mardi 14 août 2018

L'Aquarius exhorte les gouvernements européens à désigner au plus vite un lieu sûr de débarquement après deux sauvetages en Méditerranée

Répondant à la crise humanitaire toujours en cours en Méditerranée centrale, l'Aquarius, le navire affrété par SOS MEDITERRANEE et opéré en partenariat avec Médecins Sans Frontières (MSF), a secouru 141 personnes vendredi 10 août. Les deux organisations exhortent désormais les gouvernements européens à désigner de toute urgence le lieu sûr le plus proche, comme le prévoit le droit maritime international, afin de pouvoir y débarquer les rescapés et continuer à fournir une assistance humanitaire d'urgence en mer.
Vendredi 10 août dans la matinée, l'Aquarius a procédé au sauvetage de 25 personnes, retrouvées à la dérive à bord d'une petite embarcation en bois et sans moteur. Elles erraient probablement en mer depuis près de 35 heures.  Quelques heures après, l'Aquarius a repéré un second canot en bois, dans lequel s'entassaient 116 personnes, dont 67 mineurs non accompagnés. Parmi les rescapés, sept sur dix sont originaires de Somalie et d'Erythrée. Si l'état de santé global des rescapés est stable pour l'instant, beaucoup sont très affaiblis et dénutris. Nombre d'entre eux ont également fait part aux équipes des conditions inhumaines dans lesquelles ils ont été détenus en Libye. 
 

L'Aquarius fait route vers le Nord, sans avoir obtenu confirmation d'un lieu sûr où accoster

 
Au cours des deux opérations de sauvetage, l'Aquarius a informé l'ensemble des autorités compétentes de son activité, y compris les Centres de coordination des secours maritimes italien, maltais et tunisien (MRCCs) et le Centre conjoint de coordination des secours (JRCC) libyen. Celui-ci a confirmé qu'il était l'autorité en charge de la coordination de ces sauvetages. Le JRCC libyen a toutefois informé l'Aquarius qu'il ne lui indiquerait pas de lieu sûr pour le débarquement, et lui a enjoint de s'adresser à un autre Centre de coordination des secours (Rescue coordination centre, RCC). L'Aquarius fait donc à présent route vers le Nord et va solliciter la désignation d'un lieu sûr de débarquement auprès d'un autre RCC.
 
« Nous suivons les dernières instructions du JRCC et allons, comme il se doit, contacter d'autres RCCs afin qu'un lieu sûr nous soit désigné pour débarquer les 141 rescapés qui sont à bord de l'Aquarius », a confirmé Nick Romaniuk, Coordinateur des secours pour SOS MEDITERRANEE à bord de l'Aquarius. « L'essentiel est que les rescapés soient débarqués sans délai dans un lieu sûr, où leurs besoins fondamentaux seront respectés et où ils seront à l'abri d'abus ». 
 
« Les gouvernements européens ont concentré tous leurs efforts à la création d'un JRCC en Libye, mais les événements de vendredi illustrent bien l'incapacité de ce dernier à coordonner intégralement une opération », a souligné Aloys Vimard, coordinateur de projet pour MSF à bord de l'Aquarius. « Un sauvetage n'est pas terminé tant qu'un lieu sûr de débarquement n'a pas été indiqué. Or, le JRCC libyen nous a clairement signifié qu'il ne le ferait pas. Il ne nous a pas non plus informés des signalements de bateaux à la dérive dont il avait connaissance, alors que l'Aquarius se trouvait sur zone et avait offert son assistance. En réalité, ces embarcations en détresse ont eu de la chance que nous les repérions par nous-même », conclut le coordinateur de projet de MSF.

 

Le déploiement d'une assistance humanitaire en Méditerranée est à nouveau entravé

 
Fait troublant, les rescapés ont indiqué aux équipes à bord qu'avant que l'Aquarius n'intervienne, cinq navires différents ne leur avaient pas porté secours. « Le principe même de l'assistance portée à toute personne en détresse en mer semble désormais menacé », s'inquiète Aloys Vimard. « Des navires pourraient être tentés de ne pas répondre aux appels de détresse en raison du risque de rester bloqués en mer, sans qu'aucun lieu sûr où débarquer ne leur soit désigné. Les politiques visant à empêcher à tout prix que les gens n'atteignent l'Europe ne font qu'accroître la souffrance et le danger des traversées qu'entreprennent ces personnes, pourtant déjà fort vulnérables ».
 
MSF et SOS MEDITERRANEE se déclarent, une nouvelle fois, extrêmement préoccupées par les politiques européennes actuellement menées. Celles-ci constituent une véritable entrave au déploiement effectif d'une assistance humanitaire efficace, et n'ont eu pour effet que de faire exploser le nombre de morts en mer ces derniers mois. L'Aquarius est désormais l'un des deux derniers navires humanitaires de recherche et sauvetage présents en Méditerranée centrale. La criminalisation et l'obstruction du travail des organisations humanitaires sont le reflet d'un système européen de l'asile en échec, et de la défaite des Etats membres de l'Union européenne à relocaliser les demandeurs d'asile qui arrivent en Europe.
 
SOS MEDITERRANEE et MSF exhortent une nouvelle fois tous les gouvernements européens ainsi que les autorités maritimes compétentes à reconnaître la gravité de la crise humanitaire qui sévit en Méditerranée, à garantir un accès rapide à des lieux sûrs où débarquer les rescapés, et à faciliter plutôt qu'entraver le déploiement d'une assistance humanitaire essentielle en Méditerranée centrale.

jeudi 9 août 2018

Pourquoi il n’existe pas de « consommation éthique » sous le capitalisme

Ces vingt dernières années, des sujets comme le réchauffement climatique, les ateliers de misère et la maltraitance animale font débat. Dans les années 90, il a été révélé que des entreprises pesant des milliards – comme Nike, Apple, Nestlé et Wal-Mart – forçaient leurs ouvriers à confectionner leurs produits dans des ateliers de misère, ce qui a choqué les consommateurs qui n’avaient jusque-là aucune idée des conditions de travail dans les pays du soi-disant « Tiers Monde ». De plus, la vérité a commencé à circuler concernant la pollution des usines et les changements climatiques causés par l’homme, qui pour la première fois n’étaient plus seulement la préoccupation de scientifiques.
En conséquence, certaines personnes, particulièrement celles avec le plus haut niveau de revenus, ont commencé à prêcher ce qu’on appelle la « consommation éthique » : l’idée que chacun d’entre nous, en tant qu’individu, doit choisir de « voter avec son argent » et qu’ensuite, avec le jeu de l’offre et de la demande, le capitalisme finira par arrêter d’exploiter les travailleurs et l’environnement. De nouveaux marchés ont été créés pour les produits « durables », « équitables », « bio », « écologiques », etc. Certains sont allés si loin qu’ils appellent cela le « capitalisme compatissant », déclarant qu’il allait mettre fin aux maladies du capitalisme en conservant l’économie de marché.
Nous sommes maintenant en 2018. Les gens sont maintenant « éco responsables », mangent vegan, achètent « équitable » et recyclent depuis des années. Pourtant les atrocités qu’a rejetées le mouvement pour la consommation éthique continuent toujours. La classe ouvrière produit assez de nourriture pour deux Terres, mais il y a toujours des millions d’enfants qui meurent de malnutrition chaque année. Le chiffre s’élève à plus de 20 000 par jour. Les soi-disant « capitalistes compatissants » qui ont juré de mettre fin à la famine ont seulement donné 1,08 % de leurs énormes profits dans la réduction de la pauvreté et de la faim – et cela n’a donné aucun résultat. Trois milliards de personnes vivent dans la pauvreté, quand seulement 5 personnes possèdent autant que 50 % de la population de la planète. Le changement climatique causé par l’homme a atteint des niveaux catastrophiques. Beaucoup de scientifiques nous préviennent que nous nous rapprochons du point de non-retour. Cependant, ce ne sont pas les consommateurs individuels qui sont responsables. Les statistiques montrent que les 10 % les plus riches sont responsables de 59 % d’émissions de gaz à effet de serre alors que les 50 % les plus pauvres le sont de seulement 10 %.
De plus, une recherche menée en 2012 à l’Université de Corvinus de Budapest montre qu’il n’y a pas de « différence significative » dans l’empreinte carbone de ceux qui consomment « éthiquement » et de ceux qui ne le font pas. L’étude conclut que la consommation ne peut contrer l’impact de la pollution causée par les grosses entreprises. Elle montre aussi que la classe ouvrière ne peut pas s’offrir un mode de vie « durable » notamment à cause de la pauvreté, du manque d’accessibilité des produits durables et de ses longues journées de travail. Beaucoup de ces travailleurs sont mécontents de ne pas pouvoir appliquer cette méthode, mais comprennent bien qu’elle n’est pas pour eux. Finalement, devenir « éco responsable » est plus cher, mais ne fait aucune différence dans l’empreinte carbone des consommateurs. Les travailleurs dépensent plus, la classe dirigeante engrange plus de profit et la pollution globale augmente autant qu’avant, car la pollution industrielle continue comme avant.
En réalité, peu importe que chaque être humain soit capable de devenir vegan, d’acheter équitable ou d’aller au travail à vélo. Ces solutions individuelles peuvent avoir comme effet sur le consommateur de se sentir mieux sous le capitalisme, mais s’attaquent-elles réellement aux racines de l’exploitation et de la destruction de l’environnement ? Est-ce vraiment important que nous refusions d’utiliser des sacs plastiques quand British Petroleum, pour prendre un exemple connu, peut ruiner ces efforts en déversant des centaines de millions de litres de pétrole dans le Golfe du Mexique, en anéantissant toute vie aquatique dans la région et en ne subissant en retour que des sanctions mineures ?
Non seulement il ne sera jamais possible que tout le monde fasse des choix « éco responsables » à cause des inégalités sociales et économiques systémiques, mais en plus, sous le capitalisme, le désir de nombreux travailleurs de faire ces choix est devenu une source de profit pour les capitalistes. Par exemple, les soi-disant produits « éthiques » sont souvent plus chers que les produits créés de manière « non-éthique » et les profits vont souvent vers les mêmes grandes entreprises qui sont la cause de la majorité de la pollution. D’après la logique confuse de la consommation éthique, les consommateurs appauvris de la classe ouvrière sont responsables de la destruction de l’environnement et de l’exploitation, et pas les exploiteurs. Il est ridicule de penser que les travailleurs qui ne peuvent pas s’offrir les produits « équitables » plus chers « votent » pour l’esclavage, les catastrophes écologiques ou la pollution de l’eau potable, pendant que ceux qui choisissent de consommer « éthique » votent pour l’air pur, des salaires justes et le bon traitement des animaux. Aussi longtemps que la majorité des richesses et des ressources seront possédées et contrôlées par une classe minoritaire et exploiteuse, qui produit pour le profit et non pour les besoins de l’humanité, les droits des travailleurs et la viabilité de l’environnement en pâtiront. Les choix du consommateur sont inefficaces dans le contexte de la production capitaliste.
Le principal défaut de la « consommation éthique » est l’illusion qu’il existe une option plus éthique sous le capitalisme, c’est-à-dire la croyance qu’en payant quelques euros de plus au supermarché, nous pouvons parvenir à un capitalisme plus compatissant ; un capitalisme où ce qui est le plus profitable pour la classe dirigeante est aussi le plus éthique. La « consommation éthique » suggère que la production pour le profit est acceptable, tant que cela vient d’une version plus douce du capitalisme qui traite bien les travailleurs et se soucie de l’environnement. L’idée de profit éthique est un oxymore puisque le profit est le travail impayé de la classe ouvrière, approprié et accumulé par la classe dirigeante capitaliste. De plus, la logique de production pour le profit et la compétition sur le marché se traduit par le fait que les capitalistes doivent constamment essayer de baisser leur coût de production en exploitant plus les travailleurs et en faisant l’impasse sur la sécurité au travail et sur l’environnement. Le mouvement pour la consommation éthique, en mettant la responsabilité sur les consommateurs individuels (c’est-à-dire la classe ouvrière) absous la classe dirigeante de toute responsabilité quant au traitement ignoble des travailleurs, des animaux et de l’environnement.
Le mouvement pour la consommation éthique finit par diviser la classe ouvrière en sous-entendant que ceux qui achètent « éthique » sont plus moraux que ceux qui ne le font pas, indépendamment des moyens qu’ils ont de le faire. Cela est pourtant faux. Très peu de personnes soutiennent ce qui se passe dans les fermes industrielles. Très peu sont d’accord avec le fait qu’on coupe des arbres dans la forêt amazonienne pour faire de la place pour des fermes industrielles et des abattoirs. Qu’ils aient ou non les moyens d’acheter des produits « éthiques » est une question tout à fait différente. Le capitalisme a efficacement assimilé l’idée des choix éthiques, et l’utilise pour cacher l’irréfutable cruauté inhérente au moteur du profit.
Le nombre de personnes qui se tournent vers des options plus « éthiques » ne compte pas sous le capitalisme. Le système ne sera jamais éthique. L’exploitation, l’oppression et la destruction de l’environnement sont inhérentes à un système basé sur la propriété privée des moyens de production et sur la production pour le profit. La réponse à cette question n’est pas l’approche individuelle de la consommation éthique, mais plutôt à travers l’organisation de toutes les couches de la classe ouvrière dans une lutte collective contre le capitalisme, qui est la racine de toute l’exploitation moderne et de la misère. La réponse à la question de la consommation éthique ne peut se trouver que sous le socialisme – un système économique réellement démocratique avec une planification rationnelle de l’économie qui se préoccupe des besoins de la majorité de la population. Plutôt que de nourrir la cupidité d’une minorité parasite, un système socialiste dirigé pour et par la classe ouvrière donnera la priorité aux besoins de la société et de la planète, permettant aux immenses ressources de la planète d’être utilisées de manière durable dans l’intérêt de la majorité et des futures générations.

mercredi 8 août 2018

Grenoble Bethléem, les axes d’une coopération

Les villes de Grenoble et de Bethléem ont décidé de développer des actions de coopération dans le domaine de la santé et de la formation, avec l’objectif de mieux faire face aux conséquences de l’occupation israélienne et de contribuer à la croissance de l’activité touristique.

A Betlhéem, un mur d’escalade réalisé avec le concours de la ville de Grenoble.
Le maire de Grenoble, Éric Piolle et son confrère Anton Salmann, maire de Bethléem, présentaient en mairie de Grenoble, le 16 juillet, les projets de coopération entre les deux villes. Pendant une demi-heure, le maire de la cité palestinienne, a pris la parole… en anglais, sans traduction simultanée. Un bon moment de réflexion pour l’auditoire non anglophone, sur la place de la langue française dans le monde.
L’interprète du maire de Betlhéem, a fait pour le Travailleur alpin un court exposé sur la situation. Bethléem, située en Palestine, compte environ 30 000 habitants. Les habitants sont essentiellement musulmans mais une communauté de chrétiens palestiniens, une des plus ancienne au monde y vit. Les conditions de vie sont difficiles du fait de la politique menée par Israël (colonisation, apartheid, parcellisation du territoire,…). La ville de Bethléem est un très important lieu de pèlerinage mais souffre des difficultés de développer son activité touristique.
Depuis 2009, un accord entre les deux villes
Un accord de coopération lie Grenoble à Bethléem depuis 2009, prenant le relais de différentes actions soutenues par un réseau de villes de Rhône Alpes depuis 1996. SGAP38 (Solidarité avec les groupes d’artisans Palestiniens) soutient l’association BFTA (Bethlehem Fairtrade Artisans) qui vend les produits d’artisanat réalisés par des artisans locaux.
L’accord de coopération rediscuté dans la journée entre les maires de Grenoble et de Bethléem porte également, avec la participation active d’associations et d’organismes :
  • Sur l’aide sanitaire d’enfants et adultes souffrant de maladies mentales et de difficultés liées à l’occupation des territoires,
  • Le développement d’une activité de tourisme avec la création du sentier d’Abraham,
  • La formation d’étudiants Palestiniens dans les universités grenobloises,
  • La formation de personnels de santé…
Jihad Halayka, actuellement en formation à Montpellier.
Jihad Halayka, bénéficiaire du projet de coopération franco palestinienne a répondu à nos questions au cours de la soirée. Il étudie depuis un an à Montpellier le management du tourisme. A l’issue de sa formation il sera coordinateur du projet « PAMSD » soutenu par la convention de coopération Grenoble-Bethléem.
PAMSD, association palestinienne pour développer les sports de montagne est née en 2013. Elle est le fruit d’une collaboration entre un groupe de personnes spécialisées dans le domaine du tourisme et des différents sports de montagne et un groupe de bénévoles. Les valeurs portées par l’association touchent les domaines du social et de la santé. Dans le cadre de la coopération s’est construit à Bethléem un mur d’escalade. Des guides français ont formé des jeunes palestiniens pour organiser des randonnées, sensibiliser au patrimoine , à la protection de la nature. Le programme porte donc sur la formation de guides locaux, la création de clubs sportifs, la réalisation de guides des sentiers historiques en Palestine.

mardi 7 août 2018

Ni plastiques ni déchets dans les océans

Le retour de l'été ramène les plages et l'état des océans dans l'actualité. Le système actuel conduit à des modes de vie qui agressent gravement la biodiversité des océans. Ces phénomènes sont accentués par la mondialisation du commerce maritime et son augmentation du fait des grands groupes sous contraintes financières. Ainsi les barrières de corail sont fragilisées par le réchauffement climatique mais au cœur des océans, ce sont des tonnes de déchets. 7 millions de tonnes de détritus sont jetés chaque année dans les mers. 5.000 milliards de morceaux de plastiques flottent dans les eaux du globe.
Le flottage provoque la confusion entre un sac et une méduse : tortues, oiseaux, poissons croient s'en nourrir. Fragmentés par les vagues, les plastiques sont ingérés par les poissons puis retrouvent la chaîne alimentaire des humains avec des conséquences sur leur santé que l'on commence à appréhender.
Il n'est plus tolérable de continuer ainsi.
Les mesurettes prises, ici ou là, ne sont pas à la dimension du problème : incitations individuelles à la "vertu" et poubelles sur les ports ne suffisent pas. La "libre concurrence" est nocive pour la planète. Les autorités maritimes internationales et les États doivent réagir et vite.
Le PCF agit en ce sens et propose notamment des mesures concertées et vérifiables :

- Interdiction de la décharge de déchets en remblais sur le trait de côte
- Accélérer la dépollution des fleuves côtiers et des égouts des grandes villes côtières (avec aide aux pays pauvres)
- Contrôler les produits embarqués et les déchets ramenés à terre
- Bannir les plastiques pour les emballages embarqués
- Surveiller les rejets de déchets en mer comme cela se pratique pour les déballastages et dégazages sauvages
- Contrôler et réglementer la grande pêche hauturière et le chalutage. Modifier la nature des filets de pêche pour les rendre dégradables et éviter qu'ils ne se transforment en pièges redoutables ..…

Parti communiste français

dimanche 5 août 2018

Empêcher l'étouffement de l'affaire Benalla-Macron

Notre pays traverse une très grave crise institutionnelle et démocratique.

L’affaire Benalla est devenue officiellement une « affaire Macron » puisque le Président de la République revendique en être « le seul responsable », tout en affirmant n’avoir à en rendre compte devant aucune institution de la République, et surtout pas au Parlement. La démocratie est bafouée comme jamais. Le danger est d’autant plus grand qu’au même moment, Emmanuel Macron fait tout pour imposer une révision de la Constitution aggravant tous ses traits anti-démocratiques, même s’il vient d’en être provisoirement empêché par la suspension des travaux parlementaires sur cette révision.
Ce scandale d’État est révélateur de ce qui doit cesser au plus vite dans notre République: l’omnipotence et l’impunité dont jouit le Président de la République, hors de tout contrôle démocratique. Les conséquences de cette affaire seront durables, mais elles ne sont pas jouées. L’avenir ne sera pas le même selon que l’emportera dans l’opinion la colère, le dégoût, le discrédit de la démocratie ou au contraire la mobilisation populaire pour exiger la transparence et la justice jusqu’au bout dans cette affaire, l’abandon de la révision constitutionnelle programmée par Macron et au-delà une refondation démocratique de nos institutions jusqu’à l’avènement d’une nouvelle République fondée sur une nouvelle Constitution.
Une bataille majeure est désormais engagée. Les parlementaires communistes et notre parti l'avaient lancée avant même l’affaire Benalla en prêtant leur nouveau serment du jeu de Paume le 9 juillet, quand Emmanuel Macron est venu devant le congrès à Versailles.
Quels premiers enseignements tirer de cette affaire?
Premièrement, l’extrême gravité des faits. Le chef de la sécurité privée de l’Élysée, Alexandre Benalla, qui assurait déjà la garde rapprochée du Président pendant sa campagne, a été installé à un poste clé, cela en dehors et même à l’encontre des services de protection officielle de la police nationale. Cet homme a été protégé et ne cessait d’intervenir en dépassant ses fonctions. Aussi grave soit-il, le 1er mai n’a pas été un cas isolé. Pourquoi n’y-a-t-il pas eu plus tôt des réactions? Comment cela a-t-il été rendu possible? Parce que l’impunité présidentielle s’insinue comme un poison dans notre vie politique et institutionnelle, et que le sésame présidentiel s’impose au respect des règles publiques et démocratiques. Mais plus grave encore, on sait désormais, qu’une réforme de la sécurité de l’Élysée, actuellement assurée par un service de la police nationale et par un commandement militaire, envisageait d’introduire la sécurité privée dans le nouveau dispositif au plus haut niveau de l’État. Benalla n’était donc pas un accident mais la préfiguration d’un projet de privatisation rampante de la sécurité de l’Élysée qui marquait, comme en ont témoigné les syndicats de policiers, une défiance à l’égard des fonctionnaires, de leur statut et de leur mission de service public, de leur code de déontologie. Macron veut, à tous les étages de la République, des services à sa main, et il veut tout simplement appliquer à l’Élysée ses principes de destruction de l’appareil d’État public, avec les recettes d’austérité et de privatisation qu’il entend infliger à toute la société.
Deuxième enseignement, la gravité de la réaction de l’Élysée. Celle-ci a bafoué tous les dispositifs de protection de la démocratie et des règles publiques qui auraient dû être appliquées. L’Élysée a cherché à étouffer l’affaire et à la mettre sous le tapis, en pleine connaissance de ce qui s’était passé. Sans l’article du journal Le Monde, tout aurait continué comme avant. Sans la réaction du Parlement, qui a refusé de poursuivre l’examen du projet constitutionnel, celui-ci aurait été adopté à l’Assemblée nationale cette semaine par une majorité de godillots En Marche. Aujourd’hui, la stratégie d’étouffement a explosé. Deux commissions d’enquête parlementaire, une instruction judiciaire, et une enquête de l’IGPN sont en cours. Alors que fait le Président de la République? Il déclenche l’arme lourde: celle de la toute puissance présidentielle dans nos institutions. « Je suis le seul responsable et comme je n’ai de compte à rendre à personne, fermez le ban, et on reprendra la révision constitutionnelle quand je le déciderai ». Et il lâche cette formule incroyable, digne d’un forcené assiégé, reclus dans son château: « qu’ils viennent me chercher! » En clair, le Président dit qu’il s’assoit sur les procédures en cours, sur le Parlement, et qu’il décidera seul des suites à donner à cette affaire. Et c’est là que nous touchons au fond du problème démocratique posé à notre pays par la dérive de tout le système vers la monarchie présidentielle absolue, négation même d’une République digne de son ce nom.
En déclarant, comme viennent de le faire successivement Édouard Philippe et Emmanuel Macron, que le Président de la République n’a de compte à rendre qu’au peuple directement, autrement dit qu’il ne relève d’aucun contrôle démocratique entre deux élections présidentielles, ils sacralisent le fait que le quinquennat devient ainsi une période de pleins pouvoirs pour le Président de la République. Ils ont beau dire que le gouvernement, lui, rend compte devant le Parlement, c’est une duperie puisque tous les arbitrages relèvent désormais du Président de la République. Et c’est le sens profond de la révision constitutionnelle engagée: pousser à terme cette logique pour aboutir à une Présidence encore augmentée et une démocratie encore diminuée. Et pour cela, réduire d’un tiers le nombre de parlementaires ce qui les coupera davantage du peuple et permettra au passage de liquider le pluralisme politique des assemblées; réduire leur pouvoir d’amendement, leur maîtrise de l’ordre du jour parlementaire au profit du gouvernement; réduire le nombre, le rôle et la libre administration des collectivités locales; réduire de moitié le nombre de membres du Conseil économique, social et environnemental... On sait au service de quel projet Emmanuel Macron veut ce régime de pleins pouvoirs: la liquidation de l’État social pour le seul service des riches, du capital financier et du marché. Cette société dangereuse, inégale et anti-démocratique, dans laquelle l’injustice et l’autoritarisme marchent de pair, nous ne devons pas l’accepter.
Tirer toutes les leçons de l’affaire Macron-Benalla, c’est donc empêcher l’étouffement de cette affaire et soutenir jusqu’au bout la manifestation de la vérité et la mise en œuvre des sanctions et des mesures qu’elle rendra nécessaires. C’est notamment refuser la privatisation en marche des missions de sécurité. C’est au delà amplifier la bataille pour l’abandon du projet constitutionnel macronien et empêcher la reprise des débats à la rentrée sur ces bases. C’est engager dans le pays un débat national d’ampleur pour la désintoxication présidentialiste du régime et la démocratisation profonde de la République. Les communistes et leurs parlementaires prendront toutes les initiatives nécessaires en ce sens.

samedi 4 août 2018

En Côte d'Ivoire Samba David enfin libéré

Samba David, président de la Coalition des Indignés de Côte d’Ivoire, à l’issue de 34 mois passés en prison pour délit d’opinion et après avoir été enfin hospitalisé depuis peu pour des problèmes cardiaques graves, vient d’être mis en liberté provisoire pour raisons médicales.
Le PCF qui, à maintes reprises, a demandé sa libération ainsi que celle de tous les autres prisonniers politiques, se réjouit de cette bonne nouvelle. Dans l’immédiat, tout doit être mis en œuvre en vue du meilleur suivi possible de sa santé. Les conditions déplorables de son incarcération ne sont sans doute pas étrangères à la grave dégradation de son état de santé. C’est une fois de plus un prisonnier politique qui sort exsangue et malade des sinistres geôles de Côte d’Ivoire. Ces situations ne peuvent plus durer. Aujourd’hui sa liberté provisoire doit se transformer en liberté définitive.
Le PCF continuera d’être aux côtés des progressistes et des démocrates pour que la Côte d’Ivoire respecte pleinement les libertés individuelles et collectives et s’engage dans une politique démocratique et de progrès social.

vendredi 3 août 2018

Transports grenoblois. Les communistes obtiennent le gel de certains tarifs

Les nouveaux tarifs ont été adoptés. Les élus communistes ont réussi à empêcher certains hausses, notamment pour les plus jeunes et les plus de 75 ans. Des hausses qui avaient pourtant été annoncées par Yan Mongaburu, président du SMTC. Reste un modèle de financement des transports aujourd’hui complexe et dépassé. Les élus communistes proposent d’aller vers la gratuité.


Le projet, c’était bien une nouvelle augmentation des tarifs des transports en commun grenoblois pour les abonnements annuels des personnes âgées de plus de 75 ans, dans la nouvelle grille applicable au 1er septembre. Non seulement pour les personnes âgées, mais aussi pour les jeunes. Ces augmentations n’auront pas lieu. De même que le ticket à l’unité n’augmentera pas non plus.
A l’origine de ces décisions prises lors de la réunion du syndicat mixte des transports en commun (SMTC) du 28 juin dernier, la mobilisation. Celle des usagers, mais aussi celle des élus communistes de l’agglomération grenobloise. Et notamment l’intervention de Jean-Paul Trovéro, maire de Fontaine et président de la Semitag – société mixte qui gère les transports en commun pour le compte du SMTC. Car la volonté du président du SMTC, Yan Mongaburu, était bien une nouvelle augmentation des tarifs hors tarification sociale – tarifs réduits accessibles en fonction du quotient familial.
Jean-Paul Trovéro, maire de Fontaine et président de la Semitag.
Cette tarification sociale – dont les conditions d’accès ne brillent guère par la facilité – n’évolue pas non plus. Les élus communistes s’en félicitent, naturellement. « Ce n’est pas une raison pour réduire la solidarité en direction des personnes âgées ou des plus jeunes », souligne Jean-Paul Trovéro. Mais c’est l’architecture d’ensemble de la grille tarifaire qui est devenue problématique. « Le coût des pleins tarifs, et notamment celui des abonnements annuels, est certainement devenu le plus cher de tous les réseaux de France même s’il est un fait que l’offre de transport sur notre métropole est importante », constate Jean-Paul Trovéro.
Dans un premier temps, le gel de certains tarifs va conduire à une prise en charge de 800 000 euros par la métropole et le SMTC. La contribution du département va également être sollicitée. Une évolution logique: la contribution des usagers était devenue plus importante que celle des collectivités, pour la première fois depuis la création du réseau des transports grenoblois.

Reste l’avenir et l’appel de Jean-Paul Trovero à « changer fondamentalement » la tarification des transports. Une étude a été lancée « je le rappelle, à la demande de notre groupe politique mais aussi des collectifs pour la gratuité et elle est très attendue ; elle concerne le bien-fondé et la faisabilité économique et sociale de la gratuité des transports ».
Le gel des augmentations prévues constitue donc un premier pas. Face à la pollution, aux engorgements, aux inégalités géographiques et sociales, il en faudra d’autres.

mercredi 1 août 2018

Fête de l'Humanité. Jeanne Added, un diamant irradiant

En concert sur la Grande Scène de la Fête de l'Humanité, samedi 15 septembre 2018.
Dès son premier disque à son nom, Be Sensational, en 2015, Jeanne Added fit sensation. Trois ans plus tard, sa date au Trianon, en octobre, affiche complet quatre mois avant. Quelle aubaine d’entendre la chanteuse à la Fête de l’Humanité ! Belle occasion de découvrir son album, Radiate, dont la sortie aura eu lieu la veille. Nous avons eu le privilège de l’écouter avant sa parution. On y goûte ce qui, dans Be Sensational, nous avait envoûtés chez Jeanne, mais avec l’impression d’un apaisement enfin trouvé. En réponse à la complexité et, parfois, à l’ambivalence de l’existence, Jeanne Added semble convoquer la dualité. Radiate recèle un étonnant alliage de lumière et de mystère, de révolte et de rêve.
À ce jour, elle s’est produite à la Fête de l’Humanité une seule fois : à Jazz’Hum’Ah en 2012, au stand de la fédération du Val-de-Marne. Officiant à la basse et au chant, elle y a offert un solo étourdissant. Elle n’avait pas l’air d’être sûre d’elle. Pourtant, son talent de diamant irradiait l’espace. L’insaisissable Jeanne s’évade de toute classification réductrice. À l’âge de 7 ans, elle a commencé le violoncelle classique. Adolescente, elle a étudié le chant lyrique, puis, durant une riche décennie, le jazz, au Conservatoire de Paris. En 2008, elle s’échappe vers le grunge et la rage que celui-ci porte en ses sons saturés. Elle s’entoure souvent de musiciennes. Histoire de sortir de l’univers très masculin qui prédomine dans le jazz et la plupart des musiques dites actuelles. Ses lectures de Virginia Woolf, Simone de Beauvoir et Virginie Despentes ont participé à sa prise de conscience. Assister à un concert de Jeanne Added, c’est, entre turbulences rock et mélodies éthérées, s’envoler sur les ailes de la liberté.

mardi 31 juillet 2018

Pourquoi les marxistes s’opposent au terrorisme individuel

Cet article de Léon Trotsky date de 1911.

Nos ennemis de classe ont l’habitude de se plaindre de notre terrorisme. Ce qu’ils entendent par là n’est pas très clair. Ils aimeraient qualifier de terrorisme toutes les activités du prolétariat dirigées contre les intérêts de nos ennemis de classe. La grève, à leurs yeux, est la principale méthode de terrorisme. Une menace de grève, l’organisation de piquets de grève, le boycott d’un patron esclavagiste, le boycott moral d’un traître de nos propres rangs – ils appellent tout cela terrorisme et bien plus encore. Si on conçoit de cette façon le terrorisme comme toute action inspirant la crainte ou faisant du mal à l’ennemi, alors, naturellement, la lutte de classe toute entière n’est pas autre chose que du terrorisme. Et la seule question restante est de savoir si les politiciens bourgeois ont le droit de déverser le flot de leur indignation morale à propos du terrorisme prolétarien, alors que leur appareil d’Etat tout entier avec ses lois, sa police et son armée ne sont rien d’autre qu’un appareil de terreur capitaliste !
Cependant, il faut dire que quand ils nous reprochent de faire du terrorisme, ils essaient, – bien que pas toujours sciemment – de donner à ce mot un sens plus étroit, plus indirect.
Dans ce sens strict du mot, la détérioration de machines par des travailleurs, par exemple, est du terrorisme. Le meurtre d’un employeur, la menace de mettre le feu à une usine ou une menace de mort à son propriétaire, une tentative d’assassinat, revolver en main, contre un ministre du gouvernement – toutes ces actions sont des actes terroristes au sens complet et authentique. Cependant, quiconque ayant une idée de la vraie nature de la social-démocratie internationale devrait savoir qu’elle s’est toujours opposée à cette sorte de terrorisme et le fait de la façon la plus intransigeante.
Pourquoi ? Faire du terrorisme par la menace d’une grève, ou mener de fait une grève, est quelque chose que seuls les travailleurs de l’industrie puissent faire. La signification sociale d’une grève dépend directement, premièrement, de la taille de l’entreprise ou du secteur industriel qu’elle affecte et, deuxièmement, du degré auquel les travailleurs y prenant part sont organisés, disciplinés, et prêts à l’action. Ceci est aussi vrai d’une grève politique que cela l’est pour une grève économique. C’est la méthode de lutte qui découle directement du rôle productif du prolétariat dans la société moderne.
Pour se développer, le système capitaliste a besoin d’une superstructure parlementaire. Mais comme il ne peut pas confiner le prolétariat moderne à un ghetto politique, il doit tôt ou tard permettre aux travailleurs de participer au parlement. Dans toutes les élections, le caractère de masse du prolétariat et son niveau de développement politique – quantités, qui, une fois de plus, sont déterminées elles aussi par son rôle social, c’est-à-dire, par-dessus tout, son rôle productif – trouvent leur expression.
Dans une grève, de même que dans des élections, la méthode, le but, et les résultats de la lutte dépendent toujours du rôle social et de la force du prolétariat en tant que classe. Seuls les travailleurs peuvent mener une grève. Les artisans ruinés par l’usine, les paysans dont l’eau est polluée par l’usine, ou les membres du lumpenprolétariat, avides de saccage, peuvent briser les machines, mettre le feu à une usine ou assassiner son propriétaire. Seule la classe ouvrière, consciente et organisée, peut envoyer une foule en représentation au parlement pour veiller aux intérêts des prolétaires. Par contre, pour assassiner un personnage officiel en vue, on n’a pas besoin d’avoir derrière soi les masses organisées. La recette pour fabriquer des explosifs est accessible à tous, et on peut se procurer unBrowning n’importe où. Dans le premier cas, il s’agit d’une lutte sociale, dont les méthodes et les moyens découlent nécessairement de la nature de l’ordre social dominant du moment, et, dans le second, d’une réaction purement mécanique, identique n’importe où – en Chine comme en France – très frappante dans sa forme extérieure (meurtre, explosions, et ainsi de suite... ) mais absolument inoffensive en ce qui concerne le système social.
Une grève, même d’importance modeste, a des conséquences sociales : renforcement de la confiance en soi des travailleurs, renforcement des syndicats et même, assez souvent, une amélioration de la technologie de production. Le meurtre du propriétaire d’usine ne produit que des effets de nature policière, ou un changement de propriétaire dénué de toute signification sociale. Qu’un attentat terroriste, même « réussi », jette la confusion dans la classe dirigeante, dépend des circonstances politiques concrètes. Dans tous les cas, cette confusion ne peut être que de courte durée. L’Etat capitaliste ne se fonde pas sur les ministres du gouvernement et ne peut être éliminé avec eux. Les classes qu’il sert trouveront toujours des remplaçants ; la machine reste intacte et continue de fonctionner.
Mais le désordre introduit dans les rangs des masses ouvrières elles-mêmes par un attentat terroriste est plus profond. S’il suffit de s’armer d’un pistolet pour atteindre son but, à quoi bon les effets de la lutte de classe ? Si un dé à coudre de poudre et un petit morceau de plomb sont suffisants pour traverser le cou de l’ennemi et le tuer, quel besoin y a-t-il d’une organisation de classe ? Si cela a un sens de terrifier des personnages hauts placés par le grondement des explosions, est-il besoin d’un parti ? Pourquoi les meetings, l’agitation de masse, et les élections, si on peut si facilement viser le banc des ministres de la galerie du parlement ?
A nos yeux la terreur individuelle est inadmissible précisément parce qu’elle rabaisse le rôle des masses dans leur propre conscience, les faits se résigner à leur impuissance, et leur fait tourner les yeux vers un héros vengeur et libérateur qui, espèrent-ils, viendra un jour et accomplira sa mission. Les prophètes anarchistes de la « propagande de l’action » peuvent soutenir tout ce qu’ils veulent à propos de l’influence élévatrice et stimulante des actes terroristes sur les masses. Les considérations théoriques et l’expérience politique prouvent qu’il en est autrement. Plus « efficaces » sont les actes terroristes, plus grand est leur impact, plus ils réduisent l’intérêt des masses pour l’auto-organisation et l’auto-éducation.
Mais les fumées de la confusion se dissipent, la panique disparaît, le successeur du ministre assassiné apparaît, la vie s’installe à nouveau dans l’ancienne ornière, la roue de l’exploitation capitaliste tourne comme auparavant ; seule la répression policière devient plus sauvage, plus sûre d’elle-même, plus impudente. Et, en conséquence, au lieu des espoirs qu’on avait fait naître, de l’excitation artificiellement soulevée, arrivent la désillusion et l’apathie.
Les efforts de la réaction pour mettre fin aux grèves et au mouvement de masse des ouvriers en général se sont toujours, et partout, soldés par un échec. La société capitaliste a besoin d’un prolétariat actif, mobile et intelligent ; elle ne peut, donc, maintenir le prolétariat pieds et poings liés pendant très longtemps. D’autre part, la propagande anarchiste de « l’action » a montré chaque fois que l’Etat est plus riche en moyen de destruction physique et de répression mécanique que ne le sont les groupes terroristes.
S’il en est ainsi, où cela laisse-t-il la révolution ? Est-elle rendue impossible par cet état de choses ? Pas du tout. Car la révolution n’est pas un simple agrégat de moyens mécaniques. La révolution ne peut naître que de l’accentuation de la lutte de classe, et elle ne peut trouver une garantie de victoire que dans les fonctions sociales du prolétariat. La grève politique de masse, l’insurrection armée, la conquête du pouvoir d’Etat – tout ceci est déterminé par le degré auquel la production s’est développée, l’alignement des forces de classes, le poids social du prolétariat, et enfin, par la composition sociale de l’armée, puisque les forces armées sont le facteur qui, en période de révolution, détermine le sort du pouvoir d’Etat.
La social-démocratie est assez réaliste pour ne pas essayer d’éviter la révolution qui se développe à partir des conditions historiques existantes ; au contraire, elle évolue pour affronter la révolution les yeux grands ouverts. Mais, contrairement aux anarchistes, et en opposition directe avec eux, la social-démocratie rejette toutes les méthodes et tous les moyens ayant pour but de forcer artificiellement le développement de la société et de substituer des préparations chimiques à la force révolutionnaire insuffisante du prolétariat.
Avant d’être promu au rang de méthode de lutte politique, le terrorisme fait son apparition sous la forme d’actes de vengeance individuels. Ainsi en était-il en Russie, terre classique du terrorisme. Le fait qu’on eût donné le fouet à des prisonniers politiques poussa Véra Zassoulitch à exprimer le sentiment général d’indignation par une tentative d’assassinat du général Trépov. Son exemple fut imité dans les cercles de l’intelligentsia révolutionnaire qui manquait de tout support de masse. Ce qui avait commencé comme un acte de vengeance non réfléchi se développa pour devenir tout un système en 1879-1881. Les vagues d’assassinat commis par les anarchistes en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord viennent toujours après quelque atrocité commise par le gouvernement – le fait de tirer sur des grévistes ou l’exécution d’opposants politiques. La source psychologique du terrorisme la plus importante est toujours le sentiment de vengeance à la recherche d’un exutoire.
Il n’est pas besoin d’insister sur le point que la social-démocratie n’a rien de commun avec ces moralistes vénaux qui, en réponse à tout acte terroriste, font des déclarations à propos de la « valeur absolue » de la vie humaine. Ce sont les mêmes qui, en d’autres occasions, au nom d’autres valeurs absolues – par exemple l’honneur de la nation ou le prestige du monarque – sont prêts à pousser des millions de gens dans l’enfer de la guerre. Aujourd’hui, leur héros national est le ministre qui accorde le droit sacré de la propriété privée, et, demain, quand la main désespérée des travailleurs au chômage se serre en un poing ou ramasse une arme, ils profèrent toutes sortes d’inepties à propos de l’inadmissibilité de la violence sous quelque forme que ce soit.
Quoi que puissent dire les eunuques et les pharisiens de la moralité, le sentiment de vengeance a ses droits. Il accorde à la classe ouvrière le plus grand crédit moral : le fait qu’elle ne regarde pas d’un œil indifférent, passivement, ce qui se passe dans ce meilleur des mondes. Ne pas éteindre le sentiment de vengeance inassouvi du prolétariat, mais au contraire l’attiser encore et encore, le rendre plus profond, et le diriger contre les causes réelles de toute l’injustice et de la bassesse humaine – c’est là la tâche de la social-démocratie.
Si nous nous opposons aux actes terroristes, c’est seulement que la vengeance individuelle ne nous satisfait pas. Le compte que nous avons à régler avec le système capitaliste est trop grand pour être présenté à un quelconque fonctionnaire appelé ministre. Apprendre à voir tous les crimes contre l’humanité, toutes les indignités auxquelles sont soumis le corps et l’esprit humain, comme les excroissances et les expressions déformées du système social existant, dans le but de diriger toutes nos énergies en une lutte contre ce système – voilà la direction dans laquelle le désir brûlant de vengeance doit trouver sa plus haute satisfaction morale.

lundi 30 juillet 2018

Fête de l'Humanité. Bernard Lavilliers, du chaudron au paradis

Le chanteur stéphanois revient à la Fête avec son magnifique nouvel album 5 Minutes au paradis, un opus engagé qui s’ancre dans l’actualité.
Bernard Lavilliers participe à la Fête de l’Humanité pour la 9e fois. Record absolu ! Depuis son premier passage, en 1976, « Nanard » a fait cogiter plusieurs générations avec son envie de refaire le monde. Sur la Grande Scène, Lavilliers interprétera notamment son dernier album, 5 Minutes au paradis. Pour son 22e disque, il juxtapose subtilement les registres musicaux, avec du rock, des mélodies tropicales et des arrangements plus électroniques. Une prouesse qui nous rappelle son premier grand succès : les Barbares, en 1976. Il offre une écriture toujours plus acérée et décrit l’actualité sans concession, notamment dans Croisières méditerranéennes. Il y évoque la tragédie des migrants qui ont fui leur pays en guerre et qui se retrouvent abandonnés dans la Méditerranée. Avec sa voix chaude, le chanteur ne tombe pas dans le pathos et nous livre un témoignage édifiant : « On est venu de loin, plus loin que tes repères, à des millions de pas / On est venu à pied du fond de la misère, ne nous arrête pas / “Retourne à la maison” et s’il y en avait eu, je ne serais pas là / Et la mer engloutit, dans un rouleau d’écume, mon chant et puis ma voix ».

L’un de ses disques les plus sombres de sa carrière

5 Minutes au paradis est sûrement l’un des disques les plus sombres de la carrière de Lavilliers. Avec beaucoup de chansons réalistes, il évoque en grand la noirceur du monde tel qu’il est, comme il a toujours aimé le faire. Celui qui aurait très bien pu finir boxeur ou bandit a grandi dans la réflexion politique et sociale, élevé par un père résistant, communiste et syndicaliste. Il a vu dans la musique une opportunité unique d’exprimer son point de vue anarchiste mais aussi de pouvoir rendre hommage. C’est d’ailleurs ce qu’il fait dans Vendredi 13, où il évoque les attentats du Bataclan et se sert de sa voix comme d’une arme. Il condamne les terroristes, ces « mercenaires du diable » qu’il compare aux assassins de la Commune et aux chemises brunes.
Le chanteur stéphanois qui, dans sa jeunesse, a été apprenti tourneur dans une manufacture d’armement, est sensible à la condition ouvrière. Ses grands succès Fensch Vallée (1976) et les Mains d’or (2001) sont même devenus des hymnes du peuple opprimé. Dans le présent album, Bon pour la casse est un pont vers la nouvelle génération des cols blancs interchangeables. Bernard Lavilliers raconte l’histoire d’un cadre sup qui se retrouve viré de son entreprise comme un malpropre, sans aucune autre raison que l’économie salariale.
Le chanteur trouve en effet les mots justes pour décrire la rudesse de cette société capitaliste poussée dans les extrêmes. La chanson Charleroi, écrite avec le groupe de rock français Feu ! Chatterton, donne une vue d’ensemble sur le centre industriel belge qui a longtemps été frappé par la crise. Le magnifique clip réalisé par Gaëtan Chataigner est éloquent. Aujourd’hui, Charleroi va mieux et Lavilliers le sait. On le devine avec la fin de la chanson, planante et pleine d’espoir pour le futur, grâce à la chaleur humaine et la solidarité entre toutes les communautés. Il fait notamment référence aux nombreuses familles d’immigrants qui sont venues travailler dans ces villes du Nord : « La Méditerranée est là / Glacée dans son cadre de fer / De Rome jusqu’à Casablanca / Ils se partagent la ­poussière / Ils réinventent leur soleil / Leur musique et leurs habitudes / Leurs couleurs, leurs piments pareil / Pour éviter la solitude, la solitude ».
En contrepoint du reste de l’album, la collaboration entre Lavilliers et Benjamin Biolay a offert deux chansons rêveuses pleines de nostalgie : Montparnasse-Buenos Aires et Paris la Grise. Ces mélodies sud-américaines sont la marque de fabrique de Lavilliers. Inspiré par ses nombreux voyages, il y chante Paris et ses poètes, Verlaine et Apollinaire en tête. Il ne boude pas la capitale argentine et les artistes qui l’ont fréquentée : Pablo Neruda et Borges. Ces ballades, rendues envoûtantes par les cuivres, ne sont pas sans nous rappeler O Gringo (1980), opus écrit après ses périples en Jamaïque, à New York et au Brésil. Ce voyage auditif, teinté de salsa, de samba et de reggae, est aujourd’hui son album le plus vendu (plus de 600 000 ventes).
Bernard Lavilliers viendra donc à la Fête de l’Humanité pour nous faire réfléchir et voyager. Mais il compte bien en profiter lui-même en rencontrant des poètes, en assistant à des concerts et des conférences, comme il le fait à chaque fois qu’il vient, auprès de ceux qui sont devenus ses amis.