samedi 15 juin 2013

Allemagne : comment la réforme du marché du travail renvoie les femmes à la maison

Par Rachel Knaebel
L’Allemagne, sa compétitivité, sa flexibilité, sa capacité à réformer son marché du travail… Et ses femmes que l’on rend dépendantes économiquement à vie de leurs maris, renvoyées, de fait, au foyer. Car une Allemande sur deux travaille à temps partiel, dont 4,5 millions dans le cadre d’un « minijob » : ces boulots payés moins de 450 euros, qui n’ouvrent aucun droit ou presque. Un divorce, un mari au chômage ou décédé, et c’est la pauvreté. Le modèle allemand, un modèle d’avenir ?
« Pour notre service de soins à domicile à Essen nous recherchons un/une aide aux personnes âgées », annonce cette entreprise allemande sur le site de l’Agence fédérale pour l’emploi (Arbeitsagentur), l’équivalent en Allemagne de Pôle emploi. En plus d’une formation spécifique de trois ans, elle demande au candidat d’être flexible, autonome et engagé dans son travail, et, si possible, d’avoir déjà acquis une expérience et d’être titulaire d’un permis de conduire. Tout cela pour… 400 euros par mois, sans préciser le volume horaire ! « Une embauche en temps partiel ou temps plein n’est pas exclue », laisse miroiter l’annonce. Cette offre est en fait celle d’un « minijob », une forme d’emploi précaire qui a explosé en Allemagne depuis la première loi, dite Hartz, de dérégulation du marché du travail il y a dix ans. Des minijobs qui touchent particulièrement les femmes.
Des jobs payés en dessous des bas salaires
Les lois Hartz, ce sont ces réformes adoptées par le gouvernement social-démocrate et vert de Gerhard Schröder et entrées en vigueur entre 2003 et 2005. Vantées par l’Élysée comme par la droite néolibérale de ce côté-ci du Rhin, leur bilan est très controversé en Allemagne. Les défenseurs des lois Hartz assurent qu’elles ont permis de lutter contre le chômage et de relancer l’emploi. La réalité est bien moins rose, surtout pour les femmes.
« La situation des femmes sur le marché du travail s’est détériorée avec les réformes Hartz, en premier lieu à cause de la loi qui a facilité les minijobs », estime Ursula Engelen-Kefer, ancienne vice-présidente de la Fédération syndicale allemande DGB. Ces minijobs existent depuis longtemps, mais étaient limités à une activité de 15 heures de travail par semaine maximum, rémunérée 325 euros par mois. La première loi a levé la limite horaire et augmenté le plafond salarial à 400 euros (passé à 450 euros cette année).
7 millions de « minijobbers »...
Résultat : ces jobs sont très mal payés. « Aujourd’hui, l’employeur peut légalement exiger 24 heures de travail par semaine pour 450 euros ! » souligne la syndicaliste. 450 euros par mois pour 20h par semaine, cela revient à un salaire horaire de seulement 5,60 euros.
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Au moins 62% des étrangers sont expulsés sans voir le juge

62% des personnes étrangères arrêtées puis enfermées en centre de rétention en 2012 ont été ensuite expulsées directement, sans voir le juge des libertés et de la détention, seul garant de la liberté individuelle.
Ce chiffre rendu public dans le rapport sur l’immigration du parlementaire Matthias Fekl illustre le grave recul des droits qu’a provoqué la dernière loi sur l’immigration, dite loi Besson. Celle-ci prévoit en effet que le JLD n’intervienne plus qu’au bout de 5 jours de rétention au lieu de 2 auparavant. À titre de comparaison, début 2011, c’était 22% des personnes enfermées en rétention qui étaient expulsées avant de voir le juge.
Écarter ainsi le juge des libertés donne toute latitude à la police pour arrêter et enfermer des personnes étrangères sans trop se préoccuper du respect des procédures, pourtant garde-fous indispensable des droits fondamentaux.
En Outre-mer, la situation des droits est encore plus critique car les personnes sont expulsées en quelques heures, sans même parfois pouvoir contester la mesure d’éloignement dont ils font l’objet. Pire, le recours auprès du tribunal administratif n’étant pas suspensif, certains d’entre eux sont expulsés avant même que ne soit examiné leur recours. La France a d’ailleurs été condamnée pour cette pratique par la Cour européenne des droits de l’Homme.
Le rapport Fekl recommande de rétablir l’intervention du JLD à 2 jours au lieu de 5. Cette mesure est en effet prioritaire, comme le répète La Cimade depuis l’arrivée du nouveau gouvernement. Il n’était nul besoin d’attendre la parution de ce chiffre alarmant pour se rendre compte des conséquences de cette mesure.
Aujourd’hui, La Cimade espère que le gouvernement ne se contentera pas de ce seul retour en arrière et qu’il prendra les mesures nécessaires, dans une nouvelle loi, pour permettre l’accès de tous au juge, que ce soit en métropole et en Outre-mer où il est impératif de mettre en place un recours suspensif devant le tribunal administratif.

Voir aussi " Des propositions timides face à un constat accablant", la réaction de La Cimade au rapport Fekl
Et pour aller plus loin, lire le dossier " Hollande, un an après : toujours pas de rupture"
Communiqué de la CIMADE

vendredi 14 juin 2013

Contre un partenariat transatlantique au service des multinationales

Vendredi 14 juin, le Conseil européen se prononce sur l'engagement des négociations avec les Etats-Unis en vue d'aboutir à un Partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement. L'Association internationale des techniciens experts et chercheurs (AITEC) et Attac France explicitent les enjeux de cet accord et en dénoncent les risques. Les deux organisations publieront vendredi une lettre ouverte à Nicole Bricq.
L'Union européenne n'en est pas à son coup d'essai. Convaincue depuis 2006 que le salut de son économie réside dans la pénétration maximale des marchés tiers et dans la sécurisation de son accès aux matières premières stratégiques, elle s'est engagée dans une stratégie agressive visant à conclure des accords de libéralisation du commerce et des investissements partout sur la planète.
Le Partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement (PTCI) est présenté par ses promoteurs –la Commission et les 27 Etats membres autant que l'administration fédérale américaine– comme un accord essentiellement « technique », qui permettra la convergence des standards dans des domaines aussi divers que la longueur des cables électriques du petit électroménager, l'inflammabilité des vêtements, les standards sanitaires dans le domaine agro-alimentaire ou encore les protocoles de test des produits pharmaceutiques ou du matériel médical...
A en croire les responsables français de la négociation, cet accord renforcera la compétitivité de nos entreprises ; il se traduira tout naturellement en croissance, et donc en emplois préservés (voire créés) dans l'Union européenne –une aubaine. Le gouvernement français s'est donc montré jusqu'ici bienveillant. Il se satisferait de quelques garanties, notamment l'exception culturelle et les marchés publics de la défense.
Pourtant, ce futur accord est alarmant. Faut-il sacrifier le risque sanitaire et la santé publique à la compétitivité à court terme ? Peut-on atteindre la justice sociale si les services essentiels sont fournis par des entreprises privées qui n'obéissent qu'à la loi du moindre coût ? Voulons-nous transférer le pouvoir d'énoncer le droit à l'industrie privée ?
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"Economie et Politique" : revue marxiste d'économie

 

jeudi 13 juin 2013

Grèce : le Front de gauche dénonce "un coup d’état" sur l’audiovisuel public

La brutale décision du gouvernement grec prise par décret de fermer les chaines de radios et de télévisions publiques grecques est un évènement unique, qui soulève de très vives réactions. Un rassemblement de soutien à Paris, initié par les étudiants et les travailleurs grecs de France et soutenu par le Front de gauche et la CGT, est prévu ce mercredi soir.
« On savait que les coups d’état militaires débutent par un contrôle des médias, on saura désormais que les coups d’état financiers se singularisent par leur fermeture... » s’indigne Eric Coquerel du PG. Une décision historique en Europe, qui éclaire également toutes les menaces qui pèsent sur l’audiovisuel public partout en Europe. Les privatisions en Italie, les coupes budgétaires en France. Ce que rappelle Patrick le Hyaric, directeur de l’Humanité et vice président du groupe de la Gauche Unitaire au parlement Européen. « En vérité, les gouvernants  de Grèce, de concert avec les institutions européennes, considèrent le droit à l'information et à la culture non seulement comme quantité  négligeable mais surtout comme un obstacle à leur visée de limiter l’accès à une information pluraliste, stimulante de l'esprit critique. Ce phénomène est à l'œuvre dans tous les pays européens sous diverses formes. »
La gauche grecque se mobilise. Syriza et les syndicats sont aux côtés des 2700 salariés de l’audiovisuel public du pays qui occupent les locaux. Le chef de l'opposition de gauche, Alexis Tsipras, appelle à la mobilisation pour obtenir le retrait du décret d'urgence, signé la veille par les seuls ministres de la nouvelle démocratie, l'un des trois partis de la coalition gouvernementale. Il tente d'obtenir des rendez-vous à la mi-journée avec le chef du parti socialiste Pasok, Evangelos Venizelos, et celui du petit parti de gauche européenne Dimar, Fotis Kouvelis, les deux autres dirigeants de la coalition, au risque de provoquer une crise politique si les deux hommes refusent de signer le texte.
Des programmes continuent à être diffusés, des informations comme des débats entre journalistes, accessible sur www.ert.gr et sur la chaîne locale 902, canal prêté par le parti communiste KKE.
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Marie-France Beaufils : "Ce sont encore les mêmes qui trinquent"

Vive réaction de Marie-France Beaufils, sénatrice communiste d’Indre-et-Loire qui réagit au plan de 730 suppressions d'emplois prévu à l'usine Michelin de Joué-lès-Tours.
Comment réagissez-vous à l’annonce de Michelin de supprimer 700 postes à l’usine de Joué-lès-Tours ?
Marie-France Beaufils. Rien ne laissait présager un plan d’une telle ampleur. C’est inacceptable d’autant que l’entreprise enregistre des bénéfices en hausse et investit à tour de bras dans les pays émergents. On comprend bien les motivations de Michelin : fabriquer des pneus dans des pays où la main-d’œuvre est moins chère et la marge plus importante, de manière à améliorer la rémunération des actionnaires. Encore une fois, ce sont les salariés français qui en payent les conséquences. On ne peut pas accepter que ce soient toujours les mêmes qui se serrent la ceinture. Ce sont les salariés qui fabriquent la richesse…
S’il existait une loi pour interdire 
les licenciements boursiers, les salariés de Michelin n’en seraient pas là ?
Marie-France Beaufils. En effet, le gouvernement aurait aujourd’hui un texte à disposition pour agir. Cela aurait permis de bloquer le plan et d’engager des discussions avec la direction avec un vrai rapport de forces. J’ai envoyé un courrier au premier ministre dans lequel je lui demande de prendre des dispositions pour empêcher de telles décisions. On nous a répété que le texte sur l’ANI empêcherait ce type de situation. Que le gouvernement en fasse 
la démonstration…
Vous êtes élue en Indre-et-Loire, quelles sont les conséquences à l’échelle locale?
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mercredi 12 juin 2013

Pierre Laurent : "Le 16 juin, l’étape suivante, en France, de l’altersommet"

Associations, ONG, syndicats et partis progressistes se sont retrouvés ensemble à Athènes pour élaborer des actions alternatives contre les politiques de régression. Entretien avec le président 
du parti de la gauche européenne 
et secrétaire national du PCF, Pierre Laurent.
Quel bilan tirez-vous de l’altersommet ?
Pierre Laurent. Une étape importante a été franchie dans le travail commun entre réseaux sociaux, grandes organisations syndicales et forces politiques prêtes à l’engager aux côtés des forces sociales et syndicales qui exigent la rupture avec les politiques d’austérité européennes. Le PGE se reconnaît totalement dans le manifeste des peuples adopté. Cette étape ouvre des possibilités de travail commun et de convergences tout à fait nouvelles. Reste maintenant à donner à ce processus la dimension populaire qu’il n’a pas encore acquise.
Comment continuer ?
Pierre Laurent. Il faut des actions concrètes pour faire vivre ces axes forts que représentent les propositions alternatives du manifeste : sur le pouvoir des banques, sur l’idée d’une convention sur la dette… Tout en approfondissant les propositions alternatives, il faut continuer le travail de mise en réseau. Ce mouvement d’altersommet permet de construire des repères d’action et de propositions durables auxquels peuvent se rallier toutes les forces qui veulent sortir de l’austérité. En rendant visibles ces repères et en organisant la convergence d’actions pour les soutenir, nous ferons émerger une alternative au plan européen.
Comment le PGE compte-t-il s’impliquer dans ce processus ?
Pierre Laurent. Le PGE continuera à accompagner toutes les actions décidées par l’altersommet. En outre, nous ferons nôtres les objectifs du manifeste dans la plate-forme européenne à laquelle nous travaillons pour les élections européennes. La campagne doit être un moment fort pour construire les coalitions les plus larges possible en faveur de la rupture avec les politiques d’austérité et en faveur de propositions nouvelles pour le développement social. Notre objectif doit être qu’à l’issue des européennes, il y ait le plus grand nombre possible de députés en situation de s’opposer réellement aux plans d’austérité actuels.
À l’échelle nationale, comment porter les résultats de l’altersommet ?
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Turquie : face à la violence de l’État turc, le gouvernement français doit prendre ses responsabilités

Depuis dix jours maintenant, la Turquie est secouée par une importante vague de contestation dirigée contre le gouvernement conservateur du premier ministre Recep Tayyip Erdoğan. Plusieurs syndicats ont appelé à la grève en soutien à la protestation. Des centaines de manifestations ont eu lieu partout dans le pays. La mobilisation se poursuit malgré une répression ultra violente. On compte déjà plusieurs morts parmi les manifestants ainsi que des milliers de blessés -dont certains très graves- provoqués par la police.

L'Union des étudiants communistes dénonce depuis plusieurs mois déjà les agissements antidémocratiques de l’État turc, ainsi que la collaboration du gouvernement français avec ce dernier. Des centaines d'étudiants sont actuellement emprisonnés, victimes de violences et de procédures judiciaires abusives pour avoir protesté contre les méthodes autoritaires du gouvernement et revendiqué un système d'enseignement supérieur public de qualité. De nombreux avocats, syndicalistes, journalistes, militants politiques de tout bord sont également touchés par cette répression.

Malgré cela, la France persiste à soutenir le gouvernement d'Erdoğan. Durant l'été 2012, poursuivant l’œuvre de l'ancien Ministre de l'intérieur Claude Guéant, Laurent Fabius préparait le vote à l'Assemblée nationale d'accords policiers prévoyant notamment la « gestion démocratique des foules », terme raffiné pour qualifier la répression des mouvements sociaux. De plus, des militants d'opposition kurdes et turcs sont visés régulièrement par la police sur le sol français. Plusieurs d'entre eux sont actuellement emprisonnés.

Nous demandons au gouvernement français l'annulation des accords sécuritaires passés avec la Turquie, ainsi que la libération des opposants emprisonnés en France. Des sanctions doivent également être prises contre les entreprises européennes qui profitent de la répression syndicale qui s'exerce en Turquie.

L'UEC appelle à participer aux nombreux rassemblements de soutiens à la jeunesse de Turquie qui ont lieu partout en France.

Une pétition contre les accords de coopération franco-turcs est également disponible ici.
Jules Rondeau, coordinateur national de l'Union des étudiants communistes

mardi 11 juin 2013

Jaurès, réveille-toi !

par J.E. Ducoin
Nous cherchons des traces de virage social et nous ne trouvons qu’un virage social-libéral totalement assumé par François Hollande. Où s’arrêtera la trahison du discours du Bourget?
Nous cherchons des traces de virage social et nous ne trouvons qu’un virage social-libéral totalement assumé par François Hollande. Où s’arrêtera la trahison du discours du Bourget? Parfois les mots perdent de leur substance et n’ont qu’un lointain rapport avec l’originelle intention. Regardez comment François Hollande et Jean-Marc Ayrault tentent de légitimer toutes leurs actions par la douceur et la noblesse de la «justice», oui, la «justice», toujours la «justice», assaisonnée à toutes les sauces. Même les plus aigres. Chaque semaine qui passe nous apporte en effet son lot de dévoiements et autres renoncements qui constituent autant d’incompréhensions pour une belle majorité des électeurs d’un certain 6 mai 2012. Dernier épisode en date? Les retraites. Pour l’heure, le gouvernement n’en est (officiellement) qu’à l’énumération de pistes, contenues dans un rapport piloté par la conseillère d’État Yannick Moreau. Ce qui s’y trouve, toutefois, pourrait ouvrir de nouvelles brèches dans le système français et, à terme, si par malheur de semblables mesures étaient appliquées, mettre à bas l’un des piliers du pacte républicain hérité du CNR – du moins ce qu’il en reste…
Ce que le Figaro présente comme un «cocktail détonant pour réformer les retraites» s’apparenterait en vérité à une déclaration de guerre sociale, ni plus ni moins. Allongement de la durée de cotisation, calcul des pensions de la fonction publique non plus sur les six derniers mois mais sur les dix dernières années de carrière, hausse de la CSG pour les retraités, suppression de leur abattement fiscal de 10%…
Principale contrepartie envisagée? Une hausse de 0,3% des cotisations patronales. Sans doute faudrait-il dire merci pour ce beau geste? Stop! N’en jetez plus! Depuis vingt-quatre heures, les réactions syndicales sont évidemment à la hauteur de l’inquiétude. Et pour 
cause. Aucune de ces 
mesures n’améliorerait la situation économique, bien au contraire. Depuis le début de la crise, la France, soumise au diktat des logiques austéritaires, a déjà perdu 8 points de PIB et des centaines de milliers d’emplois. Or il est impossible d’évoquer le dossier des retraites en le déconnectant des politiques globales.
Avec le retour d’un peu de croissance et un chômage à la baisse, nous 
ne parlerions même plus des éventuels déficits des régimes! Sortir de la spirale mortifère des politiques de rigueur menées un peu partout, qui ne conduisent qu’à accentuer la récession, est ainsi un impératif et une urgence. Augmenter la durée de cotisation, désindexer les pensions et, au final, rogner sur le pouvoir d’achat, ce serait accroître le mal.
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Comment les États privatisent la délivrance des visas

Par Rachel Knaebel
La France et d’autres États confient à des prestataires privés une partie de la procédure des demandes de visas. De la prise de rendez-vous au recueil des données biométriques, ce n’est plus à un fonctionnaire que l’on s’adresse mais à une société privée. Un marché monopolisé par quelques entreprises. Conséquences : hausse du coût pour les demandeurs et risques pour la sécurité des données. Avec la généralisation du visa biométrique et la privatisation des procédures, la possibilité de voyager et les flux migratoires seront-ils bientôt sous le contrôle des multinationales ? Enquête.
La France a traité 2,6 millions de demandes de visas, pour des ressortissants étrangers en 2012. Un chiffre en hausse de 20% en dix ans. Plus d’une demande sur deux passe aujourd’hui entre les mains d’une entreprise privée. Demandes de rendez-vous, saisies des données personnelles, jusqu’à la prise des empreintes digitales et de la photo numérisée pour les visas biométriques, telles sont les missions désormais confiées à des entreprises privées. Une soixantaine de consulats délèguent ainsi une partie de ces tâches au privé.
L’externalisation se limite par exemple à la prise de rendez-vous par l’intermédiaire d’un centre d’appels à Abidjan, Yaoundé ou Dakar. Elle concerne la collecte des dossiers à Dubaï et New-Delhi. Et va jusqu’à la saisie des données personnelles des demandeurs dans une vingtaine de consulats. Sur trois sites, en Grande-Bretagne, Algérie et Turquie [1], la France expérimente la délégation au privé de la collecte des données biométriques – photos numérisées et empreintes digitales – et leur stockage temporaire.
Comment cette démarche, qui touche pourtant à la souveraineté de l’État, a-t-elle pu être privatisée ? Cette délégation au privé est justifiée par l’augmentation des demandes, et par la nécessité d’alléger les effectifs [2]. Pour privatiser une partie du processus de délivrance, la France a découpé la procédure en morceaux. Selon les ministères concernés (Affaires étrangères et Intérieur), seules les étapes non régaliennes sont externalisées. « L’instruction des dossiers et la prise de décision, qui constituent la partie régalienne de l’activité visa, continuent de relever de la compétence exclusive des services consulaires », explique le dernier rapport du directeur des Français de l’étranger et de l’administration consulaire.
Monopole des entreprises et dépendance des États
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