Décidément, il s'en passe des choses dans l'espace ces derniers temps. Et comme souvent, c'est l'industrie et la souveraineté françaises et à fortiori européennes qui en paieront le prix.
La NASA réoriente le programme de retour sur la Lune, "Artémis" de manière radicale sans consulter ses partenaires, dont européens. Exit la station en orbite lunaire qui devait remplacer la station spatiale internationale, qui sera décommissionnée d'ici la fin de la décennie : l'heure est à l'accélération du retour de l'homme sur la Lune, 54 ans après la dernière mission Apollo. Probablement la peur de se faire dépasser par la Chine, dont le programme lunaire avance de manière méthodique et dans les temps. Cette réorientation signifie une moindre place des Européens dans le programme, qui était en charge de concevoir une bonne partie de la future station. C'est aussi un programme qui laissera encore plus de place au privé, et sous domination américaine. La démonstration est faite maintenant que les Européens, en signant ces accords, se sont mis entre les mains des décisions politiques de la Nasa, contrôlée par un proche de Trump et d'Elon Musk, et s'excluant de possibles autres coopérations avec des pays comme l'Inde ou la Chine ou encore de la possibilité d'avoir son propre programme dédié à la recherche plutôt qu'à la compétition.
Mais même au sein de l'Europe, certains alliés semblent peu recommandables. Le chancelier allemand a annoncé son intention de mettre au second plan le programme européen IRIS². Ce programme voté par le parlement européen sous la direction du commissaire européen Thierry Breton doit fournir d'ici 2030 des communications spatiales résilientes et sécurisées aux États membres et donc fournir une solution souveraine à l'Europe, et ne pas dépendre d'Elon Musk et son réseau "Starlink". La France avait fait usage de manière humiliante de ce réseau après le passage du cyclone Chido à Mayotte pour fournir des communications aux services d'urgence. Ce projet à plus de 13 Mad€ avait déjà souffert de retard au lancement à cause des exigences de l'Allemagne pour son financement et les retombés industrielles. Or, l'Allemagne a depuis annoncé son propre programme, à orientation militaire, très semblable à IRIS², qui sera financé lui à hauteur de 35 Mad€. Dans ce programme, les industriels allemands OHB, Airbus et Rheinmetall profiteront largement des financements de la Bundeswehr mais ils s'allieront aussi avec des industriels américains pour développer certaines technologies… Le programme rentrera aussi directement en conflit avec IRIS² notamment sur les bandes de fréquence, enjeu stratégique pour un système de communication, que devront donc se partager ces deux systèmes. C'est une énième trahison à la souveraineté européenne et un risque pour toute l'Europe. Les industriels français risquent de pâtir de ce projet concurrent. La France a joué le jeu en mettant dans la balance son industrie, son financement, ses compétences, l'Allemagne préfère la jouer solo au détriment de tous. Cela nous ramène aux scandaleux accords du sommet de l'Europe spatiale de Séville de novembre 2023 qui ont entériné la concurrence européenne dans les lanceurs spatiaux, machines hautement stratégiques pour l'accès à l'Espace, sous pression notamment de l'Allemagne. Le rêve de coopération avec Ariane public a laissé la place à une compétition intra-européenne à l'heure même où les lanceurs privés américains risquent d'écraser le marché, avec SpaceX d'Elon Musk en tête.
Avec des alliés pareils, les beaux mots de la "coopération spatiale" se sont transformés en piège mortel pour la souveraineté et l'industrie de pointe française. On peut alors déplorer que dans les annonces du président Macron du mois de novembre, le seul plan semble être les coopérations en Europe et la concurrence, sans vision industrielle ni stratégique. Encore une fois, l'industrie, les emplois et la compétence française paieront les pots cassés de l'absence de stratégie et de planification du gouvernement.
Paris, le 27 mars 2026
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