vendredi 5 avril 2013

Le patronat fait sa loi : les députés ne doivent pas la voter !

Par Fondation Copernic
Le Parlement est saisi du projet de loi du gouvernement qui transcrit l'accord national interprofessionnel (ANI) conclu le 11 janvier 2013 par le patronat et trois syndicats représentant une minorité de salariés. Ce projet de 47 pages est souvent réduit à un échange entre un peu plus de « flexibilité » et un peu plus de sécurité. En réalité, l’accord est 100 % perdant pour les salariés. Démonstration en 7 questions-réponses du collectif unitaire contre l'ANI, qui appelle à participer à la journée d'action du 9 avril 2013 décidée par les syndicats CGT, FO, FSU et Solidaires.
Le texte qui suit est également disponible en pièce jointe (mis en forme aux fins de diffusion/distribution).

1. La taxation des « contrats courts » va faire reculer la précarité ? FAUX
La hausse des cotisations chômage envisagée coûtera aux employeurs 6 euros de plus par CDD. Et les emplois intérimaires ne sont pas concernés ! Les employeurs ricanent et ils ont bien raison. Car ils ont obtenu en contrepartie une baisse des cotisations sociales sur certains CDI qui leur rapportera davantage que cette « taxation » dérisoire. Globalement, le patronat y gagne 50 millions d’euros.

2. L’accord encourage le chantage à l’emploi et aux baisses de salaires ? VRAI
Les accords dits de « maintien dans l’emploi » sont en réalité un chantage généralisé à l’emploi pour mieux sécuriser les profits. Avant cette loi, les salariés de Bosch, de Continental ou de General Motors les ont déjà expérimentés : baisse des salaires, augmentation du temps de travail… et des milliers de licenciements par la suite ! Or la loi généralise ces accords, même dans les entreprises sans syndicats. Les salariés ne pourront plus refuser cette modication du contrat de travail comme aujourd’hui : ce sera le licenciement économique automatique.

3. « Généralisation » de la complémentaire santé : un affaiblissement de la Sécu ? VRAI
Avec la dégradation de la couverture de base par la Sécurité sociale, impossible aujourd’hui de se soigner sans couverture complémentaire. La plupart des salariés ont aujourd’hui une couverture complémentaire, mais pas nécessairement par leur entreprise. Généraliser cet accès n’est pas la solution, c’est le problème ! C’est la porte ouverte à de nouvelles dégradations de la couverture de base. C’est surtout une nouvelle aubaine pour les assureurs privés dont le chiffre d’affaires a augmenté de 120 % en 10 ans (9 % par an !) grâce à la CMU.
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Evasion fiscale : Pierre Laurent appelle à "une convocation extraordinaire du Parlement"


Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, a demandé ce jeudi que le Parlement suspende ses débats pour se consacrer à la lutte contre l'évasion fiscale. C'est que selon lui la crise est totale, et nécessite qu'on s'attaque aux racines du pouvoir de l'argent.
Sur France inter au journal de 13 heures, le sénateur de Paris a réaffirmé son diagnostique de "crise très grave" à propos de l'affaire Cahuzac mais aussi des révélations du Monde sur des paradis fiscaux et le trésorier de campagne du candidat François Hollande.
"C’est une crise très grave, il faut aller à la racine des problèmes, on ne va pas se contenter de belles paroles. On voit bien que c’est le conflit d’intérêt entre le monde de la finance et des fractions importantes du monde politique qui sont à l’origine de cette crise. Et c’est à cela qu’il faut s’attaquer. Il y a des propositions pour ce faire qui sont sur la table depuis longtemps. "Je rappelle qu’à l’initiative d’un sénateur communiste, Eric Bocquet, le sénat a adopté un rapport qui fait 60 propositions pour lutter contre l’évasion fiscale, ces propositions sont aujourd’hui lettre morte. Donc il faut passer aux actes."
"La crise politique est totale, la crise de confiance est totale"
Dans une interview accordée à l’Humanité de ce jeudi, Pierre Laurent explique le fond de la crise politique. "Mais la crise politique est déjà là ! Elle a été nourrie depuis des années, pendant dix ans de pouvoir de droite, menée de concert avec les institutions européennes pour dessaisir les citoyens, en appliquant des traités désavoués par la majorité des Français. Dans ces conditions, et si le pouvoir socialiste continue de manière si indécente à tourner le dos aux engagements, aux espoirs de changement social qui ont été exprimés par les Français, et que s’ajoutent des dérives graves comme celle de Jérôme Cahuzac au cœur de l’appareil d’État, le risque d’une amplification de la crise politique est évident. Si nous voulons empêcher que la suspicion du «tous pourris» empoisonne la vie publique, il convient de s’attaquer aux racines du pouvoir de l’argent, en clarifiant les relations entre le pouvoir politique, qui doit émaner des citoyens, et les milieux financiers, qui n’ont pas à se substituer à l’intérêt général. C’est ainsi que l’on reconstruira une politique guidée par l’intérêt général et non par l’appât du gain. "
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jeudi 4 avril 2013

Projet de loi de "sécurisation de l'emploi" : intervention d'André Chassaigne


Projet de loi de "sécurisation de l'emploi... par deputesCRCPG

Trêve hivernale/expulsions : "une pratique inhumaine et indigne de la France"

Alors que la trêve hivernale a pris fin ce week-end, des milliers de familles avec des enfants pourraient être expulsées de leur logement. Touchant souvent des familles monoparentales, cette pratique inhumaine est indigne d’un pays développé comme la France.
Plus de 9 fois sur dix, les victimes d’expulsion sont des familles touchées par la précarité, le chômage ou un accident de la vie. Le pouvoir d’achat est en baisse et l’augmentation des loyers et de l’énergie y contribue amplement. Alors que l’expulsion brise les familles, déscolarise les enfants, et peu même entrainer la perte d’emploi, face à la crise, la puissance publique se doit de tendre la main aux plus fragiles. Un gouvernement élu par le peuple de gauche ne peut dignement pas s’exonérer de la politique humaniste que l’on attend de lui.
Nous pouvons prévenir les expulsions. Dans un pays où près de 10 millions de personnes connaissent des difficultés à se loger, le logement étant devenu une denrée trop cher, le gouvernement doit engager un véritable plan Marshall pour résoudre la crise du logement. Contrôle du prix du foncier, incitation de l’épargne sur le Livret A… sont des pistes que le PCF soumet au débat public.
De nombreux maires prennent des arrêtés pour s’opposer aux expulsions. Le PCF soutient pleinement cette initiative et en appelle au gouvernement pour qu’il s’inscrive dans cette démarche courageuse qui, nous en sommes convaincu, redonnerait des couleurs à un président bien affaibli et de l’espoir à un peuple qui n’attend que cela.
Communiqué du Parti communiste français

mercredi 3 avril 2013

Affaire Cahuzac : le coup de gueule ému de Gérard Filoche




Aveux de Jérôme Cahuzac : « un scandale d'État »
Jérôme Cahuzac vient d'avouer avoir posséder un compte secret en suisse puis à Singapour. L'ancien ministre du Budget est mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale. Après des semaines d'un feuilleton où Jérôme Cahuzac a multiplié les mensonges, c'est une véritable bombe politique qui vient d'éclater.
Pour avoir fraudé le fisc et, circonstance aggravante, avoir assumé ce mensonge en tant que ministre en charge de la lutte contre cette même fraude fiscale, Jérôme Cahuzac apporte une terrible contribution à la liste des affaires qui salissent et abîment si durement la politique et la République.
Il faut saluer le travail de la presse et de la Justice qui ont mis un terme à ce scandale d'État. L'enquête en cours devra permettre de faire toute la vérité sur l'affaire Cahuzac.
Olivier Dartigolles, porte parole du PCF

KEM ONE : les vautours chassent en meute

Écrit par Christiane PUTHOD (PCF)

Ce mercredi 27 mars 2013 le Tribunal de Commerce de Lyon a placé la Société KEM ONE en redressement judiciaire. La gestion de l'entreprise a été retirée à son actionnaire et président Gary Klesch, pourtant une star des affairistes capitalistes, et confiée à l'administrateur judiciaire.Deux experts judiciaires ont été désignés pour étudier les flux de trésorerie récents de l'entreprise avec les filiales de l'homme d'affaires.
C'est un premier résultat positif pour les salariés dans ce dossier qui prend une tournure judiciaire, mais qui ne résout malheureusement pas leur situation pour l'avenir.
Début 2012, le groupe ARKEMA, ancienne division chimie du groupe TOTAL, cherche à se délester de son pôle de fabrication de PVC, pôle initialement repris au groupe TOTAL qui s'en séparait plutôt que de moderniser les sites.
TOTAL - ARKEMA - KEM ONE : voilà les trois acteurs d'un dépeçage industriel en règle. Ces trois groupes sont étroitement liés et essaient de nous faire croire qu'ils s'affrontent à coups de procès d'intention médiatiques.

La réalité est tout autre : TOTAL a cédé son secteur vinylique à ARKEMA en s'assurant le contrat d'approvisionnement de la matière première avec un prix fixé par contrat avantageux. ARKEMA décide ensuite de céder ce pôle, à priori non rentable et pour cause, mais se heurte à la réaction des salariés qui exigent des explications. Nous sommes alors début 2012 avec l'élection présidentielle en vue. Ce sont Nicolas Sarkozy et Eric Besson qui vont alors mettre en piste Gary Flesch, le « capitaliste vautour », tel qu'il est prénommé par les financiers de Wall Street, quelques mois avant les élections.

L'homme va pouvoir s'occuper de la liquidation afin de préserver l'image d' ARKEMA et de TOTAL, dans un scénario déjà bien rodé puisqu'il se pratique couramment dans le cadre de la mondialisation. Pour finaliser la cession en juillet 2012, pour un euro symbolique, ARKEMA a réglé les dettes du pôle vinylique, à hauteur de 587 millions d'euros, et injecté 100 millions d'euros de trésorerie.

mardi 2 avril 2013

Un ANI qui nous veut du mal : quand le syndicalisme devient « servitude volontaire »

L’accord national interprofessionnel (ANI) du 11 janvier sur l’emploi a été transposé dans un projet de loi de « sécurisation de l’emploi », lequel sera examiné à l’Assemblée nationale à partir du 2 avril. Cet ANI divise les organisations syndicales comme en témoigne cette analyse de Serge Le Quéau, représentant de l’Union syndicale Solidaires au Conseil économique, social et environnemental de Bretagne. Nous publions ici l’intégralité de ce texte qui s’interroge sur l’attitude de certains syndicats dans un « projet de société » jugé « dangereux ».
L’accord national interprofessionnel (ANI) du 11 janvier dernier entend construire un « nouveau modèle économique et social au service de la compétitivité des entreprises et de la sécurisation de l’emploi et des parcours professionnels des salariés ». Il a été signé d’une part par le Medef, représentant du patronat et, d’autre part, par la CFDT, la CFTC et la CGC. A elles trois, elles ne représentent qu’une minorité des salariés français. Elles sont pourtant étrangement considérées comme représentatives par le gouvernement. L’évidence du contraire fait peser, d’entrée de jeu, une sérieuse réserve sur la validité juridique même de cet accord. Mais là n’est pas le point qui nous importera ici. Ce qui compte, c’est le mécanisme que cet accord met en place de façon inédite. Ce mécanisme est bien, en effet, au cœur d’un nouveau modèle économique et social. C’est même un nouveau « pacte social », proprement stupéfiant, que nous proposent les signataires de l’accord. Il convient donc d’analyser sur quels fondements est construit ce dangereux « projet de société ».
Il y a une quinzaine d’années, Denis Kessler, assureur et vice-président et théoricien du Medef affichait clairement son ambition : œuvrer pour que le contrat prime sur la loi et pour que les risques pris par les investisseurs ne soient plus assumés par le seul capital mais aussi (et surtout !) par le travail [1]. Avec cet ANI, M. Kessler voit avancer à grands pas cette Refondation sociale [2]. C’est-à-dire, sécuriser les employeurs et les investisseurs en précarisant, toujours plus, les salariés et les demandeurs d’emplois, qui sont réduits au statut de variables d’ajustement. Cet accord de 28 articles est devenu un « projet de loi » gouvernemental. Si le parlement l’entérine, les salariés des salariés seront confrontés à une menace inédite particulièrement perverse.

L’idée centrale : placer le loup dans la bergerie

Le Forum mondial social condamne l'austérité

Le Forum social mondial (FSM) s'est achevé ce samedi à Tunis. Dans sa déclaration finale, l'assemblée des mouvements sociaux a dénoncé l'austérité et les traités néo-libéraux qui "qui non seulement aggrave le problème, mais débouche sur la marchandisation, la privatisation et la financiarisation de la vie et de la nature".
Nous publions ici la déclaration intégralement:

"Nous, réunies et réunis lors de l’Assemblée des mouvements sociaux du Forum social mondial 2013 à Tunis affirmons l’apport capital des peuples du Maghreb-Mashrek (du Nord d’Afrique jusq’au Moyen Orient) dans la construction de la civilisation humaine. Nous affirmons que la décolonisation des peuples opprimés reste pour nous, mouvements sociaux du monde entier, un grand défi à relever. Au sein du processus FSM, l’Assemblée des mouvements sociaux est l’espace où nous nous réunissons avec notre diversité, pour construire nos agendas et luttes communes contre le capitalisme, le patriarcat, le racisme et toute forme de discrimination et d’oppression. Nous avons construit une histoire et un travail communs qui a permis certaines avancées, notamment en Amérique latine, où nous avons réussi à freiner des alliances néo-libérales et concrétiser plusieurs alternatives pour un développement socialement juste et respectueux de la nature.
Ensemble, les peuples de tous les continents mènent des luttes pour s’opposer avec la plus grande énergie à la domination du capital, cachée derrière des promesses de progrès économique et d’apparente stabilité politique.
Maintenant, nous nous trouvons dans un carrefour où les forces conservatrices et retrogrades veulent arrêter les processus initiés il y a deux années soulèvement populaire dans la région du Maghreb-Mashrek qui a permis de faire chutter des dictatures et contester le systeme neoliberale imposé aux peuples. Ces soulevements si sont étendus à tous les continents du monde en generant de procesus d’indignation et d occupation des places publiques.
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lundi 1 avril 2013

Avec Aragon, comment « défendre l’infini » dans une société de la résignation

Par Roland Gori
De nos jours, le premier service que l’industrie apporte au client est de tout schématiser pour lui. À partir de ce moment-là une nouvelle colonisation des esprits, par l’extension du langage de la technique et de l’économie à l’humain menace son humanité même.
L'humain se transforme en « capital » que l’on doit exploiter comme « ressources », et auquel on apprend à « gérer » ses émotions, son deuil, ses « habiletés sociales », ses « compétences cognitives », au prétexte d’accroître ses « performances » et sa « compétitivité ». La vie devient un champ de courses avec ses « handicaps », ses départs, ses « deuxièmes chances » et son arrivée. Si la vie devient un champ de course, alors à la manière d’Aragon on peut dire que « vivre n’est plus qu’un stratagème », que « l’avenir ne sera plus qu’un recommencement » et que l’homme tombe malade, malade de la logique et de la raison instrumentale, fonctionnelle. Le divertissement lui-même prolonge le travail, reproduit sa fragmentation, son automatisation, son aliénation, dans les dispositifs de la marchandise et du spectacle. C’est ce profond désarroi, subjectif autant que social, qui fabrique aujourd’hui un nouveau malaise de la civilisation, pétri de peurs, de désespoirs et d’ennui, qu’annonçait déjà Aragon lorsqu’il écrivait dans Le Cahier noir : « voici précisément venir le temps de la grande résignation humaine. Le travail-dieu trouve à son insu des prêtres. La paresse est punie de mort. À l’orient mystique, on institue le culte des machines. Les madones d’aujourd’hui sont des motobatteuses. À l’horizon, dans les panaches laborieux des cités ouvrières, le miracle nimbé s’en va en fumée. Personne ne laissera plus à personne une chance unique de salut. Elle sonne, l’heure du grand contrôle universel. […] Je vois grandir autour de moi des enfants qui me méprisent. Ils connaissent déjà le prix d’une automobile. Ils ne jouent jamais aux voleurs. »
C’est cette « noyade sans exaltation », comme il la nomme, qui fait aujourd’hui de l’homme un « capital humain, voilà le grand dogme qui somnole au fond de toutes ces cervelles. On ne s’en rend pas compte, mais cela revient à cela. » Ces lignes écrites au cours des années 1920 n’ont pas pris une ride. Il suffit de changer le mot « motobatteuse » par « algorithme », « automobile » par « I-Pad » et tout y est. Les universitaires n’ont plus d’autre choix que d’être comme l’exigeait Madame Pécresse des « produisants » Nous sommes bien ici dans cette société de la marchandise et du spectacle analysée par Guy Debord écrivant : « là où le monde réel se change en simples images, les simples images deviennent des êtres réels, et les motivations efficientes d’un comportement hypnotique ». Dans cette civilisation des mœurs « le vrai est un moment du faux. » Dans cette mythologie de la raison instrumentale, Aragon dévoile ce qu’il nomme « un tragique moderne », c’est-à-dire « une espèce de grand volant qui tourne et qui n’est pas dirigé par la main. » Et si le volant n’est pas dirigé par la main, c’est, et je cite encore l’Aragon du Paysan de Paris, parce que : « L’homme a délégué son activité aux machines. Il s’est départi pour elles de la faculté de penser. » Dans une telle société de l’ennui et de la résignation, on est tous prisonniers, prisonniers de l’argent qu’on a ou de celui qui manque, et la totalité de la vie sociale et intime se trouve occupée, confisquée, par le spectre de la finance. À la misère matérielle du peuple à laquelle Aragon fut toujours sensible, s’ajoute la misère affective de la bourgeoisie.
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"Théologie de la libération, l’Eglise qui a fait le choix radical de participer aux combats des pauvres... "

par Michael Löwy Sociologue franco-brésilien. Directeur de recherche émérite au CNRS.
Le premier pape latino-américain, François, semble vouloir se distinguer des idées et des pratiques de son prédécesseur, en se référant à saint François d'Assise et en mettant la pauvreté au centre de son pontificat. Pour être comme elle d'origine sud-américaine, est-il proche de la théologie de la libération ? Il est permis d'en douter...
Ce qu'on désigne habituellement par théologie de la libération – un corpus de textes produits depuis 1971 par des figures comme Gustavo Gutierrez, Hugo Assmann, Frei Betto, Leonardo Boff, Pablo Richard, Enrique Dussel, Jon Sobrino, Ignacio Ellacuria, pour ne citer que les plus connus – n'est que l'expression intellectuelle et spirituelle d'un vaste mouvement social, né au moins une dizaine d'années plus tôt, qui se manifeste à travers un réseau serré de pastorales populaires (de la terre, ouvrière, urbaine, indigène, de la femme), de communautés ecclésiales de base, de groupes de quartier, de commissions justice et paix, de formations de l'Action catholique, qui ont assumé de façon active l'option préférentielle pour les pauvres.
Non sous la forme traditionnelle de la charité, mais comme solidarité concrète avec la lutte des pauvres pour leur libération. Sans la pratique de ce mouvement social – qu'on pourrait appeler christianisme de la libération –, on ne peut pas comprendre des phénomènes sociopolitiques aussi importants dans l'histoire récente de l'Amérique latine que la montée de la révolution en Amérique centrale – Nicaragua, El Salvador –, l'émergence d'un nouveau mouvement ouvrier et paysan au Brésil, ou le soulèvement zapatiste au Chiapas.
UNE RELIGION COMMUNAUTAIRE DE SALUT
Le christianisme de la libération et en particulier les communautés ecclésiales de base ne relèvent ni du paradigme d'"Eglise" ou de celui de "secte", mais plutôt de ce que le sociologue Max Weber (1864-1920) appelait en 1915 une religion communautaire de salut ; c'est-à-dire une forme de religiosité fondée sur une éthique religieuse de fraternité – dont la source est l'ancienne éthique économique de voisinage – et pouvant aboutir, dans certains cas, à un "communisme d'amour fraternel".
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