vendredi 20 juillet 2018

Anti-terrorisme/Édouard Philippe : réaction du PCF

Édouard Philippe a présenté le nouveau plan anti-terrorisme. A la veille d'un week-end marqué par des rassemblements populaires importants (14 juillet, finale de la coupe du monde...) et où le souvenir traumatisant de l'attentat de Nice continue d'hanter les esprits, le gouvernement n'annonce rien de fondamentalement neuf.
La perspective d'un Parquet anti-terroriste reste critiquée dans la magistrature. La crainte d'un affaiblissement des moyens judiciaires dévolus à la lutte contre le terrorisme par la césure de l'anti-terrorisme, avec les autres services judiciaires notamment du Parquet de Paris, reste forte et les annonces du Premier Ministre sont peu précises de ce point de vue.
Toutes les mesures concernant les capacités de recherche et de prévention, semblent s'inscrire dans la droite ligne de la loi anti-terroriste du début d'année : le retour de l’État d'Urgence dans le droit commun sans traiter ni répondre aux critiques, interrogations et craintes qui s'expriment sur le caractère liberticide de ces mesures.
L'annonce de l'implication des maires et la possibilité de communiquer des informations avec les secteurs privés ou publics de défense et de transport autour du fichier FSPRT est très inquiétant. Il s'agit de leur donner des informations qu'ils ne sauraient traiter, ni en terme de sécurité ni en terme sociaux, sur des individus fichés et ce, sur la base d'un fichier dont les conditions d'inscription et de signalement ne sont pas complètement cadrées et claires.
Enfin, la mission centrale et les moyens renforcés annoncés pour le renseignement intérieur posent les questions de l'encadrement et du contrôle des pratiques.
Au final, sans rien annoncer donc de fondamentalement nouveau, il s'agit une nouvelle fois de renforcer des mesures qui interrogent. La lutte nécessaire contre le terrorisme ne doit pour autant pas servir de prétexte pour faire reculer la liberté en général et le respect des libertés civiques et publiques en particulier.

jeudi 19 juillet 2018

Gare du Nord cédée à Auchan : « Début d’une grande braderie » (Olivier Dartigolles)

En marge d’un conseil d’administration extraordinaire de SNCF Mobilités, cheminots, citoyens apprennent par voie de presse la privatisation partielle de la Gare du Nord à Paris.
La réforme ferroviaire à peine signée, la SNCF ne se contente plus de brader son patrimoine immobilier dans des zones où elle ne souhaite plus investir (terrains, PN...). Non, là elle s’attaque à un patrimoine où des milliers de personnes passent quotidiennement, avec un trafic dense et une offre multimodale importante.
Incapable d’assurer l’entretien et le développement des gares du fait notamment du désengagement de l’État, la SNCF utilise la vente d’actifs pour dégager de l’argent à n’importe quel prix.
Pire, cette opération ne bénéficiera même pas au service public ferroviaire.
La gare du Nord est la première gare d’Europe en terme de trafic voyageurs (700000 voyageurs par jour). Elle devient ainsi la première gare française dont l’actionnaire majoritaire sera une entreprise privée, pour une durée de 46 ans.
Grand gagnant de cette opération : le groupe Auchan qui, au travers de sa branche immobilière Ceetrus, deviendra à terme l’actionnaire majoritaire de la gare. La SNCF ne conserverait donc que 34% des parts.
Encore une fois, cette décision, prise sans concertation avec celles et ceux qui travaillent dans cette gare, est guidée uniquement par des intérêts financiers.
Salle de concert, jardins et piste d’athlétisme sur les toits... La superficie de la gare du Nord doit être multipliée par 3 en vue des JO Paris2024, sans qu’aucune nouvelle voie ferroviaire ne soit construite.

Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF

mercredi 18 juillet 2018

Allemagne : la classe dirigeante se divise sur la question migratoire

Il n’y a pas si longtemps, l’Allemagne était vue comme un des rares pays politiquement stables. En surface, avec une forte croissance économique et une position dominante en Europe, tout semblait aller pour le mieux pour la classe dirigeante allemande. Mais cette stabilité est aujourd’hui profondément bouleversée.
Depuis plus de 70 ans, la CDU (Union Chrétienne Démocratique) et la CSU (Union Chrétienne Sociale) forment un bloc uni, la CSU se présentant aux élections bavaroises et la CDU partout ailleurs. La plupart du temps, cette alliance a été bénéfique aux deux partis… jusqu’à ce qu’une dispute sur la question de l’immigration éclate et menace de rompre l’entente.
L’étincelle qui a allumé le conflit a été lancée lorsque Horst Seehofer, ministre de l’Intérieur et dirigeant de la CSU, devait présenter un plan pour durcir l’approche allemande sur la question des demandeurs d’asile. Le ministre voulait donner à la police le droit de refouler des réfugiés à la frontière s’ils étaient déjà inscrits dans un autre pays de l’Union Européenne. Mais cette proposition a été rejetée par Angela Merkel, qui a ainsi énervé le parti frère de la CDU.
Défiant ouvertement Merkel, Seehofer a menacé de mettre tout de même en œuvre cette politique, qui relève de son portefeuille ministériel. Merkel a répliqué en indiquant que ses plans ne rentreraient pas « automatiquement » en vigueur, une menace à peine voilée de révocation. Cette manœuvre très risquée aurait pu amener la CSU à retirer son soutien à la CDU et à quitter la majorité de la Grande Coalition précipitant ainsi de nouvelles élections. Heureusement pour la classe dirigeante allemande, cette conséquence drastique a été évitée lorsque la CSU a donné à Merkel un délai supplémentaire (jusqu’au sommet européen du 28-29 juin) pour trouver une solution et négocier un certain nombre d’accords bilatéraux.

Pourquoi une rupture maintenant ?

Selon le Financial Times, les flux de migrants ont diminué de 90 % depuis 2015 ; il est donc étrange que cette crise ait lieu maintenant. La raison réelle de cette dispute a plus à voir avec la panique de la CSU face à la montée de l’AfD (Alternative für Deutschland, Alternative pour l’Allemagne, parti d’extrême droite). Aux élections fédérales de 2017, le vote CSU s’est effondré de 38 % à 10,5 % alors que l’AfD a atteint 12,4 % en Bavière. Les dirigeants de la CSU sont de plus en plus inquiets en vue des élections régionales d’octobre prochain. Le parti a gouverné la région avec une majorité absolue depuis 1962, sauf en 2008 où son score de 43,4 % l’a obligé à former une coalition gouvernementale avec le FDP pendant cinq ans. Perdre la majorité en Bavière serait une grande défaite pour la CSU.
L’Allemagne est la plus forte économie de l’Union Européenne, avec un taux de chômage de 3,4 %, le troisième plus bas de l’UE. L’austérité poursuivie depuis 2008 a été bien moins sévère que dans d’autres pays dans le monde. A quoi est donc dû le rejet des grands partis que nous observons aujourd’hui dans ce pays ?
La classe dirigeante allemande a entamé sa politique d’austérité bien avant le début de la crise financière. Dans une tentative de restauration de la « compétitivité », le gouvernement SPD (Parti Social Démocrate) de Gerhard Schröder a mené une politique de « maîtrise des salaires » entre 1998 et 2005. Cette politique, connue sous le nom d’« Agenda 2010 », consistait en des coupes massives dans les taxes destinées aux plus les riches, couplées à des coupes dans les pensions et les aides aux chômeurs. En 2008, la part du revenu national dédiée aux salaires est descendue à 64,5 %, la plus basse depuis 50 ans. Les inégalités sont à leur plus haut niveau depuis 1913. Cela signifie que le capitalisme allemand a drastiquement comprimé le prix du travail, rendant ainsi les biens produits en Allemagne plus compétitifs au niveau mondial. En outre, la forte diminution du pouvoir d’achat des travailleurs (40 % de la population a aujourd’hui un pouvoir d’achat plus bas qu’il y a 20 ans) implique une baisse des importations. L’Allemagne est donc passée du statut de « canard boiteux » de l’Europe à celui d’une économie forte, fondée sur des bas salaires et de fortes exportations.
Cela veut aussi dire que, sous la surface, la colère et le ressentiment croissent. Comme dans de nombreux autres pays dans le monde, cette colère a mené à l’effondrement du soi-disant centre. Les élections fédérales ont donné à la CSU/CDU et au SPD leur pire résultat depuis les années 1940. Cette tendance s’est même renforcée avec la formation de la « Grande Coalition » : le score des trois partis mis ensemble atteint aujourd’hui moins de 50 %.

La polarisation mine les partis traditionnels

La polarisation qui a eu lieu dans la politique allemande s’est exprimée à droite, en hostilité à Angela Merkel. Ce mouvement a été exacerbé par la décision de la chancelière de former une coalition avec le SPD : de nombreux sympathisants de la CDU se sont sentis « trahis et vendus », selon un député CDU cité par le Financial Times. A gauche, la trahison du SPD a drastiquement réduit son attrait et Die Linke (ancien parti socialiste de RDA, désormais à la gauche du SPD) souffre de son ancienne participation au sein du gouvernement.
Cela a engendré un vide politique en Allemagne, en partie comblé par l’AfD. Alors que le bloc CDU/CSU est traditionnellement le représentant de la grande industrie, l’AfD s’est construit un certain soutien parmi la petite bourgeoisie en plaidant pour des politiques protectionnistes, telles que celles s’opposant au TTIP. En outre, vu l’échec du SPD et de Die Linke à offrir une alternative radicale, l’AfD est également parvenue à attirer des travailleurs de façon démagogique, en soutenant le salaire minimum et la diminution des impôts sur les familles avec enfants. Enfin, comme il n’y a pas d’organisation de masse capable d’expliquer que le niveau de vie a été réduit à cause du système capitaliste, et non pas à cause de l’immigration, il n’y a rien d’étonnant à ce que certaines personnes pensent pouvoir résoudre leurs problèmes en fermant les frontières.
Alors que l’AfD a gagné des voix avec une position eurosceptique et protectionniste, cette approche va à l’encontre des intérêts du capitalisme allemand, largement dépendant de l’Union Européenne. Le capitalisme allemand est fondé sur une économie tournée vers l’exportation (dont dépendent 30 % des emplois), qui est destinée à 65 % à l’Union Européenne. Suite à l’introduction de barrières douanières qui menaceraient les exportations vers les Etats-Unis et augmenteraient potentiellement la compétition avec les produits chinois inondant le marché à bas prix, l’UE – qui permet à l’Allemagne d’agir au sein d’un bloc politique pour concourir à une échelle mondiale – deviendra de plus en plus importante pour le capitalisme allemand.
Il n’est donc pas étonnant que Merkel rejette la proposition de Seehofer qui va à l’encontre d’une solution « pan européenne ». La seule option pour Merkel – qui essaye désespérément de garder l’Union unie – a été de rechercher des accords bilatéraux avec chaque pays. Heureusement pour elle, Alexis Tsipras est venu à la rescousse le 28 juin, en déclarant au Financial Times que la Grèce était prête à aider. Mais ceci pourrait bien être soumis à certaines conditions, comme un allègement de la lourde dette de l’Etat grec. Cela causerait en soi des problèmes politiques, étant donnée la rhétorique immonde de certains à droite au sujet des « Grecs fainéants ».  Dans tous les cas, la Grèce ne permettrait qu’à 50 ou 100 migrants de passer sa frontière nord, ce qui ne changerait pas grand-chose. Après tout, l’Allemagne a accueilli à elle seule 1,4 million de migrants depuis 2015.

Le problème italien

Merkel avait « avant tout besoin d’un accord avec les Italiens » comme l’a déclaré un député de la CDU. Vu sa position géographique en Europe, l’Italie voit de nombreux migrants arriver sur ses côtes.  Si l’on prend Seehofer au mot, il demande donc que la police allemande ait le droit de renvoyer un très grand nombre de migrants et de demandeurs d’asile vers l’Italie. Mais il y a un problème : le gouvernement de coalition italien entre le Mouvement Cinq Etoiles et la Ligue a fait de la réduction de l’immigration un de ses chevaux de bataille. Matteo Salvini, le dirigeant de la Ligue et ministre de l’Intérieur a menacé de « renégocier la contribution de l’Italie à l’UE » si aucun accord n’était trouvé pour réduire le nombre de migrants reçus par l’Italie. Giuseppe Conte a également demandé un « changement radical » des accords de Dublin, qui stipulent que le pays dans lequel un demandeur d’asile arrive pour la première fois est responsable de sa prise en charge. Pour le gouvernement italien, il est injuste que l’Italie doive supporter ce fardeau pour toute l’Union Européenne à cause d’un coup du sort géographique. Il semble qu’il y ait à présent un conflit insoluble entre les souhaits de l’Allemagne et de l’Italie.
Dans une tentative désespérée pour préserver l’unité de l’Union, il se pourrait bien que Merkel propose au gouvernement italien une exemption des règles budgétaires européennes pour que le gouvernement puisse mener certaines des réformes inscrites dans les manifestes des deux partis. Néanmoins, vu le niveau d’endettement massif de l’Italie, cela entraînerait une forte instabilité dans l’Union. De plus, cette option pourrait bien ne pas fonctionner. Un diplomate de l’UE s’est ainsi demandé s’il existait « un chèque assez gros » pour changer les positions de Salvini.
Le manque de solutions disponibles à Merkel est apparu clairement lors du sommet européen du 28 juin. Les dirigeants européens présents se sont mis d’accord pour créer des camps d’hébergement pour les migrants et les demandeurs d’asile jusqu’à ce qu’une décision sur leur acceptation en Europe soit prise. Ces camps seraient situés en Afrique du Nord et dans des pays « volontaires » de l’UE. Un accord est cependant bien loin d’être conclu pour savoir qui accueillera ces migrants. La proposition de partager leur nombre – soutenue par l’Italie – a été catégoriquement refusée par un groupe de pays menés par la Hongrie. Finalement, il a été décidé que des marques de « solidarité » – comme l’hébergement des demandeurs d’asile – se prendraient sur une base « volontaire ». Cela ne résout absolument rien. Avant l’« accord », le problème était que certains Etats refusaient d’accueillir plus de migrants et que le « fardeau » pesait trop lourdement sur les pays en première ligne. Cela restera un problème aujourd’hui.

Sauvée du précipice… pour le moment

Vu le manque d’options, il semble très probable que le partenariat CSU/CDU se termine. Néanmoins, malgré la tension croissante entre les deux camps, l’alliance a été incroyablement bénéfique aux deux partis. Elle a permis à la CSU de gagner des ministères et à la CDU de s’appuyer sur les sièges remportés en Bavière pour soutenir ses performances électorales nationales. Si l’accord était rompu, la CDU pourrait décider de participer aux élections en Bavière et la CSU dans le reste de l’Allemagne. Cela fractionnerait le vote des deux partis et les affaiblirait face à l’AfD. Après tout, le conflit a d’abord émergé par crainte de perdre le pouvoir…  C’est la raison pour laquelle Seehofer a indiqué qu’une rupture serait « irréaliste » ; un député CSU a également parlé d’une « communauté de destin » des deux partis.
Malgré les concessions apparentes de Seehofer, il y a eu une rupture nette au sein de la CSU au sujet de l’accord proposé par Merkel. D’un côté, l’aile pro-européenne semblait contente : le vice-président du groupe CSU, Hans Michelbach, a ainsi décrit l’accord comme « un signal positif que quelque chose est en train de bouger en Europe, dans la bonne direction ». D’un autre côté, Seehofer a rejeté l’accord, le jugeant « inadéquat » et « pas efficace ». Malheureusement pour Seehofer, comme l’a reporté le Financial Times, il n’a pas reçu le soutien de l’exécutif et a donc proposé sa démission.
Néanmoins, Seehofer et Merkel ont organisé une dernière rencontre le lundi 2 juillet, lors de laquelle Seehofer a annoncé qu’ils avaient atteint un « accord après de très intenses négociations ». Cet accord comprend la mise en place de centres de transit à la frontière austro-allemande où les réfugiés pourraient être renvoyés dans les pays où ils sont arrivés, plutôt que d’être refoulés à la frontière. Merkel a souligné qu’ils concluraient « des arrangements administratifs avec les pays concernés » et que cela reflète « le véritable esprit européen ».
Néanmoins, Seehofer et d’autres figures de la CSU se sont lancés dans des promesses odieuses pour résoudre le problème de l’immigration. En Bavière, le mécontentement grandit dans les masses urbaines et rurales quant à la qualité de vie, autour de sujets comme le manque d’hébergement à prix abordable. La CSU ne peut pas y apporter de solution : le Premier ministre de Bavière, Markus Söder, a en effet été responsable de la privatisation des compagnies de logements publics alors qu’il était ministre des Finances. La CSU s’attache donc à attiser le sentiment anti-migrants pour distraire la population. En l’absence d’une alternative de gauche, toute marche arrière de la CSU se verra certainement sanctionnée par un tournant encore plus marqué vers l’AfD.

Une crise irrésolue

Il n’est pas certain que Merkel arrive à convaincre le SPD de soutenir ce qui est en réalité des camps de prisonniers pour réfugiés. Ce deal s’écarte très largement de l’accord de coalition signé il y a une centaine de jours et constitue un tournant très clair vers la droite. Néanmoins, la tête du SPD – qui n’est pas connue pour sa capacité à adopter des positions de principe – sera terrifiée à l’idée de provoquer de nouvelles élections et pourrait docilement accepter les différentes propositions.
Il n’est pas non plus certain que Merkel arrive à convaincre les gouvernements de reprendre des migrants qui ont été enregistrés dans d’autres pays. Il importe bien peu au gouvernement italien que des migrants soient renvoyés en Italie directement depuis la frontière ou bien à la « gentille » façon « européenne », après un séjour dans des camps-prisons.
Indépendamment de la résolution de ce conflit particulier, il apparaît qu’en Allemagne, comme dans de nombreux autres pays à travers le monde, la classe dirigeante est de moins en moins capable de régner à l’ancienne. Lénine a expliqué que des divisions au sommet de l’Etat sont une des conditions nécessaires à l’émergence d’une situation révolutionnaire. Il semble que l’Allemagne ait rejoint la liste des pays où les fractures deviennent apparentes.

mardi 17 juillet 2018

Palestine. Benyamin Netanyahou prépare

Dans la nuit de samedi à dimanche, les bombardements israéliens ont tué 2 adolescents et fait au moins 25 blessés dans la bande de Gaza. Un lourd climat de tension règne aussi en Cisjordanie, entre ratissages et affrontements.
Partie de l’hôpital central al-Shifa de Gaza, une longue procession funéraire accompagnait hier les dépouilles des deux adolescents tués la veille dans les bombardements. Amir Al Nimra, 15 ans, et Louay Kahil, 16 ans : encore deux jeunes vies fauchées par les missiles largués depuis les F-16 israéliens. Au moins 25 autres Palestiniens ont été blessés dans la destruction d’un immeuble de cinq étages aux abords d’un parc très fréquenté. L’armée israélienne prétend avoir pris pour cible, avec cet édifice, un « camp d’entraînement ». Elle a « infligé au Hamas le coup le plus dur depuis l’opération “Bordure protectrice” et nous allons augmenter la force de nos attaques si nécessaire », s’est réjoui le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, en référence à l’agression dévastatrice contre la bande de Gaza qui avait tué 2 016 Palestiniens, dont 541 enfants, en 2014. Pour justifier ce nouveau raid contre l’enclave palestinienne assiégée, devenue une prison à ciel ouvert, Tel-Aviv accuse le Hamas d’avoir tiré 200 roquettes et obus de mortier vers Israël. Pour la plupart interceptés par le système antimissiles Dôme de fer, ces projectiles ont fait quatre blessés côté israélien, à Sdérot.

Le Hamas s’était dit prêt à mettre fin au conflit avec le Fatah

Du Caire, où le mouvement islamiste participe depuis vendredi à des pourparlers censés relancer les efforts de « réconciliation » avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), l’un des porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum, a annoncé, samedi soir, la conclusion d’un accord de cessez-le-feu, rendu possible par une médiation égyptienne. Annonce démentie, hier, par Benyamin Netanyahou. « J’ai entendu dire qu’ils disent que nous étions d’accord pour un cessez-le-feu qui permettrait la poursuite du terrorisme incendiaire. Ce n’est pas vrai. Nous ne sommes pas disposés à accepter des attaques contre nous et nous réagirons en conséquence », a-t-il insisté, en accusant les Palestiniens de lancer vers Israël des ballons et des cerfs-volants incendiaires.
Cette nouvelle séquence guerrière ne doit rien au hasard : les autorités israéliennes sont déterminées à entraver par tous les moyens le moindre pas vers l’unité palestinienne. Or, vendredi, au Caire, la délégation du Hamas s’était dite prête à mettre fin au conflit avec le Fatah, à condition que l’Autorité palestinienne lève les sanctions prises il y a un an, comme l’arrêt du versement des salaires de milliers de fonctionnaires. Quant à l’Autorité palestinienne, elle voit dans son retour à Gaza, conditionné à une réconciliation avec le Hamas, un indispensable point d’appui pour résister à l’inquiétant plan Trump enterrant toute réelle perspective de création d’un État palestinien viable. Benyamin Netanyahou, cerné par les scandales de corruption, prépare-t-il un nouvel été meurtrier ? En fait, l’escalade se poursuit depuis des mois, avec, à Gaza, les massacres de participants aux grandes marches pour la levée du blocus et le droit au retour des réfugiés (141 Palestiniens tués et plus de 4 000 blessés depuis le 30 mars). Vendredi, encore, un adolescentde 15 ans, Othman Rami Halles, a été tué par balles et 25 autres manifestants ont été blessés dans les mêmes circonstances.
La tension règne aussi en Cisjordanie, où les forces israéliennes répriment violemment les manifestations contre la destruction programmée du village bédouin de Khan al Ahmar, à l’est de Jérusalem, finalement suspendue jusqu’au 15 août par la Cour suprême à la suite de protestations internationales. Les territoires occupés sont le théâtre d’affrontements quotidiens. Aux jets de pierres des jeunes Palestiniens, les forces d’occupation répondent par une féroce répression. Ces derniers jours, à Jérusalem, à Naplouse, à Ramallah, à Tulkarem, les arrestations se multiplient, elles ciblent, souvent, des mineurs. Depuis le début de l’année, d’après l’agence de presse palestinienne Wafa, plus de 3 500 Palestiniens ont été arrêtés par l’armée israélienne. Parmi eux, plus de 650 enfants. Pour le gouvernement israélien, il s’agit de tuer dans l’œuf la révolte de la jeune génération palestinienne et d’inscrire dans la réalité les volontés américaines de faire disparaître la lutte des Palestiniens pour leurs droits au profit d’une vague solution humanitaire. Traduction : occupation et répression doivent s’intensifier.

lundi 16 juillet 2018

Guerre sociale : le jeu dangereux

Macron se flatte d’aligner les « réformes » et rêve d’écraser les syndicats, au mépris de la démocratie sociale et quitte à fragiliser la démocratie politique. L’abus d’autorité du chef de l’état vire à l’inconscience.
Flanqué de la ministre des Transports, Élisabeth Borne, et du porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, le président de la République a apposé sa signature sur la loi « sur le nouveau pacte ferroviaire » devant les caméras de télévision convoquées pour l’occasion le 27 juin dernier à l’Élysée. Importé des États-Unis, ce cérémonial accompagne désormais chaque promulgation de texte. En se mettant en scène, Emmanuel Macron ne veut pas seulement montrer qu’il agit. Il prétend avoir le dernier mot. Après être parvenu à imposer ses ordonnances sur le Code du travail en 2017, il espère tourner la page du conflit à la SNCF et poursuivre son entreprise de détricotage des droits des salariés. La loi « avenir professionnel », qui place l’apprentissage sous la tutelle du patronat, individualise l’accès à la formation professionnelle et les règles d’indemnisation des demandeurs d’emploi, est en cours d’examen au Sénat. La remise en cause du statut des fonctionnaires est dans les tuyaux. Le projet de loi Pacte et ses privatisations a été présenté en Conseil des ministres et l’automne verra le coup d’envoi de la casse des retraites. Alors Macron vainqueur ? Pas si simple…
L’objectif d’Emmanuel Macron n’est pas seulement de remettre en cause les droits sociaux et les garanties collectives, il est aussi de rallier la population à sa politique. Seule une conversion de la société dans son ensemble au libéralisme peut assurer la pérennité des mesures prises. Or, un an après son élection, l’échec est patent. La publication, le 4 mai dernier, d’un sondage Odoxa révélait que 72 % des Français considèrent qu’il est « le président des riches » (+ 7 points par rapport à celui du 16 avril). Quant à sa popularité, le chef de l’État n’en finit pas de chuter. Selon l’enquête d’Ipsos du 27 juin, seuls 36 % des Français ont une opinion favorable de son action. Les sympathisants LREM (78,9 %), Modem (43,8 %), UDI (43,5 %) et LR (42,9 %) étant les plus favorables contre seulement 25 % en moyenne des sympathisants de gauche. Bien que minoritaire, le soutien important à la grève des cheminots qui, selon l’enquête hebdomadaire Ifop/le « JDD », a varié entre 37 % et 46 % a démontré à sa façon que l’adhésion à sa politique est loin d’être unanime.

Pilotes, retraités, gaziers et fonctionnaires

En sortant « victorieux » du conflit à la SNCF, où les salariés sont plus syndiqués qu’en moyenne et où la CGT est la principale organisation syndicale, le chef de l’État espérait mettre K.-O. le mouvement avant de s’attaquer aux retraites. Pari perdu. À la SNCF, le conflit va se poursuivre durant l’été à l’appel de la CGT et de SUD rail. La décision de l’Unsa ferroviaire de « ne pas appeler à la grève en juillet » et celle de la CFDT cheminots de « suspendre » n’ont pas mis fin à l’intersyndicale, qui devrait à nouveau se manifester dans le cadre de la négociation de la convention collective.
Emmanuel Macron doit compter aussi avec les conflits sociaux dans d’autres secteurs. Dans l’énergie, le mouvement des salariés d’Enedis et de GRDF gagne en ampleur. Chez Air France, le conflit salarial devrait reprendre dès le nouveau PDG nommé. Dans la fonction publique, la journée d’action du 22 mai dernier devrait connaître des suites à la rentrée. Dans l’immédiat, les conflits y sont nombreux, en particulier à l’hôpital. Air Liquide, SNF, Satys… les grèves se multiplient aussi dans le cadre des négociations obligatoires sur les salaires.

isoler et diviser les syndicats, c’est raté

Le candidat Macron ne s’est jamais caché du peu de considération qu’il portait aux syndicats, vestiges de ce « vieux monde » qui « bloque les réformes ». Élu président de la République, il a suivi sa ligne : à l’État seul de décider de ce qu’est l’intérêt général, l’activité syndicale devant se cantonner aux branches professionnelles et aux entreprises. Et avec moins de moyens, les ordonnances y ont veillé (fusion des instances représentatives, moins de délégués, etc.). Proclamée fin mars 2017 premier syndicat du privé, la CFDT n’a pu savourer longtemps sa victoire. Depuis 1995 et Nicole Notat défendant le plan Juppé sur la Sécurité sociale, la centrale accompagne volontiers les réformes libérales mises en place par les gouvernements successifs. Elle pouvait ambitionner depuis le quinquennat Hollande d’en devenir coauteur. Coup d’arrêt : « La méthode Macron, c’est vous discutez et je tranche », constatait cet hiver avec amertume Laurent Berger (« les Échos », 26 février). Et d’avouer : « Pour la CFDT, ce n’est pas une période facile » (challenges.fr ; 17 mai). Un désarroi partagé par les autres syndicats dits « réformistes », telles l’Unsa, la CFTC ou la CFE-CGC.
Réélu en juin à la tête de la CFDT, Laurent Berger garde pourtant le cap, malgré quelques remous au sein de ses troupes. Pour les souder, il ne ménage pas ses critiques contre la CGT, accusée de se contenter de « dénoncer » « sans jamais apporter de résultats qui améliorent ici et maintenant la situation de travailleurs ». Emmanuel Macron ne pouvait rêver mieux. Ignorer et déstabiliser la CFDT, mais la retrouver comme alliée pour tenter d’écraser la CGT, le plus honni des syndicats ! Mais ce n’est pas si simple. Sur le terrain, la CGT demeure bien vivante, et les luttes minuscules peut-être aux yeux de certains que mènent ses militants avec les salariés du nettoyage, des Ehpad, du commerce, de l’hôtellerie… engrangent des victoires et contribuent surtout à refuser la fatalité.
Pour l’isolement, c’est raté aussi. L’arrivée de Pascal Pavageau à la tête de FO, après un congrès très remonté contre la ligne conciliante de la direction sortante, a changé la donne. Le 28 juin, FO est venue renforcer la CGT, SUD et les organisations de jeunesse (Unef, UNL, Fidl) pour appeler à une mobilisation nationale interprofessionnelle contre la politique sociale du gouvernement. À travers 120 initiatives partout en France, des milliers de militants ont montré qu’ils n’étaient pas vaincus et ont pris date pour la rentrée. Le 2 juillet – fait rare –, le bureau confédéral de FO recevait celui de la CGT « pour se connaître et échanger », selon le secrétaire général de FO.
Emmanuel Macron n’a pas encore réalisé son rêve : écraser les syndicats – voire l’ensemble des contre-pouvoirs – pour régner seul en souverain face au « peuple ». Mais il joue en tout cas un jeu dangereux pour la démocratie. Au sein du salariat, colères et rancœurs s’accumulent contre la politique du président des très riches et son mépris de classe affiché en toutes circonstances. « En tentant de décrédibiliser les organisations syndicales (…) on prend le risque de voir émerger d’autres formes d’action », alerte Pascal Pavageau (l’« HD » du 21 juin). Sébastien Menesplier, secrétaire général de la CGT énergie, ne dit pas autre chose : « La colère est telle que nous pouvons être très vite dépassés » (l’« HD » du 28 juin). Actions radicales et désespérées, abstention massive ou vote d’extrême droite ? Quelle victoire, vraiment !

dimanche 15 juillet 2018

Anti-terrorisme/Édouard Philippe : réaction du PCF

Édouard Philippe a présenté ce matin le nouveau plan anti-terrorisme. A la veille d'un week-end marqué par des rassemblements populaires importants (14 juillet, finale de la coupe du monde...) et où le souvenir traumatisant de l'attentat de Nice continue d'hanter les esprits, le gouvernement n'annonce rien de fondamentalement neuf.
La perspective d'un Parquet anti-terroriste reste critiquée dans la magistrature. La crainte d'un affaiblissement des moyens judiciaires dévolus à la lutte contre le terrorisme par la césure de l'anti-terrorisme, avec les autres services judiciaires notamment du Parquet de Paris, reste forte et les annonces du Premier Ministre sont peu précises de ce point de vue.
Toutes les mesures concernant les capacités de recherche et de prévention, semblent s'inscrire dans la droite ligne de la loi anti-terroriste du début d'année : le retour de l’État d'Urgence dans le droit commun sans traiter ni répondre aux critiques, interrogations et craintes qui s'expriment sur le caractère liberticide de ces mesures.
L'annonce de l'implication des maires et la possibilité de communiquer des informations avec les secteurs privés ou publics de défense et de transport autour du fichier FSPRT est très inquiétant. Il s'agit de leur donner des informations qu'ils ne sauraient traiter, ni en terme de sécurité ni en terme sociaux, sur des individus fichés et ce, sur la base d'un fichier dont les conditions d'inscription et de signalement ne sont pas complètement cadrées et claires.
Enfin, la mission centrale et les moyens renforcés annoncés pour le renseignement intérieur posent les questions de l'encadrement et du contrôle des pratiques.
Au final, sans rien annoncer donc de fondamentalement nouveau, il s'agit une nouvelle fois de renforcer des mesures qui interrogent. La lutte nécessaire contre le terrorisme ne doit pour autant pas servir de prétexte pour faire reculer la liberté en général et le respect des libertés civiques et publiques en particulier.

samedi 14 juillet 2018

l'Assemblée nationale a supprimé jeudi à l'unanimité le mot "race" de l'article 1er de la Loi fondamentale et a également interdit toute "distinction de sexe"
Rares sont les amendements autant plébiscités au Palais Bourbon. À l'unanimité, les députés de tous bords ont adopté la suppression du mot «race» dans l'article 1er de la Constitution. Autre point positif concernant la lutte pour l'égalité femme-homme, l'article premier de la norme suprême interdira également toute «distinction de sexe».
«La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de sexe, d'origine ou de religion», peut-on désormais lire dans le chapitre qui définit les valeurs fondamentales de la République.
L'article 1er de la Constitution sera normalement modifié dans les jours à venir. Lors d'un déplacement en Bretagne fin juin, le ministre de l'Écologie, Nicolas Hulot, avait annoncé que la «protection de l'environnement» devrait également figurer dans ce chapitre. Sous réserve bien sûr que la révision constitutionnelle aboutisse.

vendredi 13 juillet 2018

Malgrés la chaleure les communistes sur le terrain


Aujourd'hui on colle la tête à Macron !
Les communistes du Gresivaudan sur un grand collage de la vallée

Mondial. Les Bleus de Deschamps portés

Jeudi, 12 Juillet, 2018
La qualification de l’équipe de France pour la finale de la Coupe du monde, dimanche, à Moscou, a suscité de nombreuses scènes de liesse dans le pays. Une occasion, plutôt rare, pour le peuple français, de faire société.
Mardi soir, aux abords de la fan-zone de la place de l’hôtel de ville de Paris, Loïc, Yassine et Quentin fêtent, dans un vaste bain de foule, l’implacable victoire des Bleus sur la Belgique en demi-finale de la Coupe du monde. Trois jeunes hommes du même quartier mais qui, jusqu’ici, ne s’étaient jamais croisés et encore moins parlé. « C’est le Mondial qui m’a permis de rencontrer ces deux-là ! s’amuse Quentin, 27 ans. Maintenant, on se retrouve à chaque fois pour voir les matchs ensemble. » Autour d’eux, la marée des supporters, escortée par le tintamarre des Klaxons, se dirige vers les Champs-Élysées et ses platanes, qui en ont vu d’autres. Les gens sautent en tous sens, s’enlacent sans autre forme de procès. Il y a des cadres en bras de chemise, descendu des bureaux. Des gamins en survêt venus du bout des lignes de métro. Des femmes, des hommes, des mômes. Aïda, 19 ans, en serait presque émue aux larmes. « On se sent fiers mais aussi unis. Ça rapproche une Coupe du monde ! Et plus la France va loin, plus ça nous soude. »

Destin de la nation

De Paris à Marseille, de Montpellier à Strasbourg, jusqu’au plus petit village et à l’arrière-cour de camping, la France connaît depuis mardi soir le souffle grisant et rare de la ferveur populaire. Ce vent de bonheur partagé qui accompagne les victoires, ne fussent-elles que sportives. Vingt ans après le sacre de 1998, qui a vu les Bleus de Zidane offrir sa première Coupe du monde à la France, la même communion est à l’œuvre. L’affaire est certes éphémère, factice diront certains, mais tellement indispensable. « C’est beau, ça unit tout le monde autour du foot, glisse Léa, 18 ans, le visage peint aux couleurs de la France et le drapeau tricolore noué à la taille. Il y a un esprit collectif qui émerge ! » Yassine acquiesce et va plus loin : « Une Coupe du monde joue sur les rapports que nous avons entre nous, Français. Il y a une cohésion, une fraternité, une proximité que tu ne peux pas avoir dans d’autres moments. Cela me fait penser à l’après-Charlie Hebdo, sauf que là, on se réunit dans la fête, pas dans la noirceur. »
Pour l’historien Paul Dietschy, cette union populaire autour du sport est devenue comme une nécessité dans notre société. « En dépit des attentats ou, dans un passé plus lointain, la guerre d’Algérie, la France vit depuis 70 ans dans la paix. Il n’y a plus d’événements, historiques, dramatiques, qui impliquent la nation tout entière et la font se sentir une », explique-t-il. À ses yeux, le football, parce qu’il est un sport universel, permet ainsi de mettre en jeu de façon ludique le destin de la nation, dans une compétition comme la Coupe du monde. « Et de vivre des moments importants, marquants, qui se font rares dans nos sociétés de plus en plus réglées, corsetées », ajoute Paul Dietschy. De là à donner des significations politiques plus large à cette effervescence ? L’historien ne s’y risque pas. « Ce n’est qu’une parenthèse ludique. La Coupe du monde est devenue une fête de fin de printemps et d’été, qui réunit un public beaucoup plus large, et féminin, que celui qui suit la Ligue 1 ou la Ligue des champions. Dans ces moments-là, chacun recherche l’émotion brute, le plaisir. Mais tout en sachant qu’il ne s’agit que d’une parenthèse : même si la France gagne, la vie des gens ne va pas être bouleversée. Emmanuel Macron grappillera peut-être quelques points dans les sondages, mais ça n’ira pas plus loin… »

Solidarité entre joueurs

N’empêche. Sans verser dans l’illusion d’un mythique Black-Blanc-Beur qui bousculerait à lui seul la société, le spectacle de cette équipe de France, symbole d’une aventure collective réjouissante, à quelque chose d’inspirant, si ce n’est d’exemplaire. À commencer par sa philosophie de jeu. « Ce qui me frappe, raconte Youssef, un supporter dyonisien, c’est sa capacité à jouer ensemble, que ce soit en attaque ou en défense. Cette solidarité entre joueurs, forcément, ça fait plaisir à voir. Surtout à l’heure où chacun a tendance à ne penser qu’à sa g… » L’une des grandes réussites du sélectionneur Didier Deschamps a été, à l’image d’un Aimé Jacquet, de parvenir à redorer ce blason collectif de l’équipe de France, mal en point après la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud et le choc de Knysna, quand les joueurs ont fait une invraisemblable grève de l’entraînement. « Petit à petit, les Bleus se sont reconstruits une image, avec une communication très minimaliste et ce semblant de proximité avec le public, raconte le journaliste sportif Romain Molina (1). L’image publique de Deschamps aussi joue : le mec qui gagne, le capitaine de France 98, mais c’est tout aussi de la communication. » Une communication qui marche tant que les résultats suivent. « Pour qu’une équipe véhicule un vrai engouement populaire, ni éphémère, ni superficiel, elle doit gagner et s’attacher à une éthique de jeu, souligne Thibault Leplat, auteur de Football à la française. Ce qui fait la ferveur autour d’elle c’est sa capacité à séduire. » Jusqu’à très récemment, l’émotion des spectateurs était surtout suspendue à l’enjeu, plus qu’au jeu des Bleus. Un constat qui est en train de changer avec cette identité d’équipe surgie durant les 8es de finale et ce fabuleux match contre l’Argentine qui a retourné les foules. L’équipe de France est devenue ce collectif fait de sang-froid et de patience, adaptable et futé. Une image positive renvoyée à la société elle-même. Et reprise aujourd’hui par les foules de supporters.

Pied de nez aux discours racistes

« L’équipe de France a toujours cristallisé l’identité du pays », souligne Mickaël Correia, auteur d’Une histoire populaire du football (la Découverte, 2018). Et celle-ci, avec son effectif composé à plus de 80 % de joueurs issus de l’immigration, n’y échappe évidemment pas. Selon un sondage OpinionWay pour le Parisien paru début juin, les Français estiment d’ailleurs que « le brassage culturel » (37 %) et le « sens du collectif » sont les deux premières valeurs qui incarnent l’équipe de France. Seulement 4 % y voient « l’argent », à l’opposé du foot-business incarné par les clubs.
«En 1998, l’épisode Black-Blanc-Beur était de mon point de vue une illusion. Il n’a en tout cas pas duré longtemps », rappelle Mickaël Correia. Mais la symbolique, elle, et les messages qu’elle envoie à l’inconscient collectif sont bien réels. « Quand on voit l’équipe de France composée, pour plus de la moitié, de jeunes issus des quartiers populaires, ou de familles issues de l’immigration, c’est un pied de nez aux discours racistes ou anti-migrants qui fleurissent dans notre pays depuis des mois. Avec sa mère algérienne et son père camerounais, Mbappé dribble et tacle tous ces discours identitaires nauséabonds. » Une bouffée d’oxygène que l’on verrait bien se prolonger au-delà de dimanche, 17 heures…

jeudi 12 juillet 2018

Vérité pour Adama : Le PCF appelle à manifester le 21 juillet

Le PCF appelle à manifester le 21 juillet à 14h à Beaumont-sur-Oise, pour demander la justice et la vérité sur la mort d’Adama Traoré et pour soutenir la famille engagée depuis 2 ans dans ce combat, mais aussi pour demander la vérité sur la mort de Boubakar à Nantes.
La police incarne la force de la loi et la République. Elle a notamment pour mission de faire reculer le climat de défiance et d'accompagner une politique de sécurité et de justice respectueuse des droits et des libertés.
Le PCF réitère l'exigence de l'instauration d’une police de proximité bien formée, disposant des moyens et des effectifs nécessaires à sa mission, gardienne de la paix et loin de la politique du chiffre et du tout répressif. C'est loin d'être le cas, notamment dans les quartiers populaires. Les effectifs sont à bout, écrasés par l'accumulation des heures supplémentaires.
Les parlementaires communistes sont, à ce sujet, porteurs d’une proposition de loi mettant fin aux contrôles au faciès, trop souvent à l’origine des violences policières, et demandent une réflexion globales sur la mission de la police.
Il faut, comme cela s’est fait à l’étranger, interdire certaines techniques d’immobilisation pouvant s’avérer mortelles. Il faut s'interroger sur l’emploi des armes à feu alors qu’une note de l’IGPN constatait la hausse de leur utilisation, conséquence de l’assouplissement des règles de la légitime défense, disposition critiquée par le syndicat de la magistrature et la Ligue des Droits de l’Homme.
Quel que soit le quartier où l’on vit, la couleur de sa peau ou le pays d’origine de ses parents, chaque citoyen est en droit d’exiger la justice, le respect, la dignité, l’égalité de considération et de traitement.
Samedi 21 juillet, le PCF sera présent à Beaumont-sur-Oise, aux côtés de la famille d'Adama Traoré pour exiger la vérité sur la mort d'Adama.