mardi 28 novembre 2017

Décès de Paul Boccara : « Il laisse un immense vide mais aussi une œuvre considérable » (Pierre Laurent)

Paul Boccara nous a quittés. Il laisse un immense vide mais aussi une œuvre considérable.

Né en 1932 à Tunis, Paul est devenu un économiste, historien et anthropologue français de renommée mondiale. Fondateur de l'école qu’il nommait « néo-marxiste » de la régulation systémique par crises, ancien membre du comité central puis national du PCF, agrégé d'histoire, il fut maître de conférences en sciences économiques, à l'université d’Amiens et le principal animateur de la revue « Economie et Politique ».

Paul a toujours avancé sur deux jambes : les idées d'abord, leur renouvellement incessant et le lien constant à la pratique dans le laboratoire des luttes sociales, sociétales et politiques. C'est ce qui fondait son engagement politique indéfectible et sa totale liberté de pensée et d'expression au sein du PCF dont il animait la section économique.

Dans cette relation à la pratique sociale s’exprimait sa grande humanité, son énergie son caractère unique, sa fougue méditerranéenne et son ouverture à toutes et tous, militants, étudiants, comme intellectuels.

Paul Boccara a fait œuvre de novation, il cherchait à ouvrir vers le 21è siècle à « monter sur les épaules de Marx » pour pousser plus loin la dynamique contradictoire du capitalisme et de ses crises au 21è siècle.

Refoulé dans les médias dominants comme dans les milieux académiques dont il était pourtant partie prenante, ses idées marqueront loin. Il était dans notre société, dans notre monde, empreint de tout ce qui faisait à son sens la pensée contemporaine, sans exclusive aucune.

Paul Boccara prolongea de façon critique les anticipations de Marx pour devenir un théoricien de la révolution informationnelle et du dépassement du capitalisme et du libéralisme vers ce que lui-même appelait « une nouvelle civilisation de partages de toute l'humanité ».

Il a su voir l'immense besoin de renouvellement au lieu de l'enfermement mortifère dans la vulgate marxiste-léniniste ou du ralliement au « réalisme » social-démocrate.

Il a commencé par des recherches philosophiques sur le Capital de Marx, en débat avec L. Althusser, R. Garaudy et M. Godelier. On retient souvent de lui qu’il a développé la théorie du Capitalisme Monopoliste d’État, mais on omet qu'il en a surtout théorisé la crise.

Dès 1967-1968, à partir de sa théorie de la crise de sur-accumulation-dévalorisation du capital, inscrite dans son analyse des cycles longs du capitalisme, il repère « la crise » et les débuts d'une longue phase de difficultés. Il ouvre alors le chapitre fondateur d'études fécondes sur ce qu'il appela la « révolution informationnelle ». Dans les années 1970 il s’implique pour que le programme commun porte une « nouvelle logique » et pour une victoire de l’Union de la gauche.

Dans les années 1980, pour la réussite de l’expérience de gauche et face aux défis patronaux il dialogue avec les salariés et les syndicalistes, à partir de leurs luttes et de ses travaux, pour faire progresser de nouveaux critères de gestion d'efficacité sociale des entreprises alternatifs à ceux de la rentabilité financière, convaincu du besoin de rompre avec la vision étatiste prédominante -selon lui- chez nombre de penseurs marxiens.

Dans les années 1990 et 2000, il impulse de nouvelles recherches et l'élaboration de propositions alternatives sur l'Europe et la mondialisation qui prennent une dimension opératoire et politique considérable avec la crise financière de 2007-2008.

Paul avait le sens de l'Histoire.

Il avait aussi le souci de déboucher sur des propositions utiles aux luttes, opérationnelles et radicales. Dans ce sens, il a été le créateur du projet de « sécurité d'emploi ou de formation », devenu une proposition centrale des propositions du PCF. Paul Boccara a toujours cherché à articuler les enjeux de transformation radicale de la sphère économique à ceux de la sphère « anthroponomique », c'est-à-dire tout ce qui concerne l'ensemble des activités de « régénération humaine », jetant ainsi des bases pour une convergence possible de toutes les luttes (féminisme et de genre, écologique, immigration, paix, …) avec les luttes sociales.

Ivrien de très longue date, Paul a lutté ces derniers mois avec courage contre le cancer.

Mes pensées vont à sa compagne Catherine Mills, à ses enfants, Michel, Geneviève, Frédéric et Charlotte, ainsi qu’à tous ses petits-enfants et à tous ceux qui l’aimaient.

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF,


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