dimanche 15 février 2026

Allevard. La mobilisation se poursuit pour sauver le lycée Le Breda


 "Ils n'écoutent pas nos élèves ? Alors on court pour eux !" Tel était le slogan de la marche de 44,6 km organisée pour sauver le lycée professionnel le Breda.

Après l’annonce brutale de la fermeture du lycée professionnel privé, le Breda, la mobilisation se poursuit pour que les inscriptions soient ouvertes pour la rentrée prochaine.

En décembre l’assemblée générale du groupe CREEFI, propriétaire du lycée, devait entériner la décision de transférer le lycée d’Allevard à Grenoble. Une centaine de personnes étaient présentes pour protester, dont une belle délégation d’Allevard et de nombreux élus. La décision de transfert n’a pas été prise.

Le 5 janvier les élus du CSE rencontraient leur expert comptable tandis que le 7 janvier était inscrite une grève au lycée de Voiron.

Le 5 février se tenait une audience du tribunal judiciaire pour redressement de la société CREEFI (3 lycées). Décision a été prise de nommer un administrateur le 12 février.

Lors de cette audience le CSE a produit une note qui se concluait par une demande expresse pour que :

  • « Toute décision de fermeture soit suspendue jusqu’à l’homologation du plan par le tribunal
  • La période d’observation soit utilisée pour examiner les alternatives Le CSE réaffirme sa volonté de participer de manière responsable au redressement de l’association et de protéger les droits des salariés. »

Selon les informations de la CGT, la direction du CREEFI annonçait le non recrutement de personnel pour la rentrée puis s’est rétractée le 5 février. La direction rencontrera le personnel du lycée Le Breda la semaine prochaine pour « répondre aux questions ».

Ludovic Lerussi, enseignant et délégué syndical CGT des établissements du groupe CREEFI se félicite de la mobilisation à Allevard avec notamment une marche de 46 km, le 21 janvier dernier, pour illustrer la distance qu’auraient à parcourir les lycéens du plateau pour se rendre à Grenoble.

Il signale les multiples interventions d’élus dont les sénateurs Puissat, Savin, Michallet, qui se sont adressés à la vice présidente de la région en charge des lycées :

«… Selon les informations dont nous disposons, la région Auvergne-Rhone-Alpes aurait été sollicitée ces derniers mois par la direction du CREEFI afin de verser de manière anticipée une subvention à cet établissement dans le but de soulager leur trésorerie, demande qui aurait été refusée. Étant donné la situation exceptionnelle et le risque de fermeture imminent de l’établissement, vous serait-il possible de réexaminer cette demande afin de laisser du temps aux différents partenaires (rectorat, département, région, communauté de communes…) pour trouver des solutions et ainsi éviter la fermeture de ce lycée dont la qualité de la formation délivrée est reconnue ? »

Il livre au Travailleur alpin sa colère d’apprendre qu’il y a des files d’attente aux lycées de Voiron et Allevard pour la troisième « prépa des métiers ».

« Il y aurait la possibilité d’ouvrir de nouvelles classes si le rectorat le décidait. Nous avons demandé une audience au rectorat, il y a huit jours, qui est restée sans réponse. »

samedi 14 février 2026

Clémentine Autain, l’hypothèse du rassemblement de la gauche

Peut-on rassembler une gauche éclatée sans renoncer à la transformation sociale ? Et comment ? Ce sont les questions auxquelles veut répondre Clémentine Autain avec sa candidature à la présidentielle.

Après Marine Tondelier, après François Ruffin, c’est donc au tour de Clémentine Autain d’entrer ce soir dans l’arène. La primaire de la gauche et des écologistes, prévue le 11 octobre prochain, prend corps, avant le vote des adhérents du PS en avril. Pour les partisans de cette primaire, il y a une question centrale : qui peut rassembler la gauche dans un moment de péril démocratique ?

Ce vendredi 6 février, Clémentine Autain publie un manifeste, La vie meilleure, et le défend ce soir lors d’un meeting parisien. Autain n’est pas une apparition soudaine. Plus de vingt ans d’engagement politique, un ancrage en Seine-Saint-Denis, une fidélité aux combats féministes. Elle a connu les alliances et les ruptures, les espoirs et les purges. Son manifeste s’ouvre étonnement par une brève relecture de son histoire personnelle. Dans un pays où l’on demande encore aux femmes de prouver deux fois leur légitimité à gouverner, Clémentine Autain y articule sa vie personnelle et sa capacité à être présidente. Non pas sur le mode de la confession, mais sur celui de la résilience personnelle et politique : tenir, comprendre, rassembler, ne jamais renoncer.

La vie meilleure dessine une ligne structurée autour de trois priorités :

  • satisfaire les besoins authentiques : sortir de la marchandisation généralisée, redonner sens au travail, garantir l’accès à l’alimentation, au logement, aux soins, à l’éducation et à la culture ;
  • sécuriser nos vies : en élargissant les protections sociales, en combattant toutes les formes de violences, en prenant l’insécurité à la racine – sociale, économique, environnementale ;
  • reprendre la main : refonder un État stratège, planificateur, au service de l’intérêt général, appuyé sur la justice fiscale et la bifurcation écologique.

Clémentine Autain connaît toutes les nuances de rouge et de vert. Elle en connaît long également sur toutes les nuances de féminisme. Avec sa cohérence maintenue, elle ne découvre pas les différences et les désaccords – et ne s’en effraie pas. Pour avoir travaillé avec tous, elle sait que la gauche est diverse, mais elle sait aussi qu’un monde les unit.

Le thème de la lutte contre l’insécurité alimentaire revient à plusieurs reprises dans son manifeste et incarne, aux yeux de la candidate, ces trois enjeux. Cette question concerne vivement toutes les classes sociales et peut donc être largement fédératrice. Il est politique parce qu’il impacte la santé publique, l’écologie, le monde paysan, le commerce international. De la cantine scolaire aux caisses alimentaires, de la Sécurité sociale de l’alimentation à la juste rémunération des producteurs, de la lutte contre la malbouffe à une alimentation plus saine et plus soutenable, Clémentine Autain veut faire émerger ce sujet concret et global comme un vrai sujet politique, emblématique d’une vie meilleure.

Sur le plan international, elle nourrit sa vision des travaux de Bertrand Badie qui interviendra à ses côtés lors de son meeting de lancement. Elle affirme la priorité à la mobilisation des sociétés, au droit international, à la coopération contre la loi du plus fort.

L’autre conviction de Clémentine Autain est sur le terrain du rassemblement politique. Ancienne adjointe de Bertrand Delanoë à Paris, suppléante d’un député PCF puis députée LFI, désormais associée au groupe écologiste, Clémentine Autain connaît toutes les nuances de rouge et de vert. Elle en connaît long également sur toutes les nuances de féminisme. Avec sa cohérence maintenue, elle ne découvre pas les différences et les désaccords – et ne s’en effraie pas. Pour avoir travaillé avec tous, elle sait que la gauche est diverse, mais elle sait aussi qu’un monde les unit. En tant qu’historienne, elle dira que c’est le combat pour l’égalité. Clémentine Autain n’ignore pas les cultures militantes existantes ni les électorats blessés par les divisions passées. Elle ne nie pas les clivages, mais elle tente de les dépasser, sans esprit de revanche.

Pour Clémentine Autain, la gauche n’a plus le luxe de la dispersion ni des egos surdimensionnés. Pour elle, la question n’est pas « Qui incarne le mieux ma famille politique ? » mais « Qui peut parler au pays et battre l’extrême droite ? » Elle pense être une réponse possible, au barycentre d’une attente de gauche solide, en phase avec son temps.

Le chemin vers cette primaire sera aussi un moment de vérité. Qui dit ? Et qui dit quoi ? Ceux qui conspuent la primaire, de Mélenchon à Guedj en passant par Hollande et Roussel, seront-ils plus forts que ceux qui la portent ? La présentation de projets et leur mise en discussions sont autant de façons de faire vivre cet espoir d’unité.

 

vendredi 13 février 2026

Rives. Une liste de gauche face à trois listes de droite

Lors de l'inauguration du local de campagne de la liste de gauche « Rives Demain, une ville pour toutes et tous ».
Ce samedi 7 février, Jérôme Barbieri et l’équipe de « Rives demain, une ville pour toutes et tous » inauguraient leur local de campagne pour les élections municipales, situé au 53 rue de la République. Un événement qui a rassemblé plus d’une soixantaine de personnes, témoin de la volonté de changement qui s’exprime dans la commune après un mandat 2020-2026 chaotique. Retour sur l’actualité de cette petite ville de 6500 habitants, au nord de Moirans.

Un maire de droite « minoritaire » [en 2020, Julien Stevant l’avait emporté au second tour avec 46,53% des suffrages, dans un contexte de triangulaire où le maire sortant Alain Dezempte (36,87%) devait pâtir de la concurrence d’une liste de gauche « dissidente » (16,58%), ndlr], jamais la formule n’aura eu autant de sens qu’à l’approche du scrutin des 15 et 22 mars prochain.

Une fusion ratée…

Si l’équipe élue en 2020 était le fruit de la fusion des listes de premier tour de Julien Stevant (24,82%) et de Laurent Lavost (23,94%), le mariage sera vite consommé. En 2023, le torchon brûle entre le maire et les anciens colistiers de M. Lavost, qui vont jusqu’à réclamer la démission de M. Stevant en plein conseil municipal, le 23 février. S’en suit le retrait des délégations aux adjoints concernés par la « dissidence », et une période d’incertitudes où tout le monde se demande si la commune ne va pas finir par être mise sous tutelle par la préfecture, faute de majorité pour voter le budget. Laurent Lavost, 1er adjoint, débloquera les choses en ralliant la majorité, laissant sur le bord ses anciens colistiers qui se considèrent désormais comme un groupe d’opposition, mené par Jean-Christophe Martin, ex-adjoint aux finances.

Le mandat se poursuivra cahin-caha, chaque conseil étant l’objet de spéculations sur la capacité du maire – ne disposant plus que de 15 élus fidèles sur les 29 du conseil – à rassembler une majorité et le quorum. Une période qui voit la fin des retransmissions vidéos du conseil municipal (officiellement pour « raison technique »), un état de fait que dénonceront les élus de l’opposition de gauche, qui n’auront de cesse de réclamer « une vraie transparence » sur les débats qui agitent la représentation communale.

Deux listes de droite… non, trois !

Alors, effectivement, tout le monde s’attendait à ce que le match entre « loyalistes » et « dissidents » se rejoue dans les urnes en 2026. Certains se posaient toutefois la question, car le groupe « dissident » avait fait le choix de refuser de siéger pendant presque trois ans : n’allaient-ils pas, au final, jeter l’éponge et laisser le champ libre à Julien Stevant ?

Mais non, le match aura bien lieu : Jean-Christophe Martin annonce sa candidature en janvier, à la tête du collectif « Rives au cœur de tout ». Si l’affichage est « sans étiquette », le ton est, sans surprise, à droite : baisses d’impôts, mutualisation des équipements sportifs et associatifs… sans oublier de ressusciter une « fake-news » de la campagne de 2020 sur la situation financière d’alors de la commune [* voir encadré ci-dessous], une manière de griffer une gauche qui s’organise pour la reconquête.

Jérôme Barbieri, désigné tête de liste dès février 2025 par le collectif de campagne.

La liste « Rives Demain, une ville pour toutes & tous » est en effet en campagne depuis septembre, l’ancien 1er adjoint Jérôme Barbieri ayant été désigné tête de liste par son collectif en février 2025, déclarant sa candidature à la rentrée avec une lettre diffusée à tous les Rivois. Le collectif enchaînera avec trois rencontres publiques thématiques, pour construire le programme qu’allait porter la liste. « Des échanges très intéressants, avec des intervenants de grande qualité », des dires d’un colistier : ces temps, qui ont rassemblé au total près d’une centaine de personnes différentes, ont permis à l’équipe d’étoffer un programme présenté mi-janvier à la population.

Mais la surprise est venue de l’autre côté, avec l’annonce de la candidature de Franck Rettmeyer, fils de l’industriel et ancien maire (1983–1995) Christian Rettmeyer, une « grande famille patronale » de l’industrie papetière de Rives. Les Rivois se souviennent de l’importance – encore en partie actuelle – de la société Allimand, modèle de paternalisme patronale. Franck Rettmeyer revendique explicitement cet héritage, se vantant dans les colonnes du Dauphiné Libéré de ce que « en 25 ans de présidence chez Allimand, je n’ai jamais connu une heure, ou même une minute de grève. J’étais un président social et dans le consensus ». Ce qui ne l’empêchera pas de céder sa société à un fonds d’investissement à son départ en retraite, en 2023.

Un troisième larron s’est finalement invité à la table de la droite.

Une liste baptisée « Union pour Rives », et qui peut compter sur l’implication de… deux adjoints restés jusque là fidèles à Julien Stevant : Jean-Paul Gout (adjoint en charge de l’aménagement, des travaux, de l’urbanisme et de l’environnement) et Jean-Luc Fontaine (adjoint aux finances, qui a succédé à Jean-Christophe Martin en 2023). Il se murmure aussi que Laurent Lavost, 1er adjoint en charge de la sécurité et de la médiation, serait finalement sur cette liste également.

André Valini et Sandrine Nosbe

C’est dans ce contexte que l’équipe de Jérôme Barbieri inaugurait son local de campagne, ce samedi 7 février, en présence de plus d’une soixantaine de Rivois, soutiens ou simples curieux. Un événement qui aura vu deux soutiens de poids s’afficher en faveur du candidat.

André Vallini, conseiller départemental du canton, ancien président du Département et ancien député puis sénateur, a réaffirmé au micro son attachement à la commune de Rives, rappelant l’héritage « irremplaçable » de Robert Veyret (conseiller général du canton de 1976 à 2015), et ses premiers pas en politique à Tullins, aux côtés du maire d’alors, un certain… Yves Barbieri, père de Jérôme Barbieri.

Sandrine Nosbe, députée Nouveau Front populaire de la circonscription depuis la dissolution de 2024, a quant à elle rappelé l’importance d’avoir des listes de gauche avec un programme ambitieux, pour « changer vraiment la vie des gens », et remercié les militants rivois pour « tous ces porte-à-porte que nous avons fait ensemble en mai et juin 2024 », se déclarant disponible pour « venir donner un coup de main dans cette belle campagne ».

« Rives demain » peut compter sur une belle dynamique, en lien avec son programme, listant 49 propositions dont 15 mesures phares. Mais aussi sur une attente : après un mandat jugé chaotique par beaucoup, et dont la concurrence en mars de pas moins de trois listes issues de l’équipe élue en 2020 est le dernier symptôme, Rivoises et Rivois sont nombreux à souhaiter un apaisement et un retour à une stabilité. C’est ce que promet « Rives demain » : « une méthode reposant sur le travail et le dialogue, et une équipe soudée ».

Peut-être aussi un moyen de conjurer une nouvelle fusion « bancale » entre listes de droite au soir du premier tour ?

Robert W. Wellnes

« Rives au bord de la mise sous tutelle » en 2020 : retour sur une fake-news qui a la vie dure

Les différentes listes qui s’opposaient au maire sortant Alain Dezempte en 2020 reprenaient toutes en cœur un « argument » : la ville serait au bord de la faillite, victime d’une gestion « calamiteuse », voir au bord de la mise sous tutelle par la préfecture… le candidat Jean-Christophe Martin a ressuscité cet argument dans sa lettre de candidature pour 2026.

Pourtant, les faits sont têtus, et le groupe des élus « Rives Gauche » [ndlr : nom de la liste Dezempte en 2020] avaient déjà produit un tract sur le sujet en avril 2025. Extraits.

« L’audit commandité par M. Stevant lui-même est clair : entre 2014 et 2020, stabilité des ressources et réductions des charges de fonctionnement de 1,6 % par an ; entre 2022 et 2025, +21 % de d’augmentation en 4 ans »

« Depuis 2020, la dette est passé de 4,7 millions d’euros à 7,7 millions »

« La capacité de désendettement a presque doublée, passant de 3,46 ans en 2020 à 8,89 ans en 2026 »

« Aucune maîtrise des dépenses, ce qui conduit à une épargne négative : en 2025, la commune s’endette pour rembourser ses emprunts ! »

Mais comme dit le proverbe, « calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose »…

 

jeudi 12 février 2026

L’affaire Epstein révèle un monde à part


 L’affaire Epstein expose une élite convaincue d’être au-dessus des lois. Le pouvoir sans frein et sans limite comme horizon.

L’affaire Jeffrey Epstein bouscule profondément la société américaine et notamment les soutiens de Donald Trump. Les MAGA doutent de plus en plus de la probité des hommes qu’ils ont porté au pouvoir. Mais l’affaire est en train de prendre une dimension nouvelle : les opinions publiques occidentales découvrent, médusées, l’intrication des relations entre le criminel sexuel, suicidé en 2019, et leurs hommes de pouvoir.

Sous la contrainte, de façon chaotique et insatisfaisante, l’administration Trump doit déclassifier des millions de documents. Ces mails, photos, vidéos, enregistrements… informent moins sur les crimes sexuels (ces documents-là ne sont pas rendus publics) que sur cet autre monde où se croisent et badinent les puissants. L’onde de choc en Europe est telle que plusieurs dirigeants politiques et économiques ont été contraints de démissionner après que soient rendus publics leurs liens persistants avec Jeffrey Epstein. La tornade emporte les plus vénérables ambassadeurs, président du prix Nobel de la paix, ministres et princes de tous pays, animateur de collecte de fonds caritatifs, sportifs et artistes… La France commence à être touchée par cette boue dans laquelle la prédation sexuelle n’est pas le seul motif.

Assurément, la consolidation de l’entre-soi politique, économique, culturel et médiatique est le fondement de ces échanges. Mais cela passe bel et bien par le partage de femmes, jeunes, très jeunes. La connivence et la jouissance, la violence et la transgression constituent la matière du pacte. Le caractère so exclusive, qui en constitue l’attrait, commence dès le partage des jets et des fêtes sur l’île privée d’Epstein. Appartenir à un monde distinct de celui, commun, des mortels… quel bonheur ! 

Le mouvement planétaire #MeToo a révélé le caractère massif, systémique des violences sexuelles faites aux femmes. L’affaire Epstein dévoile le lien intime entre pouvoir et domination sexuelle.

L’affaire Epstein lève le voile sur l’Olympe dégueulasse et décadent où l’idéal promu se targue de n’avoir aucune limite, cohérent avec un capitalisme débridé. Le pouvoir ici, c’est se prendre pour Icare avec la promesse de ne jamais se brûler les ailes.

Pourquoi vouloir le pouvoir ? Pour se prendre pour des dieux et n’avoir plus de compte à rendre de rien ni à personne. Étendre une suprématie si loin qu’elle puisse se moquer de tout et de ne plus être entravée par aucune conscience. Se sentir au-dessus des lois qui régissent le monde et la nature, qui régissent la morale et communément nos vies. Se contreficher même de l’avenir de l’humanité (cohésion des peuples, réchauffement climatique, cultures). L’affaire Epstein lève le voile sur l’Olympe dégueulasse et décadent où l’idéal promu se targue de n’avoir aucune limite, cohérent avec un capitalisme débridé. Le pouvoir ici, c’est se prendre pour Icare avec la promesse de ne jamais se brûler les ailes.

L’affranchissement de toute éthique ou conscience pour alimenter l’egotrip est désormais la drogue dure de ces messieurs. Il y a trente ans encore, décorations officielles, roulements de tambour, belles femmes et grosses voitures satisfaisaient le narcissisme que ces hommes ont été invités à cultiver dès leur plus jeune âge. C’est du passé. Il faut augmenter la dose.

Tous n’ont pas été programmés pour devenir de très méchantes personnes. Ils le sont devenus parce qu’on leur a trop dit qu’ils étaient magnifiques, qu’ils étaient les meilleurs, que leurs revenus et leurs désirs pouvaient être sans limite. Si un autre monde est possible et souhaitable, il passe par la déconstruction de ces valeurs de compétition et de possession.

mercredi 11 février 2026

Primaire de la gauche : what else ?


 En récusant la primaire, Boris Vallaud la met en péril. Ce mode de départage à gauche, plébiscité par les électeurs, reste suspendu au vote des militants socialistes après les municipales.


Dans Le Nouvel Obs du 7 février, Boris Vallaud affirme que la primaire de la gauche « n’est pas suffisante ». Lui, comme d’autres, pensent que seul le PS, « parti de gouvernement », peut emporter une élection présidentielle et il ne voit donc pas l’intérêt de l’ouvrir au risque de la perdre. La position de Boris Vallaud n’est pas celle du PS : le premier secrétaire du parti, Olivier Faure, continue, lui, de défendre la primaire comme outil d’unité face au danger mortel de l’extrême droite. Les militants socialistes trancheront après les municipales.

Boris Vallaud ne propose pas seulement de rejeter la primaire. Il avance une autre stratégie : d’abord, le PS se choisit en interne son candidat – Raphaël Glucksmann (Place Publique) ne peut, dès lors, concourir. Ensuite, le PS organise une « plateforme » programmatique ouverte aux autres forces de gauche, hors LFI. Boris Vallaud ne se retourne pas sur les échecs de son parti, il ne réfléchit pas aux raisons des succès de Jean-Luc Mélenchon. Pour lui, le centre de gravité est déjà fixé et les socialistes l’occupent naturellement.

Disons-le franchement : rares sont ceux qui croient que cette proposition de ralliement au candidat socialiste puisse advenir. Il est probable qu’aucune force à la gauche du PS ne se range derrière le faible parti à la rose. Ils ne le feront pas par dignité mais surtout parce que cela n’a pas de sens politique. Vendredi, une étude d’opinion révélait que 78% des électeurs de gauche sont favorables à la primaire des gauches et des écologistes. Paradoxe : on trouve aussi 77% des électeurs LFI à soutenir l’idée, malgré le refus réitéré de Jean-Luc Mélenchon de s’y associer.

Il ne faut pas prendre les électeurs de gauche pour des naïfs. Ils savent que des désaccords existent – et ils sont parfois substantiels – mais ils pensent que ce qui unit la gauche et ce qui l’effraie est encore plus important. Puisque désaccords il y a, ils veulent choisir, trancher, pas avaliser.

Les électeurs de gauche ne sont pas non plus des poissons rouges : ils ont de la mémoire. Jacques Chirac n’a gagné en 2002 que parce que le camp social-démocrate était éclaté entre trois candidats (Taubira, Chevènement et Jospin) : Lionel Jospin éliminé, Jean-Marie Le Pen qualifié pour le second tour. On se souvient aussi qu’en 2022, Fabien Roussel a rassemblé plus de voix qu’il n’en manquait au leader insoumis pour se hisser au second tour.

La gauche est diverse. Tant mieux. Si on pense tous pareil, c’est qu’on ne pense pas et il faut réfléchir en ces temps de bascule et de faiblesse de la gauche. Mais il faut aussi savoir s’unir. 

Vendredi, en meeting à Argenteuil, Jean-Luc Mélenchon a tendu la main aux communistes, réaffirmant une « offre fédérative » pour la présidentielle et les législatives : Conseil du programme, Conseil politique de campagne, et promesse de gouverner ensemble. Jean-Luc Melenchon fait une proposition comparable à celle de Boris Vallaud. La logique est identique : celle de l’affirmation de son camp au sein de la gauche. Cette logique peut se comprendre par temps calme… mais se discute quand le danger est imminent. Le député communiste Stéphane Peu, président de son groupe, rappelle souvent la convergence en 1934 des socialistes et des communistes. Sous la pression des manifestants antifascistes, les deux grands partis de la gauche vont s’allier : « Pain, paix, liberté ». Cela débouchera sur le Front populaire. Pas davantage qu’hier, l’enjeu ne peut se réduire à l’affirmation d’un droit historique à exister ou à la défense d’un sigle.

Jean-Luc Mélenchon persiste à récuser une primaire de toute la gauche. De quoi a-t-il peur ? Qu’il se présente à la primaire et l’emporte ! De quoi Raphaël Glucksmann ou Jérôme Guedj ont-ils peur ? Qu’ils viennent se confronter au reste de la gauche ! Peuvent-ils imaginer gagner l’élection présidentielle s’ils ne peuvent trouver les idées, le discours qui rassemble et mobilise la diversité des 30% d’électeurs de gauche ? Clémentine Autain a publié ses idéesFrançois Ruffin a convaincu 100 000 personnes de le soutenir. Tous deux contribuent à la nécessaire mobilisation de la gauche.

Ce dont la gauche a urgemment besoin, c’est d’une dynamique puissante, capable de renverser la vapeur face à une extrême droite galopante. Une dynamique qui dépasse les états-majors, les congrès et les rapports de forces internes. Une dynamique qui parle au pays. Sans cela, aucune stratégie, primaire ou pas, ne peut l’emporter.

Pablo Pillaud-Vivien

mardi 10 février 2026

En pleine campagne des municipales, Jean-Luc Mélenchon fait une « offre fédérative » aux communistes pour la présidentielle et les législatives

Le dirigeant insoumis a proposé samedi 7 février au PCF un accord englobant présidentielle et législatives sur la base d’un programme, au moment où son mouvement présente des listes contre les maires sortants communistes.

Le fondateur de La France insoumise (LFI) tente de sortir de son isolement à gauche. Lors du rassemblement de soutien à Yassin Zeghli, candidat à la mairie d’Argenteuil (Val-d’Oise), Jean-Luc Mélenchon a adressé une « offre fédérative » aux communistes, proposant une union aux élections présidentielle et législatives pour 2027, « parce que les deux iront ensemble ». Dans cette ville, les communistes locaux ont décidé, sans l’accord de leur fédération départementale, de participer à une liste avec les insoumis.

S’adressant directement à Stéphane Peu, chef de file des députés PCF, présent dans la salle, Jean-Luc Mélenchon a proposé un « conseil du programme », pour mettre en commun les propositions. Il met également sur la table la création d’un « conseil politique de campagne », afin de décider comment la mener.

Et entend préparer les législatives « pour avoir sur le terrain des députés loyaux »« Si on gagne, on gouverne ensemble, si on perd, on s’oppose ensemble », prévient celui qui ne semble plus être prêt à un accord avec toutes les forces de gauche aux législatives, comme en 2022 et en 2024. Il menace les socialistes qui n’ont pas voté les motions de censure contre le gouvernement Lecornu et prévient l’ensemble des forces de gauche : « Nous ne sommes pas du tout disposés à recommencer les amnisties générales du passé. »

« Chaque chose en son temps »

Le dirigeant assure que, « ce qu’il faut, c’est faire un accord avec des gens loyaux qui respectent leur parole ». À l’Assemblée nationale, insoumis et communistes, « dans 98 % des cas, nous avons voté ensemble », fait valoir Jean-Luc MélenchonSur les motions de censure, « nous avons tenu parole, nous les insoumis, les députés communistes (…) ont tenu parole » de s’opposer aux politiques macronistes, souligne-t-il.

Le 29 novembre 2024, lors d’une conférence au siège du Parti ouvrier indépendant, alors qu’il se préparait à une destitution d’Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon avait déjà fait une « offre fédérative » à la gauche et aux écologistes, avec une candidature commune « sur la base d’un programme ». À l’époque, prenant acte des critiques contre lui, il plaçait hors de cette proposition « la droite du PS » et les communistes. 

Cette fois-ci, les Verts sont écartés, ayant choisi de participer à une primaire pour 2027« Nous ne menaçons personne, mais nous disons que nous serons présents à l’élection présidentielle avec une candidature qui n’aura été l’objet d’aucune dispute », a prévenu samedi Jean-Luc Mélenchon.

Les communistes débattront de leur rôle et de leurs choix pour la présidentielle en congrès, en juillet, une fois les municipales passées. « Chaque chose en son temps. Notre préoccupation est de répondre aux attentes de nos concitoyens lors des municipales et d’être présents dans les luttes avec les salariés », réagit Pierre Lacaze.

« Jean-Luc Mélenchon fédérateur ? Personne n’y croit », ajoute le responsable aux élections du PCF, qui relève un problème de « timing » : il « présente des listes contre de nombreux maires communistes ou de gauche. C’est un grand écart impossible ».

 

lundi 9 février 2026

Logement : face à la crise des solutions existent !



La publication du 31e rapport de la fondation pour le logement des défavorisés dresse un constat alarmant : la crise du logement s’aggrave et frappe une part grandissante de la population.

900 personnes, dont 92 enfants, sont mortes à la rue en 2025. Près d'un million de personnes ne disposent pas d'un logement personnel. Les attributions annuelles de logements sociaux s’effondrent et atteignent le plus bas niveau depuis 10 ans alors que 2,9 millions de personnes sont en attente. Les difficultés à payer son loyer ou ses factures d'énergies touchent de plus en plus de nos concitoyennes et concitoyens. Le résultat ? Une hausse insupportable des expulsions.

Le logement est devenu l’un des premiers facteurs d’inégalités et d’insécurité sociale dans notre pays. Des millions de personnes sont aujourd’hui mal logées. La spéculation immobilière et foncière continue de prospérer, au détriment du droit fondamental à se loger.

Pour le Parti communiste français, cette situation n’est pas une fatalité. Elle est le résultat de choix politiques qui ont fait du logement une marchandise, livrée aux logiques financières, au lieu d’en faire un bien commun. Et le budget 2026 va encore aggraver la situation !

Le PCF porte des propositions nationales claires pour sortir de la crise :

  • Faire respecter le droit au logement en interdisant les expulsions sans solution de relogement.
  • Encadrer les loyers pour garantir que le coût du logement n’excède pas une part supportable du revenu des ménages.
  • Relancer massivement la construction de logements sociaux, avec un objectif national ambitieux et le renforcement de la loi SRU.
  • Créer un véritable service public national du logement, s’appuyant sur un pôle public financier, une maîtrise publique du foncier et des outils de planification démocratiques.
  • Revaloriser les aides au logement et sécuriser les parcours résidentiels.

Ces mesures sont indispensables pour garantir à chacune et chacun un logement digne, accessible et économe en énergie.

À l’approche des élections municipales, le PCF rappelle que les communes ont un rôle central à jouer. Nos propositions municipales visent à répondre concrètement aux besoins des habitants :

  • Défendre et développer le logement social dans chaque commune, en priorité pour les ménages aux revenus les plus modestes.
  • Lutter contre la vacance et la spéculation par une politique foncière volontariste.
  • Soutenir les bailleurs publics et les offices HLM.
  • Mettre en place des politiques locales de prévention des expulsions et d’accompagnement des locataires.

Là où les communistes sont aux responsabilités, des politiques ambitieuses montrent qu’il est possible d’améliorer concrètement la vie des habitants.

La crise du logement est une crise politique. Elle appelle un changement profond de cap : rompre avec la financiarisation, redonner des moyens à la puissance publique et faire du logement un pilier de la justice sociale et écologique.

Le Parti communiste français appelle à une mobilisation nationale pour que le logement redevienne ce qu’il doit être : un droit, pas un privilège.

Paris, le 3 février 2026,

Parti communiste français.