
Alors que sur la
Scène du peuple de la Fête du Travailleur alpin, IO assurait l’ambiance
de l’après-midi, un petit groupe se tenait sous le chapiteau, cherchant
un brin d’ombre quand le parc de la Poya, à Fontaine, brûlait sous un
soleil de plomb. Malgré le fond sonore festif, la gravité se lisait sur
le visage de Maryvonne Mathéoud, vice-présidente d’Aiak (Association
iséroise des amis des Kurdes). Elle revient tout juste de Turquie où
elle était observatrice des dernières élections, répondant ainsi à
l’appel du HDP (Parti démocratique des peuples). Lors de cette élection,
dimanche dernier, des délégations françaises, notamment celle du PCF,
ont été arrêtées. Pas la sienne. Elle a donc témoigné, hier et
avant-hier, à la Fête du Travailleur alpin, saisissant chaque occasion
pour interpeller, mission qu’elle s’est donnée, l’opinion publique sur
« ce que vit le peuple kurde en Turquie, un pays en état d’urgence, avec
des élections sous haute tension ». Elle a raconté la campagne
électorale « inégale, avec un candidat du HDP qui a fait son allocution
de sa prison ». Durant sa mission à Hani, Maryvonne Mathéoud, Gulistan
Akhan et Sandra Révolution (EELV) ont remarqué « des urnes qui n’étaient
pas fermées, les personnes signaient avant de voter, allaient à deux
dans l’isoloir, les listes pour la présidentielle et les législatives
étaient dans la même enveloppe ». La délégation a senti « qu’on
dérangeait », jusqu’à « l’ordre du préfet de nous interdire d’entrer
dans les bureaux de vote. Il y a eu de la violence. Et nous, nous avons
été contrôlés de façon vive et avons dû renoncer à notre mission ». Le
reste, Maryvonne Mathéoud l’a raconté au Dauphiné Libéré en direct (lire
notre édition du 26 juin).
« S’engager à faire respecter le suffrage universel »
Toujours
est-il que 67 Kurdes ont été élus ce jour-là. Et c’est aussi de cela
dont il était question hier. Sous ce chapiteau, l’association Aiak a
accueilli de nouveaux parrains : des élus locaux qui acceptent d’écrire à
des élus kurdes emprisonnés. « En général, ces personnes font 70 à 80 %
lors des élections, ils représentent réellement la population. Nos élus
s’engagent donc à faire respecter le suffrage universel. D’autant que
les charges reprochées n’ont aucun fondement : avoir parlé de
démocratie, d’écologie, avoir écrit en kurde, on dit qu’ils sont en lien
avec le PKK ». Le PKK est considéré par Erdogan, le président, comme
une organisation terroriste. « Sauf que le Tribunal international des
peuples à Paris a récemment déclaré qu’il y a une guerre entre les
Kurdes et les Turcs. Donc les militants du PKK sont des résistants qui
ont pris le maquis ».
Lors de son séjour en Turquie, des avocats
ont expliqué à Maryvonne Mathéoud que « le régime d’Erdogan arrête 50
militants du HDP par jour. Certains sont torturés. Dans les prisons, les
détenus kurdes ont un lit pour quatre ». C’est pour cela qu’Aiak espère
avoir de nombreux parrains : « Là-bas, ils nous demandent de faire des
choses concrètes, pas seulement de venir au moment des élections. Ils
sont déçus de la politique des pays européens car ils se sont battus
contre Daech et que nous les avons complètement lâchés ».
Plusieurs
élus, via Aiak, parrainent leurs homologues kurdes emprisonnés. « Par
les avocats on sait que les lettres arrivent à destination », se réjouit
Maryvonne Mathéoud. « C’est un soutien et cela leur montre que des élus
français réclament la démocratie. De plus ils peuvent être des relais
pour faire grandir la solidarité ». Jacqueline Madrennes, adjointe à
Échirolles, parraine ainsi une co-maire (les Kurdes fonctionnent en
binôme), pour montrer « qu’en France une certaine résistance existe. Et
je lui montre, dans mes lettres, de manière personnelle, qu’on peut
parler entre femmes, lui dire qu’on est là, qu’il y a quelqu’un qui
pense à elle. Sur le plan de l’humanité, cette rupture avec l’isolement
est majeure. » Arlette Jean, élue à Saint-Martin-d’Hères, fait partie
des nouvelles marraines et souhaite « apporter mon soutien à une
personne emprisonnée dans des conditions très difficiles ». Et veut
ainsi montrer sa « reconnaissance du peuple kurde et aller contre la
privation des libertés et des droits partout dans le monde ». Bernard
Macret, adjoint à Grenoble, a mis en avant « la pression du dictateur
Erdogan contrairement au mode très démocratique des Kurdes. Il faut se
bagarrer contre la répression qui est inadmissible : 10 000 détenus
politiques et 35 000 déplacés ». Michel Barrionuevo, élu à Sassenage,
n’oublie pas que « le gouvernement français a sa part de
responsabilité. Pour l’heure il ne collabore pas avec la Turquie d’un
point de vue démocratique mais seulement sur des questions d’argent ».
Pour Guillaume Gontard, sénateur, « ce parrainage va au-delà de l’acte
symbolique. La situation en Turquie est dramatique, inacceptable au
niveau des élections. Et si cela peut faire bouger la parole de la
France… qui est bien silencieuse sur ces combattants de Daech ».
Tous
les élus locaux n’étaient pas présents hier lors de ce moment. Un autre
bilan sera fait le 15 juillet à Saint-Martin-d’Hères.