samedi 15 août 2026

Fascisme en France, le grand malentendu

L’élection présidentielle de 2027 aura pour enjeu non pas l’alternance, mais une possible rupture. Laquelle ? Afin de conjurer celle que provoquerait la victoire du Rassemblement national, une partie de la gauche mobilise contre le risque du fascisme. Et néglige une autre hypothèse…
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u grand jeu des pronostics sur l’avenir politique de la France, en voici un qui écrase la concurrence dans les débats à gauche depuis deux décennies : « Le fascisme ! » — comprendre : nous y allons tout droit. Avec son culte de la police, son obsession sécuritaire et son ciblage des jeunes issus de l’immigration, ces « racailles » à passer « au Kärcher », M. Nicolas Sarkozy avait suscité à la fin des années 2000 moult critiques sur ce thème. Au tournant des années 2015-2016, les attentats islamistes, la psychose à propos des « jeunes radicalisés » et la vague des réfugiés du Proche-Orient ont profondément enraciné dans une partie de la population l’idée d’un « ennemi de l’intérieur » prêt à frapper la République avec la complicité d’une certaine gauche. Un coin supplémentaire a été enfoncé quand le président François Hollande a voulu déchoir les binationaux nés français condamnés pour un « crime constituant une atteinte grave à la vie de la nation ». Avec la répression des mouvements sociaux, la banalisation médiatique de thèmes naguère cantonnés au conservatisme le plus extrême, la progression quasi continue du Rassemblement national (RN) au cours des deux mandats de M. Emmanuel Macron et la bienveillance du patronat vis-à-vis de ce parti, l’hypothèse devient certitude : le fascisme gagne la France.

La référence au régime mussolinien et à l’entre-deux-guerres présente l’indiscutable avantage de frapper les esprits. Elle suppose l’idée d’une bascule autoritaire une fois l’extrême droite parvenue au pouvoir grâce à la capitulation des partis traditionnels, qui ont concédé à l’adversaire le cadre du débat. Il s’agit donc de mobiliser tant qu’il est encore temps en s’appuyant sur l’exemple de luttes antifascistes illustres quoique pas toujours victorieuses. Mais le spectre du fascisme n’occulte-t-il pas un danger moins spectaculaire et beaucoup plus concret ? Celui d’un glissement insensible vers un régime de ségrégation (…)

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