Appel

mardi 15 mai 2012

Réhabiliter les dépenses publiques

«Le niveau de dépenses publiques (...) n’est au fond que la mesure du degré de socialisation des dépenses qui visent au bien-être collectif et qui sont donc retirées du champ du profit. Il reflète le niveau de solidarité mis en œuvre.» Par Christiane Marty, membre du Conseil scientifique d’Attac.

De plus en plus de voix s’élèvent pour juger l’austérité budgétaire non seulement inefficace mais dangereuse : en freinant l’activité économique, elle porte une logique de récession, de baisse supplémentaire des recettes fiscales et donc d’augmentation des déficits, à l’opposé du but visé. Les critiques contre l’austérité proviennent d’économistes de divers bords, mais désormais aussi de représentants de la BCE, de la Banque mondiale ou du FMI. Cela n’a pas encore entamé le discours dominant, selon lequel la France souffrirait d’un « excès de dépenses publiques », l’excès faisant référence à une (soi disant) augmentation de ces dépenses, ainsi qu’à leur niveau élevé par rapport aux autres pays. Ces arguments ne tiennent pas.
D’une part, et brièvement, rappelons qu’il n’y a pas eu d’augmentation des dépenses publiques : au cours des vingt dernières années et jusqu’à l’éclatement de la crise, elles sont restées stables, entre 52 et 53 % du PIB. Ce qui, à l’inverse, a fortement diminué, ce sont les recettes fiscales dont l’importante baisse est le résultat des cadeaux fiscaux faits aux plus riches et aux entreprises, en particulier aux plus grandes. C’est ce manque de recettes, et non les dépenses publiques, qui est responsable jusqu’en 2009 de l’essentiel du déficit public.
D’autre part, c’est la comparaison internationale qui est convoquée comme un argument décisif : en France, la part des dépenses publiques dans le PIB se situe environ 6 points au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE. Seuls le Danemark, la Finlande et parfois la Suède ou les Pays-Bas devancent la France, qui devient donc implicitement un État « dépensier », la dépense publique devenant, en bloc, synonyme de gestion inefficace... Sonne alors comme une évidence l’impératif de la réduire.
Pourtant, s’il est indispensable de veiller à la bonne gestion de l’argent public (et de choisir les priorités : financer un char d’assaut ou 300 places de crèche ?), il est aberrant de stigmatiser ainsi la dépense publique. Comparer son niveau entre les pays n’a aucun sens si on ne met pas en regard les services mis à disposition en contrepartie, ainsi que leur qualité, en ce qui concerne la santé, l’éducation, la protection sociale et tout secteur qui a un impact direct sur le bien-être des populations.
Lire la suite

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire