Le carré rouge Jacques Duclos (16)
En quelques épisodes nous allons vous accompagner pour découvrir le cimetière du Père-Lachaise. Enfin, y prétendre serait présomptueux, aussi au travers d’un aperçu rapide de son histoire, nous nous dirigerons plus particulièrement vers un espace que l’on nommera le « Carré rouge ».
Jacques Duclos 1896-1975, inhumé le 29 avril 1975.
Natif des Hautes-Pyrénées, Jacques Duclos c’est ce petit homme jovial, au regard rieur, à l’accent de sa Bigorre, brillant orateur et populaire. Sa vie se confond avec l’histoire de notre parti.
Monté à Paris comme ouvrier pâtissier, avide de lecture et de culture, il fréquente les théâtres, comme figurant ou pour faire la « claque ». En 1914 il participe à la campagne de Marcel Cachin et découvre la Commune de Paris en montant au Mur des fédérés aux côtés d’anciens communards.
Mobilisé en 1915, il combat à Verdun. Marqué par la guerre et le sort de son frère, gueule-cassée, son antimilitarisme se renforce, ce qui lui vaudra d’être pousuivi en justice en permanence. Fait prisonnier en 1917, démobilisé en 1919, il reprend son métier à Paris.
Il adhère à l’ARAC, puis en 1921 au PC. En 1924 il participe à la première école centrale du Parti, « l’école de Bobigny ». En 1926, il entre au Comité central où il siégera jusqu’à sa mort.
En 1928, recherché, il mène clandestinement campagne dans le XXe arrondissement face à Léon Blum et l’emporte sans pouvoir siéger. Les poursuites cessent en 1931, l’amnistie intervient en 1933.
En 1934, grand acteur du « front unique », pour Jacques Duclos « la lutte pour l’unité d’action ne saurait […] se séparer de la lutte contre les trotskistes qui sont les ennemis les plus haineux de l’URSS et de l’action commune des prolétaires. »
En 1936 il est élu député de Montreuil et est en Espagne au côté du PCE, face à la rébellion fasciste de Franco.
En 1939, le PCF est interdit. Il entre dans la clandestinité, multiplie les planques, les changements de nom, il est le principal rédacteur de l’Humanité clandestine. Le 10 juillet 1940, il publie l’« Appel au peuple de France », co-signé par Thorez en exil. Avec Benoît Frachon et Arthur Dallidet, il réorganise le Parti, participe à la création du « Front national de lutte pour l’indépendance de la France » confié à Pierre Villon, et à la création d’unités armées avec Charles Tillon et Albert Ouzoulias qui deviendront les FTPF et FTP-MOI.
Le 25 août 1944, avec Benoît Frachon il entre dans Paris, tient un comité central le 31. Le 9 septembre il rencontre de Gaulle qui accorde deux ministres au Parti dans son gouvernement et Duclos est responsable du groupe communiste à l’Assemblée consultative.
Après la mort de Maurice Thorez en 1964, le Parti s’oriente vers l’union de la gauche sur un programme commun et prend ses distances avec Moscou. Après avoir soutenu François Mitterrand à la présidentielle de 1965, le Parti présente Jacques Duclos à celle de 1969. « J’ai conscience d’être le candidat de l’union des forces ouvrières et démocratiques... » Le ton est donné dès sa première conférence de presse, la campagne sera menée tambour battant. Il obtient 21,27 % des voix, échouant de peu pour accéder au second tour, mais une dynamique d’union est lancée qui mènera au programme commun en 1972.
Il meurt le 25 avril 1975. Le 29, des centaines de milliers de personnes l’accompagnent du siège du Parti au Père-Lachaise. Symbole d’un engagement constant pour la paix et contre le colonialisme, son hommage coïncide avec la une de l’Humanité annonçant les dernières heures de la guerre à Saïgon.
Gérard Pellois
Article publié dans CommunisteS, numéro 1085 du 6 mai 2026.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire