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jeudi 2 octobre 2014

Pour ne pas en finir avec Jaurès

Par Roger Martelli
Les publications ont été légion pour évoquer la grande figure de Jaurès. Il manquait toutefois une étude de sa pensée. C’est chose faite : les éditions du Seuil publient un ouvrage important de l’historien Jean-Paul Scot, sur Jaurès et le réformisme révolutionnaire.
Pourquoi avoir attendu si longtemps, pour disposer d’une synthèse solide sur l’arrière-plan intellectuel et stratégique de celui qui fut la grande figure du socialisme français d’avant 1914 ? Peut-être parce que son œuvre est foisonnante, dispersée dans une multitude de discours et d’articles publiés aux quatre coins de l’Hexagone. Sans doute aussi parce que Jaurès est un personnage atypique.
Jaurès et la complexité
Dans la galaxie du socialisme international du début du XXe siècle, Jaurès n’appartient pas à la gauche, ni celle du "pape" » de l’Internationale ouvrière, l’Allemand Karl Kautsky ni, a fortiori, celle plus radicale des "trois L" (Vladimir Lénine, Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg). Au tout début du siècle, quand le socialiste Alexandre Millerand entre dans le gouvernement Waldeck-Rousseau, Jaurès est du côté des "ministérialistes", quand toute la gauche socialiste européenne vitupère la "trahison de classe". Et pourtant, cet homme étonnant, venu tout droit du républicanisme modéré, gagné peu à peu au socialisme, au départ minoritaire parmi les siens, va devenir la figure marquante du socialisme réunifié d’après 1905. Il va rallier une partie des partisans de Jules Guesde, se rapprocher des héritiers d’Auguste Blanqui, passer alliance avec l’ancien communard Édouard Vaillant et dialoguer avec les "syndicalistes révolutionnaires" de la CGT, pétris d’anarchisme.
Or la France est l’un des rares cas, en Europe, où la masse des adhérents socialistes choisit après-guerre de se rallier au modèle révolutionnaire russe des bolcheviks. Le "parti de Jaurès" d’avant 1914 a basculé du côté du "parti de Lénine". Les opposants de l’adhésion à l’Internationale communiste, l’avocat Léon Blum en tête, ont beau invoquer les mânes de Jaurès, l’esprit socialiste français d’alors préfère se tourner vers Moscou. Or les dirigeants bolcheviques ne prisent guère Jaurès. Trotsky le respecte mais s’en méfie, Lénine déteste sa rhétorique et le classe du côté des opportunistes. Bref, pour ceux qui choisissent Moscou contre Londres, il n’est pas bien vu de se réclamer de celui qui a incarné si longtemps un socialisme parlementaire.

Les plus à l’aise avec Jaurès sont les anciens minoritaires du Congrès de Tours, en décembre 1920. Mais ils vont faire du grand homme le symbole de l’antibolchevisme : Jaurès, c’est l’antithèse de Lénine, celui qui répugne au modèle insurrectionnel et préfère les vertus pacifiques du suffrage universel. Voilà donc, par la force des choses, Jaurès tiré du côté de la "réforme" et non de la "révolution". Sans doute les communistes ont-ils par la suite, notamment après 1934, revalorisé à la hausse la référence au député de Carmaux. Mais ils insistent alors sur le pacifiste, sur le défenseur des ouvriers, ou sur l’historien de la Révolution française, davantage qu’ils ne mettent en avant sa pensée politique profonde.

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