lundi 21 avril 2025

Saint-Égrève : rencontre lourde d’émotions sur la réalité des massacres en Palestine

 

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Le docteur Pascal André, du collectif « Faim de justice pour la Palestine ».
Mercredi 16 avril se tenait une conférence relativement improvisée, dans la salle du conseil municipal de Saint-Égrève, à l’initiative du collectif « Faim de justice pour la Palestine ». Des citoyens et médecins ont décidé de faire une grève de la faim et un tour de France, parti de Marseille le 31 mars, afin d'alerter sur la réalité des massacres en Palestine et obtenir des actions pour la fin du conflit et le jugement des coupables.

Une odeur de mort et de rage avait envahi la salle dès les premiers mots du médecin Pascal André, médecin urgentiste à Rodez, qui racontait ses interventions à Gaza et en Cisjordanie. Une épidémie d’hépatite A faisait déjà rage en 2024, quand le médecin s’y est rendu pour la première fois. « Il n’y avait déjà plus d’eau, plus de viande, plus de fruits et légumes et pas de toilettes. Alors, tous les virus et bactéries circulent plus facilement. »

Partis de Marseille, passés par Montpellier, Narbonne, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Rennes, Tours, Le mans, Clermont, Lyon les militants qui l’accompagnent veulent alerter. « Nous voulons le désengagement de la France de cette invasion de Gaza, de la colonisation de la Cisjordanie. Thalès continue de livrer des armes. À l’exposition du Bourget, huit industriels israéliens sont invités. Nous voulons que le droit international soit respecté. Un arrêt immédiat des échanges commerciaux avec Israël, « c’est non-négociable ».»

Au départ de Marseille, Pascal André avait expliqué son initiative. « Nous sommes en colère de voir que le refus israélien de respecter le droit entraîne les catastrophes que nous avons vues. Nous souhaitons rencontrer tous les politiques dans les villes où nous nous arrêterons pour leur demander de faire appliquer le droit international. »

À l’hôtel de ville de Saint-Egrève.

À Saint-Egrève, Pascal André se félicitait de l’attitude d’élus. « Nous vous remercions M. le maire de nous accueillir ici dans l’hôtel de ville. C’est la première fois. Nous vous remercions M. le sénateur Gontard, c’est aussi la première fois qu’un parlementaire est là pour nous accueillir. »

Le très long exposé du médecin en grève de la faim et de Amina Mansouri,  (qui est en jeûne) était lourd d’émotions, de témoignages sur la réalité du massacre à Gaza et en Cisjordanie dans le silence complice de nombre de médias, de gouvernants européens, d’institutions comme les universités ou l’Ordre des médecins… À plusieurs reprises, le Dr André évoquait les reproches entendus en Palestine vis-à-vis des Occidentaux qui laissent décimer leurs familles, détruire leur pays.

Amina Mansouri.

Signalant qu’il est chrétien, le docteur rappelait les nombreuses interventions qu’il a eues auprès de responsables religieux (catholiques, protestants, musulmans, juifs) et signale avoir tenté de s’adresser aux chrétiens dans l’église de Saint-Sernin à Toulouse et en avoir été expulsé avec menace d’action en justice.

La veille de son passage à Saint-Egrève, la délégation de « faim de justice pour la Palestine » s’était arrêtée à Lyon. Elle était accompagnée de Pierre Stambul , porte-parole de l’Union juive française pour la paix. La parole des militants pour la paix n’a pu être entendue du fait d’actions bruyantes de militants ultra du CRIF.

Le docteur André appelle à témoigner, notamment sur le site de la Cour pénale internationale, sur tous les faits, actes ou propos condamnables par la loi, pour faire taire les militants, les menacer, faire l’apologie des massacres à Gaza.

A l’issue de la rencontre de Saint-Egrève, le docteur Pascal André, très affaibli par dix-sept jours de grève de la faim, soulignait qu’aucune autorité (la préfecture, par exemple) n’a réagi pour proposer ses services alors qu’en de telles situations de grèves de la faim, les autorités publiques réagissent habituellement, comme ce fut le cas pour les militants kurdes, par exemple.

Le sénateur Guillaume Gontard, Pascal André, Amina Mansouri et Laurent Amadieu, maire de Saint-Egrève..

dimanche 20 avril 2025

Vencorex. Les syndicats sonnent l’alarme sur la sécurité et la dépollution du site

Après la cession de Vencorex décidée par le tribunal de commerce, de multiples questions entourent la sécurité et la dépollution du site de 120 hectares, à Pont-de-Claix.
Une semaine après la décision du tribunal de commerce entérinant la cession de Vencorex à BorsodChem / Wanhua, la CGT tire la sonnette d'alarme sur les risques en matière de sécurité et d'environnement pour le site (classé Seveso seuil haut) de Pont-de-Claix. Les élus syndicaux ont ainsi lancé, mardi 15 avril, un "danger grave et imminent" et un "droit d'alerte santé publique et environnement". Représentant les syndicats (CGT, CFDT, CFE-CGC) et des associations, l'avocat Pierre Janot a par ailleurs interpellé, ce mercredi 16 avril, les industriels, sommés d'assumer la charge et le coût de dépollution de la plateforme chimique.

La cession est désormais matérialisée. Après le délibéré rendu, le 10 avril, par le tribunal de commerce de Lyon attribuant la reprise (très) partielle de Vencorex à BorsodChem / Wanhua, les autorisations préfectorales ont été fournies à PDC Chemical, filiale française du repreneur, le 14 avril à minuit. Néanmoins, « la gestion de la sécurité et des rejets environnementaux n’est pas encore effective par leur organisation », avertissent Séverine Dejoux et Denis Carré, élus CGT au CSE, dans un courrier adressé, ce mardi 15 avril, à la préfète de l’Isère, à la Dreal, à l’inspection du travail et au maire de Pont-de-Claix.

Les élus CGT Séverine Dejoux et Denis Carré, entourés d’Élisa Martin et Christophe Ferrari, le 10 avril, à Pont-de-Claix, après l’annonce de la décision du tribunal de commerce.

Ce sont ainsi toujours les salariés de Vencorex qui assurent la sécurité de la plateforme chimique de Pont-de-Claix, site classé Seveso seuil haut et accueillant encore des entreprises en activité. Or, ceux-ci n’ont pas encore signé les conventions de mise à disposition — souhaitée par la direction — auprès de PDC Chemical, « toutes les garanties ne leur ayant pas été apportées sur leurs conditions de travail pendant cette période », expliquent les représentants du personnel. Lesquels ont « des doutes sur le fait que suffisamment de salariés le feront puisque la plupart d’entre eux ne seront pas repris et seront bientôt licenciés ».

« Cette phase transitoire n’a pas été anticipée »

La CGT, qui rappelle avoir alerté à de multiples reprises sur « l’impréparation de PDC Chemical », a l’impression que « cette phase transitoire n’a pas été anticipée ». D’où des questions suscitant une profonde inquiétude. « Qui va donner les ordres en termes de sécurité ? Qui gèrerait un accident avec déploiement d’une cellule de crise ? », s’interroge le syndicat.

De fait, les risques sont bien réels. « La sécurité des salariés de Vencorex (et tous les autres) travaillant sur la plateforme n’est pas garantie en cas d’accident ou de d’incident nécessitant intervention des secours », estiment Séverine Dejoux et Denis Carré, qui ont donc « déclenché un danger grave et imminent », indiquent-ils dans la lettre. Par ailleurs, « aucun salarié de PDC Chemical ne semble aujourd’hui en charge des analyses environnementales », poursuivent-ils. C’est pourquoi les élus CGT ont également lancé, ce mardi 15 avril, « un droit d’alerte santé publique et environnement ».

« Nous ne comprenons pas comment un jugement a pu ordonner une cession alors que l’organisation de la sécurité n’est pas effective sur une plateforme Seveso seuil haut. »

Séverine Dejoux et Denis Carré, élus CGT au CSE de Vencorex

Devant un tel état des lieux, la décision du tribunal de commerce leur paraît encore plus déconnectée de la réalité et des enjeux concrets. Séverine Dejoux et Denis Carré le répètent en conclusion du courrier, tous deux ne comprennent pas « comment un jugement a pu ordonner une cession alors que l’organisation de la sécurité n’est pas effective sur une plateforme Seveso seuil haut ».

Le piquet de grève, à l’entrée de la plateforme de Pont-de-Claix, durant la grève des salariés de Vencorex, fin 2024.

La CGT n’élude pas non plus les conséquences potentielles à plus long terme — la casse sociale n’étant pas la seule implication négative de cette situation. Quid en effet du devenir de ce vaste site s’étendant sur 120 hectares ? C’est en ce sens qu’est intervenu ce mercredi 16 avril l’avocat — et conseiller régional écologiste — Pierre Janot, qui s’exprimait au nom des syndicats de Vencorex (CGT, CFDT, CFE-CGC) et des associations France nature environnement (FNE) et Santé environnement Rhône-Alpes (Sera).

Vencorex, PTT GC et Solvay doivent assumer la dépollution

« Le ministre de l’Industrie Marc Ferracci imagine un redéploiement de cette plateforme, mais le sujet est indissociable de la dépollution du site », souligne Me Janot. Soit une énorme opération, associée à de lourds enjeux sur les plans de l’environnement et de la santé publique, et dont le coût pourrait, selon différentes sources, approcher le milliard d’euros.

Le redéploiement envisagé poserait en outre deux soucis majeurs, expose l’avocat. D’une part, « le démantèlement des unités de production. D’après la carte, il n’y a qu’une très faible partie des 120 hectares qui continuera à être exploitée. Ce qui pose un problème de sûreté, de sécurité et de maintenance du site », déplore-t-il, évoquant le lien avec le danger grave et imminent lancé par la CGT. D’autre part, « la dépollution des terrains », problème très ancien qui « date de l’enfouissement de 1959 à 1976 ».

Qui Pierre Janot vise-t-il ? En premier lieu, les industriels, en vertu notamment de la loi Alur qui impose une obligation de dépollution aux exploitants. Malheureusement, le « montant symbolique d’1,5 million d’euros » provisionné à cet effet par Vencorex est loin d’être suffisant, d’autant que cette somme risque de ne jamais être débloquée « du fait de la cessation de paiements ». L’avocat et les responsables syndicaux et associatifs se tournent donc également vers la maison-mère, le groupe thaïlandais PTT Global Chemical, toutefois sans grandes illusions.

Près de 76 000 tonnes de déchets enfouis, « une bombe à retardement chimique »

Outre Vencorex, une autre entreprise de la plateforme chimique de Pont-de-Claix est elle aussi ciblée : la société Solvay, propriétaire des terrains où sont enfouis quelque 76 000 tonnes de déchets chimiques et organiques (dont 30 000 tonnes de dioxines), depuis la fin des années 1970. À la demande de la sénatrice communiste Annie David — qui pointait déjà à l’époque « une bombe à retardement chimique » — ces déchets ont été recouverts en 2017 d’un « sarcophage » permettant de les isoler du sol et d’éviter une infiltration dans la nappe phréatique.

La sénatrice PCF Annie David avait fait pression pour limiter les risques liés à l’enfouissement de 76 000 tonnes de déchets sur le site.

Mais qui va entretenir cet aménagement maintenant ? Un point crucial car la « porosité » de l’ouvrage pourrait conduire les déchets à se déverser dans les nappes et in fine dans le Drac, craignent Me Janot et Philippe Dubois, président de FNE Isère. Pour eux, Solvay doit procéder à leur enlèvement. Dépolluer le site relève en effet ici de la santé publique car il existe un risque de « mise en danger de la vie d’autrui », affirme l’avocat. Et celui-ci de rappeler que pour les riverains des plateformes de Pont-de-Claix et Jarrie, il est déjà « interdit de manger les légumes issus de son potager ».

Appliquer le principe « pollueur-payeur »

Concernant le coût de la dépollution, tous sont unanimes : c’est aux industriels d’assumer cette facture environnementale colossale. « Est-ce qu’on applique le principe pollueur-payeur ? C’est ce que nous souhaitons faire », assène Pierre Janot, rappelant que « ces sociétés ont bénéficié d’aides de l’État et gagné beaucoup d’argent ».

Pour lui, comme pour les syndicats et associations, « la pollution n’est pas un mistigri » que les entreprises pourraient « refiler aux collectivités et donc aux contribuables », tout en se dédouanant. Hors de question d’être le dindon de la farce !

 

Dette d'Haïti : une injustice bicentenaire, une réparation urgente



 

Il y a 200 ans, le 17 avril 1825, le gouvernement du roi Charles X imposait à la jeune République d'Haïti, sous une menace militaire directe, une ordonnance exigeant le versement de 150 millions de francs-or à la France.

Sous le prétexte d'une indemnisation des anciens propriétaires terriens esclavagistes, il s'agit d'une véritable rançon pour la reconnaissance de l'indépendance d'Haïti, d'une revanche contre la première révolution anticoloniale au monde.

Le remboursement de l'emprunt et le paiement des intérêts de cette dette auprès des banques françaises et états-uniennes s'est étalé jusque dans les années 1950, détournant ainsi pendant plus d'un siècle des sommes colossales qui aurait pu bénéficier au développement de la République d'Haïti et à son peuple. Dans une enquête publiée en 2022, le New York Times estimait entre 20 et 108 milliards d'euros actuels la perte de croissance économique provoquée par cette dette.

Le gouvernement français, par la voix du ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a informé que des « initiatives » seraient annoncées le 17 avril par le président de la République, afin de « faire vivre la mémoire de l'esclavage sur l'ensemble du territoire national comme en Haïti ».

Le PCF sera vigilant quant au contenu de ces initiatives. Celles-ci devront rompre avec le mépris, le paternalisme et les ingérences, qui caractérisent l'attitude du président de la République vis-à-vis d'Haïti, qui s'est encore récemment manifestée par des insultes publiques à l'encontre des dirigeants de transition.

Elles ne sauraient non plus être uniquement symboliques, mais doivent permettre d'agir concrètement sur les conséquences encore vivaces de l'ordonnance de 1825 et la terrible situation que vit actuellement le peuple haïtien. François Hollande avait annoncé vouloir « s’acquitter » de la dette haïtienne, promesse non tenue comme tant d’autres. Le gouvernement français serait à la hauteur de ce bicentenaire en annonçant des mesures concrètes de réparation et de restitution de la dette.

Paris, le 17 avril

Parti communiste français.

samedi 19 avril 2025

Grenoble. Enseignants et parents mobilisés pour les écoles des quartiers populaires


 Les grévistes se sont réunis sur la place Nibia-Sabalsagaray-Curutchet (anciennement place Rouge), dans le parc Jean-Verlhac.

Les enseignants et membres du personnel de plusieurs écoles et collèges des quartiers populaires de Grenoble étaient en grève jeudi 10 avril, à l'appel des syndicats SNUIPP, Sud et CNT. Soutenus par les parents d'élèves, les grévistes se sont rassemblés dans le parc Jean-Verlhac, à la Villeneuve, pour dénoncer les conditions de vie et d'apprentissage des élèves et réclamer davantage de moyens. Objectif : "un service public d'éducation de qualité pour toutes et tous".

« Nous ne voulons pas que l’égalité des chances ne soit qu’une formule ! » La phrase résume parfaitement la philosophie et les objectifs du mouvement de contestation né dans les écoles de la Villeneuve, avant de gagner les établissements scolaires de différents quartiers populaires de Grenoble. Jeudi 10 avril, ce ne sont ainsi pas moins de quatorze écoles qui étaient totalement fermées : les Trembles, les Frênes, la Fontaine, les Genêts, le Lac, la Rampe, les Buttes, Anatole-France, Libération, Simone-Lagrange, Malherbe, Jean-Racine, Marie-Reynoard, Léon-Jouhaux… Sans oublier les collèges des Saules, Lucie-Aubrac et Aimé-Césaire, dont le fonctionnement était également fortement perturbé.

Les grévistes ont lu un communiqué à la fin de l’AG, qui a réuni près de 150 personnes sur la place Rouge.

Une journée de grève massivement suivie par l’ensemble des travailleurs et travailleuses de l’éducation (enseignants, AESH, Atsem, personnel du périscolaire…) de ces établissements, avec le soutien des organisations syndicales (CNT, SNUIPP, Sud) et des parents d’élèves. Tous se sont rassemblés en fin de matinée sur la place Rouge — ou place Nibia-Sabalsagaray-Curutchet (sa dénomination officielle) — au cœur du parc Jean-Verlhac et du quartier de la Villeneuve, pour une assemblée générale réunissant près de 150 personnes.

« Le service public ne fonctionne plus »

À l’origine de cette mobilisation, un énorme ras-le-bol face à la situation sociale très précaire de nombreux élèves, conjuguée au manque de moyens chronique affectant les écoles. « Nous voulons des adultes supplémentaires : enseignants surnuméraires, enseignants spécialisés, UPE2A, enseignant référent, AESH, Rased, CMP, orthophonistes, médecin scolaire, Atsem et le remplacement de tous ces personnels pour que nos élèves puissent apprendre ensemble dans les meilleures conditions et avec toutes les aides nécessaires tout au long de leur scolarité », explique le communiqué lu par les grévistes à l’issue de l’assemblée générale.

Pancartes et banderoles reflétaient une multitude de revendications, illustration d’un profond malaise.

Et ces derniers d’ajouter : « Nous voulons arrêter de souffrir en faisant notre travail. Nous voulons un service public d’éducation de qualité pour toutes et tous ! » Au sein des équipes éducatives présentes, le constat, aussi sombre que pessimiste, est quasi unanime. Au vu des situations vécues, « on peut dire clairement que le service public ne fonctionne plus », s’insurge ainsi Valérie Favier, enseignante et déléguée FSU à l’école des Genêts.

« À la Villeneuve, on a aujourd’hui des enfants qui dorment dehors, qui ont faim, qui sont mal vêtus, qui sont dans une précarité sans nom. »

Valérie Favier (FSU), enseignante à l’école des Genêts

« On a des gamins qui sont victimes d’une misère sociale hallucinante, qui n’ont plus accès aux soins les plus élémentaires ni aux besoins primaires », poursuit-elle. À la Villeneuve, par exemple, « on a aujourd’hui des enfants qui dorment dehors, qui ont faim, qui sont mal vêtus, qui sont dans une précarité sans nom », observe Valérie Favier. Quant au personnel éducatif, celui-ci est « le réceptacle de tout cela », estime-t-elle.

Malheureusement, les alertes ont beau se multiplier, « tout le monde a démissionné », s’indigne l’enseignante, fustigeant l’État, le Département, qui a « complètement échoué sur la protection de l’enfance », ou encore l’aide sociale à l’enfance (Ase). En étant ainsi « parasités par plein de problèmes qu’on ne devrait pas avoir à leur âge », ces élèves sont « empêchés d’apprendre », déplore la représentante FSU. « Et nous, on est empêchés d’enseigner ! »

« On aimerait que nos enfants aient les mêmes chances »

Le désappointement des profs est largement partagé par les parents d’élèves, à l’instar de Julien et Samira, dont les enfants respectifs sont scolarisés à l’école Jean-Racine, dans le quartier Teisseire. Un établissement qui, selon le premier nommé, « mériterait d’avoir plus de moyens pour donner une éducation de qualité et améliorer les conditions d’accueil ». Samira abonde, réclamant « moins d’élèves dans les classes et plus de moyens humains. Une AESH pour cinq-six élèves, ce n’est pas possible », affirme-t-elle, décrivant « une équipe éducative un peu abandonnée ».

Les enseignants, AESH ou Atsem de quatorze écoles grenobloises étaient en grève le 10 avril.

Samira assure pourtant ne pas demander la lune : « On aimerait que nos enfants aient les mêmes chances que les autres. » Les parents et enseignants de l’école Jean-Racine sont d’autant plus frustrés que celle-ci a perdu le statut de Rep (réseau d’éducation prioritaire) à la suite de son rattachement au collège des Saules. Et ce, bien que « le quartier concentre des difficultés sociales », souligne Julien. Résultat des courses, l’école ne bénéficie pas — tout comme Malherbe, Anatole-France, Libération et Simone-Lagrange — des avantages afférents. D’où la revendication des manifestants, qui demandent leur classement en éducation prioritaire.

En Isère, 650 à 700 enfants en situation de handicap sans solution

Parmi les autres enjeux de cette mobilisation, l’un des points majeurs concernait l’accueil des enfants en situation de handicap. Alors que l’année 2025 marque les 20 ans de la loi « handicap » et que l’État promeut l’école inclusive, la question doit encore affronter de multiples écueils. L’anniversaire précité fait d’ailleurs rire jaune Luis Beltran-Lopez, conseiller municipal délégué au handicap, présent au rassemblement. « À Grenoble, on a souvent des reconnaissances disant qu’on est la ville la plus accessible de France. On n’est pas la plus accessible, on est la moins pire des villes », ironise-t-il.

Aujourd’hui, constate l’élu grenoblois, « on a à la fois un manque de moyens sur l’école inclusive (AESH ou autre) et un manque de places dans les IME (instituts médico-éducatifs). Il faut réussir à offrir aux familles un choix qu’elles n’ont absolument pas », regrette-t-il. Les chiffres récents sont en effet édifiants. « On parle de 650 à 700 enfants en situation de handicap sans solution, dans le département de l’Isère », indique Luis Beltran-Lopez. Des élèves qui devraient tous avoir accès, selon la loi, à une prise en charge spécifique, mais s’en retrouvent privés, faute de personnel ou moyens suffisants.

La question du manque d’AESH pour les élèves à besoins spécifiques était au cœur des revendications.

Devant un tel tableau, Valérie Favier s’étonne quant à elle du manque de considération à l’égard des AESH : « C’est devenu le deuxième métier de l’Éducation nationale, l’un des plus précaires de notre société — donc l’un des plus féminisés — alors qu’en termes d’utilité sociale, c’est l’un des premiers. » Et l’enseignante de conclure en pointant cette incongruité « scandaleuse » : « Il y a certains pays qui ont fait le choix de confier les gamins les plus fragiles aux personnels les mieux payés et les plus formés… En France, on a fait le contraire : on les confie aux moins payés et moins formés ! »