vendredi 24 août 2018

Fusion Agirc-Arrco, quel impact sur la retraite complémentaire des salariés et des cadres ?

Le 1er janvier 2019 les régimes de retraite complémentaire Arrco et Agirc fusionnent. Quel impact sur les retraites des salariés et des cadres qui risquent de subir un malus de 10% et des pertes de garantie de points ?


Les 10 points qui vont impacter les retraites des salariés et des cadres à compteur du 1er janvier 2019 : 
1.- ça concerne celles et ceux né(e)s à partir de 1957, 
2.- ainsi application d’un coefficient de solidarité  à tous les nouveaux retraités, nés en 1957 et les années suivantes, remplissant les conditions du taux plein au régime de base pendant les trois premières années de la retraite dans la limite de 67 ans (*) soit 10% chaque année pendant 3 ans. Ce taux est de 5% pour celles et ceux assujettis à la au moment de la liquidation de la retraite.
Précisons que ce coefficiant dit de solidarité (en fait de minoration) ne s'applique qu'aux retraites complémentaires, pas à la retraite de base. 
Explications et exemples dans l'encadré ci-dessous.  
3.création d’un coefficient de majoration (genre de bonus) pendant un an pour celles et ceux qui justifient avoir prolongé leur activité pendant 8 trimestres ou plus au-delà de la date à laquelle les conditions du taux plein sont remplies dans le régime de base (*). Le taux de ce coefficient sera de 10% (12% pour 12 trimestres, 30% pour 16 trimestres).
4.- le calcul des points retraite complémentaire se fait selon la formule : Points Arrco + (Points Agirc x 0,347798289) = points Arrco-Agirc (le chiffre entre-parenthèses est susceptible d'être modifié).
5.- la fusion des régimes Agirc-Arrco se traduit par la disparition des tranches 1et 2 Arrco et A, B et C Agirc. Elles seront remplacées par deux tranches dites T1 jusqu'au et T2 pour les rémunérations comprises entre 1 et 8
6.- la prise en charge des cotisations de ce régime unifié se fait à 60% par l’employeur et 40% pour le salarié mais la part salariale de la cotisation sur la tranche de rémunération comprise entre 1 et 8 sera augmentée (au 1er janvier 2019) de 0,56 point. Conséquence : les cotisations salariales vont augmenter. Ce qui aura pour effet de limiter leur baisse suite à la suppression des cotisations maladies et chômage pour compenser la hausse de 1,7 point de la CSG.
La part patronale restera inchangée.
7.- sur cette base, les taux dits « contractuels » de cotisation à la retraite complémentaire s’établiront à 6,20% pour la tranche de rémunération dite T1 inférieure à 1 PLSS et à 17% pour la tranche de rémunération (dite T2) comprise entre 1 et 8 PLSS.
A noter que les entreprises ou les branches professionnelles dont un accord ou une convention de retraite prévoit un taux supérieur à 6,20% peuvent continuer à le faire ou revenir à 6,20% à condition de verser une contribution de maintien des droits. De même les accords existants qui prévoient une répartition différente part patronale/part salariale des cotisations peuvent rester en vigueur,
8.- comme depuis 2016, la revalorisation de la valeur des points Agirc-Arrco aura lieu le 1er novembre de chaque année et sera indexée sur l’évolution des prix à la consommation hors tabac, diminuée de 1 point. Le salaire de référence (prix d’achat d’un point retraite complémentaire) est fixé en fonction de l’évolution du salaire moyen des adhérents des régimes Agirc et Arrco majorée de 2%,
9.- l'âge de la retraite complémentaire de réversion du régime fusionné Arrco-Agirc sera établi à 55 ans.
10.- la garantie minimale de points accordant 120 points aux cadres dont les salaires ne leur permettant pas de cotiser à la complémentaire est supprimée. Rappelons que les cadres sont, depuis 2016 soumis à une CET (Contribution exceptionnelle temporaire) Agirc de 0,35% sur leurs salaires.

 

 
 
En lien
-
-

-
-

 

 

Qui est impacté par le malus sur la retraite complémentaire qui y échappe ? 

Les salariés et cadres nés à compter du 1er janvier 1957 qui prendront leur retraite complémentaire Arrco-Agirc, à partir de l'âge légal de 62 ans jusqu'à l'âge du taux plein automatique qui est 67 ans, seront impactés par un dispositif de malus/bonus sur le montant de leur complémentaire.
Ce dispositif est le suivant :
- vous avez entre 62 et 67 ans, vous avez tous vos trimestres pour bénéficier du dans le régime de retraite de base (CNAV, CMSA etc.), vous subirez un malus (appelé coefficient de solidarité) de 10% pendant 3 ans sur le montant de votre retraite complémentaire. Ce taux est ramené à 5% pour celles et ceux assujettis à la au moment de la liquidation de la retraite.
Pas de malus sur la retraite de base.
Pour mesurer l'impact de ce malus, il faut savoir que la part de la complémentaire Arrco-Agirc sur la pension de retraite totale (retraite de base + complémentaires) est de 30 à 35% pour les salariés non cadres et 55 à 60% pour les cadres!
- mais si vous attendez une année avant de partir, vous ne subirez pas le malus de 10% par an pendant 3 ans sur votre retraite complémentaire Arrco-Agirc et vous bénéficierez d'une de 1,25% par trimestre dans la limite de 4 (soit 5%) sur le montant de la retraite de base (régime général).
Donc pour échapper au malus il faut travailler un an de plus au-delà de l'âge où vous avez acquis le
- par contre si vous attendez deux ans avant de partir à la retraite, vous bénéficierez d'un bonus (surcote, majoration) de votre retraite complémentaire de 10% pendant 1 an (20% si vous retardez votre départ de 3 ans, 30% si vous le reportez de 4 ans). S'ajoutera la du régime de base de 1,25% par trimestre.
Ne sont pas concernés par la minoration de 10% (ou 5%) par an pendant 3 ans du montant des retraites complémentaires :
- les salariés et cadres nés avant le 1er janvier 1957,
- les salariés et cadres qui demandent la liquidation de leur retraite à partir de 67 ans,
- les personnes  au moment de la liquidation de leur retraite,
- les personnes qui bénéficient d'une  du régime de base (carrière longue, handicap, amiante, inaptitude au travail (pénibilité), anciens combattants ou déportés, mère de famille ouvrière, 
- les salariés et cadres nés en 1957 et après qui remplissent les conditions du au régime de base avant le 1er janvier 2019. Par exemple si vous êtes nés en 1957, pour bénénficier de la retraite au taux plein il faut avoir validé 166 trimestres. Si c'est le cas avant le 1er janvier 2019, il n'est pas appliqué de coefficient de minoration.
- les personnes en  qui bénéficient d'une fraction de leur retraite complémentaire.

jeudi 23 août 2018

Liberté pour Sergueï Oudaltsov !

Sergueï Oudaltsov, coordinateur de l’organisation russe « Front de Gauche » et membre actif du comité de campagne du candidat de gauche à la Mairie de Moscou, Vadim Koumine , a été condamné à trente jours de détention administrative pour avoir pris part à une manifestation autorisée contre le projet de « réforme » des retraites du gouvernement russe. Il a depuis entamé une grève de la faim. Cette arrestation arbitraire intervient dans le contexte de mobilisation croissante contre le démantèlement du système de retraites qui restait un des derniers héritages sociaux soviétiques, alors qu’une journée de mobilisation nationale se prépare pour le 2 septembre. Sergueï Oudaltsov se retrouve également en prison alors que la campagne pour les élections municipales de Moscou, qui auront lieu le 9 septembre, voit une candidature inédite de la gauche russe, après des primaires, en la personne de Vadim Koumine, soutenu par le Parti Communiste de la Fédération de Russie, le Front de gauche et des militantes et militants de gauche.
Le PCF exige la libération immédiate de Sergueï Oudaltsov. Il apporte également son soutien fraternel aux militants communistes et de gauche, aux organisations politiques et sociales, aux citoyennes et citoyens russes qui se mobilisent, partout dans le pays, contre la « réforme » des retraites que cherche à imposer le gouvernement Poutine-Medvedev. Il souhaite enfin que la candidature de Vadim Koumine à la Mairie de Moscou rencontre le soutien populaire et citoyen le plus haut le 9 septembre.

mercredi 22 août 2018

Maintenant, laissez la Grèce se reconstruire ! (Pierre Laurent)

La Grèce sort aujourd’hui officiellement de son 3e plan d’« aide », après 8 ans de mesures d’austérité qui ont appauvri les travailleurs.ses et les familles et fait chuter le PIB du pays de 25 % pour protéger les arrières de la finance.

Alors qu’une page peut se tourner, déjà Pierre Moscovici et autres acteurs de la troïka, déclarent que « La fin du programme n’est pas la fin des réformes », sous entendant que les partenaires européens et créanciers de la Grèce ne laisseront pas les mains libres à Alexis Tsipras ; lequel a annoncé un programme de reconstruction de l’État social et de redressement productif.

L’extorsion en juillet 2015, par l’Eurogroupe, à une Grèce asphyxiée financièrement, d’un memorandum d’austérité et d’une mise sous tutelle du pays, était une grave faute politique aux conséquences lourdes pour l’ensemble de l’Europe. Cette négation de la souveraineté populaire, cette humiliation, aura servi à n’en pas douter la progression de l’extrême droite sur tout le continent.

Aujourd’hui, je le dis solennellement au gouvernement de la France, à ceux de la zone euro et aux institutions financières : plus jamais ça ! Maintenant, laissez la Grèce se reconstruire.

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF

mardi 21 août 2018

Retour sur le Congrès mondial de la Tendance Marxiste Internationale

370 militants des quatre coins du monde ont participé au Congrès mondial de la Tendance Marxiste Internationale (TMI), fin juillet, dans les Alpes italiennes. Une trentaine de pays étaient représentés. La délégation française comptait 31 militants.
Les Congrès mondiaux de la TMI se tiennent tous les deux ans. Ils réalisent le travail classique d’un congrès : discuter, amender et voter des documents ; élire une nouvelle direction. Cependant, leur composition internationale donne à ces réunions une qualité particulière. La richesse des débats en bénéficie beaucoup, tout comme l’ambiance. Lors des discussions informelles entre camarades, la barrière de la langue est balayée grâce à divers dialectes improvisés, parfois improbables, mais au final intelligibles, l’enthousiasme tenant lieu de syntaxe.

Les Perspectives mondiales

Comme toujours, le Congrès a commencé par une discussion sur la situation économique, sociale et politique à l’échelle internationale, à l’appui d’un document d’orientation : les Perspectives mondiales. Pour les marxistes, cette approche va de soi. Le capitalisme s’est développé comme un système mondial, si bien qu’il est impossible d’analyser la situation dans tel ou tel pays indépendamment des processus à l’œuvre au niveau international.
C’est évident en ce qui concerne la situation économique. Aucun pays, pas même le plus puissant, ne peut échapper à la domination du marché mondial. Or, dix ans après la crise de 2008, la « reprise » économique est à la fois très faible et très fragile. Elle ne permet pas de faire baisser le chômage et d’élever le niveau de vie des masses. Au contraire : les politiques d’austérité se poursuivent partout, à des degrés divers. Et désormais, les économistes bourgeois les plus sérieux redoutent une nouvelle récession mondiale. De fait, tous les éléments d’une nouvelle crise majeure s’accumulent. Depuis 2008, rien n’a été réglé ; par contre, de nouveaux problèmes sont apparus.
En particulier, le développement de tendances protectionnistes – notamment aux Etats-Unis, mais pas seulement – représente une menace très sérieuse pour la croissance mondiale. Comme Alan Woods l’a souligné dans son exposé introductif, nous avons affaire, pour le moment, à l’amorce d’une guerre commerciale – ou, si l’on préfère, à une guerre commerciale de basse intensité. Sa généralisation et son intensification plongeraient le capitalisme mondial dans une dépression, comme ce fut le cas dans les années 30. Les stratèges du Capital les plus intelligents le comprennent et le redoutent. Ils observent avec angoisse les activités du locataire de la Maison-Blanche. Ils multiplient les avertissements solennels. Mais ce qu’incarne Donald Trump, c’est précisément l’égoïsme aveugle, stupide et étroit du grand Capital. Dans le contexte d’une crise de surproduction mondiale, les bourgeoisies des grandes puissances sont objectivement poussées à protéger leur marché intérieur, au risque de provoquer une série incontrôlable de mesures de rétorsion – et, en fin de course, un effondrement du commerce international, dont tous les pays pâtiraient (y compris les Etats-Unis).
D’ores et déjà, dix années de crise, de contre-réformes et d’austérité ont profondément déstabilisé les équilibres politiques. Aucun pays n’échappe – ou n’échappera – à ce phénomène. Lors de la discussion, des dizaines d’interventions ont permis d’illustrer la crise politique et sociale qui frappe tous les continents, sous des formes et à des rythmes divers. Par exemple, quelques semaines avant l’ouverture du Congrès mondial, un mouvement insurrectionnel a éclaté à Haïti, dont le peuple martyr vit sous la dictature des « Casques bleus » de l’ONU, c’est-à-dire de puissances impérialistes.
Aux Etats-Unis, la crise de régime est d’une ampleur inédite. Il y a une scission ouverte au sein de l’appareil d’Etat, dont une fraction attaque publiquement l’administration de Donald Trump. La classe dirigeante américaine est divisée. Dans le même temps, sous l’impact de la crise, des millions de jeunes et de travailleurs américains cherchent une alternative à l’ordre établi et se déclarent favorables au socialisme. C’est un tournant dans la vie politique de ce pays. Le développement des Socialistes Démocrates d’Amérique (DSA) en est l’une des illustrations. Avec quelque 50 000 membres, les DSA sont encore une organisation de taille modeste, à l’échelle des Etats-Unis. Mais elle attire la jeunesse et pourrait grandir rapidement. Nos camarades de Socialist Revolution y mènent un excellent travail de diffusion des idées du marxisme, qui sont très bien reçues par les militants de base.
En Europe, de nouvelles lignes de fracture apparaissent ou s’élargissent. Les négociations sur le Brexit n’ont pas permis d’écarter la perspective d’une issue chaotique. Cela aura un impact non seulement sur la Grande-Bretagne, où une récession semble inévitable, mais aussi sur l’UE, qui en subira les contrecoups.
En Espagne, la lutte du peuple catalan pour ses droits démocratiques n’est pas terminée. L’Etat espagnol a remporté une victoire temporaire, à coup de répression brutale. Mais le problème n’est pas réglé. Le Congrès mondial de la TMI a d’ailleurs voté une résolution exigeant la libération des prisonniers politiques catalans et l’abandon de toutes les charges contre les dirigeants en exil.
Des camarades sont intervenus pour évoquer les crises politiques en Allemagne, en France, en Autriche et dans d’autres pays de l’UE. Mais c’est clairement l’Italie, désormais, qui suscite les plus vives inquiétudes des classes dirigeantes européennes. Le Congrès mondial a consacré toute une matinée à ce pays et au travail de notre section italienne. Le gouvernement de coalition entre l’extrême droite de Salvini et le Mouvement 5 Etoiles (M5S) est très fragile. Après avoir multiplié les promesses « sociales » et les déclarations démagogiques contre « le système », les dirigeants du M5S vont rapidement se discréditer auprès des millions de jeunes, de salariés et de chômeurs qui ont voté pour ce mouvement. Par ailleurs, les provocations racistes, sexistes et homophobes de Salvini pourraient déclencher de grandes mobilisations de la jeunesse. Or la classe dirigeante italienne ne peut plus compter sur l’autorité des dirigeants du mouvement ouvrier pour canaliser la lutte des masses, car ces mêmes dirigeants ont détruit la gauche italienne et n’ont plus aucune autorité. L’Italie glisse, sans frein, vers une explosion de la lutte des classes – non dans 10 ou 20 ans, mais à court terme.
Les mêmes tendances fondamentales sont à l’œuvre en Amérique latine, en Afrique et en Asie. On doit se préparer, partout, à des tournants brusques, des crises politiques majeures et de puissantes mobilisations de masse. Au Pakistan, par exemple, la situation est en train de changer, comme l’a montré le récent mouvement des Pachtounes. La nouvelle génération de travailleurs ne va pas tolérer beaucoup plus longtemps l’enfer du capitalisme pakistanais, qui est pourri jusqu’à la moelle et incapable de satisfaire les besoins les plus élémentaires du peuple. En avril dernier, plusieurs de nos camarades pakistanais ont été arrêtés ; ils ont été libérés grâce à la campagne internationale lancée par la TMI. Ce Congrès mondial fut l’occasion de réaffirmer la solidarité de toute l’Internationale avec sa section pakistanaise, qui travaille dans des conditions très difficiles.

Le document sur les oppressions

Le troisième jour du Congrès, Fred Weston a introduit la discussion sur le marxisme et les oppressions, à l’appui d’un document soumis au vote des délégués. Ce document réaffirme les idées fondamentales du marxisme sur la lutte contre les oppressions (de genre, nationale, religieuse, etc.). Il trace une ligne de démarcation nette entre le marxisme et les différentes théories « féministes » ou « intersectionnelles » qui ont fleuri, ces dernières décennies, et ont une certaine influence dans une partie de la jeunesse, en particulier la jeunesse étudiante. Dans la mesure où la TMI mène un travail systématique sur les universités, il nous fallait clarifier notre position sur cette question.
Les défaites de la classe ouvrière, dans les années 70 et 80, ont favorisé une vision pessimiste chez de nombreux intellectuels de gauche. Cette tendance a été renforcée par la chute du bloc de l’Est et la vague de propagande pro-capitaliste qui l’a suivie. Ces intellectuels disqualifiaient la perspective d’une révolution socialiste, tout comme l’idée de « progrès », voire de science. Le « post-modernisme » servait de refuge et de justification théoriques à leur démoralisation. Tel fut l'un des points de départ des différentes théories évoquées ci-dessus.
Ici, nous ne pouvons pas résumer le long document adopté par notre Congrès ; nous le publierons lorsque nous aurons traduit les amendements adoptés. Soulignons simplement que, contrairement à une idée reçue, les marxistes prennent très au sérieux la lutte contre toutes les oppressions. Sans cette lutte, la révolution socialiste serait impossible. Par exemple, sans la lutte du Parti bolchevik contre l’oppression nationale en Russie, la révolution d’Octobre 1917 n’aurait pas été possible. Mais précisément parce qu’on prend au sérieux la lutte contre les oppressions, il nous faut la mener sur des bases théoriques solides. Or, sous prétexte de lutter contre les oppressions, les théories « intersectionnelles » divisentnotre classe, au lieu de l’unir. Au lieu de favoriser l’unité de tous les jeunes et travailleurs dans une lutte commune contre la classe dirigeante et contre le capitalisme, ces théories érigent une pyramide infernale de soi-disant « privilégiés », chacun s’y retrouvant, au final, le « privilégié » d’un autre. Dans les faits, cela aboutit à d’absurdes divisions de notre camp, sous les applaudissements de la bourgeoisie.
Des camarades de plusieurs pays sont intervenus, à la tribune du Congrès, pour en donner des exemples concrets. En voici un : au Canada, l’an passé, des militants « intersectionnels » ont fait pression pour empêcher une manifestation « anti-Trump », sous prétexte que ses organisateurs étaient blancs, donc « privilégiés », donc « illégitimes », etc. Les jeunes « privilégiés » en question étaient juste révoltés par l’élection de Trump ; ils voulaient faire quelque chose ; ils ont organisé un événement via Facebook, lequel a eu beaucoup de succès – du moins jusqu’à l’arrivée des brigades intersectionnelles. Sous leur pression, les jeunes « privilégiés » ont annulé la manifestation. En quoi cela sert-il la lutte contre les oppressions ? On se le demande.

La construction de l’Internationale

La dernière partie du Congrès fut consacrée à l’évolution de l’Internationale comme organisation, c'est-à-dire de ses sections nationales, de ses finances et de son appareil. Jorge Martin a introduit la discussion. La TMI compte une trentaine de sections nationales, plus une dizaine de groupes qui s’orientent vers la constitution de sections officielles. Cette année, le Congrès mondial a voté l’adhésion officielle de la section indonésienne, qui ne comptait qu’une poignée de camarades il y a quelques années, mais dispose désormais de structures internes viables. Au total, l’Internationale est active dans 41 pays.
Depuis le précédent Congrès mondial, en juillet 2016, la croissance de la TMI a été significative. Elle a été particulièrement rapide au Canada, en Suède, aux Etats-Unis et au Pakistan. Bien d’autres sections – comme Révolution, en France – ont connu une croissance plus modeste, mais solide. Dans l’ensemble, la TMI se développe régulièrement. Son autorité politique augmente sans cesse. Surtout, elle est constituée de militants enthousiastes, souvent jeunes, qui ont une grande confiance dans nos idées marxistes et sont déterminés à construire l’Internationale. Cela s’est reflété dans la collecte, à laquelle participent toutes les sections. En 2017, la collecte avait dépassé les 70 000 euros ; cette année, elle a dépassé les 100 000 euros !
Au regard des tâches qu’elle s’est fixées, la TMI est toujours une petite organisation. Mais cela ne nous décourage pas. L’isolement des forces du marxisme est le résultat d’une série de facteurs historiques bien connus. L’émergence du stalinisme à la fin des années 1920, son renforcement à l’issue de la Deuxième Guerre mondiale, la faillite des dirigeants de la IVe Internationale après la mort de Trotsky, le renforcement du réformisme sur la base des « Trente glorieuses » : tous ces facteurs ont déterminé la marginalisation des forces révolutionnaires. Pendant toute une période, elles ont nagé contre le courant. L’essentiel, alors, était de maintenir vivantes les idées, les méthodes et les traditions du marxisme, c’est-à-dire de préparer l’avenir. C’est ce qu’a fait la TMI. Et à présent, le courant de l’histoire tourne – dans notre direction. Le stalinisme s’est effondré ; la crise organique du capitalisme sape les bases matérielles du réformisme. Dans les années à venir, les forces du marxisme ne cesseront de croître. Pour nous aider dans ce travail et ce combat,

lundi 20 août 2018

"Migrer aujourd’hui tue"

Les députés ont repris les débats concernant la loi asile-immigration. Les députés ont voté sans changement la réduction de 120 à 90 jours du délai pour déposer une demande d’asile après l’entrée en France.
Cette mesure doit concourir à réduire à six mois (contre onze environ) le délai d’instruction de la demande d’asile, recours compris.
Elsa Faucillon, députée communiste, a accusé le gouvenrement de défendre une loi "indigne et dangereuse" et qui "répond par la peur plutôt que de tenter de la combattre."

dimanche 19 août 2018

SONDAGES : Macron touche le fond. Les Français le jugent malhonnête.

Sondage après sondage, la tendance se confirme : la popularité d’Emmanuel Macron n’en finit pas de s’effondrer. La semaine dernière, il avait déjà battu son record d’impopularité. Il est cette semaine encore plus bas selon un sondage YouGov pour Le Huffington Post et CNews ! Et un autre sondage, réalisé par l’Ifop pour Atlantico, nous renseigne également sur la perception désastreuse que les Français ont du président de la République.

L’action de Macron vivement contestée

Commençons par le sondage YouGov. À la question : « Quel jugement portez-vous sur l’action d’Emmanuel Macron comme président de la République ? », seuls 27% des Français répondent qu’ils y sont favorables, soit une baisse de… 5 points en un mois ! À l’inverse, 62% répondent qu’ils y sont défavorables. Dans le détail, 39% de l’ensemble des Français répondent même qu’ils y sont très défavorable, en hausse de… 7 points par rapport au mois précédent !



Il faut dire que l’affaire Benalla a marqué les esprits. Interrogés sur ce sujet, 38% des Français expliquent que cette affaire a changé en mal leur perception d’Emmanuel Macron. Ils sont d’ailleurs 61% à estimer qu’il est nécessaire que le président de la République aille devant la commission d’enquête et même 41% à dire que cela est « tout à fait nécessaire ». De fait, 61% d’entre eux considèrent qu’il s’agit ou d’une crise politique (24%) ou d’une affaire d’État (37%).

Malhonnête, loin de leurs préoccupations… les Français démontent Macron

Tandis que le sondage YouGov porte sur l’action du président de la République, celui réalisé par l’Ifop nous renseigne sur l’image d’Emmanuel Macron. Et les chiffres sont, là aussi, déplorables pour le chef de l’exécutif. Selon ce sondage, 57% des Français disent que Macron « sait où il va », un chiffre en baisse de 10 points depuis le mois d’avril 2018 et donc très au-delà de la marge d’erreur.



Mais ce sont surtout les traits moraux du président de la République qui sont analysés négativement. Lors des questions au gouvernement puis de la motion de censure, Jean-Luc Mélenchon avait interrogé le Premier ministre sur la question de la vertu en politique. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Emmanuel Macron est considéré comme peu vertueux ! Seuls 39% des Français le jugent « honnête »(-9 points depuis avril !) et seuls 38% le jugent « sincère » (-6 points). Pire : ils ne sont plus que 28% à considérer qu’il est « proche des préoccupations des Français » (-2 points).

Autant dire que l’« effet coupe du monde » espéré par le président pour remonter la pente n’a pas eu lieu. Mais comme il avait fait accélérer le bus des Bleus pour sa communication personnelle, cela ne risquait pas d’arriver ! Alors avec l’affaire Benalla qui le met en cause personnellement et directement, les choses ne vont pas s’arranger. Macron apparaît désormais comme un homme dont l’action est rejetée par le peuple. Et on ne gouverne jamais longtemps sans soutien populaire
.

samedi 18 août 2018

Menu Le Dauphiné Libéré Connexion Le journal Abonnement La boutique / FRANCE/MONDE AVIATION Air France-KLM : le salaire du nouveau patron fait polémique

Alors que le nouveau patron d'Air France-KLM, Benjamin Smith, a été officiellement désigné jeudi soir, son salaire, multiplié par trois, indigne.

C'est officiel depuis jeudi, Benjamin Smith, le numéro 2 d'Air Canada, va succéder à Jean-Marc Janaillac à la tête d'Air France-KLM.
Avant même l'annonce officielle, les syndicats de pilotes dénonçaient déjà la nomination "en catimini" du Canadien à la tête du groupe. C'est maintenant son salaire, multiplié par trois par rapport à celui de son prédécesseur, qui fait polémique.

3,3 millions d'euros par an

D'après des informations de Libération, le conseil d'administration de la compagnie aurait accepté de multiplier par trois la rémunération de son nouveau dirigeant, qui devrait atteindre une rémunération annuelle de l'ordre de 3,3 millions d'euros, estiment nos confrères.
Cette hausse de salaire fait grincer des dents parmi les employés de la compagnie : « C’est scandaleux et un très mauvais message à envoyer aux salariés de l’entreprise qui se sont mis en grève ces derniers mois pendant des semaines pour la revalorisation de leurs salaires », s’indigne Karine Monségu, cosecrétaire de la CGT Air France, auprès du Parisien.

vendredi 17 août 2018

Monsanto condamné : ouvrons la voie au changement de modèle agricole

Le verdict est tombé : le tribunal de San Francisco a condamné la multinationale Monsanto. Pour la Justice, se sont bien les désherbants Roundup et RangerPro qui sont responsables du cancer du jardinier Dewayne Johnson.
Cette décision est une bonne nouvelle pour tous ceux qui pensent – le PCF est de ceux-là – qu’il y a urgence à sortir du modèle agricole actuel, reposant sur des intrants chimiques massifs, produits dont l’impact sur l’homme et sur l’environnement commencent à être connu en place publique.
Le PCF rappelle sa détermination à engager la France dans une sortie du Glyphosate et des pesticides dangereux. Notre pays a besoin d’une grande ambition collective alimentaire, écologique et de santé publique.
Pour cela, il est indispensable de permettre aux agriculteurs de vivre de leur travail, pour sortir la production alimentaire des griffes des quelques multinationales qui trustent actuellement ce secteur, aliénant producteurs et consommateurs au nom du profit capitaliste.

jeudi 16 août 2018

Le Congrès mondial de la Tendance Marxiste Internationale exige la libération des prisonniers politiques catalans

Le Congrès Mondial de la TMI, qui s’est réuni en Italie fin juillet, a voté à l’unanimité une résolution exigeant la libération des prisonniers politiques catalans emprisonnés pour leur rôle dans l’organisation du référendum d’indépendance du premier octobre 2017.
Plus de 370 délégués et visiteurs venus du monde entier (du Canada au Brésil, de la Suède à la Grèce, de la Russie à l’Indonésie) ont voté la résolution ci-dessous. (Résolution en anglais, catalan et espagnol)

Le Congrès mondial 2018 de la Tendance Marxiste Internationale constate que :

   - Neuf dirigeants politiques et sociaux sont retenus en détention provisoire par l’État espagnol en guise de châtiment pour la tentative d’exercer le droit démocratique d’auto-détermination au moyen d’un référendum le premier octobre 2017.
   - Le dirigeant de l’Assemblée Nationale Catalane, Jordi Sanchez, et celui de l’Ómnium Cultural, Jordi Cuixart, sont emprisonnés depuis le 16 octobre, accusés de rébellion pour leur rôle dans les manifestations de masse contre les actions de la police espagnole le 20 septembre.
   - Le Vice-président catalan Oriol Junqueras et le ministre Joaquim Forn ont été emprisonnés le 2 novembre. Les ministres catalans Raül Romeva, Dolors Bassa, Jordi Turull et Josep Rull ont été emprisonnés le 23 mars, tout comme la présidente du Parlement catalan, Carme Forcadell. Ils sont eux aussi accusés de rébellion pour leur rôle dans l’organisation du référendum démocratique du premier octobre sur l’indépendance.
   - Plusieurs autres politiciens catalans, y compris le président catalan Carles Puigdemont, ont été contraints à l’exil.
   - Des dizaines de militants républicains catalans ont été inculpés pour leur rôle dans les manifestations de masse pacifiques contre la répression policière et pour la République catalane, notamment pendant les grèves générales du 3 octobre et du 8 novembre. Au moins un a été contraint à la clandestinité.
Cette répression révèle le caractère fondamentalement non démocratique du régime espagnol, héritage de la période franquiste via la trahison de la prétendue transition, qui a garanti l’impunité aux crimes du précédent régime, la perpétuation – sans purge – de l’appareil d’État, la monarchie réactionnaire et la négation du droit démocratique à l’auto-détermination.
Cette répression fait partie d’une offensive plus générale contre les droits démocratiques menée par le régime espagnol qui a vu imputer des crimes d’opinion à des dizaines de personnes, des rappeurs condamnés à la prison pour leurs paroles, de jeunes Basques condamnés à des peines de prison très longues pour une bagarre dans un bar, des marionnettistes accusés d’apologie du terrorisme, un acteur accusé d’avoir offensé Dieu, etc.
La lutte des Catalans pour une République démocratique a clairement révélé qu’en Espagne, l’exercice du droit démocratique à l’auto-détermination est une tâche révolutionnaire. Elle a aussi révélé que les politiciens bourgeois et petits-bourgeois nationalistes catalans qui dirigeaient le mouvement n’ont pas les capacités pour et ne souhaitent pas se servir des moyens nécessairement révolutionnaires pour le porter à la victoire. Elle a aussi mis en évidence la banqueroute des dirigeants de gauche en Espagne qui, au moment le plus important, ont battu en retraite dans un nationalisme espagnol le plus abject, au lieu de défendre les droits démocratiques du peuple catalan.
   - Nous exigeons la libération immédiate des prisonniers politiques catalans et de tous ceux emprisonnés pour leurs opinions politiques dans l’État espagnol. Nous exigeons l’abandon de toute charge portée contre ceux qui ont été contraints de s’exiler. Nous exigeons l’abrogation de la Loi du bâillon (Ley Mordaza).
   - Nous soutenons le droit démocratique à l’auto-détermination du peuple catalan et des autres peuples de l’État espagnol.
   - Nous nous engageons à participer à la campagne de solidarité internationale la plus large avec ceux poursuivis par l’État espagnol.
   - La lutte pour une république catalane ne peut réussir que si elle est portée par des moyens révolutionnaires, liant la lutte pour des droits démocratiques à la lutte contre le capitalisme. Les Candidatures d’Unitat Popular (CUP) et les Comités de Défense de la République devraient se tenir en première ligne de cette lutte.
- La lutte pour les droits démocratiques en Catalogne remet en cause les fondations du régime espagnol de 1978. Les travailleurs de toute l’Espagne devraient montrer leur solidarité avec cette lutte qui fait partie de leur propre lutte contre le même régime.

mercredi 15 août 2018

Immigration. Les Millevaches en résistance contre les expulsions

La mobilisation et la solidarité des habitants de la région ont permis à quatre Soudanais menacés d’expulsion de s’installer à Faux-la-Montagne, dans la Creuse.
Les pensées tournées vers un avenir incertain, Noordeen, 21 ans et condamné à l’expulsion, semble perdu à Roissy. Il y a déjà deux ans et demi qu’il a fait ses valises pour fuir les massacres de son Soudan natal. L’assassinat de membres de sa famille, sous ses yeux, a poussé le jeune homme à prendre la route de la Libye, où il fut réduit en esclavage. Avec ses compagnons d’exode, il a ensuite rallié l’Europe, et la France, dans l’espoir d’y créer une destinée plus paisible… Un policier tire Noordeen de ses cauchemars. Ce 11 juillet, il apprend qu’il ne retournera finalement pas au Soudan, où la mort l’attendait. Ni même en Italie, où règne la peur des exactions commises sur les migrants. Noordeen Essak est autorisé à déposer sa demande d’asile en France. Il retourne sous son nouveau toit, à Faux-la-Montagne (Creuse), sur le plateau de Millevaches. Tout cela grâce à la mobilisation des habitants du village, sa nouvelle famille.

La Creuse a caché nombre d’enfants juifs sous l’Occupation

Tout a commencé il y a un peu moins d’un an. Marc Bourgeois, citoyen de Faux qui héberge encore aujourd’hui Noordeen, prend alors le train Paris–Eymoutiers. Il y rencontre Abdulaziz : « Il était attendu au centre d’accueil et d’orientation (CAO) de Peyrat-le-Château, mais est arrivé un jour plus tôt à Eymoutiers. Je lui ai donc proposé de dormir chez moi. » Malgré le refus du jeune Soudanais, les deux hommes se rendent visite, et Abdulaziz s’investit dans les activités associatives du village, en cuisinant et en récitant des poèmes en arabe. Marc Bourgeois, lui, se rend compte de la « mise en léthargie » des migrants dans les CAO et de la « partie de ping-pong entre la France et l’Italie » dont ils font l’objet. Entrés en Europe par l’Italie, les accords de Dublin les obligent à y déposer leur demande d’asile. Entre-temps, il rencontre Mudethir, Abdelmajid et Noordeen, trois autres Soudanais, victimes impuissantes de la fermeture des frontières de l’Europe, que la communauté locale souhaite aussi recueillir.
« C’est une terre d’accueil et de résistance, fortement marquée par le communisme rural. Le plateau de Millevaches est l’un des premiers maquis français, et la Creuse a caché nombre d’enfants juifs lors de la Seconde Guerre mondiale », résume Marc Bourgeois pour expliquer la mobilisation des habitants en faveur des exilés. Une tradition dont témoigne aussi l’actuelle maire de Faux-la-Montagne, Catherine Moulin, arrivée il y a trente-cinq ans dans la région. « François Chatoux, le maire de l’époque, a fait preuve d’une ouverture formidable en faisant tout son possible pour que l’on s’installe. Sa philosophie était d’accueillir tout le monde, sans tri. » Les habitants du village ont perpétué cette hospitalité creusoise envers les quatre exilés soudanais. D’autant que ces derniers, en quelques mois, se sont fait apprécier des presque 400 âmes de Faux-la-Montagne. « Ils ont rencontré beaucoup de monde, ont appris le français et se sont investis. On ne fait pas de différence entre eux et les jeunes d’ici. S’il y avait des jeunes de Faux-la-Montagne dans cette situation, je voudrais que des gens les accueillent comme ça », ajoute Marc Bourgeois.
Noordeen parvenait donc à oublier son passé et son douloureux périple quand, huit mois après son arrivée, il est convoqué à la gendarmerie de Felletin et apprend qu’il est sous le coup d’une expulsion. C’est le 9 juillet qu’il y retourne, en compagnie de Marc Bourgeois, qui l’héberge, mais aussi de 200 personnes révoltées qu’on leur « arrache l’un des leurs ».

« On empêche que l’un des nôtres soit enlevé »

La fraternité rassemble ces familles, ces enfants, ces personnes âgées devant les grilles de la gendarmerie. « C’est inconcevable de le laisser partir, c’est une aberration complète, s’émeut Marc Bourgeois. C’est une évidence pour tous qu’il fallait se mobiliser. On ne défend pas un migrant : on empêche que l’un des nôtres soit enlevé. » Sous la chaleur, dans une ambiance décontractée et pacifique, tous les membres de la nouvelle famille de Noordeen veulent empêcher son départ, ou du moins le retarder : à un jour près, le cas du Soudanais ne serait plus géré par l’Italie, mais par la France ! Hélas, la préfète de la Creuse, pour qui les villageois étaient « organisés et d’ultragauche », reste insensible au sort du réfugié et à l’appel des Fallois. « Elle n’a pas voulu utiliser son pouvoir décisionnaire, dénonce Catherine Moulin. Dans son discours se mélangeaient d’autres choses, notamment sa frustration de la non-condamnation des accusés de Tarnac. C’était sa façon de régler ses comptes… » La préfète va même jusqu’à ordonner l’assaut des forces de police contre les manifestants. Alors que ces derniers sont mis à terre et aspergés de gaz lacrymogène, les gendarmes à l’intérieur du bâtiment menottent et frappent Noordeen. Ils découpent un grillage pour le faire passer par-derrière et l’embarquent en voiture vers le centre de rétention de Roissy. Mais la mobilisation des Fallois a payé : deux semaines plus tard, la préfecture renonce. Noordeen et au moins deux de ses amis peuvent déposer leur demande d’asile en France. Mais pas question d’en rester là. Des habitants ont lancé un appel intitulé « Il n’y aura pas d’expulsion sur la montagne limousine ! ». Un énième acte de solidarité signé par de nombreuses personnalités, dont l’écrivain Pierre Bergounioux : « On ne va pas laisser ces Soudanais crever à notre porte ! s’indigne-t-il. Le Limousin est une région pauvre, résistante et une terre d’accueil. Il y aura invariablement des pouilleux et des gueux dans ces parages pour s’opposer à toute forme d’injustice et de barbarie quand il leur en prendra l’envie. »