Les élections législatives à Chypre se sont déroulées dimanche 24 mai. Dans les faits, elles n’ont eu lieu que dans la partie non occupée par la Turquie, comme c’est le cas depuis 1974.
Ces élections sont importantes car elles cristallisent plusieurs phénomènes politiques.
- Nos camarades d’AKEL confortent leurs positions de 2e parti du pays. Avec 23,8 % des voix, ils progressent d’1,5 point. Dans sa déclaration au lendemain des élections, le secrétaire général du parti, Stefanos Stefanou, salue « un vote de confiance » et « le début d’une nouvelle trajectoire ascendante ». Il met en avant des propositions pour lutter contre l’inflation et le coût de la vie, dans un ensemble de mesures décisives pour gagner la confiance populaire. AKEL réaffirme son engagement pour les droits des travailleurs et la démocratie sociale. Notre secrétaire national Fabien Roussel a salué ce résultat au nom du PCF.
- La droite conservatrice reste cependant la première force avec 27,1 %. Surtout, l’essor de l’extrême droite est rapide. Le Front populaire national (ELAM) obtient 10,9 % (+4 points). Elle double son nombre de sièges pour atteindre 8 députés. Directement inspirée par l’Aube dorée en Grèce (aujourd’hui dissoute), raciste, l’extrême droite est désormais en position de faire pression sur la droite et sur le président conservateur Nikos Christodoulides.
- La social-démocratie historique et le parti écologiste s’effondrent. La disparition de la social-démocratie du Parlement est un évènement. Depuis les élections européennes de 2024, elle n’était plus représentée au Parlement européen.
- Une organisation dirigée par l’eurodéputé indépendant Phidias Panayiotou, influenceur chypriote de 26 ans aux 5 millions d’abonnés, fait son entrée au Parlement. Présenté comme « anti-establishment », Phidias Panayiotou s’est surtout fait connaître pour son admiration pour Musk et des positions relayant celles de Trump. C’est donc en réalité une force d’extrême droite née des réseaux sociaux qui fait son entrée au Parlement chypriote.
Ces élections sont également importantes par la place stratégique de Chypre, qui se trouve à 150 km des côtes libanaises, dans les tensions de la région, mise à feu et à sang par Netanyahou et Trump ; et alors qu’Erdogan ne cesse d’afficher ses ambitions expansionnistes, y compris en multipliant les provocations à Chypre nord. Emmanuel Macron, lors de son voyage à Chypre en avril dernier, s’est résolument inscrit dans une politique d’exacerbation des tensions. Le projet IMEC, liant l’Inde à l’Europe, passe par Israël et par Chypre. C’est un levier pour la recomposition des dominations impérialistes dans la région, dans laquelle s’inscrit la politique française, au détriment des droits souverains des peuples et du droit international.
Mais l’élection au Nord d’un président qui se refuse à entrer dans le jeu d’Erdogan, Tufan Erhürman, en octobre dernier, est le signe que la population chypriote du nord n’a pas renoncé à la réunification de l’île. C’est un élément important pour ouvrir une nouvelle page dans les négociations sur l’avenir de l’île qui sont gelées depuis 2017. Neuf ans que l’UE n’a rien fait, alors que la moitié du territoire d’un de ses États membres est occupée ! L’UE préfère négocier des accords sur le gaz avec l’Azerbaïdjan sous le parrainage d’Erdogan, plutôt que de faire respecter la souveraineté de ses propres membres. Cela en dit long sur la nature même de la construction capitaliste de l’UE.
Nos camarades d’AKEL défendent la seule position correspondant aux intérêts du peuple chypriote : la constitution d’une fédération bizonale, bicommunautaire à souveraineté internationale unique. Avec la fermeture des bases souveraines britanniques qui occupent encore une partie du territoire et qui sont un relai pour les interventions impérialistes au Proche et Moyen-Orient.
Renforçons la solidarité avec nos camarades d’AKEL !
Vincent Boulet
Article publié dans CommunisteS, numéro 1088 du 27 mai 2026.

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