La fete des Allobroges

jeudi 6 avril 2017

Présidentielle. La stratégie de Mélenchon pour créer la surprise

insoumise, soutenu par le PCF, veut intensifier sa campagne d’éducation populaire pour convaincre les abstentionnistes et les indécis.
De sondage en sondage, le passage de Jean-Luc Mélenchon de la cinquième à la quatrième place se confirme. Hier encore, deux enquêtes, l’une d’OpinionWay/Orpi, l’autre d’Ipsos Sopra Steria, ont crédité le candidat de la France insoumise de 15 % des intentions de vote. La troisième marche, occupée par François Fillon, et plus encore celle du second tour sont encore hautes mais plus inaccessibles, veulent croire ses soutiens. « Il y a clairement une dynamique en sa faveur au détriment de Benoît Hamon. C’est une différence forte avec 2012 où la dynamique s’était arrêtée sur le mur du vote utile en faveur de François Hollande », confirme Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop.
« Tout est possible, particulièrement dans ces élections qui ressemblent peu aux précédentes : Jean-Luc Mélenchon peut se retrouver au second tour comme connaître une décrue. Notre responsabilité est de faire grandir la vague », relève Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble, qui soutient le candidat. L’expérience le montre, les sondages ne se vérifient pas toujours. En 2012, une enquête CSA créditait, courant avril, Jean-Luc Mélenchon de 17 %, quelques semaines plus tard, il parviendra à réunir 11,1 %. « Au-delà des sondages, depuis la semaine dernière, nous avons la confirmation sur le terrain, dans nos actions militantes de cette percée », assure Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, qui appelle à voter pour Jean-Luc Mélenchon.

La cible prioritaire : les indécis et les potentiels abstentionnistes

Pour l’équipe de campagne FI, cette dynamique confirme un choix stratégique auquel le candidat devrait se tenir. « Il apparaît comme celui qui est le plus en capacité de donner une issue positive à toutes les tensions dans notre pays », explique Alexis Corbière, le porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, qui juge qu’il faut avancer « inlassablement » sur les piliers du programme. Soit la réponse à l’urgence démocratique, sociale et écologique. De son côté, le PCF entend y contribuer, dans le cadre de « sa campagne autonome », notamment avec « 10 000 rencontres de proximité ». La cible prioritaire : les indécis et les potentiels abstentionnistes. « Environ la moitié des électeurs n’a pas fait son choix, l’objectif des derniers jours est de nous adresser à eux », ajoute Manuel Bompard, le directeur de campagne de FI, grâce notamment aux sept « caravanes » lancées en fin de semaine dans les quartiers populaires. Pour le candidat, le tempo des meetings sera soutenu avec Marseille ce dimanche, puis Lille et Toulouse la semaine suivante. « Le parler “cru et dru” qui était un calcul en 2012 a servi à percer le mur médiatique dans un premier temps. Mais on ne pouvait pas en rester là, il fallait pouvoir devenir audible sur le fond et articuler une pensée qui s’adresse à l’intelligence », développe Charlotte Girard.
Un changement qui porte ses fruits dans l’opinion. Non seulement Jean-Luc Mélenchon est, parmi les cinq candidats en tête, jugé « le plus honnête » (37 % des sondés) et le plus au fait de la vie quotidienne et des préoccupations des Français (44 %), mais il est aussi le moins inquiétant, selon un sondage Ifop publié hier par Paris Match. « Le Mélenchon de 2012 qui disait “je suis le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas” a laissé la place à un candidat rassurant, honnête et de proximité », estime Frédéric Dabi. Charlotte Girard évoque aussi l’investissement sur les réseaux sociaux, qui permet de sortir des caricatures parfois brossées par les médias traditionnels.
S’il incarne le mieux pour les électeurs les idées et les valeurs de la gauche, le candidat n’entend pas pour autant dévier de sa ligne stratégique. « Mon défi n’est pas de “rassembler la gauche”, étiquette devenue bien confuse ; il est de fédérer le peuple », répète-il. Rassemblement avec Benoît Hamon ? « Est-ce que les trois dernières semaines doivent être une polémique permanente avec le candidat du PS qui ne cesse de dire qu’il est central ? Arrêtons de tourner en rond et avançons. Dans l’histoire de la Ve République, il y a toujours eu plusieurs candidatures », argue Alexis Corbière. Mais « le total des voix de gauche reste historiquement bas », s’inquiète Olivier Dartigolles, qui plaide pour ne pas évacuer la question d’une future « majorité de gauche ».

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