mercredi 13 mars 2024

Nucléaire, transport, forêt… La Cour des comptes fustige le manque d’adaptation de la France au changement climatique

Dans son rapport annuel publié mardi 12 mars, la Cour des comptes s’est intéressée à l’action publique en faveur de l’adaptation au changement climatique. Son constat est sans appel : la France n’est pas préparée.

Après le rapport de l’Agence Européenne pour l’Environnement, qui estimait que les politiques publiques européennes n’étaient pas assez efficaces et ambitieuses pour faire face aux risques liés au réchauffement climatique, c’est aujourd’hui la Cour des comptes qui pointe le manque de préparation de la France. « Les travaux des juridictions financières mettent en évidence l’ampleur des progrès à réaliser », écrivent notamment les magistrats dans un document sur « l’action publique en faveur de l’adaptation au changement climatique », publié mardi 12 mars.

Logements, aménagement des espaces urbains, gestion du littoral, santé, finances, agriculture… : la Cour des comptes brasse de nombreux sujets en y apposant systématiquement des pistes de solutions et d’améliorations. C’est la première fois que cette thématique de l’adaptation fait l’objet d’un rapport spécifique de la Cour. Si la juridiction financière se félicite d’une « prise de conscience » de l’urgence, elle demande à l’État de jouer plus clairement son rôle de stratège et de mieux chiffrer les efforts budgétaires nécessaires.

Logements, transports, banques, érosion du littoral…

Le parc de logements en France est « très majoritairement inadapté » aux risques liés au changement climatique, comme la généralisation rapide des pics de chaleur, constate la Cour des comptes, qui recommande de faire de l’adaptation une « priorité publique » en élaborant des scénarios chiffrés. Face à la hausse des températures et à la multiplication des canicules, les villes françaises ont adopté tardivement des stratégies d’action qui restent partielles et à l’efficacité limitée, relève également la Cour, qui recommande de définir des « étapes à franchir » et des « objectifs à atteindre », rapporte l’Agence France-Presse (AFP).

Côté transport, la Cour des comptes regrette que la SNCF, et plus particulièrement le gestionnaire d’infrastructures SNCF Réseau, « ne dispose pas des outils nécessaires à l’identification et à la mesure des coûts générés par le changement climatique » et l’exhorte à y remédier. D’autre part, la Cour demande des investissements supplémentaires pour adapter les 18 centrales nucléaires, les barrages et le réseau de distribution d’électricité français au réchauffement. Elle juge également « insuffisant » le soutien public à la recherche sur l’adaptation de la forêt.

Les sociétés financières françaises, qui actualisent régulièrement leurs politiques de lutte contre le réchauffement climatique, affichent des objectifs « peu quantifiables, peu suivis et peu comparables », regrette également la Cour des comptes. La lutte contre l’érosion côtière, qui ronge 20 % des côtes françaises, doit « sortir de la logique d’expérimentation » pour améliorer la connaissance du risque et planifier les relocalisations de logements et d’activités menacés, observe la Cour des comptes, qui propose la création d’un mécanisme de financement, rapporte l’AFP.

Austérité vs lutte contre le changement climatique

La Cour regrette enfin « l’absence de chiffrages exhaustifs et cohérents pour l’ensemble des acteurs publics » des dépenses qui seront nécessaires pour adapter la France au changement climatique. « L’évaluation des coûts actuels et futurs de l’adaptation est lacunaire, voire inexistante, faute de données suffisantes, mais également parfois d’objectifs clairs », déplorent les magistrats, sommant l’État de jouer « correctement son rôle de stratège ».

Par ailleurs, Pierre Moscovici, le premier président de la Cour des comptes, appelle à toujours plus d’austérité, notamment en demandant un plan d’économies massif et inédit sur trois ans pour ramener le déficit sous les 3 % du PIB en 2027. Ces positions s’inscrivent dans la droite ligne des déclarations du ministre de l’Économie Bruno Le Maire, qui, après avoir annoncé 10 milliards d’euros d’économie, a affirmé aux côtés de son ministre délégué aux Comptes publics devant la commission des Finances de l’Assemblée, la nécessité de doubler la mise, avec jusqu’à 20 milliards d’économies en 2025. Déplorer le manque d’adaptation et d’investissement dans la lutte contre le changement climatique tout en exigeant des mesures d’austérité toujours plus dures, voilà une nouvelle pirouette des tenants de la « rigueur », jamais à une contradiction près.

 

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