Le carré rouge Aux femmes communistes (17)
En quelques épisodes nous allons vous accompagner pour découvrir le cimetière du Père-Lachaise. Enfin, y prétendre serait présomptueux, aussi au travers d’un aperçu rapide de son histoire, nous nous dirigerons plus particulièrement vers un espace que l’on nommera le « Carré rouge ».
La Résistance : « Ce n’était pas une histoire d’hommes. Et pourtant dans l’imaginaire collectif, lorsque l’on évoque la Résistance, j’ai le sentiment que les images qui viennent se déclinent au masculin. » (Marie-George Buffet)
« Sans les femmes, la moitié de notre travail aurait été impossible. » (colonel Rol- Tanguy)
Aucune de ces femmes, pour beaucoup anonymes ou oubliées, qui sont mortes en mission, sous la torture, exécutées ou en déportation, n’ont trouvé une sépulture dans ce « Carré ». Seul un hommage est rendu à Maï (Marie) Politzer décédée en déportation à Auschwitz 6 mars 1943 (épisode 9).
C’est à l’occasion de l’année internationale de la femme en 1975 et pour les trente ans de la victoire, qu’une stèle en marbre blanc est érigée avec cette épitaphe : « Aux femmes communistes qui ont donné leur vie pour la victoire de la liberté contre le nazisme, pour le triomphe de la paix. » Sur son socle : « 8 mai 1975, 30e anniversaire de la victoire sur l’hitlérisme, Année internationale de la femme ».
Chacun, chacune a en tête les noms d’Olga Bancic de la MOI (l’Affiche rouge) guillotinée à Stuttgart, le 10 mai 1944 ; celui de Danièle Casanova, fondatrice de UJFF, morte en déportation à Auschwitz, le 9 mai 1943.
Mais l’on évoque moins souvent, par exemple :
Gilberte Lavaire 1922-1944. (Nicole) agent de liaison du colonel Fabien elle sera arrêtée par la milice de Darnand mi-juin 1944 en Bretagne, par deux fois, humiliée et cruellement torturée pendant des heures, elle ne parlera pas. Au détour d’une alerte elle s’évade, rejoint Fabien, intègre son état-major, meurt avec lui le 27 décembre 1944 à Habsheim dans l’explosion de leur PC. Elle sera inhumée chez elle à Port-sur Saône.
Fanny Ladsky 1914-1943. Responsable de la JC à Paris. Elle participe à la première direction parisienne de l’Union des jeunes filles de France (UJFF), adhère au PCF en 1936, entre à la direction nationale de l’UJFF, aura à charge la direction clandestine de la JC d’un secteur de la banlieue. Arrêtée par les brigades de Pucheu, condamnée à un an de prison, libérée en mai 1942, de nouveau arrêtée en décembre 1942. Emprisonnée à Fresnes, livrée à l’occupant, elle est internée à Drancy, déportée au camp de Maïdanek (Pologne), où elle mourut probablement gazée le 30 mars 1943.
Raymonde Royal 1923-1942. Adhère aux JC. Elle n’a pas 17 ans quand elle est responsable de l’impression et de la diffusion de la presse clandestine dans le 10e arrondissement, participe aux manifestations des 14 juillet et 1er août 1941. Arrêtée le 11 mai 1942 : c’est le Fort de Romainville, Drancy, puis déportée à Auschwitz et, comme sa mère quelques semaines plutôt, elle sera gazée et jetée au four crématoire. Elle avait 19 ans.
Suzanne Masson 1901-1943. Métallurgiste, militante du syndicat des métaux en 1926, elle adhère au Parti en 1934 ; en 1937 elle est au Comité régional Paris-Nord du Parti ; en 1938, la CGT des métaux lui donne la direction de l’école de formation des militants. Entrée dans la clandestinité, elle est arrêtée le 5 février 1942 : la Roquette, la Santé, livrée à l’occupant, déportée et emprisonnée en Allemagne. Elle sera guillotinée à Hambourg, le 1er novembre 1943.
Gérard Pellois
Article publié dans CommunisteS, numéro 1086 du 13 mai 2026.

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