samedi 5 juillet 2014

Gauche : ne plus tarder ! Pour un grand mouvement citoyen qui donnera corps à l’alternative à gauche

Le choc qu’a représenté la double gifle administrée aux dernières élections n’en finit plus de provoquer des réactions inquiètes, voire effarées. Va-t-on vraiment laisser la gauche s’affaiblir sans limites jusqu’à disparaître comme en Italie ? Pour nécessaires qu’elles soient, ces réactions ont une faiblesse, celle d’être désordonnées, et partant de ne pas dégager une perspective commune et crédible de résistance et de reconquête.

La situation que nous connaissons a certainement des causes multiples. Il est donc normal qu’on cherche à les cerner, ce qui suppose que les analyses se développent, s’épaulent voire se confrontent. Mais le rythme de l’analyse n’est pas celui de l’action. Ou plutôt il n’est pleinement productif que s’il est pris dans une dynamique politique qui permette le regroupement plutôt que la culture de son point de vue propre.

Or le temps nous presse ; le retard est si grand qu’il va venir bientôt à manquer.

Il existe entre nous un point d’accord fondamental. La responsabilité principale de l’affaissement du soutien aux diverses composantes de la gauche et de l’écologie politique, de la montée de l’abstention et du renforcement de l’extrême droite, réside dans la politique Hollande-Valls. Dans sa forme, tant le reniement des promesses de campagne fut total et provocateur, jusqu’à épouser sans complexe le langage même et les formules de l’adversaire libéral. Et bien sûr sur le fond, les choix successifs durcissant au fur et à mesure la conversion complète aux politiques de la finance et du Medef, imposées y compris contre les mobilisations populaires qui les contestent, qui sont pourtant particulièrement porteuses d’avenir. Politique de l’austérité qui fait pourtant la preuve partout qu’elle est le problème, pas la solution.

A quoi il faut ajouter le rejet d’une réelle et profonde transition énergétique, pourtant immédiatement indispensable et potentiellement créatrice de profusion d’emplois non délocalisables. Et l’abandon de la quasi-totalité des réformes sociétales promises, dont l’emblématique droit de vote pour les étrangers non communautaires. Ceci enfin dans une caricature des comportements antidémocratiques d’une Ve République manifestement à bout de souffle.

Débat sur la réforme territoriale


Débat sur la réforme territoriale par Frontdegauche-Rhonealpes

Le Président de la République a décidé d'engager un bouleversement de l'organisation des pouvoirs publics de la République. La manière dont se prépare la réforme est un véritable coup de force. Le coup d'Etat permanent qui qualifie la 5e République se poursuit. Ainsi le Sénat n'a que quinze jours pour examiner le premier projet de loi.
Or il le fait au lendemain des élections municipales et européennes. L'un après l'autre les deux scrutins ont marqué l'approfondissement de la crise politique qui devient dangereuse pour notre démocratie et le pays. Nos concitoyens se reconnaissent de moins en moins dans les institutions de la République.
Notre peuple est épuisé par l'alternance des temps d'espérance immédiatement suivis de graves déceptions. Le message des urnes est un désaveu cinglant de la politique conduite par François Hollande. Les plus déboussolés sont celles et ceux mêmes qui l'ont porté au pouvoir.
La 5e République est à bout de souffle. Les défis de notre époque, les crises politique, sociale, environnementale appellent donc de profondes transformations, l'instauration d'une 6e République comme le propose le Front de gauche.
Nos institutions doivent évoluer vers un fonctionnement plus démocratique, avec une meilleure répartition des moyens et des compétences pour reprendre prise sur la vie réelle et mettre au pas la finance qui reste et demeure notre adversaire.
C'est à ce défi démocratique que doit répondre une réforme territoriale. L'enjeu lorsqu'on parle des collectivités locales porte en effet sur trois dimensions majeures : la démocratie, le service public, la proximité.
Nous lançons une alerte à nos concitoyens, aux rhônalpins, qu'ils mesurent que ce qui va se décider fera leurs conditions de vie pendant des décennies.
Quand on parle collectivités locales on parle logement, petite enfance, écoles, collèges et lycées, personnes âgées, transports, culture, eau, gestion des déchets ... Qu'ils se demandent si ce qui va se décider améliorera le développement de services publics et favorisera donc leur quotidien.
Quand on parle de collectivités locales on parle de la démocratie de proximité. Qu'ils se demandent si les lieux de décision se rapprocheront d'eux et s'ils pourront mieux y intervenir.
Alors que les citoyens réclament une puissance publique capable de défendre leurs intérêts et de répondre à leurs besoins. Alors que les forces de la finance mondialisée font la pluie et surtout le mauvais temps, notre République a un besoin vital et urgent d'un nouvel élan pour développer des espaces démocratiques aptes à contrer la dictature de l'argent-roi.

vendredi 4 juillet 2014

Déclaration de Valls: Une provocation inacceptable !(Communiqué de la CGT)

A la veille de la Conférence sociale organisée par le gouvernement avec les organisations patronales et syndicales, les 7 et 8 juillet, le Premier ministre Manuel Valls vient d’annoncer publiquement son choix de ne plus parler des sujets qui fâchent le patronat. Ce choix confirme plus que jamais le sens politique des mesures qui impacteront la vie des salariés de ce pays.

Le patronat uni comme jamais veut imposer son modèle social où les questions précisément sociales disparaissent tout simplement du paysage. La moindre avancée dans ce domaine est vécue par le patronat comme une entrave au développement économique des entreprises.

Ainsi, très concrètement, le gouvernement donne raison au patronat  qui ne veut plus entendre parler de la reconnaissance de la pénibilité et de la responsabilité qu’il porte dans ce volet. Dans cette même logique, les dispositions sur le temps partiel, pourtant assortis de nombreuses dérogations, sont encore affaiblies. Le Premier ministre fait le choix de préempter la future négociation relative aux Institutions Représentatives du Personnel, en répondant à la revendication du patronat de relever les seuils sociaux. Rappelons que ces seuils sont déterminants pour la représentation collective et les droits des salariés. Enfin, le Premier ministre reprend une vieille revendication patronale en annonçant un chantier de simplification du Code du Travail.

Ainsi l’engagement et la signature du patronat concernant les très maigres concessions accordées lors des différents Accords Nationaux Interprofessionnels, deviennent un point de détail qu’il n’est pas nécessaire de respecter.

Alors que les exigences sociales des salariés, des demandeurs d’emploi et des retraités sont extrêmement fortes dans notre pays, le gouvernement choisi son camp : celui du patronat qui ne veut rien lâcher sur le terrain des revendications que le syndicalisme et la CGT défendent.

Par ailleurs, la CGT est fortement préoccupée par ces dernières annonces. Elles entendent cantonner le syndicalisme tout entier dans un rôle de figuration, particulièrement méprisant, pour l’exercice de la démocratie sociale.

C’est dans ces conditions que la CGT s’adresse, ce jour, au président de la République à travers une lettre ouverte en exigeant la clarification que ces déclarations appellent. 

Gattaz répond à côté de la plaque, l’Humanité maintient

Par Thomas Lemahieu
Après nos révélations, le patron des patrons fait une présentation tronquée des résultats de son groupe. L’objectif ? Minorer les profits pour justifier la dégringolade, de 25 % à 3 %, des impôts payés en France…
«C’est un monument de rigolade, cet article de l’Humanité. J’adore. » Président du directoire de l’entreprise familiale Radiall et numéro un du patronat français, Pierre Gattaz a donc « adoré » – c’est sur l’antenne de France Info qu’il l’a dit mardi soir – nos révélations sur les procédés d’optimisation qui permettent à son groupe de réduire à néant, ou presque, sa contribution fiscale en France, tout en bénéficiant de crédits d’impôt et en multipliant les dividendes (lire notre édition du 1er juillet).
Après n’avoir pas donné suite, lundi, à nos sollicitations avant parution, après avoir fait le dos rond, mardi, pendant une partie de la journée – au Nouvel Obs, son entourage s’est juste dit « surpris par l’interprétation des chiffres » –, Pierre Gattaz a fini, devant le buzz, par retrouver sa langue. En guise de « réponse » à nos informations, il a posté sur son blog (1) un billet narquois en forme de « petit cours d’économie pour débutants ». Au-delà de sa « fascinante affirmation » selon laquelle un impôt, ou un crédit d’impôt comme le Cice (crédit d’impôt compétitivité emploi) ne serait pas de l’argent public (lire ci-contre), le président du Medef ricane un peu et raille beaucoup en mettant en avant une série de données comptables différentes des nôtres, aussitôt reprises par nos confrères mais passablement tronquées. De quoi permettre à l’AFP qui, plus tôt dans la journée, avait diffusé l’essentiel de notre enquête, de faire machine arrière en titrant une dépêche : « Gattaz répond point par point aux accusations de l’Humanité sur son entreprise ».

Le problème pour Pierre Gattaz – et ceux qui choisiront de le suivre aveuglément –, c’est que rien de ce qu’il avance ne remet en cause les révélations de l’Humanité. C’est d’ailleurs logique à partir du moment où le patron de Radiall choisit d’éluder complètement la question, centrale dans notre enquête, des prix de transfert, ce mécanisme d’optimisation fiscale qui, à la faveur des flux de biens ou de services entre les filiales implantées dans le monde entier, permet aux groupes d’affecter les marges aux bureaux de vente à l’étranger qui bénéficient des régimes fiscaux les plus avantageux. Les données contenues dans les rapports annuels du groupe Radiall sont explicites et incontestables – et d’ailleurs Pierre Gattaz ne les conteste pas : la part de la contribution fiscale payée par Radiall en France est passée, entre 2010 et 2013, de 25 % à 3 % ; 202 000 euros ont ainsi été versés au titre de l’impôt sur les bénéfices dans l’Hexagone (sur 6 millions d’euros d’impôts au total dans le monde) ; les crédits d’impôts, Cice compris, ont ­dépassé les 2 millions d’euros pour l’année 2013 ; pour un montant de 2,8 millions d’euros en 2014, les dividendes, au bénéfice quasi exclusif de la famille Gattaz, ont presque doublé en quelques années.

jeudi 3 juillet 2014

Communiqué du syndicat de la magistrature : "Et pendant ce temps-là...

Et pendant ce temps-là…
Ils sont nombreux à diffuser compulsivement des images de voitures aux vitres fumées s’engouffrant dans des parkings, à bâtir des contes médiatiques de grands complots et de petites vengeances, à gesticuler et à s’indigner d’une prétendue violence et brutalité judiciaire, bien évidemment orchestrée…

Et pendant ce temps-là, à Calais, des dizaines de CRS, munis de bombes lacrymogènes et de tout l’arsenal militariste détruisent le seul toit et les quelques attaches de ces migrants fuyant la misère et la violence, pour mieux les mettre à la rue ou les expulser massivement. Et ailleurs, en région parisienne, on rase, on détruit des bidonvilles, où se réfugient des familles entières, citoyens européens et d’ailleurs, qui tentent de faire valoir leurs droits, à une vie familiale normale, à un logement décent, à la scolarisation des enfants, à un accès à la santé face à des autorités qui ne cherchent qu’à déplacer ce qu’ils ne voient que comme un « problème ». Ces autorités qui saisissent la justice pour « soulager » le riverain, cet objet politique qui autorise toutes les outrances et le reniement de toute valeur d’accueil et de solidarité…
   
Qu’ont-ils fait ces migrants ? Ils cherchent asile et, dans leur parcours, n’aspirent qu’à vivre, simplement à trouver où dormir et où manger.

Et pendant ce temps-là, chaque jour en région parisienne (et ailleurs), des quidams passent non pas 15 heures mais bien plus, 24, 48 heures ou plus en garde à vue. Et poursuivent leur « nuit » dans les dépôts : ces prisons souterraines des tribunaux où ceux-là - précaires, étrangers, banlieusards – croupissent pendant encore 20 heures dans l’attente de leur comparution devant un juge. Et parfois encore plus, quand les principes cèdent sous la pression productiviste et que les juridictions contournent ces délais en les interrompant artificiellement par quelques mots de présentation, avant de renvoyer les personnes dans leurs geôles pour encore quelques heures.

Qu’ont-ils fait ? Des ventes à la sauvette, des usages de stupéfiants, des vols et recels de montant dérisoire… Autant d’infractions mineures que quinze années d’obsession sécuritaire ont rendu responsables de tous les maux. Autant d’infractions mineures qui remplissent nos prisons insalubres.

Où est donc la brutalité de l’institution ?

Les faux pas d’Hollande et Valls dévastent le dialogue social

Par Laurence Dequay
C’est le zigzag de trop. Pour ramener le patronat aux différentes tables rondes de la conférence sociale des 7 et 8 juillet, le Premier ministre Manuel Valls a tranché : jetant à la poubelle les projets de décrets rédigés par les équipes de Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales et de la Santé, il reporte d’un an, au premier janvier 2016, l’obligation pour les entreprises de répertorier exhaustivement les dix facteurs de risques auxquels elles exposent leurs salariés sur des fiches individuelles. Fiches qui, à l’avenir, doivent leur permettre de partir plus tôt en retraite (1). En 2015, seuls seront pris en compte : le travail de nuit, le travail répétitif, en équipe alternative ou sous pression hyperbare.
Sur le fond, plus que ce demi recul, ce qui effare, c’est la capacité de l’Elysée et de Matignon, à ruiner ce « dialogue social », sur lequel ils comptent cependant pour sortir le pays de la nasse du chômage de masse…
En effet, selon nos informations, la grosse colère du patronat de ce début de semaine, a pour origine… une promesse élyséenne non tenue. Car lorsque le président avait reçu Pierre Gattaz accompagné d’une délégation patronale, en présence de Manuel Valls, le chef de l’Etat lui aurait déjà promis, les yeux dans les yeux, le report à 2016 du dispositif pénibilité. Une « bonne nouvelle » que Gattaz avait alors vendue, mi-juin à sa base pour la calmer, notamment les petits patrons du BTP. Le 17 juin, lors de sa conférence de presse, le patron des patrons promettait donc tout sourire d’assurer « le succès de la phase deux du pacte de responsabilité élyséen ». Et scoop pour les partenaires sociaux, « de ne plus chercher à passer en force sur les sujets qui fâchent. » Tous les signaux étaient au vert…
Cependant, quelques jours plus tard, en découvrant que les premiers décrets rédigés par Marisol Touraine ne respectaient pas à son sens, la parole élyséenne et que les chefs d’entreprises devraient d’ici à la fin de l’année, répertorier toutes les tâches pénibles imposées à leurs employés, Gattaz sortait de ses gonds. « Non seulement on s’est senti floué, mais nombre de petits patrons ne disposent pas des logiciels permettant cette collecte. » rugit-t-on, avenue Bosquet, au siège du Medef. D’où ce grand cirque : une tribune du patronat uni dans le JDD et la menace de boycotter la Conférence sociale…

mercredi 2 juillet 2014

Le brigandage du Medef

Par Patrick Apel-Muller
Les révélations de l’Humanité sur les comptes de Radiall démasquent le vrai fardeau qui entrave l’emploi, le parasitisme du capital.
« Nous avons peur des députés, nous avons peur de l’Assemblée nationale, qui, je crois, n’a toujours pas compris que seule l’entreprise crée de l’emploi et de la richesse. » Pierre Gattaz n’aime pas le peuple, surtout quand il s’exprime, fût-ce par délégation. L’amorce d’une coagulation entre députés du Front de gauche, EELV et socialistes indignés par le libéralisme professé par le duo Hollande-Valls suscite des frissons dans les couloirs du Medef. Ces grands patrons ont tellement à perdre ! Prenons leur président... Il incarne parfaitement le brigandage politique et financier auquel vient de se livrer le parti des oligarques. Il touche 2 millions de l’État ? Il verse 2,8 millions aux actionnaires, des dividendes qui ont presque doublé en quatre ans. Il hurle contre les taxes, prétendument meurtrières pour les entreprises, et réclame leur abolition ? Il ne paie que 200 000 euros d’impôts en France, ayant utilisé toute la gamme malsaine qui permet aux malins de la finance « d’optimiser » leur fiscalité ! À peine les pontes du patronat ont-ils obtenu un report de la retraite des salariés, qu’ils remettent en cause la petite contrepartie du compte pénibilité. La parole du Medef ne résiste jamais à sa cupidité.
Les révélations de l’Humanité sur les comptes de Radiall démasquent le vrai fardeau qui entrave l’emploi, le parasitisme du capital. Non content d’accaparer la richesse créée par les salariés, il pille les fonds publics pour constituer des rentes personnelles. Cachés derrière les vrais efforts des artisans et des petits patrons, les ténors du CAC 40 mettent l’État en coupe réglée, avec l’assistance aussi bien de la droite libérale que du petit cénacle qui entoure l’Élysée et Matignon. Plus M. Gattaz est servi, plus il a de l’appétit. À force de passer les plats, le gouvernement, par la voix de M. Hamon, se contente de trouver cela « fatigant ». À force de passer les plats, les bras se font lourds, semblet-il... Le président du Medef menace de boycotter la prochaine conférence sociale. Les précédents épisodes ne font guère regretter l’éventuelle suppression du prochain.
Lire l'article suivant du Nouvel obs

Sauvons « Là-bas si j’y suis »

Laurence Bloch, la nouvelle directrice de France inter, a annoncé, vendredi, la fin de l’émission de Daniel Mermet « Là-bas si j’y suis », à l’antenne depuis 1989.
Cette décision, faite contre le souhait de Daniel Mermet et de son équipe, ne serait pas seulement une grande perte pour France Inter mais aussi un manque pour le paysage radiophonique en général.
La diversité des programmes souhaitée par la direction de France Inter passe aussi par la diversité des expressions, c’est elle qui permet de garantir la qualité du service public d’information. Supprimer Là-bas c’est se couper d’une partie des auditeurs, c’est devenir une radio comme les autres une radio sans aucune différence.
Nous auditeurs fidéles ou occasionnels de cette émission, souhaitons qu’elle continue à nous enchanter les oreilles. Là-bas si j’y suis apporte un vent frais à France Inter, un vent fait d’informations, de partages d’émotions de poésie et de resistances.

Signez et faites signer cette pétition pour que Là bas si j’y suis ne disparaisse pas.

mardi 1 juillet 2014

"La politique de la ville conduit à territorialiser les difficultés des classes populaires"

Entretien avec Monique Pinçon-charlot et Michel Pinçon
Entretien paru dans l'humanité Dimanche. Dans le nouveau découpage de la politique de la ville, annoncé par le gouvernement, il n’y aura plus que 700 communes, au lieu de 900, et 1 300 quartiers, au lieu de 2 500, éligibles aux aides à partir de janvier 2015. Un dispositif de plus voué à l’échec ? Pour Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, sociologues, la politique de la ville qui accompagne la « compétitivité des territoires » ne s’attaque pas aux causes des inégalités.
HD. La « nouvelle géographie de la politique de la ville » dresse une carte, mise à jour, des zones de pauvreté. Quelle première observation cette carte inspire-t-elle aux auteurs de « la Violence des riches » (1) ?
MONIQUE PINÇON-CHARLOT. Ce qui est curieux dans cette nouvelle carte des quartiers aidés, c’est qu’elle fait ressortir ce que nous ne pouvions pas imaginer, à savoir que beaucoup de villes riches touchaient des crédits au titre de la politique de la ville pour des quartiers « pauvres » au sein de ces communes. Il s’agit, entre autres, de Bourg-la-Reine et Sceaux, dans les Hauts-de-Seine, Biarritz et Anglet, dans les Pyrénées-Atlantiques, Grandville, en Normandie, Écully, dans le Rhône, Le Cannet et Saint-Raphaël, dans le Sud... Lorsque l’on connaît ces endroits, cela stupéfie.
Car voilà des communes dont la population est très majoritairement aisée, sinon riche. On y trouve un taux élevé d’assujettis à l’ISF. Et les municipalités ne seraient pas capables, sans les crédits de l’État, d’organiser l’aide aux quelques familles démunies qui y vivent ? C’est encore la preuve que les très riches ont des postures anti-redistributives vis-à-vis des autres classes sociales, et sont d’un cynisme à toute épreuve. La résistance à la construction de logements sociaux est d’ailleurs fréquente dans ces villes. Dans « la Violence des riches », nous décrivons, à Neuilly, un ensemble de 154 logements sociaux, cachés et complètement dégradés. Malgré la lutte des habitants, il n’y a pas de rénovation ni de perspective de relogement. C’est stupéfiant de voir une ville aussi riche que Neuilly s’occuper aussi mal de ces quelques familles modestes ainsi isolées dans ce qui prend des airs de ghetto.

Jean Jaurès, l’historien de la Révolution

Par Roger Martelli
Philosophe érudit, orateur brillant, journaliste flamboyant, Jaurès a su aussi montrer de remarquables qualités d’historien. Indissociablement socialiste et républicain, il ne pouvait se désintéresser de ce moment fondateur que fut la Révolution française.
À la fin du XIXe siècle, le socialisme émergent avait besoin d’affirmer son ancrage dans le sol du progressisme et de l’esprit révolutionnaire. En 1898, l’éditeur Jules Rouff propose à Jean Jaurès le projet de ce qui va devenir L’Histoire socialiste 1789-1900. Parue en 13 volumes, de 1900 à 1908, elle est rédigée entièrement par des socialistes. Tous pourtant ne sont pas là. Quand l’ouvrage paraît, le socialisme français n’est pas encore réunifié et Jaurès, c’est le moins qu’on puisse dire, n’a pas que des amis. Son rival, Jules Guesde, a ainsi refusé vivement de prendre la plume. Mais le député de Carmaux réussit malgré tout à réunir une palette brillante et diverse, des "guesdistes" (Louis Dubreuilh) aux "possibilistes" (Paul Brousse).
« Matérialiste avec Marx et mystique avec Michelet »
Lui-même décide de rédiger les volumes consacrés à la Révolution française, publiés entre 1901 et 1904, juste avant la fondation de l’Humanité et la création de la SFIO. Pour ce faire, il puise pendant trois ans dans une documentation impressionnante. Il en tire une somme qui va constituer une rupture dans l’historiographie de la Révolution. Ses bases intellectuelles ? La pensée de Marx, bien sûr, que Jaurès, parfaitement germanophone, est un des rares en France à avoir fréquenté dans le texte original. Mais on sait que Jaurès entend conjuguer rigueur et éclectisme. Il ne veut pas d’une, mais d’« une triple inspiration de Marx, Michelet et Plutarque ». Ailleurs, il dit qu’il veut être « matérialiste avec Marx et mystique avec Michelet ».
Jaurès croit au poids des déterminations "lourdes", celle des structures économiques et sociales et de leurs contradictions, qui structurent l’arrière-plan de l’action des hommes. Pas de compréhension, donc, de la Révolution sans regard sur le capitalisme en gestation. Mais le poids des superstructures n’annule pas l’impact de la volonté des individus et des groupes. Le grand apport de Jaurès, en rupture avec l’historiographie de l’époque, tournée vers les "sommets", les gouvernements et les assemblées (c’est l’histoire telle que la décrit brillamment le radical Alphonse Aulard), est de porter le regard sur "le bas", les luttes urbaines et rurales qui ponctuent la chronologie révolutionnaire.
Lire la suite