été retirée — en attendant une nouvelle version préparée par le gouvernement — « grâce à une forte mobilisation citoyenne (700 000 signataires de la pétition) et à celle des partis de gauche, syndicats, associations ».
Alexis Monge défend la « liberté de programmation »
« Nous rejetons fermement la loi Yadan », répètent donc les communistes, rappelant leur engagement aux côtés des Palestiniens et contre le génocide à Gaza. Toutefois, « empêcher la tenue d’un concert d’une artiste en raison de son positionnement politique est une atteinte à la liberté d’expression et d’exercice de son métier d’artiste », nuancent-ils. Et de conclure : « Nous laissons au RN et au gouvernement qui voulait interdire une fête organisée par LFI à Paris ce genre de méthode qui s’en prend à la liberté d’expression et de création. »

Une position rejoignant celle de l’adjoint à la culture Alexis Monge, qui invoque la liberté de programmation, refusant de s’immiscer dans les choix artistiques de l’association Retour de Scène, en charge de la programmation musicale du Cabaret frappé depuis 2021. « Liberté de création, liberté de programmation : c’est ce qu’on défend à Grenoble pour laisser Barbara Butch s’exprimer. Il n’y aura pas de censure préalable », répondait l’élu communiste à France 3, avant le début du festival.
Alexis Monge a néanmoins annoncé son intention de déposer plainte pour intimidation à son égard et pour la bouteille qui a été lancée alors qu’il prenait la parole sur la scène du Cabaret frappé, après l’arrêt du concert. Dépôt de plainte également de la part de la ville de Grenoble, qui a indiqué à Libération vouloir saisir la justice, notamment pour le sabotage des installations électriques. Ce dossier n’a donc pas fini de faire parler…
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