jeudi 4 juin 2026

Grenoble. Des collectifs de sans-abri réclament la réquisition de l’ex-hôtel Gallia


 Les manifestants rassemblés devant l'ex-hôtel Gallia qui, jusqu'en 2024, hébergeait des familles sans-logis dans le cadre d'une convention avec la préfecture.

Le DAL et plusieurs collectifs de sans-abri de l'agglomération grenobloise organisaient un rassemblement, samedi 30 mai, devant l'ancien hôtel Gallia, dont ils réclament la réquisition. Propriété de la ville de Grenoble et géré par l'Établissement public foncier local (EPFL), ce bâtiment vide comporterait en effet 36 chambres "immédiatement habitables", selon les manifestants.

L’intitulé du rassemblement, figurant sur les tracts et affiches, était particulièrement éloquent. « Pas de blabla, se loger est un droit ! » Une manière pour les collectifs organisateurs (intercollectif des écoles occupées, expulsés-es du quartier de l’Abbaye, occupants-es de la Métropole, l’Oasis des jeunes, collectif de femmes sans-abris et de demandeurs d’asile) de mettre les points sur les i : l’heure n’est plus, pour eux, aux discussions et négociations, mais à l’action. D’où la mobilisation programmée, ce samedi 30 mai, dans un lieu lui non plus pas choisi au hasard : l’ancien hôtel Gallia, boulevard Maréchal-Joffre, à deux pas de Chavant.

De fait, les manifestants poursuivaient un double objectif. De manière générale, « continuer à mettre la pression » sur les pouvoirs publics concernant la réquisition des logements vides, et plus spécifiquement, « pointer ironiquement un bâtiment qui appartient à la mairie », indique Manon, militante de l’association Droit au logement (DAL 38), co-organisatrice du rassemblement.

« Un cas de figure déjà expérimenté avec la lutte des occupants de la Métro »

Désormais fermé, l’hôtel Gallia a accueilli jusqu’en 2024 des familles sans-abri — et souvent sans-papiers ou en demande d’asile — dans le cadre de plans d’hébergement d’urgence, via une convention passée avec la préfecture de l’Isère. Il dispose aujourd’hui de « 36 chambres vides et immédiatement habitables », selon les collectifs. Et le bâtiment est la « propriété de la ville de Grenoble, avec une gestion par l’EPFL », explique Manon. Il s’agit ainsi d’un « cas de figure déjà expérimenté pour la lutte des occupants de la Métro », à savoir un logement situé dans un bâtiment municipal, géré par l’EPFL du Dauphiné.

Cinq collectifs de sans-abri appelaient à manifester devant l’ex-hôtel Gallia.

Pour le DAL et les collectifs de sans-logis, réquisitionner un tel lieu répondrait en outre à une réelle « urgence ». Pour les occupants du siège de la Métropole déjà. Sur les quelque 150 personnes — principalement des livreurs à vélo et leurs familles — présentes au début de l’occupation, en novembre dernier, une grosse centaine ont intégré leur nouveau logement. « La dernière famille ce matin, à Saint-Égrève », précise la militante du DAL. « Mais il reste encore 34 personnes pour lesquelles on n’a plus de proposition de relogement », déplore-t-elle.

Pour ces dernières, les associations souhaitent que le nouvel exécutif métropolitain « poursuive la même stratégie ». Avec une crainte toutefois. « La Métropole a déjà pas mal fait le tour des logements disponibles, ces derniers mois, dans les communes volontaires », souligne Manon, qui évoque une autre piste : « Grenoble Habitat propose une décote de loyer sur des logements sociaux. Il faudrait qu’une association fasse l’intermédiaire, les loyers étant alors à la charge de la Métropole. »

« Autant que les chambres puissent servir à quelque chose »

Autre sérieuse urgence, les écoles occupées pour mettre à l’abri des enfants à la rue. D’après l’intercollectif des écoles occupées, il n’existerait à ce stade « aucune proposition de solution pour passer l’été, contrairement aux années précédentes. Les familles vont peut-être devoir rester dans les écoles pendant les vacances. »

Réquisitionner les 36 chambres de l’ex-hôtel Gallia apparaît donc tout indiqué aux yeux des collectifs. En attendant que le bâtiment fasse l’objet d’un nouveau projet — immobilier ou autre -, « autant que les chambres puissent servir à quelque chose », estime Manon. Mais qu’en dit le propriétaire ? « Selon la ville de Grenoble, les chambres sont insalubres car il y aurait des nuisibles », s’étonne la militante, circonspecte. « Même si c’est le cas, il faudra bien s’occuper de ce problème un jour, donc pourquoi pas maintenant ? »

Une idée pour les brigades de réquisition ?

Sur les réseaux sociaux, le DAL 38 ironise : « Pas besoin d’aller bien loin pour les fameuses ‘brigades de réquisition’ de Mme Ruffin : un bâtiment vide qui appartient à la mairie est à 650 mètres de l’hôtel de ville ! » L’association fait ici référence aux brigades de réquisition des logements vacants, promesse de campagne dont Laurence Ruffin a annoncé le lancement imminent. Le dispositif doit servir à « identifier des logements vides », explique Manon. « C’est une première étape mais des bâtiments vides, il y en a déjà pas mal qu’on a identifiés. »

Pour les manifestants, fini le « blabla » !

Les militants pointent surtout une différence stratégique. Selon eux, le dispositif viserait surtout des logements privés. Or, « le pouvoir de réquisition des maires n’est pas assez fort pour s’attaquer au privé » , affirme Manon. Cela relèverait ainsi davantage des pouvoirs de l’État. Il faut donc, poursuit-elle, « aller plutôt vers des bâtiments entiers qui appartiennent à l’État ou à des collectivités », moyennant bien sûr quelques aménagements nécessaires. Et sur ce plan, l’hôtel Gallia vient s’ajouter à la liste des bâtiments vides déjà recensés par le DAL et les collectifs de sans-logis, après la cité universitaire du Rabot, l’ex-CPAM, rue Maginot, ou encore l’ancien centre des impôts de Philippeville.

Sollicitée, la ville de Grenoble n’avait pu être jointe à l’heure de la publication de cet article. Nous publierons son point de vue sur l’ex-hôtel Gallia et les brigades de réquisition des logements vacants dès que possible.

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