vendredi 5 janvier 2024

Israël- Palestine : pour la romancière Valérie Zenatti : « On ne peut renvoyer les deux peuples dos à dos »

Romancière et traductrice d’hébreu, Valérie Zenatti publie Qui-vive, son neuvième livreUn road-book entre la France et Israël sur les traces d’une professeure d’histoire-géographie déstabilisée par le chaos du monde.

Pour Mathilde, la narratrice de Qui-vive, tout commence par un double effondrement : la mort du chanteur-poète Leonard Cohen et l’élection de Donald Trump, survenues en 2016, à 24 heures d’intervalle. Quelques années plus tard, alors que le monde est entré dans le chaos provoqué par la pandémie de Covid puis la guerre en Ukraine, elle part en Israël à la recherche de visages inconnus et d’un autre rapport à l’Histoire.

Traductrice de l’œuvre d’Aharon Appelfeld, Valérie Zenatti a écrit pour la jeunesse les romans Quand j’étais soldate, inspiré de son service militaire en Israël, et Une bouteille dans la mer de Gaza, adapté au cinéma par Thierry Binisti. En littérature générale, elle est notamment l’autrice d’En retard pour la guerre et de Jacob, Jacob, prix du Livre Inter en 2015 et Dans le faisceau des vivants, prix France Télévisions de l’essai en 2019.

Ce livre est-il né d’une inquiétude ?

Plutôt d’une question que se pose Mathilde : comment vivre ? Le roman est né dans les mois qui ont suivi le confinement, avec le choc d’une réalité bouleversée de manière inédite et dont personne ne faisait rien. Quand je n’écris pas, je suis en état d’alerte. Dans ces moments, des personnages et des questions apparaissent, qui tiennent la route ou pas. J’ai senti que Mathilde s’entêtait.

Certaines évidences se sont imposées, comme son métier de professeure d’histoire-géographie. J’ai compris que cette question de comment vivre était liée au fait qu’elle avait fait de l’histoire une grille de lecture qu’elle se chargeait de transmettre. Et elle se retrouve face à un moment où le mouvement de l’Histoire devient pour elle indéchiffrable.

Comment est arrivée la figure du chanteur Leonard Cohen à travers un extrait du documentaire Birds on a Wire ?

Cette vidéo me fascine. À un moment, il quitte la scène et dit, « je ne peux plus tricher ». Et c’est ce que fait Mathilde en quittant la scène de sa vie. J’ai lu tous les poèmes de Leonard Cohen, ses romans, j’ai regardé des documentaires. Et j’ai compris qu’il pouvait accompagner ce questionnement face au monde. Mathilde n’a pas la foi, mais elle croit en l’Histoire. Après coup, je me suis aperçue que ce roman avait plongé ses racines dans tous mes autres livres, à mon insu. C’était presque une manière de réinterroger dans le vif de l’époque ce pour quoi j’écris depuis vingt ans.

Par exemple, les Âmes sœurs étaient aussi l’histoire d’une femme qui part. L’un des personnages disait : « Je me sens comme une chanson de Léonard Cohen égarée dans un congrès néonazi. » Je n’y ai pas pensé en écrivant mais j’ai été frappée de cette persistance de la poésie de Leonard Cohen en résistance à la plus grande brutalité, à l’obscénité.

Pourquoi avez-vous choisi d’adopter le regard d’une étrangère sur Israël, un pays que vous connaissez très bien pour y avoir vécu ?

Israël n’avait pas surgi dans mes romans depuis En retard pour la guerre, il y a quinze ans. En écrivant ce livre, je voulais poser un regard neuf sur tout, y compris sur ce qui m’est familier. C’est en scrutant un autre pays, d’autres façons de penser, un autre rapport à Dieu (même absent !) et à l’Histoire que quelque chose se met en action pour Mathilde. Quand j’ai su qu’elle allait partir, le centre de gravité du roman s’est déplacé irrésistiblement en Israël.

Il m’est apparu après coup que ce n’était pas anodin, il y a comme un lien souterrain qui court entre la pandémie, la guerre en Ukraine et finalement la guerre en Israël et à Gaza, même si elle est postérieure à l’écriture du roman. Le réel saute au visage de Mathilde et m’a envahie pendant l’écriture, à la fois comme un saisissement face aux mouvements de la vie et dans un pressentiment de catastrophe.

Ce voyage permet la rencontre avec des gens qui incarnent ce pays dans toute son étrangeté, sa diversité…

Ces personnages ont tous été très vivants en moi, parfois turbulents. Je les entendais parler en hébreu et je les traduisais en français. Leur point commun est d’avoir beaucoup de certitudes, ce qui est très courant en Israël. La force des problématiques existentielles est si déstabilisante que chacun, qu’il soit intellectuel ou pas, croyant ou pas, de gauche ou de droite, s’est forgé des convictions très ancrées pour ne pas perdre l’équilibre.

Comment les déchirures d’Israël se sont-elles intégrées à la fiction ?

En passant par le regard et l’écoute de Mathilde, les résonances de l’Histoire ont surgi. La poétique l’ouvre au politique, sa quête de justesse à la question de la justice. Je ne traite pas directement de l’actualité dans Qui-vive, loin de là, mais si on calcule bien, Mathilde parcourt Israël au printemps 2022, alors que le pays s’acheminait vers des cinquièmes élections en moins de trois ans. Le bouleversement qui se profilait était celui d’une réforme des institutions judiciaires qui a entraîné des déchirures internes sans précédent dans l’Histoire moderne du pays.

Il faut remonter au premier siècle pour trouver des antagonismes aussi violents au sein du peuple. J’ai été frappée par le fait que les tenants de cette réforme, qui se réclament souvent de la Bible, semblaient oublier que, selon ce texte, Israël ne devait pas être un État politique mais purement juridique. Il n’y avait pas de roi et il n’y a eu que des juges pendant, dit-on, quatre cents ans. C’est le peuple qui a réclamé un roi, pour être semblable aux autres.

Que ressentez-vous près de trois mois après l’attaque du 7 octobre perpétrée par le Hamas contre Israël ?

Toujours de l’effroi et une immense inquiétude. Les Israéliens et les Palestiniens doivent faire face à des questions existentielles qui se nouent à l’Histoire, à la guerre, à une perte de confiance abyssale. C’est trop grand, trop lourd pour des êtres humains. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles la religion, arrimée au nationalisme, a une si grande place. Ce qui me dévaste, c’est la somme de souffrance présente en Israël depuis le 7 octobre et l’ampleur de la destruction à Gaza, le nombre de morts plus élevé que dans toutes les guerres précédentes. Quand des êtres humains font face à tant de douleur et de désespoir quotidien, les questions politiques ne peuvent même pas être formulées. Or, il est littéralement vital pour tous que le politique reprenne sa place.

« Ce qui me dévaste, c’est la somme de souffrance présente en Israël depuis le 7 octobre et l’ampleur de la destruction à Gaza. »

Quelles nouvelles avez-vous des gens sur place ?

Je continue d’essayer de porter mon regard des deux côtés de la frontière. Ce n’est pas la position la plus confortable, ni la plus répandue, mais c’est la seule envisageable pour moi. Comme le dit Elias Sanbar, on ne peut renvoyer les deux peuples dos à dos car ils sont face à face. À Gaza, je connais les petits-enfants d’une amie palestinienne qui vit en France et dont le fils avait été tué par le Hamas en 2007. Ils vivaient avec leur mère mais leur maison a été détruite. Ils sont partis à Khan Younès, qu’ils ont dû quitter aussi.


 

Affaire Depardieu : la chancellerie de la Légion d’honneur a bien ouvert une procédure disciplinaire

La chancellerie de la Légion d’honneur a bien ouvert une procédure disciplinaire à l’encontre de Gérard Depardieu, après la diffusion d’un documentaire révélant ses propos obscènes sexualisant une petite fille. Emmanuel Macron avait affirmé le 20 décembre que cette distinction n’avait pas vocation « à faire la morale » et dit son admiration pour le comédien, accusé de viols.

Rima Abdul Malak se serait, selon le Président de la République, « un peu trop avancée », en affirmant son intention de retirer sa Légion d’honneur à Gérard Depardieu, après la diffusion sur France 2 d’un documentaire accablant de Complément d’enquête, révélant le comportement et les propos obscènes de l’acteur, en Corée du Sud, à l’égard de plusieurs femmes, dont une petite fille dans un haras.

Le chef de l’État, selon qui cette distinction n’aurait pas vocation à « faire la morale », ne se serait-il pas lui-même trop avancé en désavouant sa ministre de la Culture ? La Grande Chancellerie de la Légion d’honneur ne semble en tout cas pas avoir tenu compte des propos du chef de l’État et a bien engagé, selon une information du Parisien et de France Info, une procédure disciplinaire à l’encontre du comédien, sous le coup de deux plaintes pour viols et d’une autre pour agression sexuelle.

Dans une lettre datée du 22 décembre, relayée par France Info, l’institution affirme que « compte tenu de la nature de ces propos, le grand chancelier a averti monsieur Gérard Depardieu de l’ouverture d’une procédure disciplinaire », ajoutant que l’acteur « peut maintenant produire ses explications et sa défense au moyen d’un mémoire établi par lui-même ou son avocat. »

Blâme, suspension ou exclusion définitive

À l’issue de son audition, le conseil de l’ordre de la Légion d’honneur devra statuer et émettre un avis, selon trois scénarios possibles : un blâme, une suspension ou une exclusion définitive de la Légion d’honneur.

Cette dernière mesure disciplinaire ne pourra cependant être actée sans l’aval du président de la République, Grand maître de l’institution. Ce dernier s’était lancé, le 20 décembre, sur le plateau de l’émission C à vous, dans un véritable panégyrique du comédien, qui serait « une fierté » pour la France, avait dénoncé une « chasse à l’homme » à son encontre, sans hésiter à remettre en cause la fiabilité du documentaire de Complément d’enquête. Des propos à l’emporte-pièce, qui ont suscité de vives critiques, imposant à France 2 de faire venir un huissier pour constater que les scènes du documentaire n’avaient fait l’objet d’aucun montage.

Au-delà de cette remise en cause du travail journalistique, à l’unisson des thèses véhiculées par les médias d’extrême droite, comme C News, ces louanges adressées au comédien, sans égard pour ses éventuelles victimes, ont révélé une ignorance totale des violences sexistes et sexuelles de la part du chef de l’État et ont même été perçues par les féministes engagées dans cette lutte, à l’instar d’Emmanuelle Dancourt, présidente de #MeTooMédia, comme « une validation de la culture du viol ».

 

jeudi 4 janvier 2024

Deux mois après un épisode pluvieux d’une ampleur historique, les habitants du nord de la France sont de nouveaux confrontés au calvaire des crues et des inondations. Les Hauts-de-France ont été classés par Météo France en vigilance rouge mercredi 3 janvier et une cinquantaine d’habitants du Pas-de-Calais ont dû être évacués dans des abris, mardi dans la soirée.

Comme un jour sans fin. Deux mois après des pluies historiques, en lien avec les tempêtes Ciaran et Domingo, les habitants du Pas-de-Calais sont de nouveau confrontés à d’importantes averses et à des crues exceptionnelles du fleuve côtier Aa (traversant Saint-Omer), classé en vigilance rouge dans le dernier bulletin de Météo France. Une cinquantaine de personnes a d’ores et déjà dû être évacuée dans la nuit de mardi à mercredi dans des abris d’urgence. Le département pourrait enregistrer près de 100 millimètres de pluies cumulées en six jours, entre samedi dernier et jeudi prochain, selon son préfet, Jacques Billant.

« Dans le Pas-de-Calais, une crue exceptionnelle est en cours sur l’Aa, les niveaux sont ce matin stabilisés mais une reprise est envisageable dans la journée compte tenu des précipitations à venir », sur des sols saturés, selon les informations délivrées aux premières heures du jour, ce mercredi 3 janvier, par l’organisme Vigicrues.

Le dispositif de secours annoncé par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin est évocateur de l’ampleur de cette nouvelle menace : 120 nouveaux sapeurs-pompiers et des militaires de la sécurité civile ont ainsi été mobilisés pour y faire face.

La crainte d’un nouveau scénario catastrophique

La région des Hauts-de-France a été classée par Météo France en vigilance rouge pour risques de crues et en vigilance orange pour risques de pluies et d’inondations.

Au-delà du Pas-de-Calais, plusieurs autres départements sont particulièrement menacés par ce nouvel épisode pluvieux, dont l’Aisne, les Ardennes, la Meuse, la Moselle, la Meurthe-et-Moselle, le Nord et le Finistère, la Loire-Atlantique, où les inondations ont conduit à l’évacuation d’une vingtaine de personnes.

Selon l’AFP, le président de la République, Emmanuel Macron, aurait eu des échanges téléphoniques avec des maires des communes touchées, dont celui de Saint-Omer, pour les assurer du soutien de l’État. En attendant, les habitants, dont certains sont encore durement éprouvés par les conséquences des précédentes intempéries, vivent avec la peur de voir se reproduire le scénario catastrophique de novembre.

François Decoster, le maire de Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, interrogé par BFM TV, évoque en tout cas un sentiment de « déjà-vu » et redoute que « le pire » soit encore « à venir ».

L’hydrogéologue Jamal El Khattabi avait alerté, en novembre dernier, dans les colonnes de l’Humanité sur les risques de voir ces phénomènes extrêmes se multiplier, en raison du dérèglement climatique, et avait appelé à retenir les leçons de cette catastrophe naturelle.

 

Guerre à Gaza : après l’assassinat du numéro deux du Hamas à Beyrouth, la peur du scénario du pire



 
L’attaque lancée par Israël contre un immeuble dans la banlieue de Beyrouth, fief du Hezbollah, tuant dans la soirée du 2 janvier le numéro deux du Hamas, Salah Al-Arouri, et six autres membres de l’organisation islamique, ravivent les craintes d’un embrasement dans la région. Le discours du chef du Hezbollah prévu ce mercredi soir sera scruté de près.

« Nous sommes hautement préparés pour tout scénario ». Une réaction succincte qui n’en laisse pas moins présager le pire. Ces quelques mots du porte-parole de l’armée israélienne, Daniel Hagari, après l’assassinat attribué à Israël du numéro deux du Hamas, Saleh Al-Arouri et de six autres cadres de l’organisation islamique, tués dans une attaque de drone contre leur immeuble, le 2 janvier, dans la banlieue de Beyrouth, au cœur du fief du Hezbollah, marquent un saut dans l’inconnu et renforcent la menace d’un embrasement dans la région.

« Un mouvement dont les leaders et les fondateurs tombent en martyrs pour la dignité de notre peuple et de notre nation ne sera jamais vaincu », a réagi Ismaïl Haniyeh, le chef du Hamas, en dénonçant « une violation de la souveraineté du Liban » et une « expansion » de la guerre en cours dans la bande de Gaza.

« Grave agression contre le Liban »

Le spectre d’une expansion de la guerre est bien dans tous les esprits. La communauté internationale, depuis le début des représailles aveugles lancées par Israël contre Gaza, après l’attaque sanglante du Hamas, le 7 octobre 2023, observe avec inquiétude les réactions de l’Iran et du Hezbollah, soutiens de l’organisation islamique palestinienne.

Alors que, depuis plusieurs semaines, des incidents se multiplient à la frontière israélo-libanaise, le Hezbollah a dénoncé, dès mardi soir, une « grave agression contre le Liban » et prévenu que « l’assassinat de Saleh al-Arouri… ne restera pas sans riposte ou impuni ». Signe de la gravité du moment : le secrétaire général de l’organisation chiite, Hassan Nasrallah, s’exprimera ce mercredi dans la soirée. Un discours qui sera scruté de près, alors que le Premier ministre libanais Najib Mikati a accusé Israël de « vouloir entraîner le Liban dans une nouvelle phase de confrontation ».

Une menace prise très au sérieux, notamment par Emmanuel Macron, qui a appelé Israël à « éviter toute attitude escalatoire notamment au Liban », lors d’un entretien avec le ministre israélien, Benny Gantz, membre du cabinet de guerre de Benjamin Netanyahou. Cette injonction aura-t-elle un poids quelconque ? On peut en douter, Israël étant jusqu’ici restée sourde aux multiples appels aux cessez-le-feu, alors que son Premier ministre Benyamin Netanyahou a affirmé à plusieurs reprises que la guerre serait sans limites dans la violence et dans la durée.

mercredi 3 janvier 2024

« Je suis un SDF actif » : Patrick, conducteur de bus dort tous les soirs dans sa voiture


Expulsé de son logement il y a plus d’un an, l’agent de conduite tient debout grâce à son emploi à la RATP. Hors de ses heures de service, il s’ingénie à passer inaperçu.



Passé minuit, Patrick rejoint son « trois mètres carrés » qu’il gare ensuite dans un coin d’un parking sécurisé. Assuré de n’être vu de personne, il peut s’assoupir.
Sadak Souici

Patrick Harnais est un monsieur Tout-le-Monde. Parka noire sur vêtements sombres, coupe argentée taillée au cordeau et phrasé posé, l’homme de 57 ans y met un soin particulier. « J’essaie de ne pas paraître ce que je suis », explique ce conducteur de bus récemment embauché par la RATP, après dix-sept années passées au volant des Transports rapides automobiles Transdev. Être comme tout le monde, c’est d’abord avoir un emploi. Professionnel passionné, il captive quand il raconte son métier.

Que ce fut sur les lignes 602 ou 603 entre la gare du Raincy et Corot, ou actuellement sur la 114 reliant Villemomble au château de Vincennes, la conduite nécessite du tact et de la tenue. « J’essaie d’avoir le sourire commercial et le freinage souple. Je suis responsable des gens qui montent dans mon bus, mais aussi du vélo que je croise, de la voiture derrière ou du passant qui traverse. Au volant, on doit regarder partout, toujours dans l’anticipation. Mes yeux sont comme des girouettes. »

Expulsé de chez lui « juste avant la trêve hivernale »

Patrick s’applique tellement à se fondre dans la masse qu’il en devient invisible. Question de dignité. Conducteur de bus le jour, l’agent est sans domicile fixe la nuit. « Je suis un SDF actif », précise-t-il. Expulsé de son chez-lui « juste avant la trêve hivernale » par un huissier secondé de la police le 20 octobre 2022, il a passé ces quatorze derniers mois à peaufiner ses stratégies pour devenir personne dès la fin de son service. Et ça marche.

Ce soir-là, aucun regard ne se pose sur cette silhouette sombre qui s’attarde aux alentours d’une grande place de l’Est parisien quand les passants filent d’un pas pressé se mettre au chaud. Habillé de vêtements superposés, il sait « comment faire avec le grand froid. C’est un acquis de (s)on service militaire ».

Lui va manger un mini-plat « à base de légumes » chez le traiteur asiatique, puis attend dans un bar PMU « à 2,50 euros le café », le regard souvent posé sur son téléphone « pour continuer à se cultiver », ou sort parfois les boules de pétanque sur un terre-plein endormi.

Passé minuit, il rejoint sans se presser son « trois mètres carrés » qu’il gare ensuite dans un coin d’un parking sécurisé. Assuré de n’être vu de personne, Patrick peut s’assoupir. Avant l’arrivée des conducteurs matinaux, il a déjà filé, rasé de près et toujours propre.

Jusqu’à ces derniers mois, cet homme droit au parcours professionnel sinueux (bachelier scientifique à 16 ans et demi, apprenti prothésiste dentaire, puis fabricant de prothèses oculaires et thanatopracteur avant d’entrer chez Transdev) n’avait jamais connu la galère.

« J’en ai ras le bol d’entendre ”je compatis“ »

Elle l’a enferré le jour où la facture des négligences de son couple lui a été présentée. Débiteur jusqu’au cou et dans l’attente du sort réservé à son dossier de surendettement, le conducteur a bien tenté de trouver de l’aide. « C’est votre problème, j’en ai rien à foutre », lui a rétorqué son supérieur direct chez Transdev.

L’assistante sociale de l’entreprise l’a aidé à présenter une demande de logement à Action Logement (ex-1 % Logement). Puis, une autre. Mais, faute de jugement sur son surendettement, les refus s’accumulent. Quant aux agences immobilières, il ne pousse plus leur porte depuis longtemps : « J’en ai ras le bol d’entendre des phrases types, du genre je compatis. »

Dans les premiers temps, le néo-SDF a bien sollicité le 115 pour une place en logement d’urgence. Mais la Péniche du cœur s’apparente pour lui à un coupe-gorge et la chambre en hôtel social était déjà habitée « d’insectes avec des pattes longues comme ça »« Je préfère dormir dans ma voiture. Parfois, un copain me dépanne avec un lit d’appoint et un duvet. Il a connu la même chose. »

Seul son métier lui permet de se tenir debout

Quatorze mois de ce régime à un repas et demi par jour et cinq heures de sommeil par nuit lui ont fait perdre une vingtaine de kilos et une bonne part de ses espérances dans le genre humain. Seul son métier lui permet de se tenir debout. Entrer à la RATP est pour lui comme un nouveau départ.

Pas tant dans l’espoir de trouver une petite place dans le parc immobilier de l’entreprise que pour échapper à Transdev et à « son organisation du travail bordélique ; à son matériel complètement pourri malgré des mécanos qui essaient de faire l’impossible avec ce qu’ils ont ; au chef qui me traitait de clochard. Nous étions trois SDF sur le dépôt. L’un y travaille toujours et habite ces temps-ci chez sa fille, l’autre est logé par sa nouvelle compagne et est passé comme moi à la RATP ».

À la régie depuis le 20 novembre, personne – collègues comme usagers – ne se rend compte de rien. Seuls son chef, un élu du personnel CGT et un assistant social sont dans la confidence. Fils de militaire élevé à la dure par ses grands-parents agriculteurs, Patrick a vu sa carapace s’endurcir. Mais des larmes coulent de temps en temps. « Cela me ferait tellement de bien d’être chez moi, tranquille. Je sais que je suis un grain de poussière. Je ne demande qu’un peu de compréhension. »

mardi 2 janvier 2024

Pour 2024, des vœux très clivés entre gauche et droite

De nombreuses personnalités ont adressé leurs vœux aux Français, avant ceux du président de la République. Des messages aux tons différents voire opposés, de l’extrême droite jouant sur les peurs au dirigeant communiste Fabien Roussel appelant à retrouver « confiance en l’humanité ».

En matière de vœux des personnalités politiques aux Français, il y a deux écoles : ceux qui choisissent de devancer le 1er janvier, et les autres. Dans la première catégorie, cette année, on compte le secrétaire national du Parti communiste français Fabien Roussel, la présidente « Les Républicains » de la région Île-de-France Valérie Pécresse, le chef de file des députés Renaissance Sylvain Maillard, la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo, ou encore la présidente du groupe du Rassemblement national à l’Assemblée Marine Le Pen, et le président en titre du parti d’extrême droite Jordan Bardella.

Toutes et tous précèdent l’allocution d’Emmanuel Macron de dimanche à 20 heures, pour donner leur vision de l’année passée et des défis de celle à venir. Avec une mention spéciale pour Valérie Pécresse et Sylvain Maillard, qui ont profité chacun du réveillon de Noël pour présenter dans le même temps leurs vœux du Nouvel An. Dès le 24 décembre, la présidente de la région francilienne a délivré un plaidoyer pour « l’ordre et la sécurité », appelant le gouvernement « à ne plus louvoyer » face à « ces voyous, ces terroristes, ces extrémistes » qui « cherchent le chaos », selon l’élue LR : « La France a besoin de règles et de rêves », a-t-elle lancé.

2024, année des JOP de Paris

Autre ambiance du côté du chef des députés macronistes, filmé sur fond de sapin enguirlandé, qui s’est contenté d’un message en forme de service minimum, passant rapidement sur les « défis » et les « réformes » de l’année qui s’achève pour se concentrer sur le principal enjeu pour 2024, aux yeux du député de Paris : la réussite des JOP. Une préoccupation partagée par Anne Hidalgo, cadrée au côté du logo olympique Paris 2024, mais à laquelle la maire de la capitale ajoute « la solidarité et le climat », avec la bataille pour le maintien des services publics et contre le mal-logement, et celle contre le dérèglement climatique pour réduire, notamment, « la place de la voiture » à Paris.

Du côté du RN, si on fait mine de pleurer sur « l’année éprouvante » qui s’achève, c’est pour mieux se réjouir du profit qu’en a tiré l’extrême droite en vue des élections à venir. « Jamais nos idées n’ont été autant validées (…) par nos adversaires », se délecte Marine Le Pen, allusion à la loi immigration qui lui a offert une victoire idéologique. « Le RN incarne désormais une force de gouvernement qui, demain, saura conduire la France », estime-t-elle. La candidate aux trois dernières élections présidentielles prend rendez-vous pour les européennes de 2024, en dénonçant pêle-mêle l’immigration, le libre-échange et les tarifs de l’électricité au plan européen, mais aussi au plan national, les « meurtres gratuits », les « émeutes », le prix du logement ou encore la technocratie.

« La raison, la justice et la fraternité n’ont pas disparu »

Même autosatisfaction pour son acolyte Jordan Bardella, qui commence à faire de l’ombre à la patronne « historique » du RN grâce à son entrée, ce week-end, – seul politique dans ce cas de figure – dans le classement annuel Ifop-Journal du Dimanche des « 50 personnalités préférées des Français » (à la 30è place). Pour la tête de liste aux européennes de 2024, le RN s’affirme « comme une solution » ; « un recours », « une force d’alternance », et les élections de juin seront la « première étape de la conquête du pouvoir ».

Un discours qui joue sur les peurs et les angoisses des électeurs, aux antipodes de celui de Fabien Roussel. Apparaissant dans un décor virtuel d’appartement de standing avec cheminée qu’il fait disparaître d’un mouvement de doigt, le dirigeant communiste, sur un fond rouge uni, en appelle aux ressources intimes et collectives de toutes et tous pour changer la société, et retrouver « l’intelligence, la raison, la justice et la fraternité (qui) n’ont pas disparu » malgré les apparences. Après une « année de la surchauffe » où « rien ne nous aura été épargné » – « La guerre, le réchauffement climatique, les attentats, la vie chère et l’inflation, la réforme des retraites et la loi immigration », énumère Fabien Roussel –, le député du Nord appelle à retrouver « confiance en (l’humanité), confiance en nous » pour gagner le « droit au bonheur et (à) des jours heureux ». « Nous aurons besoin de la chaleur de cette humanité pour mener tous ces combats qui sont devant nous, conclut le secrétaire national du PCF. Parce que le monde a bien besoin de notre énergie pour retrouver un peu d’équilibre, beaucoup de justice et surtout la paix pour tous. »

 

France Travail, Smic, arrêt maladie pour fausse couche, handicap… Ce qui change au 1er janvier

Ce premier jour de l’année calendaire marque l’entrée en vigueur de plusieurs lois adoptées, parfois au forceps, en 2023. Entre petites avancées et bouleversements sociaux, avec les premiers assauts de la loi dite pour le plein-emploi, tour d’horizon de dix changements qui auront des effets sur le quotidien.

1. France Travail remplace Pôle emploi

Exit Pôle emploi. Les usagers auront désormais affaire à France Travail, un réseau englobant, dans ce qui promet d’être une vaste usine à gaz, l’ex-ANPE, Cap emploi et les missions locales. C’est l’une des premières dispositions prévues par la loi dite « pour le plein-emploi », adoptée le 14 novembre dernier, malgré une levée de boucliers des élus de gauche, qui ont dénoncé un texte de « guerre sociale », notamment en raison des mesures ciblant les allocataires du RSA (revenu de solidarité active).

À partir du 1er janvier 2025, soit dans un an jour pour jour, les personnes faisant une demande de RSA à la CAF se retrouveront ainsi d’office inscrites à France Travail, contraintes de signer un « contrat d’engagement » leur imposant, sauf situations particulières, de travailler quinze heures par semaine, et soumises à une mesure dite de « suspension-remobilisation » leur coupant leur allocation en cas de non-respect de leurs obligations.

2. Revalorisation annuelle du Smic : + 1,13 %

1 766,92 euros bruts par mois, soit 1 398,69 euros nets pour 35 heures hebdomadaires. C’est le nouveau montant du Smic (salaire minimum de croissance), qui passera de 11,52 euros à 11,65 euros de l’heure, soit une hausse mensuelle de seulement 15,62 euros ( +1,13 %, comme le précise le décret paru au Journal officiel le 21 décembre 2023). En 2023, plus de 17 % (3,1 millions) des salariés sont rémunérés au Smic (surtout des femmes), dont une grande partie travaille à temps partiel.

« À qui va-t-on faire croire que plus de 3 millions de salariés travaillent sans qualification, ni expérience ? Ainsi, seuls les employeurs en sortent gagnants car ils tirent profit des qualifications sans les rémunérer », avait souligné en décembre dernier dans les colonnes de l’Humanité, l’économiste Henri Sterdyniak, selon qui « les rémunérations doivent mieux refléter l’utilité sociale des métiers », alors que « la crise sanitaire a montré le rôle des premiers de corvée ».

Depuis janvier 2021, le Smic a augmenté de 12,4 %, alors que l’inflation a été de 12,5 %, soit un quasi-maintien de son pouvoir d’achat, avait par ailleurs pointé le cofondateur des Économistes atterrés.

3. Les titres-restaurants encore utilisables pour les courses alimentaires

Les tickets-restaurants pourront encore servir à acheter des légumes ou des paquets de riz dans les grandes surfaces. Janvier 2024 devait, en effet, signer la fin de l’usage des titres-restaurants pour l’achat de produits alimentaires à cuisiner. Il n’en sera finalement rien, Olivia Grégoire, la ministre déléguée aux Petites et Moyennes Entreprises, ayant décidé de prolonger cette dérogation jusqu’au 31 décembre 2024.

Une décision en forme de rétropédalage, après l’émoi général suscité par l’annonce de Bruno Lemaire, en novembre dernier. Le ministre de l’Économie avait en effet annoncé, en pleine période de flambée des prix, son intention de mettre fin à cette mesure mise en place en 2022 et destinée à limiter les effets de l’inflation alimentaire pour les travailleurs.

4. Voitures électriques : une offre de location longue durée

Pour 100 euros par mois, il sera désormais possible, sous certaines conditions, de louer pour une longue durée une voiture électrique. Promesse de campagne du candidat Macron, cette offre, dont la vocation affichée est de permettre aux ménages les plus modestes de passer à l’électrique, s’impose comme une mesure phare de son plan destiné à réduire les émissions françaises de gaz à effet de serre de 55 % d’ici à 2030.

Qui pourra réellement en bénéficier ? Peu de monde pour le moment, l’offre étant dans un premier temps réservée aux gros rouleurs actifs (plus de 8 000 km par an ou qui habitent à plus de 15 km de leur lieu de travail) et dont le revenu fiscal par part est inférieur à 15 400 euros par an.

Une plateforme intitulée « Mon leasing électrique » a été mise en place pour les demandeurs remplissant les conditions, qui devront ensuite se mettre en relation avec des loueurs du secteur privé conventionnés. Les premières clés seront distribuées courant janvier.

Seraient ainsi concernés, selon l’Élysée, 4 à 5 millions de personnes pour un parc comprenant, pour l’année 2024, entre 20 000 et 25 000 véhicules loués, et 40 000 en 2025. Des chiffres bien en deçà des 100 000 voitures électriques annoncées lors de la campagne présidentielle par le chef de l’État.

« Cela concerne si peu de gens que cela relève surtout du marketing, avait ainsi déploré auprès de Libération Karima Delli, présidente de la Commission Transport et Tourisme au parlement européen. Il faut surtout une réponse sérieuse sur le ferroviaire, les transports publics, c’est ça les vraies réponses qu’attendent les Français en termes de mobilités. »

5. Handicap, perte d’autonomie : création de MaPrimeAdapt’, une refonte d’aides déjà existantes

Permettre aux personnes avec un handicap ou en perte d’autonomie d’améliorer l’accessibilité de leur logement : telle est la vocation affichée de MaPrimeAdapt’, une aide attribuée sur conditions de ressources, destinée à financer des travaux, comme l’aménagement d’une salle de bains, la construction d’un escalier, l’élargissement d’une porte d’entrée, à hauteur de 50 % ou 70 % du montant des travaux d’adaptation.

Les critères d’éligibilité : avoir un taux d’incapacité supérieur ou égal à 50 %, ou être âgé de 60 à 69 ans en justifiant d’une perte d’autonomie précoce, ou encore être âgé de 70 ans et plus, quel que soit le niveau de dépendance ou d’autonomie.

MaPrimeAdapt’n’est cependant qu’une refonte de trois aides déjà existantes, qu’elle remplacera à partir de ce 1er janvier 2024, à savoir, l’aide « Habiter Facile », distribuée par l’Agence nationale de l’habitat (Anah) ; les aides de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav) pour l’adaptation du logement des personnes âgées et le crédit d’impôt pour certains types de travaux.

6. Fausses couches : un arrêt maladie sans délais de carence

Les femmes en arrêt maladie après une fausse couche ne subiront désormais plus de retenue sur leur salaire. La loi du 7 juillet 2023 visant « à mieux accompagner les femmes après une fausse couche » met ainsi fin au délai de carence des indemnités journalières imposé dans le cas des arrêts maladie classiques.

Cette mesure doit s’appliquer aux professionnelles du secteur privé et public et aux professions indépendantes et non-salariées agricoles.

Quelque 200 000 femmes seraient concernées chaque année en France par une interruption spontanée de grossesse, une épreuve dont les effets physiques et psychiques, souvent minorés par leur entourage, sont la source d’une détresse de mieux en mieux documentée.

7. Lutte contre les violences intra-familiales : la justice met en place des pôles spécialisés

C’est une des réformes mises en place par le ministère de la Justice en 2023. Elle prévoit la création de pôles spécialisés contre les violences intrafamiliales dans tous les tribunaux et cours d’appel. Composés de magistrats du siège et du parquet, ainsi que de directeurs des services de greffe judiciaires, de greffiers, de juristes assistants, ils auront pour vocation de garantir une action coordonnée et rapide de tous les acteurs judiciaires et de leurs partenaires.

Face à un fléau qui a donné lieu à 49 616 condamnations en 2022, soit une augmentation de 123 % par rapport à 2017 (22 206 condamnations), la mesure est toutefois jugée peu ambitieuse par les associations engagées dans le domaine, alors que la création de « juridictions » spécialisées était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron en 2022.

8. Forte augmentation du prix des timbres

La Poste avait pris les devants en annonçant la nouvelle dès juillet dernier. La facture n’en sera pas moins salée pour les clients, qui devront, dès ce 1er janvier, payer beaucoup plus cher leurs timbres, dont la hausse atteint en moyenne 8,3 %. Pour le timbre vert, qui passe de 1,16 euro à 1,29 euro, c’est une augmentation de 11,20 %.

La Poste a justifié cette décision par « le contexte d’inflation et de baisse des volumes de courrier ».

9. Obligation de trier ses déchets : généralisation aux particuliers

À compter du 1er janvier, les déchets alimentaires ne pourront plus être jetés avec les ordures ménagères. « Le tri des biodéchets sera généralisé et concernera tous les professionnels et les particuliers », peut-on lire sur le site Internet du gouvernement. Chaque foyer devra ainsi prendre des dispositions pour mettre en place une « solution de tri à la source », « que ce soit un bac à compost personnel ou un bac de tri ». Une mesure qui fait partie de la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (loi Agec), adoptée en 2020, visant à lutter contre le gaspillage alimentaire.

De nombreuses collectivités, en charge de leur valorisation, ne sont cependant pas prêtes à aborder cette transition, en partie pour des raisons financières. « On estime à une petite vingtaine de millions le nombre de Français qui bénéficient d’une solution. Soit un tiers de la population », a ainsi souligné, dans l’Humanité, Nicolas Garnier, le délégué général d’Amorce, qui accompagne les collectivités dans leur transition.

10. Gratification des stages : une augmentation symbolique

Trente centimes de plus par heure. La rémunération minimum légale des stagiaires recrutés au sein des entreprises passera ainsi, à partir de ce 1er janvier, de 4,05 euros à 4,35 euros par heure de présence effective. La gratification des stagiaires représente 15 % du plafond de la sécurité sociale, dont elle suit les évolutions.

 

lundi 1 janvier 2024

Vœux de la section PCF du Grésivaudan

 Les communistes de la section PCF du Grésivaudan vous souhaitent pour 2024 une bonne et heureuse année pour vous-même et votre famille, une année qui nous ouvre des horizons d’espérance, une année de victoire populaires à construire ensemble.

2024 est l’année des défis à relever, des montagnes à soulever. 

Nelson Mandela disait « cela semble toujours impossible jusqu’à ce qu’on y arrive ». Alors, si nous nous rassemblons, l’impossible pourra advenir.

Habitat en liquidation judiciaire, 383 salariés sur le carreau

Le groupe d’ameublement Habitat a été placé jeudi 28 décembre en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Bobigny. Le CSE a adressé un signalement au procureur de la République sur la gestion du groupe.

L’enseigne fondée en 1964 par le designer britannique Terence Conran compte 25 magasins en France. Photo by Turpin/ANDBZ/ABACAPRES.COM

Tombé de rideau pour Habitat. Le tribunal de commerce de Bobigny (Seine-Saint-Denis) a placé jeudi le groupe d’ameublement en liquidation judiciaire en raison de ses graves difficultés financières. 383 salariés vont rester sur le carreau. Dans sa décision, le tribunal rappelle qu’il « ressortait du rapport de l’administrateur judiciaire qu’il n’existe aucune possibilité d’élaboration d’un plan de redressement » et que la situation était « irrémédiablement compromise » notamment « en raison de l’absence de trésorerie et de l’impossibilité d’utiliser la marque ».

L’enseigne fondée en 1964 par le designer britannique Terence Conran avec l’objectif de proposer des meubles et des objets de décoration à prix abordables, qui compte 25 magasins en France, « ne réalise plus de chiffre d’affaires, les magasins sont fermés », est-il précisé dans le jugement. « Je suis abattu. C’est vraiment amer cette fin d’année », a confié à l’AFP Youcef Toumert, cadre salarié et membre CGT du CSE.

« Le PDG peut remercier Macron et son gouvernement »

Concernant la gestion d’Habitat, « le CSE a fait un signalement au procureur de la République » avant un probable dépôt de plainte, a déclaré Maître Damien Condemine, l’avocat du CSE. De son côté, Thierry Le Guénic, le repreneur du groupe en 2020, a admis, dans un euphémisme, ne pas avoir « réussi à relever ce challenge, tout comme les précédents actionnaires ».

Pour la CGT Commerce, « le PDG, déjà impliqué dans des situations similaires au sein d’autres entreprises et potentiellement en mesure de recommencer demain, peut remercier Macron et son gouvernement », rappelant que cette catastrophe sociale est une des « conséquences désastreuses des lois en vigueur, permettant des montages financiers destructeurs pour l’emploi mais protecteurs du capital ». Une collecte de soutien financier est organisée par la Fédération du Commerce « pour venir en aide à ces travailleuses et travailleurs qui sont désormais sans salaire depuis deux mois ». 

« Une erreur d'écriture » : le gouvernement renonce à mettre l'inspection du travail sous la tutelle de l'aviation

Selon une note interne que l’Humanité s’est procurée, le gouvernement bat en retraite sur la mise sous tutelle de l’inspection du travail par le secteur de l’aviation civile. Le décret qui fait scandale depuis la semaine dernière devrait être « rectifié » prochainement.

Après la révélation, en début de semaine dernière, d’un décret revenant à entraver grossièrement l’action de l’inspection du travail en charge du contrôle des compagnies aériennes, le gouvernement engage une première reculade, à la fois spectaculaire et un poil piteuse.

Dans une note interne que l’Humanité s’est procurée, la haute administration du ministère du Travail promet à ses agents, très remontés contre cette atteinte à leurs missions élémentaires et leur indépendance, la publication imminente d’un « décret rectificatif ». Le but affiché de cette manœuvre ? Rétablir l’inspection du travail dans ses prérogatives en matière de contrôle de l’application du Code du travail, mais aussi des régimes de travail définis dans d’autres codes. Comme celui des transports, en l’occurrence.