Appel

vendredi 23 décembre 2011

Annie Ernaux : Je vais voter Front de Gauche, Mélenchon, car il reprend une parole, communiste mais pas seulement, qu'on n'entendait plus.

Honte sociale, lutte des classes, Mélenchon, sexe, écriture : à l'occasion de la parution de l'anthologie « Ecrire la vie », Rue89 a rencontré l'écrivain Annie Ernaux.
Elle est assise dans la pénombre d'un orage hivernal, au bureau de Gaston Gallimard, et de sa vie dont nous parlons, de sa colère immense d'être née de ces parents-là, de l'amour qui font tous ses livres depuis « Les Armoires vides », il semble que c'est la honte qui prend le dessus.
La honte sociale, elle s'en est vengée en écrivant : écrire ce n'était pas un désir, mais une volonté. Mais la honte d'avoir renié ses parents, de les avoir détestés d'être si vulgaires, sales, incultes et gauches avec leur amour, d'avoir quitté très tôt leur monde sans jamais appartenir à celui des autres (ceux qui avaient des salle de bains, des mères parfumées et un peu artificielles qui disaient « sensas »), elle ne s'en est pas défaite. Elle l'a fouillée avec une impudeur et une liberté totales.
Annie Ernaux est une écrivain engagée, une écrivain marxiste et féministe. Mais cela n'a aucun sens de la présenter ainsi, tant sa langue est sienne et intérieure. Les textes très intimes – sur l'avortement, l'aliénation amoureuse – qui ont suivi « Les Armoires vides » ou « La Place » ne l'ont jamais empêchée de cuver la révolte politique.
« Ecrire la vie », que Gallimard publie dans la collection Quatro, regroupe l'œuvre littéraire d'Annie Ernaux, dans l'ordre de sa biographie, non de la publication de ses livres.
Il y a, pour ouvrir cette anthologie, une cinquantaine de pages où se superposent des extraits inédits de son journal et des photographies.
Avant de rentrer dans sa maison de banlieue qui ressemble aux villas de ces filles du Havre qu'elle haïssait, elle se plie docilement à la séance photo. Et remercie Audrey Cerdan (photographe de Rue89) de la traiter gentiment.
Rue89 : Vous vous voyez dans le métro avec le regard de l'enfant que vous étiez. Et vous n'aimez pas la femme élégante, cultivée que la fille d'épiciers d'Yvetot est devenue. Est-il donc impossible de se réconcilier ?
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