mardi 10 juin 2014

Intermittents : le gouvernement doit refuser l’agrément

Parce que nous pensons qu’il ne peut y avoir de politique de gauche sans une grande ambition pour l’art et la culture, le Parti Communiste s’associe aux nombreux appels qu’ont adressés les organisations professionnelles, les élus et les acteurs culturels au Ministre de la culture, au Ministre de l’emploi et au Premier Ministre.
Il est demandé à ces derniers de ne pas ratifier l’accord sur l’assurance chômage du 22 mars dernier. En dépit de l’opposition des deux syndicats majoritaires (CGT-CGC), cet accord devrait entrer en application dès le 1er juillet prochain.
Il s’agit d’ un véritable déni de démocratie sous la pression du patronat et d’un passage en force que nous condamnons avec la plus grandes vigueur. Le PCF renouvelle sa solidarité avec les intermittents en lutte dont il soutiendra toutes les actions qu’ils jugeront utiles de mener durant l’été.
Pourtant, comme le rappelle plus d’une soixantaine de signataires dans une lettre adressée au Premier ministre, une alternative existe !
Des propositions précises pour une réforme équitable et durable ont été formulées, après un long travail entre les organisations professionnelles et le comité de suivi parlementaire auquel participe Pierre Laurent. Elles demeurent ignorées par le patronat et les signataires de l’accord du 22 mars. Pourtant, si le gouvernement l’agréait, cet accord pénaliserait très lourdement les salariés les plus précaires et les structures les plus fragiles.
Le gouvernement serait bien inspiré d’entendre les protestations non seulement des professionnels de la culture mais également des centaines de parlementaires et d’élus locaux qui défendent le développement et l’aménagement culturel de leurs territoires. Les artistes, techniciens et professionnels du spectacle ne demandent pas l’aumône, mais la reconnaissance par la nation du rôle essentiel qu’ils jouent dans la vie économique, sociale et culturelle de notre pays.
Communiqué du Parti communiste français

La Coupe jusqu’à la lie


par Olivier Pironet
Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé, ancienne gloire brésilienne du football, ambassadeur international de la Coupe du monde 2014 et de la marque Coca-Cola, a récemment jugé « normale » la mort d’un ouvrier sur le chantier du nouveau stade de São Paulo, le 24 mars (1). L’ex-meneur de jeu français Michel Platini, désormais président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), a enjoint aux Brésiliens d’« attendre un mois avant de faire des éclats un peu sociaux (2) » alors que perdure un mouvement de contestation lancé en mars 2013 contre les dépenses engagées pour le tournoi au détriment des services sociaux, de la santé et de l’éducation...
Ces propos emblématiques témoignent du mépris des représentants du football mondial pour les conséquences de raouts sportifs tels que la Coupe du monde, organisée sous l’égide de la Fédération internationale de football association (FIFA), comme l’explique l’ouvrage collectif La Coupe est pleine ! (3).
Déclarée en Suisse en tant qu’association à but non lucratif, la FIFA s’apparente davantage, selon les auteurs, aux « holdings transnationales ou [aux] cabinets d’affaires (...) gé[rant] le capital sportif et sa marchandisation » : 998 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2013, 52,2 millions de ce que la FIFA même appelle des bénéfices, plus de 1 milliard de réserves financières. Peu lui importe qu’en Afrique du Sud, hôte de l’édition 2010, la dette extérieure soit « passée de 70 milliards de dollars [50,3 milliards d’euros] (avant la Coupe du monde) à 135 milliards de dollars [97 milliards d’euros] aujourd’hui ». Les surcoûts liés à l’organisation de la compétition atteignent 1 709 % ! Pretoria a réduit de façon drastique les programmes sociaux, alors que 52 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. La FIFA, quant à elle, a engrangé 2,7 milliards d’euros pour cette édition.
Au Brésil, alors que le budget prévisionnel de fonctionnement programmait 800 millions d’euros de dépenses, essentiellement à la charge du privé selon le gouvernement, les frais dépassent déjà les 2,6 milliards, et l’ardoise sera principalement réglée par le contribuable, comme pour les investissements : « 78 % des dépenses d’infrastructures pour la Coupe du monde de 2014, estimées à 18 milliards de dollars [13 milliards d’euros], sont financées par le secteur public », indique l’ouvrage. Comme en Afrique du Sud, les autorités procèdent à des expulsions et des expropriations massives. Près de deux cent mille personnes ont été déplacées à ce jour. La « pacification » des favelas par la police s’est intensifiée. De janvier à septembre 2011, plus de huit cents personnes ont trouvé la mort dans le cadre des opérations de « nettoyage »...

samedi 7 juin 2014

Roger Martelli. « La gauche de la gauche doit prendre le drapeau de la novation »

Un Parti socialiste en crise et un Front de gauche qui n’atteint pas ses objectifs. Une UMP au bord de l’implosion et un FN qui remporte plus de 24% des suffrages aux dernières élections européennes. La semaine écoulée aura marqué la vie politique française. « Nous sommes effectivement dans un moment clé pour la gauche qui est fidèle à ses valeurs fondatrices » relève l’historien Roger Martelli pour qui il y a urgence à « inventer sur le terrain de l’initiative politique ».

La Marseillaise. Une semaine après le scrutin européen, quel regard portez-vous sur ces élections qui ont vu en France le FN arriver en tête ?
Roger Martelli. Le résultat a constitué un choc, mais n’est pas une surprise. Les élections municipales avaient donné un signal d’alarme. Il n’a pas été entendu par le pouvoir socialiste qui a décidé de poursuivre sa voie sociale-libérale. Or elle ne peut produire que du mécontentement, qui prend davantage la forme du ressentiment que celle de la combativité. Les électeurs se sentent floués, les catégories populaires méprisées. De fait, cela nourrit une amertume qui, l’histoire l’a toujours montré, favorise l’abstention d’un côté et les tentations des solutions courtes de la droite extrême de l’autre. Voilà pourquoi la gauche française a enregistré son plus mauvais résultat depuis que le parlement européen est élu au suffrage universel direct, c’est à dire depuis 1979. Cela ne peut qu’interroger.
La Marseillaise. Interroger… Mais dans quel sens ?
Roger Martelli. Le recul des partis de gouvernement dit d’abord l’ampleur du discrédit du monde politique institutionnel. Gauche et droite donnent l’impression d’un système autiste, sourd aux angoisses et aux attentes du pays. Pour la gauche, ajoutons que sa panne électorale apporte une confirmation : elle est désarçonnée par le choix social libéral du PS. La gauche est structurée historiquement autour des valeurs d’égalité et de démocratie, et ce choix l’en éloigne. De ce fait, elle écarte ceux qui, en bas, se sentent abandonnés par elle. A cela s’ajoute, une troisième remarque : le discrédit des équipes au pouvoir ne profite pas en France à la gauche de la gauche. Avec 6,4%, le Front de gauche récupère tout juste son résultat de la première élection à laquelle il avait concouru en 2009. Même en se démarquant du PS, la gauche dite radicale n’a pas obtenu en France la poussée qu’elle a réalisée dans d’autres pays, comme la Grèce ou le Portugal.
La Marseillaise. Vous évoquez le discrédit de la gauche et de la droite de pouvoir au moment même où la classe politique traverse une crise importante. Quelle est la portée de cette crise selon vous ?
Roger Martelli. Pour la mesurer, pas besoin de découvrir la lune. La racine de la crise politique s’installe au début des années 80, au moment où le PS de Mitterrand aborde le tournant de la rigueur.

Philippe Marlière : « La notion de socialisme a été dévoyée par le gouvernement »

Entretien par Laura Raim
Professeur de sciences politiques à University College London, Philippe Marlière est co-fondateur avec l’ex-eurodéputé PS Liêm Hoang Ngoc du club des "socialistes affligés". Il explique leur démarche, à la fois critique et constructive, et qui n’exclut personne entre le PS et le Front de gauche.
Le Club des "socialistes affligés" sera officiellement lancé samedi 7 juin lors d’un colloque à Paris sur les alternatives à la politique de l’offre.
Regards. D’où est venue l’idée de ce mouvement ?
Philippe Marlière. Le club des "socialistes affligés" s’est construit par petites touches depuis plus d’un an. Je connais Liêm Hoang Ngoc depuis une dizaine d’années. Nous avons milité ensemble dans la gauche du Parti socialiste, notamment lors de la campagne pour le "non" au traité constitutionnel européen en 2005. Nous avons très tôt pris conscience que la présidence Hollande allait chavirer. Il est allé faire allégeance à l’ordo-libéralisme d’Angela Merkel à Berlin deux jours après son élection. Deux ans plus tard, nous voici au Pacte de responsabilité, et il a nommé le plus droitier des dirigeants de son parti à Matignon. Nous sommes partis d’un double constat : d’une part, l’opposition socialiste à cette politique néo-sarkozyste reste inaudible à l’extérieur du PS. D’autre part, le Front de gauche ne parvient pas à gagner la confiance d’un électorat socialiste désabusé et en colère. Les "socialistes affligés" veulent aider à fédérer des forces éparses à gauche pour proposer une alternative crédible à un gouvernement de plus en plus discrédité et rejeté par la population.
Vous vous définissez à la fois comme "socialiste" et comme compagnon de route du Front de gauche…
Oui, et je ne suis pas le seul au Front de gauche ! Je note que le Parti de gauche se revendique "éco-socialiste", et il existe de nombreux socialistes au sein du Front de gauche, certains sont d’ex-membres du PS, d’autres pas. Évidemment, mon socialisme n’a rien à voir avec les néolibéraux du gouvernement qui se font élire sous l’étiquette socialiste, ou même les sociaux-démocrates bon teint. Je suis d’accord avec François Mitterrand (qui n’est pourtant pas un personnage que j’admire) quand il déclarait au congrès d’Épinay : « Celui qui n’accepte pas la rupture avec l’ordre capitaliste ne peut pas être un des membres du Parti socialiste ». Voilà mon socialisme ! Voici aussi pourquoi j’ai quitté le PS en 2009, en même temps que Jean-Luc Mélenchon et ses amis.
« Nous ne tentons pas un remake de la Gauche plurielle »

Avec l’appellation "socialistes affligés", vous restez toutefois à l’intérieur du cadre du PS. Pourquoi ne pas avoir décidé d’en sortir ?

vendredi 6 juin 2014

Cérémonie du Débarquement : la Libération de la France a commencé à Stalingrad !

par Andrée Oger, Conseillère générale communiste
En pleines cérémonies du 70ème anniversaire du Débarquement, nos médias réécrivent l'Histoire.
L'ampleur des préparatifs et des qualités techniques qui ont permis le Débarquement sont indéniables. Le courage de ces soldats, venus d'un peu partout dans le monde, pour affronter une côte blindée par un solide Mur de l'Atlantique, restera dans l'Histoire.
Le cinéma, américain surtout, et les cérémonies annuelles, perpétueront pour encore longtemps le souvenir de cette bataille et des durs combats qui ont suivi.
Ici, à quelques encablures des côtes, nous savons le prix payé par les civils et par les villes lors des intenses combats pour reprendre les communes normandes aux mains des troupes nazies. Evreux, Rouen, et d'autres, ont payé le prix du sang sous les bombardements alliés et les exactions nazies.
Là où nos médias et nos gouvernements réécrivent l'Histoire, c'est lorsqu'ils affirment que le Débarquement a été le tournant de l'Histoire, le moment où les forces de la liberté ont commencé à libérer l'Europe du joug fasciste.
C'est archi-faux!
Le tournant de l'Histoire de la seconde guerre mondiale s'est joué à l'est, à Stalingrad entre le 17 juillet 1942 et le 2 février 1943.
La Bataille de Stalingrad a marqué le coup d'arrête de l'expansion nazie en Europe et une victoire des troupes alliées soviétiques qui retournera complètement la dynamique. En juillet 1943, la dernière grande offensive nazie, à Koursk, se termine en déroute avec des milliers de morts et des centaines de chars détruits.
Dès lors, le front de l'est ne fera que se déplacer vers l'ouest, avec le progrès des troupes soviétiques.
Dans l'Histoire de la seconde guerre mondiale, le Débarquement n'arrive que bien plus tard, le 6 juin 1944, plus d'un an après Stalingrad. Certains historiens affirment d'ailleurs que l'objectif du débarquement était de gagner de vitesse l'Armée rouge, d'arriver à Berlin avant elle, pour éviter que les soviétiques n'acquièrent trop de puissance en Europe.
D'ailleurs, à la Libération, les Français donnaient à 58 % l'Union soviétique comme premier responsable de la victoire contre le nazisme, loin devant des Etats-Unis qui ne recueillaient que 20 % !
Sur le sujet, on pourra lire avec profit l'article de l'historienne Annie Lacroix-Riz

Migrants : Frontex, une agence aux frontières de la légalité

L'Ennemi from Frontexit on Vimeo.

Un collectif d’ONG documente les multiples violations des droits fondamentaux des migrants à la frontière séparant Grèce et Turquie. Il met en cause l’agence européenne Frontex, symbole d’une politique migratoire répressive conduit à une véritable hécatombe aux frontières extérieures de l’Europe.
Tandis que les migrants se heurtent toujours aux frontières grillagées de l’enclave espagnole de Melilla, un rapport du collectif d’ONG Frontexit, présenté le 23 mai à Bruxelles [1] – à paraître dans les prochaines semaines., vient rappeler les dérives d’une politique migratoire européenne plus que jamais obsédée par la « lutte contre l’immigration clandestine ». Les vingt-et-une associations, épaulées de chercheurs et de citoyens, ont enquêté durant un an sur les pratiques de l’agence européenne Frontex, qui coordonne l’action des États-membres en matière de contrôle des frontières extérieures de l’UE.
Le rapport des ONG donne un coup de projecteur sur les interventions conduites par l’agence entre la Grèce et la Turquie, l’une des frontières extérieures les plus surveillées d’Europe. Leur constat est sans appel : les actions menées par Frontex seraient à l’origine de « violations récurrentes des droits fondamentaux ». En cause ? D’abord, le reflux systématique des migrants, sur terre comme sur mer, contrevenant au droit d’asile et au principe de non-refoulement. Ensuite, un recours abusif à l’enfermement, sans respect des garanties procédurales en vigueur, et la multiplication de traitements considérés comme « inhumains et dégradants », autrement dit de violences physiques ou morales à l’égard des migrants.
Dissuader les migrants

jeudi 5 juin 2014

Austérité : la Commission européenne en redemande à la France

Par Thierry Brun
Le gouvernement s’est félicité des recommandations de la Commission européenne publiées le 2 juin. Quels sont ces remèdes que François Hollande et Manuel Valls se sont engagés à mettre en œuvre ?
Michel Sapin a accueilli les recommandations de la Commission européenne concernant « le programme national de réforme de la France pour 2014 », publiées le 2 juin, par un commentaire en trompe l’œil. Le ministre des Finances note « avec satisfaction que la Commission valide les orientations économiques présentées par le gouvernement dans son programme de stabilité », lesquelles répondent « globalement à [la] recommandation [de la Commission] du 5 mars dernier ».
On peut ainsi comprendre que Bruxelles ne fait que valider sa propre stratégie économique libérale. François Hollande et le gouvernement Valls n’en assure que la mise en œuvre, en un temps record… Ainsi, le document relève que plusieurs mesures d’économies supplémentaires sont prévues pour 2014, « dont l’annulation de crédits ministériels », dans le projet de loi de finances rectificative (PLFR) et le projet de loi de finances rectificative de la Sécurité sociale (PLFRSS), qui seront présentés en Conseil des ministres les 11 et 18 juin. Des mesures présentées en mai, dans le programme national de réforme, et préparées bien avant.
La Commission européenne propose une fois de plus une méthode Coué pour le retour à la croissance. Un pari risqué que doit relever le gouvernement sur le plan social et politique, après l’arrivée en tête du FN aux élections européennes. Et un défi sur le plan économique puisque la zone euro est loin d’être sortie de la crise. Pas une seule fois, les dirigeants de Bruxelles n’abordent aussi le contexte de crise écologique majeure.
La feuille de route fixée par le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, est un long inventaire comptable pour mettre la pression sur la France, d’autant plus qu’il est peu probable que la trajectoire de réduction des déficits publics prévu par le gouvernement puisse être tenue avec une politique d’austérité qui prévoit une coupe massive de 50 milliards d’euros, sur trois ans, dans les dépenses publiques, dont 21 milliards dès 2015.
Tailler dans la protection sociale

"Deux jours, une nuit", ou la reconstruction d’une identité de classe


Bande-annonce : Deux jours, une nuit, des... par Telerama_BA

Le film des frères Dardenne échappe au piège de son intrigue pour proposer une belle parabole sociale et politique, dans laquelle son héroïne, en voulant sauver sa peau, réveille une conscience collective que tout concourait à faire disparaître.
Depuis La Promesse (1996), Jean-Pierre et Luc Dardenne conçoivent et préparent leurs films selon la même méthode, les réalisent avec la même équipe technique, au sein d’un territoire unique (Seraing et ses alentours, en Belgique). Nulle impression de répétition cependant, mais plutôt la certitude que les frères cinéastes creusent un seul sillon, approfondi à chaque film, tant leur matière est riche.
Déterminismes et choix moraux
La psychologie des personnages, toujours ancrés socialement, très souvent à la frontière du prolétariat et du sous-prolétariat, n’est jamais livrée par des ruses et facilités scénaristiques, mais elle affleure dans leurs mots et leurs silences, dans leurs corps en mouvement, corps évoluant et parfois butant dans un décor quotidien et banal. Le déterminisme social est là, massif, injuste, mais les personnages sont toujours confrontés à des choix moraux qui repoussent un peu l’idée de fatalité sociale et familiale - et ces choix esquissent des libérations éventuelles.
Cette démarche semble par certains aspects bourdieusienne : à la somme des déterminismes, indubitables, dont il faut être conscient, on peut ajouter ces propres choix qui seront d’autant plus pertinents si l’on en connaît le caractère relatif. Les frères Dardenne citent d’ailleurs comme origine de leur dernier film Deux jours, une nuit ce que des salariés ont subi et leur ont confié, et un texte de Michel Pialoux, Le désarroi d’un délégué, publié en 1995 dans La Misère du monde (dirigé par Pierre Bourdieu). Dans ce (beau) texte, le sociologue évoque l’amertume et la colère d’un délégué CGT de Sochaux, nommé Hamid, devant l’attitude de ses collègues qui ont pétitionné pour se débarrasser d’un vieux salarié, incapable de suivre le rythme de la production. Absence totale de solidarité de classe, certainement provoquée, entre autres, tant par les nouveaux modes de production et de gestions "managériales" que par la hantise du chômage.

mercredi 4 juin 2014

En soutien aux facteurs de Villard-Bonnot en grève, la lettre d'Annie David


Réforme territoriale : "Une réforme hypocrite et dévastatrice"

Le Président de la République n'aura donc rien changé à ses objectifs initiaux, comme d'habitude. Et la méthode qu'il dévoile ce matin pour la réforme territoriale se situe dans le registre du cirque ! C'est l'un des symptômes de la crise démocratique profonde que nous traversons et dont les deux dernières élections ont à nouveau montré la gravité. Aucune leçon n'est tirée.
A l'endroit où il faudrait rechercher un nouvel élan démocratique, sa réforme territoriale n'affiche pas d'autre ambition que l'austérité accrue pour les budgets publics et l'accroissement de la compétition entre territoires, conformément aux injonctions européennes. Cela se fait au prix d'une aggravation de l'autoritarisme inhérent à la Vème République et de la mise en place de pouvoirs de plus en plus technocratiques abrités de la souveraineté populaire.
Si la démarche présentée est si acrobatique, c'est pour éviter une validation démocratique aux résultats incertains. Ainsi, on redécouperait les régions au gré des vents avant même que de définir les missions des collectivités. Tout serait imposé sans s'appuyer sur le bilan de l'action menée dans les diverses collectivités et sur la créativité qui a fait la force de la décentralisation.
Nous n'acceptons pas le double-langage qui consiste à décréter que les communes sont "une petite République dans la grande" tout en augurant leur démantèlement. Le fait de plonger les départements en respiration artificielle relève de la même démarche de duplicité. Au final le projet est complètement contraire au renouveau de la République, à l'égalité entre territoires, à l'égalité en droits de toutes et tous. Enfin, présenter en soi la suppression d'élus du peuple comme un progrès démocratique et une illusoire source d'économies substantielles ravira la droite et l'extrême droite quoiqu'elles en disent : c'est leur inépuisable fonds de commerce.
La République a besoin d'un sérieux coup de jeune - de passer la 6eme - or il s'agit là d'un acte de destruction qui conduit à une nouvelle concentration des pouvoirs. Une fois de plus, il s'agit de répondre au mieux aux exigences grandissantes des forces patronales et de la finance dont l'emprise s'accroît au fur et à mesure. Les hommes et les femmes de notre pays et de notre continent ont chaque jour qui passe le sentiment accru que le pouvoir est ailleurs, qu'il s'exerce sans eux, qu'ils évoluent dans une démocratie d'apparence. Aucune modification des règles de la démocratie ne peut se faire sans démocratie.
Nous exigeons des référendums pour chaque modification et, c'est essentiel, un grand débat, animé par une Constituante, pour refaire de la République notre bien commun et redonner à l'action publique toute l'efficacité que peut revêtir le pouvoir quand il est réellement exercé par le peuple.
Pierre Dharréville, responsable de la commission République, démocratie et institutions au PCF