jeudi 19 décembre 2024

Mayotte : Fabien Roussel exhorte le président de la République à faire appel à l’aide internationale


 Chaque heure qui passe, sans soutien, sans vivre, sans eau, sans hébergement est une heure de trop pour tous les Mahorais et les Comoriens meurtris par le cyclone Chido et toujours sans secours.

4 jours après son passage, il ne reste à Mayotte qu’un champ de ruines. 90% des habitations sont détruites sur cette île surpeuplée de 320 000 habitants.

« Où sont les gens ? » s’interrogent, hébétés, les Mahorais qui découvrent avec horreur la situation, cherchant leurs parents, leurs voisins, leurs amis dans les amas de tôles, les manguiers, les palmiers arrachés, tombés.

Combien y a-t-il de sans-abris ? 100 000, 200 000 ? Des enfants souffrent du manque d’eau, de vivres. Les médecins sont démunis, faute de matériels. Les secours arrivés sur place n’ont même pas d’hébergement et de nourriture. Les habitants enterrent, seuls, leurs proches le long des routes, dans les jardins. Les épidémies menacent, dont le choléra déjà présent sur place avant le passage du cyclone.

Nous devons, collectivement, prendre la mesure du caractère exceptionnel de la force du cyclone. Des milliers de blessés, des dizaines voire des centaines de morts, un territoire, déjà en très grande difficulté, dévasté et des populations démunies plongées dans l’horreur et la peur.

Cette situation appelle à une mobilisation totale de l’Etat français, des collectivités et des associations de solidarité de notre pays ainsi que le recours à l’aide internationale. Des ONG, spécialisées dans les secours d’urgence et l’accueil de réfugiés, ont l’habitude de monter des campements d’urgence. Faisons appel à elles !

L’aide active de La Réunion, qui sert de hub maritime et aérien, ne suffira pas malgré tous les efforts déployés par les collectivités, dont la région avec Huguette Bello, sa présidente.

L’heure n’est pas à la polémique mais à la solidarité et aux actes concrets.

Le Premier ministre doit se rendre immédiatement sur place comme l’a fait le ministre de l’Intérieur, le chef de l’Etat suivra. La France doit faire de la solidarité avec les Mahorais et Mayotte une cause nationale en n’hésitant pas à demander toute l’aide internationale possible.

Le moment est à sauver les vies. L’urgence est là.

Le PCF appelle ses fédérations, ses militants et ses élus à prendre toutes les initiatives possibles pour amplifier la solidarité avec les populations de Mayotte. Des dizaines, des centaines d’initiatives doivent se concrétiser à l’échelle de l’hexagone. Depuis des décennies avec ses parlementaires au Sénat et à l’Assemblée nationale, les communistes alertent sur les grandes difficultés des territoires d’Outre-Mer et notamment de Mayotte. Ces derniers mois par la voix d’André Chassaigne, de Fabien Roussel ou de Cécile Cukierman, nous avons demandé à l’Etat d’agir contre la pollution, la vie chère, l’accès à l’eau potable, pour un habitat digne dans les Outres-Mers et particulièrement à Mayotte.

Avec le Parti communiste réunionnais avec les élus de la Région Réunion, sa présidente, les députés nous portons cette exigence de répondre aux difficultés sociales et aux urgences vitales de Mayotte confrontée à cette catastrophe naturelle d’une ampleur inédite.

Après la crise nous devrons ensemble tirer tous les enseignements. Il faudra notamment tenir compte des propositions faites par l’Assemblée nationale et le Sénat dans le cadre des commissions d’enquête sur la situation explosive des Outre-Mer, en matière de logement, de vie chère ou encore de gestion des risques naturels majeurs.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF

Paris le 17 décembre 2024.

mercredi 18 décembre 2024

Les 500 délégués à la conférence nationale du PCF invitent la gauche à échanger sur les obstacles qui l’empêchent d’être, pour l’heure, majoritaire dans le pays.


 © Samir Maouche pour L'Humanité

Un avertissement. « Dans une France où la température a augmenté de 4 degrés, les « jours heureux », on peut oublier », prévient Amar Bellal, l’un des 500 délégués de la conférence nationale du Parti communiste français réunis samedi 14 décembre.

Un rendez-vous pour dresser le bilan des deux années écoulées, déterminer les batailles prioritaires sur lesquelles le PCF doit s’engager et aborder les prochaines échéances électorales. « Le principal problème du Parti est qu’on est trop identifiés aux enjeux du passé », a souligné le responsable écologie. D’où, selon lui, le bon accueil réservé partout en France aux échanges sur le plan climat « Empreinte 2050 » du PCF pour décarboner l’économie : « Ce qui a plu est qu’on est tournés vers l’avenir. »

Le sentiment d’avoir délaissé le combat pour la paix

Les délégués ont planché sur une feuille de route qui avance « cinq grands identifiants (du) projet communiste » au XXIe siècle : paix ; révolution du travail ; biens communs ; égalité réelle ; moyens financiers et nouveaux pouvoirs. Sur le premier sujet, les débats locaux ont fait émerger une frustration : le sentiment d’avoir, malgré une légitimité historique, laissé le combat pour la paix à d’autres.

« Nous sommes perçus comme effacés, absents ! » tance, à propos de Gaza, la coprésidente du groupe communiste au Conseil de Paris, Raphaëlle Primet, « en colère de voir les cortèges communistes si faibles dans les manifestations nationales » !

Des initiatives seront prises avec l’ambition de refaire du PCF une grande force pour la paix. « Nous allons concentrer notre activité dans les semaines qui viennent sur la campagne que nous lançons avec l’Organisation de libération de la Palestine. Ils ont confiance en nous », insiste Fabien Roussel, secrétaire national du PCF.

Une campagne pour la reconnaissance de l’État de Palestine qui se déploiera dans toute l’Europe, avec une conférence continentale des partis communistes et de gauche.

« Révolutionner le travail et la production »

Le travail aussi reste central. Une question sur laquelle les militants souhaitent mettre encore l’accent, avec une campagne pour l’emploi dans l’industrie et les services publics. La visée : « Révolutionner le travail et la production » en promouvant les propositions de sécurisation de l’emploi et de la formation, l’appropriation sociale des moyens de production et la planification écologique.

Un plan national de nouvelle industrialisation à l’horizon 2030 et un autre de développement des services publics vont être élaborés, alors que l’inquiétude monte avec les 300 plans de licenciement en cours.

Les forces politiques doivent aller à l’offensive face au désastre libéral. « Il faut travailler les articulations entre urgence et projet : résistance aux suppressions d’emplois et projet de sécurité d’emploi ou de formation avec de nouveaux pouvoirs pour les salariés et citoyens ; refus de la casse des services publics et maîtrise publique et sociale du financement bancaire », insiste Frédéric Boccara.

Faire « grandir la conscience de classe »

Déjà, les communistes interviennent dans certains dossiers. Face aux difficultés du Coq français, dans l’Aube, le PCF a ainsi demandé qu’« un audit soit réalisé sur l’utilisation des fonds publics perçus par cette entreprise », rapporte la secrétaire départementale, Camille Lainé.

La campagne pour l’emploi est déjà en cours, avec des déplacements de dirigeants nationaux et certaines sections qui organisent régulièrement des initiatives devant des lieux de travail. « Nous rencontrons souvent les ouvriers de ThyssenKrupp à Isbergues, une usine qui a la particularité de produire de la tôle magnétique très utile pour les énergies renouvelables », témoigne Céline Lecat (Pas-de-Calais).

Reconnus par les salariés, les militants accompagnent la lutte de ces derniers pour un nouveau laminoir. Au-delà de la sauvegarde de l’emploi, les communistes souhaitent porter haut la question des choix de gestion des entreprises. Pour ce, il faudrait remettre la main sur l’argent et faire « grandir la conscience de classe ».

« Il faudra mettre la main sur le secteur bancaire »

« Nous tromperions les gens en leur faisant croire qu’en ajoutant un impôt sur la fortune et en taxant le capital et les dividendes, cela suffit. Il faudra mettre la main sur le secteur bancaire », assure Fabien Roussel qui pense que, dans certains cas, cela doit s’accompagner de « la socialisation des moyens de production » en vue de « garantir notre indépendance économique ».

La crise politique s’est également invitée à la conférence nationale, générant des discussions vives sur les échéances électorales à venir et l’union. Aux municipales, l’objectif est de « renforcer les majorités de gauche » sortantes et de conquérir de nouvelles villes.

Concernant les élections législatives, l’accord du Nouveau Front populaire (NFP) qui n’a octroyé que 50 circonscriptions au PCF, dans des territoires penchant pour beaucoup à droite, suscite du mécontentement. Il est proposé de « promouvoir auprès des populations et des forces de gauche une autre démarche que les accords » de la Nupes en 2022 ou du NFP, déterminés par des arbitrages nationaux.

La question d’une candidature commune du NFP pour 2027

L’objectif est de faire émerger localement des candidatures, communistes, d’autres forces de gauche, ou de la société civile, et de choisir les mieux à même de disputer les circonscriptions aux macronistes, à la droite ou à l’extrême droite.

Les formulations inquiètent certains, qui y voient une mise en cause du NFP. « En dehors de l’union, combien pensons-nous conserver de députés ? » interroge Nathalie Simonnet (Seine-Saint-Denis).

« Le NFP n’est pas la propriété de quelques dirigeants de gauche. Il s’est construit sous pression populaire, insiste Évelyne Ternant (Jura). Il s’imposera à nouveau comme seule alternative face à l’extrême droite et aux macronistes. Nous devons tenir fermement le cap du projet révolutionnaire et du rassemblement. » « Aux législatives, nous nous battrons toujours pour la victoire du rassemblement de la gauche », rassure Fabien Roussel.

Des amendements ont été proposés afin que le PCF s’implique dès maintenant en faveur d’une candidature commune du NFP à l’élection présidentielle, « sans hégémonie » d’un parti. Ils n’ont recueilli que 20 % des votes des délégués. La stratégie pour la présidentielle sera déterminée fin 2025 ou début 2026.

L’heure, indique la feuille de route, est à promouvoir une nouvelle démarche qui « doit s’appuyer sur les luttes, la mobilisation des forces syndicales et associatives, et dépasser les obstacles au sein de la coalition du NFP qui empêchent la gauche d’être majoritaire ». Une invitation au débat au sein d’une gauche que le PCF souhaite voir grandir.

Effrayé par l’arrivée d’Éric Coquerel à la commission des finances, Bernard Arnault aurait poussé pour que son dossier fiscal soit classifié « secret-défense »

Du procès Squarcini, où il a dû répondre de l’espionnage du député-reporter François Ruffin, à son caprice pour être élu à l’Académie des sciences morales et politiques, Bernard Arnault ne cesse d’être au centre de l’actualité. Il en est une que le milliardaire aurait pourtant aimé éviter : sa tentative pour que son dossier fiscal soit classifié « secret-défense ».

C’est le média d’investigation Mediapart qui a révélé l’information, mercredi 11 décembre. Le patron du géant du luxe LVMH aurait, en réaction à l’arrivée du député insoumis Éric Coquerel à la tête de la commission des finances de l’Assemblée nationale, durant l’été 2022, tenté de tordre le bras au ministère de l’Économie et des Finances.

« S’assurer de la bonne gestion des finances publiques »

Selon les informations de Mediapart, cette demande inédite – réalisée par des proches de Bernard Arnault – avait pour but d’empêcher l’élu de gauche de pouvoir exercer son droit de consultation. « Traditionnellement dévolue à l’opposition, la présidence de la commission des finances dispose en effet, parmi ses prérogatives prévues par la Constitution, de la possibilité d’effectuer un contrôle sur pièces, à Bercy, des dossiers fiscaux des contribuables, afin de s’assurer de la bonne gestion des finances publiques », rappelle le média en ligne.

Reclassifié en « secret-défense » – classification censée n’être attribuée qu’aux dossiers qui relèvent de la sécurité nationale -, le dossier personnel du milliardaire n’aurait été accessible qu’à une poignée de fonctionnaires, habilités pour de telles consultations. Une telle évolution aurait ainsi court-circuité le pouvoir parlementaire pour satisfaire les désirs d’un milliardaire. La tentative de Bernard Arnault a cependant échoué, annonce Mediapart. Si le cabinet du ministre d’alors, Bruno Le Maire, a bien étudié la requête du patron de LVMH – des échanges ont notamment eu lieu sur les justifications qui pourraient servir à un tel classement -, la procédure a été déboutée par la Direction générale des finances publiques (DGFIP).

« Sollicitée par la voie hiérarchique, la DGFIP a en effet rappelé que les demandes de classification ne peuvent pas concerner des personnes physiques. Même pour Bernard Arnault », résume Mediapart. Contacté par le média d’investigation, l’entourage de Bernard Arnault a démenti « formellement avoir engagé une quelconque démarche en ce sens ». Lui aussi contacté dans le cadre de cette enquête, Éric Coquerel estime, de son côté, que « cela montre que M. Arnault a peut-être quelque chose à cacher et cela renseigne sur la façon dont quelqu’un comme lui se pense au-dessus des lois ».

Cette affaire s’ajoute au tableau des scandales qui compose le parcours du milliardaire, par ailleurs magnat des médias. Il a été interrogé, le 28 novembre dernier, sur ses liens avec Bernard Squarcini, ex-dirigeant du Renseignement intérieur, soupçonné d’avoir profité de ses réseaux pour espionner le député François Ruffin, alors en plein tournage du documentaire Merci patron !, qui épingle les pratiques de LVMH.

Deux mois plus tôt, le 18 septembre, la plus grande fortune de France s’était déjà retrouvée au centre d’un scandale, lorsqu’un mail interne au groupe de luxe a été dévoilé par le média spécialisé la Lettre. Bernard Arnault y intimait aux membres du comité exécutif du groupe – dont sa fille Delphine Arnault, PDG de Christian Dior Couture, Chantal Gaemperle, DRH de LVMH, Jean-Jacques Guiony, directeur financier du groupe, ou encore Pietro Beccari, PDG de la maison Louis Vuitton – de ne plus répondre aux demandes de sept médias : Mediapart, le Canard Enchaîné, l’Informé, Puck (US), Miss Tweed, Glitz Paris et la Lettre. Surtout, cette tentative désespérée de Bernard Arnault interroge sur les informations qu’il souhaite garder secrètes. Peut-être l’objet de futures révélations.

 

mardi 17 décembre 2024

« Mayotte n’a jamais vu une telle catastrophe » : les dégâts du cyclone Chido font craindre un lourd bilan humain


Le cyclone Chido a dévasté le 101e département français, où au moins 16 personnes sont mortes. La majeure partie de l’île était toujours coupée du monde dimanche soir, laissant craindre de nombreux autres dégâts. 

Il s’appelle Chido, « miroir » en shimaoré, mais a rendu Mayotte méconnaissable. En quelques heures, le cyclone d’une intensité exceptionnelle a complètement ravagé la petite île du canal du Mozambique. Dans le département le plus pauvre de France, des milliers de familles mahoraises ont tout perdu.

Comme à Kawéni, quartier nord du chef-lieu Mamoudzou, où ce qui est connu comme le « plus grand bidonville de France » a été complètement rasé par les vents de plus de 226 km/h, ne laissant qu’une colline désolée, couverte de débris et d’arbres tropicaux sans branches.

Dimanche soir, le préfet de Mayotte François-Xavier Bieuville n’a voulu évoquer que les 14 personnes décédées à l’hôpital. Un bilan qui « n’est pas plausible, je n’imagine pas que nous n’ayons pas plus de victimes ». Il a également levé l’alerte rouge sur l’île afin que « les gens circulent, reconstruisent et s’occupent des leurs », gageant que « Mayotte se relèvera ».

« Ce territoire n’a jamais vu une telle catastrophe »

Les scènes apocalyptiques sont visibles aux quatre coins de l’île, dont la majeure partie demeurait dimanche sans électricité, ni réseau mobile. À la Vigie, quartier de Petite-Terre lui aussi en hauteur, les cases en tôle ont été arrachées du sol, comme si elles n’avaient jamais existé.

Ne restent que des objets personnels noyés par les fortes pluies et la boue argileuse. Deux personnes y ont perdu la vie. À mesure que le cyclone tournoyait au-dessus de Mayotte, les comparaisons avec des événements plus anciens se sont égrenées : d’abord le cyclone de 1984, puis celui de 1934… Pour finalement conclure que « ce territoire n’a jamais vécu une telle catastrophe », des mots du géographe Saïd Saïd Hachim sur le plateau de France TV.

Même à Mamoudzou, seule ville à avoir retrouvé un réseau téléphonique parcellaire, les dégâts sont conséquents. Des toits d’habitations « en dur » se sont envolés, tout comme des lampadaires, des barrières, des arbres. L’une des barges qui relie Petite-Terre à Grande-Terre s’est échouée à côté du marché couvert, où les stands culinaires des « mamas brochettis » se sont volatilisés. La plupart des habitants ont dû compter sur la musada, l’entraide traditionnelle, pour se réfugier chez la famille ou les voisins qui habitaient un logement plus solide ou en contrebas. Plusieurs vidéos montrent des jeunes bien équipés aidants les plus âgés à se mettre à l’abri.

Sans nouvelles, toutes et tous craignent le pire

Toutes les communications étant coupées, de nombreux Mahorais angoissent pour leurs proches. Sans nouvelles depuis vendredi soir, ils se demandent s’ils sont vivants ou morts. Sur les réseaux sociaux, des milliers de publications fleurissent pour avoir des nouvelles des villages du Sud, de l’Ouest, et surtout du Nord, densément peuplé, où est passé l’œil du cyclone.

Deux autres victimes sont d’ailleurs à déplorer à Koungou, la deuxième commune de l’île. Une femme a été enterrée sur les lieux du désastre, alors que les habitants tentaient de reconstruire un abri de fortune pour la nuit, essayant de récupérer des morceaux de bois et de tôle.

Des centres d’hébergement d’urgence ont également été mis en place dans les écoles des villages, dont on ignore encore si elles ont tenu le coup. Le conseil départemental a appelé à la « solidarité » et à « l’engagement citoyen » de ses agents pour aider les familles réfugiées.

Des difficultés pour l’acheminement de l’aide

Même les bâtiments publics ont subi des dégâts. Le centre hospitalier de Mayotte a été inondé et déplorait 14 morts ce week-end, ainsi que de nombreux patients dans un état grave. La caserne de pompiers de Kawéni a perdu l’un de ses toits et « l’aéroport n’a plus de balisage, ni de tour de contrôle », ont signalé les autorités, précisant qu’il « est en état de marche pour les vols militaires ».

Depuis ce week-end et jusqu’à mercredi, « près de 800 personnes doivent arriver à Mayotte », a indiqué le ministre démissionnaire de l’Intérieur Bruno Retailleau. Mais les personnels, le matériel et les denrées en provenance de La Réunion, notamment, ne peuvent pas encore être acheminés de l’aéroport de Petite-Terre jusqu’en Grande-Terre, faute de barges en état de marche.

« Vous pouvez compter sur la solidarité, le soutien des Réunionnaises, des Réunionnais, des autorités », a écrit la présidente de la région La Réunion, Huguette Bello, à son homologue mahorais Ben Issa Ousseni. Le Secours populaire français a également lancé un appel aux dons financiers.

Une « multiplication des crises »

Dès dimanche, les travaux avaient débuté pour remettre les services publics en état de marche et dégager les routes afin que les secours puissent se rendre sur toute l’île. Les efforts se concentrent également sur le port de Longoni, au nord-est de l’île, porte d’entrée des porte-conteneurs. Les habitants devaient, eux, toujours rester confinés, mais le manque poussait de nombreuses personnes à faire la queue devant les quelques supermarchés ouverts pour se ravitailler.

Quant à l’eau, interrompue plusieurs fois par semaine depuis des années, François-Xavier Bieuville l’a « maintenue jusqu’à vendredi soir », avant de décider de la couper samedi, lors du passage du cyclone ! Comme d’habitude, l’État ne propose que l’urgence aux Mahorais, contraints de survivre dans des conditions inhumaines depuis des décennies. Lors d’une réunion interministérielle, samedi soir, le nouveau premier ministre François Bayrou a reconnu que le manque de services publics entraînait une « multiplication des crises » sur l’île.

Bruno Retailleau et son délégué aux Outre-mer, François-Noël Buffet, s’y rendront ce lundi. Peut-être pour répéter aux Mahorais, comme Emmanuel Macron l’a posté sur X, que « tout le pays est à leurs côtés ». Difficile de le croire sur le terrain, où des milliers de Français, malgré leur attachement à la République, ont perdu des proches et sont sans toit, ni biens, ni certitude que Chido sera leur dernier malheur.

François Gourand, prévisionniste à Météo France, a affirmé à l’AFP que le cyclone était « exceptionnel » car il a directement frappé l’archipel. Mais aussi que sa puissance provient des eaux particulièrement chaudes de l’océan Indien, à cause du changement climatique.

France-Afrique - La fin d’une ère


 Après plus d’un siècle de présence, la demande de départ des militaires français du Sénégal marque un tournant historique majeur.

Cette décision, qui coïncide avec la dénonciation par le Tchad de l’accord de défense le liant à la France, représente un camouflet sévère pour Emmanuel Macron. Cependant, elle s’inscrit dans un processus plus profond et ancien, amorcé à la fin de la Guerre froide en 1989. À cette époque, bien que l’ordre mondial soit en mutation, Paris parvenait encore à maintenir une influence significative sur ses anciennes colonies.

Les interventions militaires en Côte-d’Ivoire (2010-2011), en Libye (2011) et au Mali (2013) ont renforcé l’illusion que la France pouvait encore jouer un rôle de stabilisateur régional. Mais ces actions, présentées comme des réussites, n’étaient en réalité que le chant du cygne d’un système néocolonial en déclin. Derrière leur apparente efficacité, elles ont contribué à renforcer les ressentiments locaux, nourrissant un rejet croissant de la présence française, perçue comme paternaliste et intrusive. Ce rejet a précipité une remise en question profonde de la relation France-Afrique.

Après l’expulsion des troupes françaises du Mali en 2022, suivie du Burkina Faso et du Niger en 2023, la réduction de l’influence militaire française devient un symbole de rupture avec l’ordre hérité de la colonisation. Désormais, le Sénégal et le Tchad rejoignent ce mouvement de rejet. Comme le président sénégalais l’a affirmé : « Pourquoi faudrait-il des soldats français au Sénégal ? Cela ne correspond pas à notre conception de la souveraineté et de l’indépendance. » Ces propos traduisent l’ampleur d’un tournant historique, marqué par une aspiration irréversible des nations africaines à réaffirmer leur autonomie.

Ce contexte contraste avec les événements d’il y a une quinzaine d’années, lorsque Nicolas Sarkozy, alors président français, avait répondu par un silence méprisant à la demande du président ivoirien Laurent Koudou Gbagbo de retirer la force Licorne.

L’effondrement d’un système néocolonial

Depuis les indépendances, la France avait maintenu une influence forte en Afrique à travers des accords militaires, le franc CFA et une mainmise sur les élites politiques. Ce modèle de domination, souvent qualifié de « Françafrique », est aujourd’hui en lambeaux. Les expulsions successives de ses bases militaires symbolisent l’effondrement de la Pax Gallica. L’opération Barkhane, fleuron de la politique sécuritaire française au Sahel, s’est révélée incapable de contrer l’instabilité croissante, aggravant même parfois la perception d’une armée d’occupation.
Sur le plan économique, la dépendance au franc CFA, monnaie perçue comme un outil de contrôle monétaire, alimente depuis longtemps le ressentiment. Les réformes symboliques annoncées par Macron, loin de répondre aux aspirations des populations, n’ont fait qu’amplifier les critiques. La jeunesse africaine, en particulier, réclame une autonomie monétaire et économique, dénonçant une économie extravertie qui freine le développement durable.

Une Afrique par elle-même et pour elle-même

Le rejet de l’influence française s’inscrit dans un contexte plus large de transformations profondes sur le continent. L’Afrique d’aujourd’hui, forte de sa jeunesse et de ses élites émergentes, refuse le statu quo. Avec une population majoritairement âgée de moins de 25 ans, le continent regorge d’une énergie nouvelle portée par des aspirations panafricaines, souverainistes et progressistes. Ces jeunes, éduqués, connectés et souvent polyglottes, ne voient plus l’avenir de leur continent dans des relations héritées de la colonisation, mais dans un projet pensé par et pour les Africains.

Cette révolution générationnelle s’accompagne d’un renouvellement des élites politiques et économiques. Une nouvelle classe dirigeante, consciente des défis globaux et des opportunités offertes par un monde multipolaire, émerge dans des pays comme le Ghana, la Tanzanie, le Sénégal et l’Afrique du Sud. Ces dirigeants prônent une Afrique autonome, affranchie de tutelles étrangères, et tournée vers des partenariats équilibrés avec des puissances comme la Chine, la Russie, la Turquie ou encore les États-Unis.

L’Afrique se rêve désormais en acteur majeur de la scène internationale, investissant dans ses propres ressources humaines, naturelles et économiques. La renaissance de discours souverainistes, combinée à une mobilisation sociale sans précédent, traduit cette volonté de s’affranchir des relations asymétriques du passé.

La montée des alternatives

Face au déclin de l’influence française, les États africains diversifient leurs alliances géopolitiques. La Russie, la Chine, la Turquie et même les pays du Golfe jouent désormais un rôle clé sur le continent. La Russie a su exploiter le sentiment anti- politique de puissance de la France au Mali et en Centrafrique en proposant une coopération militaire perçue comme moins intrusive. De son côté, la Chine offre un partenariat axé sur le développement des infrastructures, séduisant les gouvernements en quête de résultats tangibles.

Cette réorientation traduit une aspiration profonde des Africains : une souveraineté totale sur leurs choix politiques et économiques. Cette quête d’indépendance, portée par une jeunesse mobilisée, s’impose comme le moteur d’une « deuxième indépendance », où les anciennes puissances coloniales sont invitées à repenser leur rôle.

Pour la France, l’heure n’est plus à la demi-mesure. La succession de revers militaires et économiques doit inciter à un changement profond. Il s’agit de passer d’une logique de domination héritée du passé à un partenariat basé sur le respect mutuel et les bénéfices réciproques. Les coups portés à la Françafrique sont douloureux pour Paris, mais ils offrent une opportunité unique de refonder les relations avec un continent stratégique.

L’avenir de l’Afrique appartient d’abord aux Africains. À la France de choisir si elle veut être une partenaire de ce renouveau ou rester spectatrice d’une transformation qui redessine l’ordre géopolitique mondial. La page se tourne, et une ère incertaine mais prometteuse s’ouvre. Les communistes, convaincus de la nécessité d’une coopération juste et égalitaire, ne ménageront aucun effort pour promouvoir ce changement radical. Ils continueront à soutenir les forces progressistes des deux rives, dans la construction d’un partenariat respectueux et mutuellement bénéfique.

Félix Atchadé

responsable du collectif Afrique 

lundi 16 décembre 2024

« Ce n’est pas rendre service aux plus pauvres de les loger dans le 7e » Quand Rachida Dati fait du séparatisme

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Avec la désignation chaotique de François Bayou, Emmanuel Macron se replie sur le noyau fondateur de la Macronie. Tout cela n’ira pas loin. Le danger n’en reste pas moins immense.

Après de fortes pressions, Emmanuel Macron vient de nommer l’insubmersible François Bayrou au poste de premier ministre. Sept ans après son entrée à l’Élysée, Jupiter a choisi celui qui lui a mis le pied à l’étrier en 2017. Après une très éphémère tentative de « socle commun » et un discret clin d’œil en direction des Républicains, c’est le retour au noyau historique de la Macronie. Cette fois, on touche vraiment à l’os. Le roi est nu et la crise s’épaissit.

Emmanuel Macron aurait pu désigner une personnalité du Nouveau Front populaire. Celle-ci aurait cherché une voie raisonnable, sans recours au 49.3, sans provoquer la censure en retour. Elle se serait attachée à trouver au Parlement les majorités pour mettre en œuvre le plus grand nombre possible de mesures issues de son programme  et éviter les régressions que la droite ne manquera pas de vouloir imposer. La gauche au gouvernement n’aurait pas cherché à contourner la règle démocratique, tout en évitant de décourager l’intervention autonome du mouvement populaire lui-même. Une occasion de de dénouer pour un temps l’imbroglio démocratique a été manquée.

Mieux encore, Emmanuel Macron aurait pu offrir à une nation inquiète la perspective d’une consultation directe, présidentielle et législative, ni trop rapprochée – la hâte n’est jamais bonne conseillère –, ni trop lointaine – la dégradation prolongée de la démocratie peut nourrir le ressentiment davantage que la colère. En situation de crise, quoi de plus légitime que de se tourner sans tarder vers le peuple souverain ? Le président dit qu’il veut reporter à 2027 les choix décisifs. Le pourra-t-il seulement ? ne serait-ce pas trop tard alors ?

Car tout cela intervient alors que les vertus du monde politique se font de plus en plus imperceptibles dans la population et que le Rassemblement national confirme son emprise sur la droite. C’est aussi un moment où l’unité à gauche vacille, parce qu’elle n’a pas su trouver les modalités d’un fonctionnement mieux ouvert sur la réalité citoyenne, parce qu’elle ne sait toujours pas conjuguer la cohérence et le respect d’une diversité qui est à la fois sa richesse et l’aliment de ses discordes.

La gauche reste à l’écart des responsabilités gouvernementales qu’elle était légitime à les assumer. Sa responsabilité politique n’en reste pas moins décisive. Comme aux temps lointains de la Quatrième République finissante, la durée des gouvernements est improbable et chaque jour qui passe révèle un peu plus le vide d’un pouvoir qui ne maîtrise plus rien, pas même les horloges. Nul ne peut se réjouir de cette débâcle, fût-ce au nom d’un présumé « dégagisme » qui risque de mener, moins à la révolution qu’à son contraire.

Car l’extrême droite rôde, seule force qui n’a jamais touché au pouvoir, depuis huit longues décennies. Quelle que soit la personne qui est à sa tête, le Rassemblement national en embuscade est moins répulsif qu’hier, plus expansif dans ses idées, plus crédible dans ses propositions et dans son projet. Dans ce moment redoutable, la gauche doit se détourner des automatismes dépassés et des analyses rassurantes. La société française n’est pas passée à droite en bloc et le RN, comme on l’a vu à l’été, n’a pas partie gagnée. Mais ce qui reste de répulsion n’est pas soutenu par un projet démocratique partagé. Dans ce moment incertain, mieux vaut donc que la gauche n’oublie pas que la somme de ses propres insuffisances, sans que la France ait sombré pour autant dans le côté sombre de la force, laisse du champ politique à une droite penchant vers son extrême. 

Cette gauche devra donc tout faire pour conforter ses liens avec la totalité du peuple de gauche, celui des « tours » comme celui des « bourgs », celui qui continue de voter comme celui qui reste encore sur la réserve. Il lui faudra corriger ce qui ne fonctionne pas bien en son sein, peaufiner son projet, donner plus de corps à sa stratégie d’émancipation. Cela suppose toutefois de consacrer plus de temps à élaborer ensemble qu’à se chercher querelle. Ensemble : en préservant sa diversité, en redoutant les déséquilibres internes, sans masquer les différences et les contradictions, sans se résoudre aux oukases, aux tentations d’hégémonie ou aux accusations de trahison. 

Le problème de la gauche n’est pas d’abord dans le manque d’un guide, d’une force qui exerce son magistère ou d’une écurie présidentielle efficace. La démocratie malade a besoin de bien plus que le heurt fébrile des discours de la « rupture » et du réalisme ». L’opinion inquiète attend ce qui peut la rassurer, une cohérence en perspective et le réalisme d’un rassemblement assez large pour garantir la paix civile.

Savoir qui est le plus influent au sein de la gauche n’a rien de secondaire. Mais ce que le pays a besoin de savoir, c’est si la gauche dans toutes ses composantes peut lui faire retrouver la stabilité perdue et contredire ce qui est perçu comme un déclin. La désunion est rarement payante de façon générale. Dans la crise démocratique qui est la nôtre, elle risque d’être désastreuse.

Nord-Isère. Mobilisation pour l’industrie devant Valeo et Thermo Fisher

 

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Des militants PCF devant l'usine Valeo de Saint-Quentin-Fallavier, visée par le plan de licenciements de l'équipementier automobile.
À l’appel des unions locales CGT de Villefontaine et de Bourgoin-Jallieu, des rassemblements se sont tenus ce jeudi 12 décembre devant les entreprises Valeo et Thermo Fisher, dans le cadre de la journée nationale d’action organisée par la CGT pour défendre l’industrie et les services publics.

À Saint-Quentin-Fallavier, dans l’entreprise Valeo, un PSE se profile et les salariés luttent désormais pour les meilleures conditions possibles de départ. En ce matin glacial du 12 décembre, les militant·es et élu·es du NFP, dont les député·es de l’Isère, ainsi que Manuel Bompard, député et coordinateur de la France insoumise, et Éric Hours, conseiller régional PCF, sont venus leur apporter soutiens et propositions, dans le cadre de la journée de mobilisation nationale « Urgence industrie » portée par la CGT.

Les communistes des sections de Bourgoin-Jallieu, La Verpillère et Villefontaine étaient présents, de même que Cécile Dhainaut, responsable aux entreprises pour le PCF de l’Isère. L’occasion pour les militant·es d’échanger avec les salarié·es sur la situation de Valeo et, plus généralement, d’aborder la situation politique du pays et les propositions du PCF.

Le conseiller régional PCF Éric Hours était présent au rassemblement devant Valeo. © Frédérique Penavaire

Concernant Valeo, les communistes saluent la lutte qui, dès juillet 2024, a été organisée par l’intersyndicale minoritaire CAT-SUD-CGT pour s’opposer au plan de fermeture programmée et de délocalisation. Les militants PCF ont notamment rappelé leur soutien au made in France, dénonçant la délocalisation de la production du moteur hybride DMG. Mis au point par les ingénieurs de Valeo, celui-ci devait en effet être produit en Isère… Il le sera finalement à Bursa, en Turquie !

Les contre-propositions du PCF

Pour le PCF, il faut gagner un droit à des propositions alternatives portées par les salariés et les populations, appuyés par une mobilisation du pôle public bancaire pour un crédit en faveur de ces contre-propositions. La production du moteur DMG à Saint-Quentin-Fallavier en est une !

Rappelant que la filière automobile, qui a reçu près de 6 milliards d’euros de fonds publics depuis 2020, n’a cessé de réduire ses capacités productives dans notre pays, les communistes proposent également que ces entreprises réduisent leurs marges. Et ce, en lançant la production d’un petit véhicule électrique à 15 000 euros, pour effectuer les trajets du quotidien. C’est possible, et c’est une question de volonté politique et de stratégie industrielle.

Des salariés de Thermo Fisher se sont également réunis devant l’usine de Bourgoin-Jallieu. © Pierre Claret

Les militants ont souligné que la lutte pour Valeo faisait écho aux nombreuses luttes engagées en Isère et partout en France pour défendre l’emploi et le progrès social. Un combat mené par les salariés, pour leurs droits, pour leurs emplois, pour un développement industriel maîtrisé collectivement, basé sur la réponse aux besoins sociaux et non sur la course aux profits, sur la préservation de la planète et non sur son pillage, sur l’épanouissement des êtres humains et non leur exploitation.

Un rassemblement était également organisé devant les grilles de l’usine Thermo Fisher, à Bourgoin-Jallieu. Ce qui a permis aux communistes berjalliens de témoigner leur soutien et d’échanger avec les salariés du géant du médicament, inquiets face aux vagues de licenciements submergeant les entreprises du Nord-Isère.

dimanche 15 décembre 2024

« Ce n’est pas rendre service aux plus pauvres de les loger dans le 7e » Quand Rachida Dati fait du séparatisme

Lors d’une convention sur le surtourisme à Paris, Rachida Dati, maire du 7e arrondissement qui vise l’Hôtel de Ville en 2026, s’est autorisé une parenthèse cynique sur le logement socialUne « politique d’apartheid pure », a réagi Ian Brossat.

« Ce n’est pas rendre service aux plus pauvres de les loger dans le 7e ». Rachida Dati, maire de ce très chic arrondissement de Paris, s’est lancée dans une digression cynique sur la question du logement social lors d’une convention sur le surtourisme à Paris organisée avec son groupe, mercredi 11 décembre au soir, selon des propos rapportés par le Parisien. Des déclarations qui prônent une « politique d’apartheid pure », a réagi sur X Ian Brossat, conseiller à la Ville de Paris et sénateur PCF.

https://twitter.com/IanBrossat/status/1867184977797910880

2,3 % de logements sociaux dans le 7e

« Ils disent, la majorité à l’Hôtel de Ville, que ça va me faire les pieds de me mettre les plus défavorisés dans mon quartier », a ajouté la ministre de la Culture démissionnaire, lors de cette soirée aux allures de préparatifs à la campagne des municipales de 2026.

D’une bonne leçon en la matière, le 7e arrondissement en a pourtant bien besoin : il est le plus mauvais élève de la ville avec à peine 2,3 % de logements sociaux en 2023, soit 652, loin derrière les 13e (43,3 %), 19e (45,2 %) et 20e (41,6 %) arrondissements qui en accueillent chacun plus de 38 000.

Si Rachida Dati assure régulièrement ne pas être contre la construction de logements sociaux dans son arrondissement sur le principe, elle met en avant la problématique du foncier tout en prônant sa préférence pour des logements intermédiaires. Mercredi, elle a d’ailleurs poursuivi son propos après sa sortie sur « les plus pauvres » : « Mais moi je suis pour la mixité, pas pour les ghettos où ils concentrent les difficultés au même endroit ».

Pourtant, l’élue s’est opposée au projet de l’îlot saint-germain en 2017. Un ensemble de 254 logements sociaux installé à quelques pas de l’Assemblée nationale et qui a permis de doubler le nombre de logements sociaux dans le 7e arrondissement. Inauguré en 2023, le projet avait été lourdement critiqué par Rachida Dati qui disait « craindre de devoir faire la police » et d’ajouter « lorsque des propriétaires ont acheté leur logement 10 000, 15 000 ou 20 000 euros le mètre carré et qu’un habitant en face jette des choses par-dessus le balcon, ou que les parties communes ne sont pas respectées, les habitants se sentent lésés (…) », dans les colonnes du Parisien pendant les municipales de 2020.

C’est bien un séparatisme entre les plus riches et les plus défavorisés dans un contexte de crise du logement abordable et alors que l’objectif de la Ville est d’atteindre « 40 % de logements publics, dont 30 % de logements locatifs sociaux » d’ici 2025. « Ça ne les gêne pas de voir leurs nounous, les éboueurs et cafetiers aller dans le 7e pour les servir… mais qu’ils y vivent, sacrilège », s’est ainsi indigné Ian Brossat, candidat déclaré aux prochaines municipales.

Lors de cette soirée, mercredi, la ministre de la Culture démissionnaire a d’ailleurs fait part de son ambition de remporter les élections parisiennes de 2026. Avec comme slogan l’objectif de rendre la capitale « plus facile à vivre ». Sauf pour les pauvres.

 

La lettre au père Noel


 

samedi 14 décembre 2024

Agco à Beauvais : 133 licenciements malgré des aides publiques colossales

Les salariés de l’Agco s’organisent contre les plans de licenciements annoncés par la direction. L’équipementier agricole prévoit la suppression de 133 postes sur l’ensemble du site beauvaisien alors qu’il a perçu de faramineuses aides publiques.

 Les salariés ont installés 103 croix et portraits sur le pont Blaise Pascal, financé par l'agglomération du Beauvais pour 13 millions d'euros afin de relier les deux implantations du site.

« Non aux 103 licenciements » est inscrit sur une banderole à l’entrée du constructeur d’engins agricoles Massey Ferguson. À côté, sur le pont Blaise-Pascal enjambant l’impressionnant site Agco de 54 hectares, des croix funéraires et des silhouettes recouvrent les barrières. Ce mardi 3 décembre, les salariés sont sortis en nombre pour contester le plan social d’ampleur annoncé par la direction du groupe Agco le 7 octobre dernier. « 103 croix symbolisant les 103 licenciements », commente Thierry Aury, conseiller municipal PCF de Beauvais, soutien de la première heure.

Ces décorations sont venues s’ajouter aux croix et palettes disposées par les 30 salariés du week-end de la Gima – équipementier agricole, dont Agco est le principal client et actionnaire – également victimes d’un plan social et économique depuis mai 2024. Au total, ce sont près de 2 000 personnes qui travaillent en cumulé sur ces deux sites appartenant à la multinationale américaine.

« Où est passé l’argent public ? »

Les racines du scandale remontent à 2019. Après avoir racheté la friche Froneri (anciennement Nestlé) pour étendre sa production, le PDG d’Agco commandite la construction d’un pont pour relier ses deux usines alors séparées par l’Avenue Blaise-Pascal. Le tout aux frais du contribuable. Ce ne sont pas moins de 13 millions d’argent public dont 6 millions de l’État qui financent la construction de l’ouvrage. En contrepartie, l’accord était la création d’emplois. Or, moins d’un an après la formidable inauguration le 15 décembre 2023, ce sont deux plans de licenciements annoncés, « sans compter des centaines de fins de contrats d’intérimaires ou de prestataires », insiste Thierry Aury.

Installés depuis mai dans une petite cabane de fortune construite devant le site pour mener la riposte, les salariés de la Gima rejoints petit à petit par leurs collègues de Massey Fergusson se demandent où est passé cet argent public. « Sans doute dans les poches des actionnaires », suppose un salarié en grève. « Ce n’est pas le pont Pascal-Blaise, mais le pont de l’Agco », ironise un autre.

Alors que des bouchons commencent à se former sur l’axe, Laurent Dormard, délégué syndical CGT de la Gima, s’interroge : « Si le pont servait à tous les Beauvaisiens, pourquoi le PDG a prononcé un discours lors de l’inauguration et donné des petits drapeaux avec le logo de l’Agco à tous les salariés pour qu’ils les agitent ? De plus, que les gens traversent une route ou un pont, ça ne change rien pour eux, il y a autant de bouchons qu’avant. En revanche, ils ont subi des travaux et déviations de route éprouvant durant deux ans. » Tandis que des conducteurs klaxonnent pour affirmer leur soutien, le syndicaliste regrette « le manque de reconnaissance consternant de la direction ».

« La promesse n’est certainement pas tenue »

L’incompréhension est totale pour les salariés. Si Thierry Lhotte, président de l’Agco France, assure « avoir créé des emplois » dans « l’Observateur de Beauvais », Laurent Dormard rectifie le tir : « Si on fait la soustraction, on est en déficit. Depuis un an, il se déroule des PSE déguisés : plus de 70 collègues prestataires, certains avec lesquels nous travaillons depuis des années, n’ont pas été renouvelés. Il faut ajouter les centaines d’intérimaires mis à la porte. En prime, les deux PSE annoncés. La promesse n’est certainement pas tenue. »

Thierry Lhotte affirme agir « dans un plan de réorganisation mondial au sein du groupe » visant à supprimer 6 % de son effectif sur l’ensemble de ses sites, sur fond « de crise agricole ». Pourtant, 2022 et 2023 furent des chiffres record pour la multinationale sur le site beauvaisien. « Aujourd’hui, on est revenu à la production de volumes qu’on faisait antérieurement à ces années record, détaille le délégué cégétiste. Néanmoins à l’époque, avec les mêmes volumes, on était autant. »

Une délocalisation dissimulée au profit des actionnaires

Pour les salariés, l’explication est ailleurs. Anthony, ingénieur au bureau d’études et militant CGT, accuse la volonté de « délocalisation dissimulée de la direction ». « Ils utilisent le terme offshoring pour rendre le processus plus acceptable, dénonce-t-il, mais ils nous ont clairement dit qu’un rétroviseur dessiné en Inde était moins cher que le même modèle dessiné en France. » Sur la centaine de postes supprimés annoncés, une grande partie concerne le bureau d’études regroupant environ 200 salariés. « On a le sentiment que les ingénieurs connaissent aujourd’hui le scénario vécu par les ouvriers dans les années 1980 », soupire l’ingénieur avant de dénoncer « la trahison dans le contrat social qui promettait du travail aux bac plus 2 ou 5 ».

La mobilisation et la solidarité sont compliquées au sein des entreprises. Si les 30 salariés du week-end de la Gima sont en grève depuis l’annonce du PSE, le soutien de leurs collègues de la semaine reste infime. Pour cause, « la direction affiche une pression énorme sur nos collègues », explique Laurent Dormard. « Ils les ont menacés avec les augmentations individuelles annuelles », accuse-t-il. Les élus de l’opposition dans l’Oise, menés par Thierry Aury, ont alors adressé une lettre au préfet, dans laquelle ils l’appellent « à ne pas homologuer le PSE de Gima » dans un premier lieu « unanimement rejeté par les délégués du personnel ». Ce plan « est une façon de nous pousser gentiment à la porte, se désole un salarié. Avec vingt-six ans de boîte, ils me proposent le minimum, soit 27 000 euros, c’est inhumain alors que j’ai trois enfants ».

Du côté du bureau d’études, le détail des postes touchés par le plan social reste encore inconnu. « La direction entretient ce flou volontairement, dénonce Anthony, les collègues ont peur d’être par la suite dans le viseur direct du PSE s’ils se mettent en grève. » Un collectif de salariés s’est alors formé pour contrer la décision unilatérale de la direction. Après l’action de décoration « du pont de l’Agco » effectuée le 3 décembre, le directeur a annoncé revoir le nombre de licenciés à la baisse, en passant à 94 licenciements. Toujours « inacceptable » pour les ingénieurs.

« Nous avons en face de nous un patronat décomplexé »

Avec l’aide des grévistes de la Gima, une réunion est organisée à l’union locale CGT de Beauvais, en présence de représentants de la fédération de la métallurgie. Éric Moulin, juriste pour la fédération, épluche le document du plan social, dans une atmosphère aussi froide que la salle dont le chauffage a lâché. Le juriste alerte sur un document « imbuvable et bourré d’incohérences à se demander si cela est fait exprès pour léser les salariés ». Des modalités tellement abstraites qu’elles ne permettent même pas aux salariés de se projeter dans le plan. « C’est comme si tu achetais une maison sans la visiter », ironise un ingénieur.

Frédéric Sanchez, secrétaire générale de la fédération de la métallurgie CGT, insiste auprès des travailleurs pour aller chercher le soutien de leurs collègues de production : « Lorsqu’on supprime et délocalise la recherche et le développement, la production suit généralement très vite le même chemin. » Le cégétiste accuse « un patronat décomplexé », auquel il est impératif « d’imposer un rapport de force construit ». Face « au monologue social de la direction », le collectif s’organise dans l’objectif commun « d’annuler tout simplement ce PSE ».