jeudi 13 juin 2019

Total, EDF et les grandes banques françaises à l’assaut des énormes gisements de gaz mozambicain

Le Mozambique va-t-il se transformer en « Qatar africain » ? C’est en tous cas ce que souhaite son gouvernement, de même que de nombreuses multinationales occidentales, parmi lesquelles Total, Technip, EDF et les grandes banques françaises. Elles sont à la manœuvre dans projets d’exploitation de gaz naturel au large des côtes du pays. Un terrible paradoxe, alors que le Mozambique vient de subir de plein fouet les conséquences concrètes du réchauffement climatique avec le passage du cylone Idai, qui a laissé derrière lui un millier de morts et deux millions de déplacés.
Au Mozambique, le dérèglement climatique est déjà là. Le cyclone Idai, qui a frappé les côtes de l’Afrique australe en mars 2019, est le fruit de l’augmentation des températures qui amplifie l’intensité des cyclones. Plus importante catastrophe climatique que la région ait connue, Idai a fait plus d’un millier de morts et deux millions de sinistrés. Un mois plus tard, un deuxième cyclone déferlait sur le pays, faisant cette fois 45 morts et 250 000 autres sinistrés. Villages balayés, populations déplacées, infrastructures détruites, propagation d’épidémies… Les conséquences de ces événements climatiques sont critiques.
Cela n’empêche pas les multinationales et le gouvernement mozambicain de sortir le grand jeu pour transformer le Mozambique en « Qatar de l’Afrique ». Les majors occidentales sont arrivées sur place suite à la découverte d’importants gisements de gaz au large des côtes du pays entre 2005 et 2013 : 5000 milliards de mètres cube, de quoi satisfaire la consommation de la France pendant plus de 120 ans ! Des gisements rendus encore plus rentables par l’emplacement stratégique du Mozambique pour les marchés asiatiques, premier débouché du gaz liquéfié. Les multinationales gazières estiment que le pays produira 31,48 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) chaque année à partir de 2024.

Les groupes français à la manœuvre, grâce à des garanties publiques

Trois projets sont actuellement en cours de développement. Le premier, Coral South FLNG, est situé à 90 kilomètres des côtes. Principalement géré par la compagnie italienne Eni, il s’agit d’une entité de production flottante de gaz naturel liquéfié qui devrait produire plus de 3,4 millions de tonnes de GNL par an. Partenaire d’Eni sur ce projet, TechnipFMC est chargé de l’ingénierie, la fourniture des équipements, la construction, l’installation et la mise en service de cette unité flottante de liquéfaction. Pour ce faire, elle a bénéficié d’une garantie publique de plus de 528 millions d’euros de la part de BpiFrance, l’agence de crédit à l’exportation de l’État français. Toutes les grandes banques françaises - Crédit agricole, BPCE/Natixis, BNP Paribas et Société générale - ont participé au financement, pour plus d’un milliard de dollars au total.
L’autre grand projet, Mozambique LNG, est également menée par une firme française, Total, qui vient d’en faire l’acquisition. Jusqu’alors propriété du texan Anadarko, il a été cédé à la multinationale tricolore avec d’autres gisements africains en Algérie, en Afrique du Sud et au Ghana. À huit milliards d’euros, c’est la plus grande acquisition de Total depuis 20 ans. Le projet mozambicain, qui pourrait produire 12,8 millions de tonnes de GNL par an, semble le plus stratégique. EDF a d’ailleurs signé en 2018 un contrat pour acheter ce gaz, qui pourrait donc au final être livré dans les chaudières françaises.

Les communautés locales exclues des bénéfices économiques

Ces gisements de gaz sont présentés comme une aubaine pour ce pays d’Afrique australe affichant des niveaux records d’inégalités et plongé dans une crise économique sans précédent par le scandale de la « dette cachée ». Cette affaire, qui tourne autour de prêts de plusieurs milliards contractés secrètement par le gouvernement mozambicain auprès des banques Crédit Suisse et VTB (Russie), n’est peut-être pas sans lien avec la question du gaz. Officiellement, cet argent devait financer la constitution d’une flotte pour la pêche au thon. Une partie a été utilisée pour acheter des chalutiers aux Chantiers navals de Cherbourg. Le reste s’est évaporé, et aurait été détourné en pots-de-vin [1]. Une chose est certaine : le gouvernement mozambicain a avoué qu’une partie des fonds ont servi à la construction d’équipements militaires pour la surveillance du canal du Mozambique et la protection des infrastructures gazières.
Meurtrie par le dérèglement climatique, subissant les conséquences de la corruption des élites, l’essentiel de la population mozambicaine profitera-t-il néanmoins de la manne gazière ? Rien n’est moins sûr. « L’impact sur les communautés locales est très important » , note Ilham Rawoot. La coordinatrice de campagne pour Justiça Ambiental – les Amis de la Terre Mozambique – s’est rendue à Paris pour interpeller les dirigeants de Total et d’autres entreprises françaises à l’occasion de leur Assemblée générale annuelle.

Pas d’accès à l’énergie, principalement destinée à l’exportation

« Des communautés de pêcheurs – qui n’ont pas d’autre moyen de subsistance – ont été déplacé à plus de dix kilomètres de la mer. Certains déplacés n’ont pas de système de réfrigérateur, donc le poisson tourne avant de pouvoir le vendre sur le marché. » Les exemples de vies dévastées depuis l’arrivée des multinationales abondent. Quant aux agriculteurs, « ils ont été déplacés de force de leurs terres, puis on leur a donné un terrain beaucoup plus petit que ce qu’ils possédaient », raconte Ilham Rawoot.
La création d’emplois est souvent mise en avant par les multinationales pour justifier leur présence. Si quelques postes de cadres pourraient bénéficier à l’élite de la capitale mozambicaine Maputo, les emplois d’exploitation et de maintenance offerts sur les plateformes gazières ne conviendront pas aux communautés locales, majoritairement composées de pêcheurs et d’agriculteurs. Et si celles-ci pensaient au moins pouvoir bénéficier de la nouvelle source d’énergie extraite au large des côtes de leur pays, c’est raté : la grande majorité du gaz sera liquéfié et exporté, alors que 80% de la population n’a pas accès à l’électricité.

« Les trois projets réunis ont le potentiel d’émettre d’énormes quantités de gaz à effet de serre »

Les industries extractives sont responsables de la moitié des émissions des gaz à effet de serre et de 80 % du déclin de la biodiversité, d’après un rapport de l’Onu de mars 2019. Les projets gaziers au Mozambique ne feront pas exception. « Les trois projets réunis ont le potentiel d’émettre d’énormes quantités de gaz à effet de serre, principalement de méthane, réduisant à néant nos chances de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5°C », estiment les Amis de la Terre dans une note.
Pour les multinationales pétrolières, il devient de plus en plus difficile de prétendre que des projets comme l’exploitation massive du gaz mozambicain sont compatibles avec les objectifs de l’Accord de Paris, auxquels ils déclarent souscrire. Un récent rapport de « Notre affaire à tous », auquel s’est associé l’Observatoire des multinationales (lire Total et le climat : les masques tombent), rappelle que Total n’a dépensé qu’un demi milliard d’euros en 2018 pour développer des énergies « bas carbone ». À comparer aux 8 milliards d’euros déboursés pour l’achat des actifs africains d’Anadarko.

« Compensation » à base d’accaparement des terres ?

Pour « compenser » les émissions de gaz à effet de serre de leurs projets, les multinationales ont un plan : investir dans des programmes de reforestation. Total a annoncé 100 millions de dollars par an pour ces « puits de carbone ». Eni et Shell ont des projets similaires, au Mozambique mais aussi en Afrique du Sud, au Ghana et au Zimbabwe. Ils pourraient acquérir jusqu’à 8,1 millions d’hectares de terres pour y mener leurs projets de compensation. Justiça Ambiental dénonce une opération de « greenwashing » « qui pourrait exacerber les problèmes dus à l’exploitation des énergies fossiles », notamment les déplacements de communautés.
« Cela pose des problèmes très importants de justice climatique. Ce sont des projets qui demandent énormément de terres, lesquelles sont aujourd’hui majoritairement occupées par des communautés. Ils vont donc créer de nouveaux déplacements de population pour compenser les effets déjà néfastes de leur présence », commente Cécile Marchand, chargée de campagne chez les Amis de la Terre France.
Avec l’acquisition des actifs d’Anadarko, Total confirme son ancrage sur le continent africain. En plus de sa présence historique dans les anciennes colonies françaises – Congo et Gabon notamment – ainsi qu’au Nigeria et en Angola, le groupe se lance désormais sur de nouveaux terrains de chasse comme le Mozambique. Les multinationales entendent bien continuer à exploiter de nouveaux gisements de pétrole et de gaz. L’Afrique et son environnement restent une cible privilégiée pour leurs projets destructeurs, destinés à alimenter les marchés des pays riches. Ses habitants n’ont malheureusement pas fini d’en faire les frais.

mercredi 12 juin 2019

Le ministère de l’Intérieur commande en masse des munitions pour fusils d’assaut et des grenades de désencerclement

Les nouvelles armes de maintien de l’ordre et de « gestion démocratique des foules » sont responsables de dizaines de mutilations à vie et de blessures graves. Qu’importe ! Le ministère de l’Intérieur vient d’entériner de nouvelles commandes massives : 10 000 grenades de désencerclement par an, qui s’ajoutent aux centaines de lanceurs de balles de défense (LBD) achetés en fin d’année dernière. Plus étonnant, la place Beauvau a acheté 25 millions de cartouches de fusils d’assaut pour les quatre prochaines années. « Allô, place Beauvau ? C’est pour une commande » : enquête sur ces étranges appels d’offres.

mardi 11 juin 2019

Les manifestants soudanais de Grenoble criaient : « Liberté, paix et justice ! »

La rue Félix Poulat (maire de Grenoble pendant quelques mois en 1896) était ce samedi 8 juin, la rue de la solidarité internationale. Deux rassemblements étaient au rendez vous au même lieu en début d’après midi.
Celui des Algériens de Grenoble qui soutiennent le mouvement populaire en cours en Algérie (rendez vous hebdomadaire depuis quelques mois à Grenoble) et celui des Soudanais.
L’appel à la manifestation s’intitulait : « solidarité en soutien au peuple soudanais et contre le massacre des manifestants ».
Depuis décembre des manifestations se sont multipliées au Soudan. Le 11 avril dernier le président soudanais Omar el-Béchir a été renversé. Le conseil militaire a pris le pouvoir. Les manifestations se sont multipliées pour exiger que le pouvoir soit remis à une administration civile. Ces derniers jours l’armée a très violemment réprimé les manifestations.
Le sit in de Khartoum a été réprimé : 108 morts.
Les manifestants soudanais de Grenoble criaient : « Liberté, paix et justice ! », « la révolution est le choix du peuple », « les civils, c’est le choix de la révolution ».
Plusieurs prises de paroles, largement applaudies ont marqué ce rassemblement de solidarité.

dimanche 9 juin 2019

Rassemblement des retraité·e·s, 14 juin 14h30, Félix Poulat à Grenoble

Dans le cadre des actions unitaires du groupe des 9 et pour préparer le dépôt des cartes pétitions le 20 juin à Paris, les organisations de retraités de l’Isère réunies le 5 juin ont décidé d’un rassemblement le : vendredi 14 juin 2019 rue Félix Poulat à Grenoble à partir de 14H30 ( à coté de l’arrêt de tram Victor Hugo) pour continuer à faire signer la carte pétition et rappeler notre action.
Mobiliser plus pour obtenir plus !
L’expression de notre colère a obligé le gouvernement à annoncer des reculs.
C’est le moment de mobiliser davantage de personnes en retraite pour obtenir nos revendications :
- la suppression de la hausse de la CSG et des exonérations de cotisations sociales,
- le respect des droits acquis à pension et le refus de transformation des pensions en allocations sociales,
- la revalorisation de toutes les pensions en fonction de l’évolution des salaires, le rattrapage des pertes subies depuis 2013,
- un minimum de pension à hauteur du SMIC pour une carrière complète ;
- le maintien et l’amélioration des pensions de réversion ;
- la prise en charge de la perte d’autonomie à 100 % par la Sécurité sociale et l’ouverture d’un droit universel dans le cadre d’un grand service public de l’aide à l’autonomie.
Les retraité·e·s ont fait reculer le gouvernement
E. Macron se vante de tenir ses promesses, pourtant il s’est fait élire en promettant de « préserver le pouvoir d’achat des retraité-e-s ». Une fois élu, il a gelé les pensions alors que la loi, le code de la sécurité sociale, impose une revalorisation chaque année selon l’inflation. Pire, il a diminué la majorité des pensions en augmentant la CSG de 25 %.
E. Macron se vante de ne pas céder aux mobilisations, pourtant il a reculé trois fois sous la pression des retraité-e-s :
- Le 20 mars 2018, le gouvernement annonce que 100 000 retraité-e-s seront exemptés de la hausse de la CSG par un léger relèvement des seuils.
- Le 10 décembre 2018, il annonce l’annulation de l’augmentation de 25 % pour les pensions inférieures à 2000 € … sans préciser que ce seuil pour un célibataire descend à 1 500 € pour une personne mariée.
- Le 25 avril 2019, il annonce qu’il revalorisera les pensions inférieures à 2 000 € en 2020 et pour tous en 2021, en fonction de l’inflation. Il annonce aussi un minimum de pension à 1 000 €, sans préciser le calendrier ni les modalités.
E. Macron s’est trompé en pariant sur l’absence de mobilisation des retraité-e-s matraqués, injuriés. Depuis son élection, la colère s’est exprimée avec force au cours de 7 manifestations dans tous les départements, notamment le 15 mars 2018 avec 200 000 retraité-e-s dans la rue. De nombreux élus LREM ont senti la colère en recevant des délégations de nos organisations. Et tout le monde a remarqué qu’un gilet jaune sur deux était en retraite, il réclame une augmentation des pensions, une justice fiscale et sociale, la réduction des inégalités.
Mais ces premiers reculs ne suffisent pas
La suppression de la hausse de la CSG pour certains n’est qu’une partie de nos exigences :
- Ne revaloriser que les pensions inférieures à 2 000 € crée une injustice : une retraitée à 2 000 € propriétaire de son logement serait pauvre, et un retraité sans patrimoine donnant ses 2 001 € à son EHPAD et demandant à ses enfants de compléter serait riche ?
- Le gouvernement cherche à diviser les personnes en retraite en espérant qu’une partie cesse de se mobiliser.
- La perte de pouvoir d’achat des deux ans n’est pas compensée. La CSG continuera de diminuer la pension de beaucoup et la revalorisation des pensions en 2020 ou 2021 ne permettra pas de compenser tout ce qui a été perdu à cause de l’inflation : 1,85 % en 2018 et 1,1 % en 2019. CSG et inflation font perdre 6,5 %, soit plus de ¾ d’un mois de pension sur deux ans.
Le minimum contributif (le minimum de pension) porté à 1 000 € mettrait fin au scandale d’un minimum de 636,56 € ou 695,59 € pour une carrière complète, inférieur au minimum vieillesse ASPA de 868,20 € et au seuil de pauvreté de 1 026 €. Il ne résout pas la trop faible pension des personnes, notamment les femmes, qui n’ont pas toute la durée de cotisation exigée : un-e retraité-e qui n’a pas cotisé les 41,5 ans exigés pour obtenir une retraite à taux plein ne touchera qu'une proportion des 1 000 € pour sa pension de base.
De l’argent, il y en a !
Pour augmenter les pensions, nous demandons le rétablissement de l’ISF (4,5 milliards d’euros), l’imposition des dividendes à l’impôt progressif (10 milliards), la fin du CICE (40 milliards en 2019), le rétablissement de l’exit tax (6 milliards), la lutte contre la fraude fiscale (au moins 100 milliards), etc.

samedi 8 juin 2019

SANTÉ. LES URGENTISTES VEULENT VOIR AGNÈS BUZYN

Alors que leur grève s’étend, les soignants et les médecins des services d’urgences manifestent dans la capitale, ce jeudi. Leurs organisations syndicales demandent l’ouverture de négociations immédiates avec la ministre.
Le ton monte aux urgences. Selon le collectif Inter-urgences, 80 services sont actuellement en grève. Le mouvement non seulement continue de s’étendre mais s’installe. Il avait démarré le 18 mars dernier à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, puis avait gagné les services de l’AP-HP et la plupart des grands établissements, hôpitaux généraux et CHU de province. Des délégations se sont donné rendez-vous dans la capitale, ce jeudi, place Montparnasse, vers le ministère de la Santé, où les organisations syndicales (CGT, SUD, l’Amuf, Association des médecins urgentistes de France) entendent bien obtenir l’ouverture immédiate de négociations. Ils ont d’ailleurs reçu le soutien inattendu du Conseil national de l’ordre des médecins qui, hier, a appelé « avec gravité, dans le cadre du dialogue social, à l’organisation d’une concertation d’urgence (…) ». « La crise des services d’urgences est l’un des symptômes les plus aigus de l’extrême difficulté dans laquelle se trouve l’hôpital public », écrit l’Ordre, qui indique apporter « écoute et soutien à l’ensemble des médecins et des professionnels qui exercent dans des conditions de plus en plus difficiles ». Il se dit « prêt à prendre sa part dans l’élaboration des décisions ministérielles qui ne sauraient être plus longtemps différées ». En fait, ce sont les réquisitions de ces derniers jours, par des policiers venus chercher à leur domicile, en pleine nuit, des soignants, en arrêt maladie, qui a bousculé l’ordre des médecins, peu enclin à de telles déclarations.

« La majeure partie des soignants est en épuisement professionnel »

S’y sont ajoutés les propos tenus par Agnès Buzyn, mardi matin sur France Inter, qui, questionnée sur ces réquisitions et la multiplication des arrêts maladie parmi les professionnels de santé, en plein mouvement social, a accusé les urgentistes de « dévoyer la fonction des arrêts maladie » et de faire peu cas de leurs collègues. « Je pense que ce n’est pas bien, ça entraîne une surcharge de travail pour les autres », a-t-elle déclaré, provoquant de vives réactions jusque dans travées de l’Assemblée nationale et du Sénat où se poursuit le débat sur la loi « organisation et transformation du système de santé ».
En pleine crise, les services d’urgence vont-ils devoir fonctionner à marche forcée ? Pour les urgentistes, un pas a été franchi à Lons-le-Saunier (Jura) où, depuis jeudi dernier, des personnels médicaux et paramédicaux, en arrêt maladie, épuisés par des conditions de travail intenables, sont sommés par les gendarmes de reprendre leurs postes pour pallier les sous-effectifs. Le 28 mai, c’est à une heure du matin que les policiers sont venus tirer de leur sommeil des personnels des urgences sur réquisition du préfet, explique dans un communiqué l’intersyndicale Amuf-CGT-FO. Dans ce service, 70 % des agents toutes catégories confondues sont en arrêt maladie. « Une grande partie du personnel est en épuisement professionnel », explique le docteur Éric Loupiac, urgentiste membre de l’Amuf. Selon la CGT, 2 médecins, 4 infirmières et 2 aides-soignantes étaient concernés par ces réquisitions lundi. Depuis, les plannings ont été modifiés mais au détriment des repos programmés, annulés sans que les soignants n’en soient prévenus. Une méthode certes moins spectaculaire mais qui ne règle en rien le problème de sous-effectif, comme l’a raconté anonymement au Quotidien du médecin ​​​​​​​un jeune interne après ses deux nuits de garde. « Il y a eu des réquisitions parmi du personnel qui travaille déjà dans ce service d’urgences mais qui avait déjà fait les nuits précédentes. Un médecin du Smur de Champagnole (ville à proximité – NDLR) de 70 ans est venu en renfort. Il ne connaissait pas l’outil informatique. Moi, je suis arrivé en mai en stage. je ne maîtrise pas non plus tous les logiciels. Nous avions un rythme de fou. Tout était compliqué », raconte-t-il. L’interne dresse également le bilan médical inquiétant de ses heures de garde : « Une phlébite qui se transforme en embolie pulmonaire, un enfant de 13 ans “scopé” qui passe la nuit dans un box aux urgences, une fracture d’humérus qui attend 10 heures sur un brancard, sans antalgiques… »
Hier après-midi, un CHSCT extraordinaire avait été convoqué suite au dépôt d’un signalement de « danger grave et imminent » par le syndicat CGT, en raison de l’explosion du nombre d’arrêts maladie consécutifs à ces mauvaises conditions de travail. « Il y a trente ans que je connais le centre hospitalier, je n’ai jamais vu cela. Je ne veux pas être complice d’une telle catastrophe », s’alarme Rachid Hiebous, secrétaire CGT à Lons-Le-Saunier. Le syndicaliste précise qu’un rapport d’expertise « accablant » sur les effectifs et les absences, daté de mai 2018, décrivait déjà le phénomène très important de pré-burn-out et de burn-out touchant toutes les catégories de personnels, y compris les agents administratifs jusqu’alors moins exposés… « Une centaine de postes de contractuels ont été supprimés. La masse salariale régulièrement amputée. On ne peut pas répartir l’activité sur moins de personnel en pensant que cela n’aura pas de conséquences », poursuit Rachid Hiebous.
« À Lons, les urgentistes sont en grève depuis sept mois. Et comme partout, le refus de négocier entraîne la radicalisation du mouvement. La grève « sparadrap », qui consiste à faire grève sans arrêter de travailler, a ses limites. Il n’y a plus de temps à perdre. La ministre doit nous écouter d’autant que l’été approche et qu’il va falloir gérer les congés. Déjà des centaines de fermeture de lits sont programmées », alerte Christophe Prudhomme, urgentiste (Usap-CGT). Le collectif Inter-urgences met sur la table deux revendications : le renforcement des effectifs et une augmentation des salaires de 300 euros par mois. Mais, pour sortir de l’ornière, il faudra aller plus loin, explique-t-il : « Aux urgences nous avons un flux de patients entrant mais pas de flux sortant. Il faut arrêter de supprimer des lits. Pour notre part, nous demandons notamment un moratoire contre les fermetures, de lits, de services et d’hôpitaux. » Le 11 juin, les professionnels de santé manifesteront pour défendre non seulement les urgences mais aussi l’hôpital public.
Sylvie Ducatteau

vendredi 7 juin 2019

CLIMAT. OBSTINÉMENT, LES BANQUES TREMPENT DANS LE CO2

Quatre ans après la COP21, l’observatoire Fair Finance relève que les combustibles fossiles comptent toujours pour 70 % des investissements opérés par les groupes français dans le secteur énergétique.
À quand des banques parfaitement droites dans leurs engagements climatiques ? Et à quand un État capable de leur imposer la netteté ? Publiée hier, une analyse réalisée par l’observatoire Fair Finance France (1) passe au crible les politiques énergétiques des principaux groupes français, mettant – une fois de plus – en lumière ce que leurs pratiques financières recèlent de contestable. Oxfam, ONG de développement active dans le champ de la lutte contre l’injustice climatique, saisit cette opportunité pour sommer le gouvernement de contraindre « les banques à publier immédiatement un plan de sortie des énergies fossiles », visiblement loin d’être gagné.
La note de Fair Finance épluche les investissements récemment opérés par six grandes banques. Elle se penche également sur les procédés financiers du Crédit coopératif et de la NEF, deux structures de moindre envergure, qui ont fait de l’éthique environnementale et sociale leur argument social. De ce côté-là, a priori, promesse est tenue.
La NEF, coopérative de finances solidaires, ne finance que des projets à impacts neutres et positifs – énergies renouvelables, agriculture biologique… – et en publie intégralement la teneur, relève la note, qui la déclare meilleure élève. Le Crédit coopératif, dont la vocation est de soutenir l’économie sociale et solidaire et qui exclut de son portefeuille les énergies fossiles, rate l’ex æquo faute d’afficher le bilan carbone des entreprises qu’il finance et de s’engager à le bonifier.

Oxfam somme l’État de prendre des mesures

BPCE-Natixis, sa maison mère, s’en tire en revanche nettement moins glorieusement, car elle « continue de financer des entreprises charbonnées », relève l’analyse. En pratique, en 2016 et 2017, « 5,6 milliards d’euros ont été financés par la banque dans les énergies fossiles et seulement 1,6 milliard d’euros dans les renouvelables ». Encore n’est-elle pas la pire des cancres (c’est le Crédit mutuel-CIC qui rafle cet honneur). Sensiblement mieux notées, Société générale, Crédit agricole et BNP Paribas n’en récoltent pas moins de sérieux malus. Même La Banque postale n’y coupe pas, péchant par ses investissements dans des actions d’entreprises exposées aux énergies fossiles.
Au final, pas une seule grande structure française ne s’en sort avec brio. Si, depuis la COP21 et la signature de l’accord de Paris, toutes ont fait mine de rejoindre la cause climatique, aucune n’affiche de « politique spécifique limitant de manière significative leur soutien aux énergies fossiles », déplore Oxfam. Et si toutes ont annoncé la fin de leurs financements aux projets de mines et centrales à charbon, le fossile d’entre tous le plus émetteurs de CO2 « compte en moyenne pour 8,5 % des énergies financées », déplore Oxfam, « tandis que le gaz et le pétrole en représentent 62,5 % ».
Constatant l’échec de l’approche volontaire accordée au secteur financier en matière de lutte contre le réchauffement, l’ONG somme l’État de prendre des mesures. « Tous ces chiffres ont de quoi faire douter que les banques s’inscrivent réellement dans la trajectoire de l’accord de Paris », explique Alexandre Poidatz, chargé du secteur financier pour Oxfam. D’autant, souligne-t-il, que toutes les données ne sont pas accessibles. « Par exemple, nous n’avons pas accès aux prêts bilatéraux, accordés directement par une banque à une entreprise. »
Obtenir la totale transparence des données serait un premier pas. Un second voudrait que le gouvernement contraigne les banques à publier un plan de sortie des énergies fossiles. En novembre, Bruno Le Maire avait demandé aux acteurs financiers d’avancer dans ce sens. « Si ces engagements ne sont pas respectés, nous les rendrons contraignants », avait ajouté le ministre de l’Économie et des Finances.« Il doit tenir sa promesse », assène aujourd’hui Alexandre Poidatz. Des failles existent dans les lois qui pourraient le lui permettre. « L’interdiction de spéculer sur les matières premières en est une », poursuit le chargé de dossier. Adoptée en 2017, la loi sur le devoir de vigilance des entreprises est un autre levier que le gouvernement pourrait, s’il le voulait, actionner.

mercredi 5 juin 2019

ÉCOLOGIE. JADOT VEUT VERDIR LE CAPITALISME PLUTÔT QUE S’Y ATTAQUER

La tête de liste EELV aux européennes veut incarner une troisième voix qui cache mal le choix libéral assumé de celui qui abandonne de plus en plus les rives de la gauche.
«Cohérence verte » n’est pas incompatible avec capitalisme vert. En assénant que lui et sa liste sont les plus cohérents sur l’écologie, Yannick Jadot donne l’impression qu’il veut se convaincre de quelque chose. Qu’un parti comme Europe Écologie-les Verts (EELV) se targue d’être harmonieux sur les questions d’écologie, quoi de plus logique. Ses élus à Bruxelles ont d’ailleurs contribué à infléchir substantiellement certaines politiques européennes. Reste que la troisième voix, que la tête de liste entend incarner dans le scrutin européen, a de quoi interroger.

Un plan d’action pour l’Europe aux contours flous

Après s’être retiré de la course à la présidentielle pour soutenir le candidat du Parti socialiste, Benoît Hamon (6,36 %), ce proche de Daniel Cohn-Bendit a revu son positionnement politique. En fait de troisième voix, celui qui s’était prononcé pour le oui lors du référendum pour le traité européen en 2005 n’invente rien, puisqu’il a balisé le territoire de sa campagne en prévenant, dès le début du printemps, dans plusieurs médias, qu’il était « pour « l’économie de marché, la libre entreprise, l’innovation ». Ce faisant, il achève de rendre publique la mue sociale-libérale du parti écologiste, qui n’a jamais prétendu affronter clairement le capitalisme. S’il est intervenu au Parlement européen de manière forte contre le Ceta (traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada) et les autres traités commerciaux, il a également déclaré dans le Point, en début d’année, qu’il serait prêt à soutenir la candidature de Michel Barnier, le vice-président du Parti populaire européen (PPE, droite), pour prendre la tête de la Commission européenne. Ce dernier ayant annoncé depuis qu’il y renonçait.
Le programme du candidat, qui a fait ses armes chez Greenpeace, laisse également planer le doute sur sa volonté d’attaquer les sources originelles du dérèglement climatique et de la chute de la biodiversité, louant le rôle des entreprises dans la transition écologique. En outre, le « plan d’action des écologistes pour l’Europe » reste assez flou sur la place de l’intervention de l’État et des citoyens, notamment dans la production d’énergie. Service public ? Délégation au privé ? Rien n’est clairement énoncé. Là où Yannick Jadot est plus précis, c’est sur le sort qu’il réserve aux fonctionnaires. Lors de l’émission Dimanche en politique, diffusée le 12 mai sur France 3, il a notamment émis le souhait d’un grand débat où la question du « rapprochement du statut de la fonction publique et de celui des salariés du privé » serait mise sur la table.
Pour financer la transition énergétique qu’il propose, le candidat EELV prévoit de mettre en place un grand plan d’investissement via la Banque européenne du climat et de la biodiversité. Une proposition qui apparaissait déjà dans le programme de Benoît Hamon à l’élection présidentielle, mais qui figure aussi dans les mesures qu’Emmanuel Macron proposait de mettre en place dans sa lettre aux Européens, diffusée le 4 mars dernier. Déboussolés, des adhérents et des sympathisants d’EELV ont mis en ligne une pétition, rassemblant déjà plusieurs milliers de signatures, qui interroge vivement la capacité de la liste à lutter contre « les lobbies de Monsanto, de Total ou d’EDF », ou à « combattre le réchauffement climatique, l’érosion de la biodiversité (…) et toutes les inégalités sociales ».

lundi 3 juin 2019

ALIMENTATION. PETITS PLATS CUISINÉS, GROS RISQUES POUR LA SANTÉ

Deux études européennes récentes confirment que l’abus d’aliments « ultratransformés », dont la consommation a explosé, accroît la mortalité.
Attention danger. Si on savait déjà qu’une alimentation saine basée sur des produits non transformés était bonne pour la santé, deux études européennes récentes, l’une française, l’autre espagnole, viennent de prouver que l’inverse est aussi vrai. Un excès de plats ultratransformés augmente les risques de maladies cardio-vasculaires et de mortalité. Parmi ces aliments, on trouve les sodas, la plupart des plats prêts à consommer, les snacks, les saucisses, les plats prêts à réchauffer, ou même les steaks végétariens et le jambon : tous les produits alimentaires ayant subi une transformation industrielle et qui contiennent de nombreux ingrédients utilisés exclusivement par l’industrie, comme les additifs. Ils sont plus riches en sel, sucre et graisses saturées que les autres types d’aliments, tout en ayant une valeur nutritionnelle pauvre. Leur nocivité est accrue par les contaminants provenant des contenants en plastique dans lesquels ils sont emballés.

Le vrai problème, c’est la consommation régulière

Consommer ces aliments ultratransformés quatre fois par jour est associé à un risque accru de mortalité toutes causes confondues de 62 %, souligne l’étude espagnole, réalisée par une équipe de l’université de Navarre. Elle conclut que chaque portion supplémentaire quotidienne de ce type de nourriture accroît les risques de mortalité de 18 %. L’impact est aussi fort sur les maladies cardio-vasculaires. Les risques d’en contracter s’accroissent de 12 % pour une hausse de 10 % de la consommation d’aliments ultratransformés, selon l’Inserm cette fois. Une étude américaine publiée récemment avait déjà mis en évidence ce lien entre mauvaise alimentation et mortalité.
« Il ne faut pas être alarmiste et dire que, si on consomme, de temps en temps, un plat ultratransformé ou un soda, on augmente son risque de faire un accident cardiaque de 12 %. C’est la consommation régulière qui importe », tempère la Dr Mathilde Touvier, qui a dirigé l’étude de l’Inserm. Reste que la consommation d’aliments ultratransformés a explosé. En 2010, elle représentait 32 % de l’apport énergétique quotidien de la population mondiale, contre 11 % en 1990. Une situation qui ne devrait pas s’améliorer. Comme le résume l’article sur l’étude espagnole dans le British Medical Journal : « Ces produits alimentaires sont pratiques (durables, prêts à manger ou pouvant être chauffés), hyperappétants (extrêmement savoureux), très rentables (ingrédients à faible coût) et conçus pour remplacer tous les autres groupes d’aliments à l’aide d’un emballage attrayant et d’un marketing intensif. »

dimanche 2 juin 2019

ESTHER BENBASSA : « JE NE VOIS PAS D’ÉCOLOGIE SANS JUSTICE SOCIALE »

La sénatrice EELV Esther Benbassa fait part de sa circonspection quant aux passerelles qui se tissent entre les forces libérales et Yannick Jadot. Elle veut réaffirmer l’ancrage à gauche de son parti. Entretien.
 
Ces européennes ont montré à nouveau un espace pour l’écologie, êtes-vous satisfaite ?
Esther Benbassa Nous n’avons pas attendu ces élections pour y travailler sérieusement et non pas seulement mettre une rustine verte comme l’a fait LaREM. Le fruit de ce travail est que la jeunesse regarde vers nous, nous sommes le premier parti des moins de 34 ans, ainsi je lis un sondage expliquant que 24 % des électeurs de Hamon ont voté pour la liste Yannick Jadot, ou 19 % de ceux de la France insoumise. Nous représentons l’avenir, l’avancée écologiste s’est constatée quasiment partout en Europe, en Belgique, en Finlande, au Luxembourg, etc. Nous avons une grande responsabilité aussi, je ne veux pas banaliser le score de l’extrême droite avec ses...

samedi 1 juin 2019

SUR TERRE ET SUR MER, PARIS FAVORISE LE BUSINESS DE LA MORT

Industrie militaire. S’il n’a pas chargé d’armes françaises, le cargo saoudien arrivé mardi à Marseille serait rempli de blindés canadiens. En l’accueillant, la France viole le traité sur le commerce des armes.
Le message est plus clair encore que les mers sur lesquelles voguent des cargos saoudiens remplis d’armes : l’Élysée ne veut pas que les Français se mêlent de sujets qui ne les concernent pas. Après avoir bâillonné le Parlement où toute discussion sur l’industrie de l’armement est systématiquement renvoyée, Emmanuel Macron et ses sbires ont décidé de s’en prendre aux journalistes qui mettent le nez dans leurs affaires. Récemment, Mathias Destal, Geoffrey Livolsi et Michel Despratx, du média-ONG Disclose, ont été convoqués par la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) au sujet de leur enquête sur l’usage au Yémen d’armes françaises vendues à l’Arabie saoudite.
Le mois dernier (lire l’Humanité du 16 avril), le site Web – en partenariat avec France Info, Mediapart, The Intercept, Konbini et Arte – avait publié une note de la direction des renseignements militaires (DRM) mentionnant que des armes made in France étaient bien utilisées sur le territoire yéménite par Riyad et Abu Dhabi, en guerre contre les rebelles houthistes soutenus par l’Iran. Parmi ces armes : des canons Caesar, dont la portée de tir peut potentiellement atteindre des civils yéménites.
En début de semaine, à Marseille, ce seraient ces mêmes canons ainsi que des munitions qui pouvaient, d’après Disclose, embarquer sur le Bahri Tabuk. Ce que dément fermement l’armateur saoudien Bahri. « Le navire va charger (mercredi), pour le compte de (l’entreprise allemande) Siemens, des stations mobiles d’électricité à usage civil, et cela représente 100 % de sa marchandise. Les informations sur un chargement d’armes ou d’explosifs sont complètement bidon », a ainsi affirmé à l’AFP un porte-parole de l’entreprise saoudienne. Ce à quoi Disclose répond sans détour : « Selon nos informations, les charges modulaires parties en containers depuis l’usine d’Eurenco de Bergerac ont été redirigées vers une destination inconnue », évoquant « un changement de stratégie au sommet de l’État ».
La CGT des dockers du golfe de Fos ne confirme ni n’infirme cette version. « À notre connaissance, aucune cargaison d’armes ou de munitions n’était prévue à Fos ce mercredi. Et s’il y avait le moindre doute sur le sujet, croyez-moi que nous l’aurions bloquée ! » explique l’un des responsables du syndicat à l’Humanité.
Mais alors pourquoi autant d’énergie déployée ces derniers jours par le gouvernement pour noyer le poisson ? Jean-Yves Le Drian, super-VRP de l’armement français, ressort inlassablement la même antienne : « Oui c’est une sale guerre, oui il faut l’arrêter, oui il faut être extrêmement vigilant sur les ventes d’armes à l’égard de ces pays. C’est ce que nous faisons », a déclaré mardi sur France Inter le ministre des Affaires étrangères, oubliant de rappeler qu’un bombardement avait encore tué sept civils, dont trois enfants, la semaine précédente. « Nous respectons scrupuleusement le traité sur le commerce des armes », s’est-il en revanche empressé de rajouter, ne sachant manifestement pas de quoi le texte retourne.

La France n’en est pas à une inconséquence près dans ce dossier

« Dans cette affaire marseillaise, la France sait pertinemment qu’elle viole encore et toujours le traité sur le commerce des armes (TCA) », explique Benoît Muracciole, président de l’ONG Action sécurité éthique républicaines (Aser). « S’il n’y a peut-être pas eu de livraisons françaises, nous sommes quasiment sûrs en revanche que le bateau est rempli de blindés fabriqués au Canada et destinés aux soldats de la coalition située à la frontière du Yémen. » Si l’on se réfère aux paragraphes 2 et 3 de l’article 6 du TCA, la France est par conséquent hors des clous. Le texte s’applique en effet aux transferts d’armes classiques. D’après la définition du registre des Nations unies, cela inclut les imports, les exports, les prêts, les dons et… les transits. La présence du Bahri Tabuk au port de Marseille entre dans cette dernière catégorie.
Mais la France n’en est pas à une inconséquence près dans ce dossier. Interpellée mardi après-midi à l’Assemblée nationale sur la possible livraison, la ministre de la Défense, Florence Parly, s’est une fois encore emmêlé les pinceaux. « Et quand bien même ce serait le cas, cela serait-il étonnant ? Non, car nous avons un partenariat avec l’Arabie saoudite », avait-elle osé lancer avant d’être interrompue par un lapidaire « vous mentez ! » de François Ruffin, député de la France insoumise. Le 8 mai dernier, le député communiste de Seine-Maritime Jean-Paul Lecoq avait tenté lui aussi de questionner le premier ministre en dénonçant la complicité de la France, qui – bien que hors la loi – continuait à vendre des armes à l’Arabie saoudite et ses amis. Le député avait alors demandé au gouvernement les moyens de donner au Parlement le pouvoir de contrôler la vente d’armes. Pour toute réponse, il a reçu une fin de non-recevoir. Depuis, les journalistes qui tentent de prendre le relais sont désormais menacés.
Seuls aujourd’hui les membres de la société civile trouvent encore le moyen de faire entendre la voix des Français sur le sujet. Mercredi soir, sur le port de Marseille, outre les syndicats de dockers et Aser, des membres de l’association Marseille en commun et le Mouvement de la paix étaient montés au créneau pour dénoncer les mauvais « faits d’armes » de la France macronienne. Mais pour combien de temps encore…