vendredi 24 avril 2026

Après son congrès, à quoi doit répondre le PGE ?


 Le congrès du PGE qui s’est tenu à Bruxelles le week-end dernier a permis au PCF de porter ses exigences de contenu et de tenir des rencontres bilatérales, comme l’article d’Hélène Bidard le développe.

Concernant les enjeux de fond, c’est-à-dire la manière dont le PGE pourrait être un outil pour mettre en commun les luttes, les exigences et les initiatives des partis membres pour la paix et contre l’austérité en Europe, ce congrès laisse beaucoup de questions ouvertes. Les questions posées lors de la préparation du congrès le restent à son issue.

Pour le PCF comme pour d’autres organisations membres, le congrès initie surtout une phase transitoire qui devra aboutir lors de l’assemblée générale de 2027. Le congrès et les interventions des délégués de nombreux partis affirment nettement un profil pour la paix et la sécurité collective en Europe. Il faut donc maintenant le décliner concrètement. 

Deux points particulièrement importants doivent être travaillés dans l’année qui vient si l’on veut un PGE utile pour les luttes convergentes des partis membres.

  • Construire une action commune en Europe pour la paix et contre la militarisation de l’économie. Le PGE est le seul parti européen à s’emparer de la question de la lutte pour la paix et la sécurité collective ainsi que de la lutte contre la militarisation de l’économie. Mais cela demeure assez peu visible et peu en lien avec les partis membres. Or, le véritable atout du PGE réside dans ses partis membres. Le PCF a porté lors de ce congrès l’exigence que le PGE s’empare de l’exigence de la paix en devenant un espace de mise en commun des élaborations et des actions pour la paix des différents partis membres. Des points d’appui peuvent être utilisés, comme les prises de position du gouvernement espagnol auquel participent le Parti communiste et la Gauche Unie d’Espagne.
  • Construire un parti de partis transparent et démocratique. Pour cela il convient de poser la question des modalités de fonctionnement du PGE. Il existe une tendance à la centralisation et à la fédéralisation du parti, faisant écho avec une certaine tentation fédéraliste de la construction européenne. Le PCF, avec d’autres organisations, défend une conception d’un parti de partis pleinement souverains mettant en commun leur expérience, leur positionnement, leur analyse pour faire naître du commun en Europe et pour élaborer des actions et campagnes communes. Ce débat existe depuis longtemps dans le PGE mais il tend à s’approfondir.

Le PGE est à un tournant de son histoire. Porté lors des années 2010 par l’essor des luttes anti-austérité en Europe, il a été confronté depuis à plusieurs échecs et à plusieurs crises provoquées par les reculs de ces luttes. Il s’agissait ici du premier congrès après le départ des organisations populistes et de la gauche verte nordique. Une nouvelle page de l’histoire d’un PGE refondé doit s’écrire dès maintenant. Soit il est en mesure de répondre à ces deux enjeux, soit sa crise va se poursuivre et se renforcer.

L’ampleur des défis et des menaces historiques qui pèsent sur les peuples d’Europe, avec la menace de guerre, le renforcement de la domination de l’OTAN et de l’atlantisme sur une UE dont la construction est fondamentalement capitaliste, la menace de l’extrême droite, rend une organisation de gauche en Europe portant une vision transformatrice sociale, économique, démocratique, pour la paix, plus nécessaire que jamais. Mais cela suppose qu’elle soit à la hauteur.

Vincent Boulet
Responsable du secteur international

Article publié dans CommunisteS, numéro 1083 du 22 avril 2026.

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