samedi 14 mars 2026

Non à la mise en bière de la Charte des Nations unies et du droit international !


 Qu’est-ce qui peut justifier le terrible silence sur le bombardement au premier jour de l’attaque par l’aviation US (cf. New York-Times, 5 mars 2026) d’une école primaire à Minab en Iran qui a fait plus de 150 morts dont principalement des écolières ? On ne peut l’accepter ! Ce sont systématiquement les peuples qui sont victimes des politiques de violation du droit international !

La Charte des Nations unies établie en 1945 reconnait l’égalité en droit des peuples et le droit à la souveraineté de tous ses membres. Son article 2.7 précise : « Aucune disposition de la présente Charte n’autorise les Nations unies à intervenir dans des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un État ni n’oblige les Membres à soumettre des affaires de ce genre à une procédure de règlement aux termes de la présente Charte. »

Les attaques systématiques contre l’ONU, la Charte des Nations unies et le droit international concourent à la marche à la guerre. Ces attaques sont en réalité des attaques contre la majorité des peuples de la planète et contre le seul cadre de référence mondial et international. Replacer l’ONU, les principes de la conférence de San Francisco et la Charte des Nations unies au centre des relations internationales est nécessaire pour une politique de paix.

Les violations du droit international ne sont pas une nouveauté. Elles sont consubstantielles du stade impérialiste du capitalisme : expédition du canal de Suez en 1956, occupation des territoires palestiniens en 1967 et politique de colonisation par les gouvernements israéliens, occupation de la moitié de Chypre par les troupes turques, etc.

Durant la phase néolibérale de la mondialisation capitaliste, l’impérialisme, étatsunien en tête, profitant du bouleversent des rapports de force internationaux suite à la chute de l’URSS, a cherché à asseoir sa domination en utilisant les fameuses et fumeuses théories relatives au « droit d’ingérence », « droit d’ingérence humanitaire », « guerre humanitaire », « guerre préventive », contraires à la Charte des Nations unies et au droit international. Cela a provoqué des désastres en chaîne dans plusieurs régions du monde. C’est le cas au Moyen-Orient, après l’invasion de l’Irak en 2003, qui a provoqué des centaines de milliers de morts, déplacé des millions de personnes et ouvert un cycle de violences dont l’émergence de Daech fut l’une des expressions les plus tragiques. Également en Libye, où l’intervention de l’OTAN franco-britannique en 2011, présentée comme une opération destinée à « protéger les civils », a semé le chaos dans le pays mais également dans le Sahel. Derrière les proclamations humanitaires, ce sont des sociétés entières qui ont été disloquées, laissant derrière elles des villes détruites, des peuples déplacés et un ordre international profondément discrédité. L’intervention en Libye de 2011 est une des ruptures majeures de l’ordre international et l’un des points de départ du basculement du monde.

L’invasion de l’Ukraine décidée par le régime russe en février 2022 viole frontalement le droit international et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ses causes profondes sont la chute du système sécuritaire européen du fait de l’expansion de l’OTAN vers l’Est, le non-respect des Accords de Minsk et le non-règlement de la guerre à l’Est de l’Ukraine depuis 2014. À raison, les condamnations sont sans appel.

On déplore et condamne fermement, en miroir, l’absence de réaction sur le génocide à Gaza par le gouvernement d’extrême droite israélien de Benyamin Netanyahou, alors qu’un mandat d’arrêt de la CPI est prononcé à son encontre. Alors que ce gouvernement suprématiste sème le chaos dans toute la région, aucune sanction n’est prise contre lui. L’attaque de grande échelle contre le Liban et les crimes de guerre qui y sont commis par l’armée israélienne ne suscitent guère de réaction La suspension de l’accord d’association UE-Israël tant que le gouvernement israélien ne respecte pas le droit international est toujours une bataille à mener. Le deux poids, deux mesures est une honte !

L’émergence de puissances moyennes, faisant prévaloir leurs intérêts propres, piétinent également le droit international. C’est le cas par exemple des régimes réactionnaires du Golfe, partenaires des USA et agissant également en autonomie. Dans un silence total en Occident, les Émirats arabes unis soutiennent les « Forces de réaction rapide » au Soudan, où se produit, selon l’ONU, la pire catastrophe humanitaire mondiale, avec 15 millions de déplacés, des meurtres, des massacres, des viols quotidiens, pour se disputer les ressources minières et hydrauliques, mais également la position stratégique du Soudan. L’intervention saoudienne (depuis 2015) et émiratie au Yémen, pour contrôler les accès à la mer Rouge, est également une violation du droit international.

L’attaque massive orchestrée par les gouvernements extrémistes israélien et étatsunien en Iran s’inscrit dans la suite macabre d’interventions qui n’ont eu de cesse de semer guerres, chaos, désolations, déplacements, aux quatre coins du monde.

Qu’est-ce qui fait que le droit international est systématiquement attaqué, piétiné, sans que les gouvernements qui décident ces attaques ne ressentent désormais le besoin de se « justifier » ? Entre mentir à l’ONU, comme Colin Powell en 2003, ou dévoyer une résolution de l’ONU comme la France et la Grande-Bretagne pour la Libye en 2011, d’une part, et chercher à faire éclater et à remplacer l’ONU, comme Trump en 2026, d’autre part, une évolution certaine s’est produite. Elle s’explique par le nouveau régime politique que les fractions dominantes du capitalisme cherchent à faire émerger et à imposer. Leur objectif est de renouer avec une onde expansive du capitalisme, après l’échec de la phase néolibérale. Pour cela, elles ont besoin d’éléments extérieurs, politiques : la guerre. Pour cela, elles prennent aussi directement le pouvoir, comme c’est le cas aux États-Unis. Pour cela, enfin, elles foulent aux pieds tous les cadres internationaux (ONU, Accord de Paris sur le climat, OMS, etc.) et tous les compromis sociaux et démocratiques auxquels l’histoire des luttes du XXe siècle les ont contraintes.

Et cela fait des émules. Emmanuel Macron, lors de son discours de l’Île-Longue du 2 mars dernier, a déclaré : « Le champ des règles est un champ de ruines. Et l’animosité ambiante se prête assez peu à la confiance qu’il faut pour rebâtir les normes de sécurité collective. » En se contentant de ce constat, sans rien annoncer pour l’inverser, il concourt à l’enterrement du droit international, alors que les accords de désarmement sont désormais tous démantelés en Europe.

Les discours sur la « mort de l’ONU » sont légion. Comme Gabriel Attal pour qui l’ONU est « essentiellement un guichet humanitaire et une ONG climatique ». Tout est fait pour mettre en exergue son inutilité, mais à nous de nous emparer des principes progressistes de la Charte des Nations unies qui mettent en avant la responsabilité des peuples, donc de chaque citoyen, d’agir pour la paix ; car l’aspiration à la paix entre les peuples est essentielle.

Cela nécessite une action politique. Certes, les Nations unies sont un lieu de pouvoir et d’influences entre puissances. L’impuissance de l’ONU est due aux politiques impérialistes, pas à l’ONU elle-même. Il est important d’appeler à une réforme pour que l’ONU corresponde aux réalités du monde actuel. La France, comme membre permanent du Conseil de sécurité, a les leviers pour agir dans ce sens.

Il existe en effet des bases importantes pour empêcher la mise en bière du droit international. Les agences de l’ONU sont actives et leur rôle est indispensable. Les condamnations de l’attaque israélo-étatsunienne ont été exprimées par plusieurs pays représentant 72 % de la population mondiale, majoritairement les pays du sud global, et soutenue explicitement par ceux représentant 8,2 %. Seuls trois pays européens se distinguent : l’Espagne, la Suède et l’Irlande (source Grand continent, 6 mars). La fin de l’histoire prônée et annoncée par Huntington n’a pas eu lieu. Ce sont des bases pour l’action, pour une politique de paix, qui, depuis la Charte des Nations unies, est un devoir politique. Ce sont des bases pour un autre ordre du monde « basé sur le respect du principe de l’égalité des droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes » (article 2.1 de la Charte des Nations unies).

Jaurès le disait déjà. Le respect du droit international comme pierre angulaire d’une politique de paix se décline en deux volets : une procédure d’arbitrage selon des règles communes d’une part, et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, d’autre part. C’est une condition de lutte contre la loi du plus fort, contre les politiques impérialistes de dominations.

Secrétariat du secteur international du PCF

Article publié dans CommunisteS, numéro 1077 du 11 mars 2026.

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